‹ Leçons sur les maladies des voies urinairesChapitre 26 sur 36 · HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

HUITIÈME LEÇON

STAGNATIONS «URINES

Sommaire. — Troubles généraux dus à la stagnation d’urines. — Période latente de la stagnation prostatique. — Stagnation due au rétrécissement de l’urèthre. — Période active de la stagnation prostatique.

État de la bouche et du gosier. — Urémie. — Coliques néphrétiques. — Mort subite par embolie. — Influence de l’état général : alcoolisme, albuminurie, diabète, ataxie, etc., sur la marche des accidents généraux et locaux.

Messieurs, nous arrivons à l’étude des troubles généraux provoqués par l’accumulation d’urine dans la vessie. Ils varient beaucoup dans leur intensité et dans leur forme selon le degré d’altération des urines, et aussi selon la période de la stagnation, c’est-à-dire selon le degré des lésions organiques des parois des voies urinaires et du parenchyme rénal, dues à la stagnation d’urine.

Pendant la période latente de la stagnation d’urine due à l’élévation du col vésical, les troubles généraux 11e sont pas appréciables. Le plus souvent ils se confondent avec ceux de la constipation habituelle. Ce sont des embarras gastriques bilieux qu’une évacuation alvine fait

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cesser, en rendant, il est vrai, les mictions plus l'aciles plus abondantes et moins fréquentes. Il faut que la vessie soit très distendue et que l’excitation pour uriner se présente pour que les troubles du côté du tube digestif se manifestent. Ainsi, dans les accès d’envies d’uriner fréquentes avec douleurs en urinant, qui arrivent d’ordinaire plusieurs fois avant la rétention complète, il y a toujours un certain retentissement général, lequel prédomine toujours du côté de l’appareil de la digestion : la bouche est pâteuse, amère, la langue est large, saburrale, recouverte d’un enduit fuligineux gris, mais humide. Souvent il y a une exhalaison buccale plus ou moins désagréable ; mais là encore il suffit d’évacuer l’intestin pour que tout reprenne l’état habituel, du côté du tube gastrique et du côté des voies urinaires.

En même temps, il y a une sensibilité au froid plus grande, une certaine diminution dans le pouvoir de réaction générale. Mais cela ne va pas jusqu’à l’accès fébrile de l’intoxication urineuse, tant que les urines ne sont pas altérées, tant qu’il n’y a pas surexcitation par distension des parois vésicales.

Dans le cas de stagnation duc au rétrécissement de l’urèthre, les troubles généraux spontanés ont toujours plus d’intensité. Les accès fébriles, signes d’intoxication urineuse, sont fréquents, et il n’est pas rare de voir des rétrécis qui, après ces accès de fièvre violents provoqués par un refroidissement, une fatigue, un excès quelconque, conservent des troubles digestifs chroniques caractérisés par de l’anorexie, des gaz buccaux, des renvois liquides, des ballonnements du ventre, des difficultés de digestion. Les auteurs spéciaux contiennenl

bon nombre de laits, où des malades, ne parlant pas de difficulté de leur miction, y étant habitués depuis nombre d’années, ont été soignés directement de leur dyspepsie sans aucun résultat, et qui ont été guéris lorsqu’on a fait disparaître le rétrécissement de l’urèthre; j’en cite un fait très remarquable dans mon travail sur l’uréthrotomie interne (1865). Depuis quelques aimées des faits nouveaux, publiés par MM. Herard et Peter, sont venus confirmer tous les anciens.

Ils n’est pas rare de voir les accidents généraux prendre, chez les rétrécis de l’urèthre, une intensité très grande. Les accès de fièvre de l’intoxication sont rapprochés; l’embarras du tube digestif est aigu, la perte d’appétit est complète, la bouche se sèche, l’enduit de la langue devient noir, surtout à la base, l’odeur buccale s’accentue. Il y a des alternatives de constipations et de diarrhées bilieuses fétides. Souvent l’état nauséeux existe en même temps. La peau devient de plus en plus jaune, bistrée, sèche ou enduite d’une moiteur visqueuse. Le sujet paraît sous l’action d’une altération organique infectieuse. Tout cela n’esl que de l’intoxication urineuse qui peut disparaître rapidement dès que le calibre de l’urèthre sera rétabli, dès que les urines altérées, retenues dans le bout postérieur de l’urèthre, en arrière du rétrécissement, dans la vessie et même dans les voies urinaires supérieures, seront évacuées. Si les reins ne sont pas arrivés à un degré trop avancé d’altération, la guérison de tous ces troubles généraux aura lieu.

Mais pourquoi les accidents généraux dus à la stagnation d’urine causée parles rétrécissements de l’urèthre sontils aussi faciles et aussi intenses? Pendant la période

latente de la stagnation prostatique, il n’y a jamais de ces accidents généraux persistants, mettant le sujet dans un était cachectique. Au moment de l’accès d’excitation pour uriner, il n’y a pas de fièvre, et nous voyons tous les jours des malades arriver à cet état de surexcitation pour uriner, si voisin de la rétention complète, sans qu’ils présentent de troubles généraux dénotant l’intoxication urincuse. Le malade dit : Je suis très bien, seulement je pisse souvent et difficilement. — C’est que, dans ce cas, l’urine n’est pas altérée. L’épithélium protecteur des parois des voies urinaires n’est détruit dans aucun point, et l’urine non altérée est maintenue isolée de l’organisme. Dans le cas de rétrécissement, les conditions des parois des voies urinaires et des urines ne sont plus les mêmes. L’urèthre, eu arrière du rétrécissement, est dilaté, les parois de cette dilatation sont le siège d’une inflammation entretenue par la stagnation d’urine en ce point. De là un mélange d’urines, et de mucosités purulentes, de là une altération d’urines qui peut se continuer dans la vessie. Aussi rien n’est plus fréquent que de voir des urines chargées de muco-pus chez les rétrécis de l’urèthre. L’action de cetle urine altérée sur les parois de la dilatation uréthrale, et sur celles de la vessie provoque la desquamation épithéliale. De là, la facilité de production des accidents généraux de l’intoxication urineuse chez ces malades. Disons de suite que l’inflammation des parois et l’altération des urines peuvent remonter jusqu’aux reins, par le même mécanisme que nous avons décrit (page 49) et provoquer les mêmes lésions rénales, mais ces cas de complications rénales sont, ici, relativement rares, comparés à ceux observés chez les prostatiques.

Ajoutons que ces troubles généraux si faciles, quelquefois si intenses, cessent dès que le rétrécissement n’existe plus, dès que l’on peut introduire des sondesvolumineuses jusque dans la vessie. Au contraire dans les cas de stagnation prostatique, les accidents généraux apparaissent, se développent et prennent toute leur intensité après le premier cathétérisme, lorsqu’on a été forcé d’agir directement contre l’accumulation de l’urine dans les voies urinaires. C’est, en effet, à partir de ce moment, comme je vous l’ai démontré, que les urines s’altèrent, et que les parois des voies urinaires, vésicales et urétérorénales se modifient; que se forment les colonnes et les cavités vésicales, les dépressions latérales des uretères; que la substance rénale, déjà comprimée pendant larétention, est le siège d’une congestion plus ou moins violente, ce qui provoque, en elle, la néphrite parenchymateuse due à l’organisation fibreuse de ses éléments conjonctifs, et tous les degrés possibles de la désorganisation de sa constitution anatomique.

Pendant cette période d’excitation de la stagnation prostatique, les troubles généraux observés procèdent d’une façon générale de deux causes primitives : 1° l’intoxication urineuse ; 2° l’urémie, l’insuffisance de l’excrétion rénale.

L’intoxication urineuse au début, après les premiers cathétérismes, prend toujours la forme aiguë. C’est le frisson plus ou moins violent, plus ou moins long, suivi du stade de chaleur et du stade terminal de sueurs plus ou moins abondantes, mais que nous devons rendre aussi profuses que possible. En même temps l’embarras bilieux existe toujours. Quelquefois vous observez l’accès fébrile

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avec vomissements incessants et di iruhée. Après la sueur terminale, il persiste un malaise général, la bouche mauvaise est sèche, l’enduit fuligineux devient noir, il n’y a pas de salive, l’haleine est fétide. En même temps il persiste de la sensibilité au niveau des reins. Les urines sont de moinsen moins abondantes, et àla moindre sensation de froid, le frissonnement morbide reparaît.

Si l’on n’intervient pas énergiquement, les accès complets se répètent, le sujet arrive vite à un état de prostration générale, sans cependant perdre complètement les facultés mentales ; et les complications parenchymateuses de l’intoxication urineuse, soit du côté des poumons, soit du côté du foie, des reins, quelquefois du côté du cerveau, mais toujours à marche rapide, viennent rendre la vie impossible, quand la mort n’est pas arrivée brusquement pendant l’accès fébrile aigu.

Cette terminaison rapide par l’intoxication urineuse dès le début du traitement de la stagnation d’urine est rare. Le plus souvent les premiers cathétérismes ne provoquentpas de fièvre, et l’intoxication chronique n’apparaît qu’avec les altérations d’urines et le nouvel état des parois des voies urinaires.

Cependant, lorsque la surdistension de la vessie dure plusieurs jours, le malade finit par avoir les accès violents d’envie d’uriner moins aigus, leur intensité diminue. Il y a un état de somnolence qui peut aller jusqu’à l’état de calme comateux; il faut attirer vivement l’attention du malade, soit en parlant haut près de lui, soit en le remuant un peu avec la main, pour obtenir (pi’il observe votre personne et ce que vous lui dites. Quelquefois il y a quelques mouvements nerveux limités,

296 TROUBLES GÉNÉRAUX DUS A LA STAGNATION D'URINE, soit à la l'ace, soit à une main, en tout semblable à un tic. J’ai eu à sonder plusieurs malades dont la vessie était distendue depuis deux et trois jours. Je retirai une quantité considérable d’urine, en prenant les précautions de lenteur pour éviter la réaction vésicale et l’hématurie. Quand j’ai eu vidé la vessie, j’ai été frappé de la faible quantité d’urine secrétée dans les vingt-quatre heures quiontsuivi. Cbezun de ces malades, l’urine des vingt-quatre heures qui a suivi l’évacuation complète était de 300 grammes. Ces condit ions sont aussi mauvaises que possible et le plus souvent la mort est rapide. L’état comateux est certainement ici dû à l’urémie. Les reins fortement comprimés font peu d’urine, de là une diminution dans la violence des accès de besoin d’uriner pendant la rétention, et même leur cessation à un moment donné. La vessie ne recevant plus ou que très peu d’urine est moins exposée à se rompre, si la rétention est complète; mais les accidents généraux urémiques se produisent avec toute leur gravité.

Le plus souvent, on arrive à temps pour faire cesser cette surdistension des voies urinaires; la stagnation suit son évolution, les urines s’altèrent, les parois de l’appareil de miction subissent les modifications successives que nous avons décrites. Si l ien n’est opposé à l’aggravation de l’état des urines et à l’inflammation de la muqueuse urinaire, alors se produit l’intoxication mineuse, soit aiguë et qui prend de suite la forme rapidement grave dont je viens de parler et que vous trouverez décrite plus longuement dans mon traité des Opérations des voies urinaires; soit chronique et le sujet prend un état général maladif dont j’ai maintenant à vous parler.

Disons de suite que la santé générale de ces malades, destinés à uriner toujours incomplètement, ou à ne pas pouvoir évacuer une goutte d’urine sans la sonde, est constamment menacée par ces accidents d’intoxication urineuse si on ne prévient pas avec soin les altérations de l’urine, et par l’urémie dès que leurs reins ne fonctionnent pas suffisamment. Ces deux causes d’accidents généraux, l’intoxication urineuse et l’urémie, sont presque toujours simultanées chez ces malades; de là la grande difficulté d’isoler les troubles généraux dus à l’une ou à l’autre. Mais il en résulte un ensemble que je vais essayer de vous décrire.

Presque tous les malaises généraux de ces urinants mal prostatiques, si légers qu’ils soient, sont dominés par une perte relative de l’appétit. Les liquides, lait, bouillon, consommé, sont pris facilement, même avec plaisir, les aliments solides ne sont pas acceptés, soit qu’ils produisent du dégoût, soit que le malade, essayant d’en prendre, ne puisse pas les avaler. La bouche est un peu pâteuse. La salive rare est épaisse. Les lèvres se collent l’une à l’autre. La langue blanche d’une façon générale et étalée n’a pas l’aspect sec, elle n’est pas recouverte d’un enduit épais, mais elle colle facilement au palais. Si le malade dort la bouche ouverte, elle est de suite sèche et rugueuse. Cet état cesse dès que le malade se passe du liquide dans la bouche. Cette absence de salive provoque une modification notable de la parole; à chaque instant les lèvres se collant l’une à l’autre, la langue s’arrêtant en contact avec les parois buccales. Le malade fait ce mouvement particulier de toute la bouche, bien connu, pour chercher de la salive qui ne vient pas. Les aliments solides dans

la bouche, le malade les mâche, les tourne et retourne, mais ils restent secs, leurs fragments ne s’agglutinent pas les uns aux autres pour former une masse unique, ils restent disséminés, appliqués contre les parois buccales. Avec sa langue, le malade cherche à les réunir, quand il y parvient, le bol ainsi formé est sec et présenté à l’isthme du gosier il ne peut pas le franchir; après quelques essais infructueux, il est rejeté. Ce même bol alimentaire fragmenté dans un liquide serait avalé sans difficulté. Ainsi l’absence de salive et par suite la sécheresse de la bouche et de l’isthme du gosier rend la déglutition du bol alimentaire difficile, sinon impossible. C’est certainement, là une des causes de l’impression de dégoût pour les aliments solides chez tous ces malades.

Souvent ces malades ont des envies de vomir, des nausées et même des efforts de vomissements qui expulsent soit des matières muqueuses, soit des liquides venant de l’estomac. Quelquefois ils ont en même temps delà gêne dans la gorge. Les mouvements de déglutition à sec, la salive n’étant pas là, sont un peu douloureux. Ces nausées et ces vomissements, avant que j’en eus déterminé la cause, m’ont bien souvent fait craindre quelques complications plus graves du côté des reins, d’autant qu’il y a presque toujours, en pareil cas, de la sensibilité de ces organes. Si vous examinez la gorge, un premier fait vous frappe : la luette se sépare lentement de la base de la langue contre laquelle elle est collée. L’isthme du gosier est quelquefois un peu rouge, la luette longue est comme œdématiée; j’ai vu cet œdème s’étendre au pilier. Sur la gorge il y a des petits filaments de mucus adhérents. Vous avez là la cause des nausées et des vomissements,

que bien des fois j’ai arrêté avec un gargarisme astringent, en touchant, l’isthme du gosier, et surtout, la luette avec de la poudre d’alun ou en provoquant la sécrétion de la salive. Ges nausées et vomissements varient beaucoup; souvent ils n’existent pas, il n’y a que la difficulté de déglutition des solides, mais quand ils existent ils sont plus ou moins rapprochés et violents. J’ai vu un malade qui ne pouvait pas garder le lait, seul aliment qui lui était permis et qui le conserva et le digéra très bien, dès que j’ai eu fait cesser cette irritation de la base de la langue par la luette. C’est, là, l’état, chronique de ce qui s’observe toujours pendant les accès aigus de l’intoxication urineuse.

En même temps il y a ordinairement de la constipation habituelle.

Par moment, sous l’influence des causes les plus légères, la plus fréquente est un léger refroidissement, les troubles gastriques s’accentuent, l’état bilieux reparaît, les accès fébriles se produisent. Lorsque le cathétérisme est indispensable, la moindre érosion de l’urèthre, si fréquente chez ces malades qui se servent toujours trop longtemps de la même sonde, même lorsqu’elle est rugueuse ou éraillée, on voit l’intoxication urineuse aiguë se produire.

Lorsque ces phénomènes généraux se répètent, un état fébrile peu intense devient permanent. Le pouls est toujours assez fréquent, avec des exacerbations le soir et la nuit, suivies de sueur ou d’une moiteur fatigante. L’aspect général du sujet se modifie, tantôt la peau toujours chaude prend une teinte jaune bistre plus ou moins marquée, tantôt c’est une pâleur générale

avec l’aspect plus ou moins saillant des veines qui tranchent sous la peau par leur saillie et leur coloration foncées. En même temps il y a des lassitudes, des fatigues, des essoufflements faciles, des somnolences presque continues.

Lorsque cette pâleur générale persiste, il est bien rare qu’on ne voie pas apparaître des signes non douteux de l’urémie. Je viens de vous parler de la somnolence habituelle; elle devient quelquefois très intense. Dès que le malade assis n’a pas l’attention excitée, il s’endort. Pendant ce sommeil, il y a des mouvements nerveux brusques, soit localisés à la face, soit de tout le corps.

« Dernièrement, chez un malade que j’ai sondé pour la première fois, il y a six ans, pour une stagnation de 1500 grammes d’urines dont il était atteint depuis longtemps, et qui depuis a continué sa vie active d’affaires en se sondant trois fois par vingt-quatre heures, cette somnolence avec mouvement nerveux précédait des hémorrhagies se produisant tantôt par l’estomac ou par l’intestin, tantôt par le nez, tantôt par la vessie; chaque fois l’hémorrhagie était suivie d’un mieux relatif. Ce malade avait cette pâleur générale dont je viens de vous parler. Les urines de vingt-quatre heures, recueillies, étaient de 1500 grammes, de ce blanc laiteux opalin, à peine acide, contenant quelques mucosités. L’analyse n’y trouva que 7 grammes d’urée. Il n’y avait pas de sensibilité des reins à la palpation.

« Ce malade n’avait rien changé à son régime alimentaire azoté ordinaire. Je le mis immédiatement au régime lacté absolu. Lait à discrétion, mais rien que du lait. La quantité habituelle absorbée a été de trois litres par

vingt-quatre heures, il a fallu quatre cathétérismes par vingt-quatre heures au lieu de trois. Mais les somnolences diurnes ont bientôt disparu, ainsi que les mouvements brusques nerveux pendant le sommeil; les bémorhagies ont cessé et les forces générales ont paru s’améliorer. Après deux mois de ce régime, le malade a voulu revenir à son régime azoté; tous les accidents et les hémorrhagies ont reparu. Le retour au régime lacté a donné de nouveau un bon résultat. Voilà un malade dont les reins laissent passer les liquides sans permettre une élimination suffisante des matériaux azotés de l’excrétion urinaire. »

Ce fait d’urémie lente, bien franche, comme dernière étape des accidents dus à la stagnation d’urine, ainsi isolé de tous les troubles généraux de l’intoxication urineuse, est rare, mais il est typique. Il nous montre bien que l’urémie, à un degré plus ou moins grand, est la cause de ces états chroniques généraux observés chez les sujeLs arrivés à la période de la stagnation d’urine que nous étudions.

Sous l’inlluence d’un refroidissement, d’une fatigue, même sans causes appréciables, le malade esL pris brusquement d’une douleur lixe dans un rein, rarement dans les deux à la fois, et le plus souvent dans le gauche. La pression au niveau du bord externe du carré des lombes, immédiatement au-dessous des côtes, au sommet de l’angle rénal provoque une douleur. Une main étant appliquée en ce point, et l’autre déprimant la paroi abdominale au niveau de l’hypochondre du même côté, on sent souvent le rein, pris entre les deux mains, etdont on peut plus ou moins délimiter le volume. Plus il est

302 TROUBLES GÉNÉRAUX DUS A LA STAGNATION D’URINE gros et plus il envahit vers le plan médian de la cavité abdominale. Ce volume exagéré, cette véritable tumeur que vous tenez ainsi entre vos deux mains, vous fait croire de suite à la pyélonéphrite avec hydronéphrose, mais il ne faut pas conclure trop vite. Vous savez que le tissu ambiant du rein, sous l’influence de l’inflammation chronique de l’organe, devient plus dense, que les lames du tissu lamineux qui lui donnaient de la souplesse deviennent fibreuses. 11 en résulte une masse qui entoure le rein, y adhère, se déplace avec lui, et donne à la palpation l’idée d’une tumeur rénale considérable. Avant de conclure à l’hydronéphrosc, recherchez s’il n’y a rien sur le trajet de l’uretère. Souvent votre attention sera attirée vers ce conduit, par les douleurs spontanées qui existent sur son trajet, et au niveau du canal inguinal. Au palper vous reconnaîtrez le siège précis du point douloureux, vous constaterez que la tumeur constituée par le rein et le tissu qui l’entoure, se continue en bas avec un prolongement ovoïde, sensible à la pression et mat. Ce prolongement, dont j’ai pu plusieurs fois observer la marche descendante vers la vessie, permet d’affirmer l’hydronéphrose, cause des douleurs de coliques néphrétiques. Le plus souvent tout cet état douloureux, qui s’accompagne toujours d’une réaction générale plus ou moins vive, se termine par l’évacuation brusque par l’urèthre, de pus quelquefois pur, ordinairement d’urines troubles contenant des bourbillons mu co-purulents de volume variable. C’est là une terminaison heureuse.

La marche de ces accidents rénaux peut être tout autre. Le tissu périphérique s’enflamme, et on voiL se

produire le phlegmon périnéphrétique, qu’il faudra ouvrir. Ou bien la désorganisation du parenchyme rénal se produit, cl la mort est inévitable comme terminaison de cet état d’infection putride avec suppression d’urine, dont je vous ai parlé à propos de la palhogénie des lésions des reins. Ou bien la cavité rénale se laisse dilater par le liquide purulent, l’hydronéphrose s’accentue, et, malgré les symptômes généraux graves, il reste encore une chance de conserver la vie : c’est d’ouvrir largement cette poche au niveau du bord externe du carré des lombes. Deux fois j’ai fait cette opération de néphrétomie et les malades vivent avec une fistule, mais ils vivent.

Avant de passer à d’autres parties de notre sujet, je liens à vous dire que, pendant la période de diminution de la congestion de la prostate, que vous cherchez à obtenir par les moyens dont j’ai à vous parler bientôt, il peut se détacher des sinus veineux prostatiques un caillot ou des caillots dont la migration embolique peut amener la mort subite. Dans les cas de tumeur fongueuse du trigone vésical, on a signalé plusieurs faits de mort subite due à des embolies qui venaient des sinus prostatiques. Cela peut très bien se produire, sans qu’il y ait de fongus du trigone, la prostate étant seule le siège d’une congestion avec arrêt de la circulation dans ces sinus, et l’inflammation des parois des sinus provoquant facilement la coagulation du sang maintenu dans ces cavités.

J’ai observé le fait suivant: « Appelé près d’un homme de soixante ans, taillé en hercule, pour faire cesser une rétention d’urine, je trouve le col vésical tellement

304 TROUBLES GÉNÉRAUX DUS A LA STAGNATION D URINE. élevé en arrière du pubis que je 11e puis arriver jusqu’à son niveau avec une sonde quelconque. Le simple contact explorateur des instruments sur la région prostatique donnait beaucoup de sang. La prostate énorme, globuleuse, tendue par le sang, faisait une énorme saillie dans le rectum. Le doigt ne pouvait pas la délimiter. Les deux membres inférieurs étaient complètement variqueux. 11 y avait un varicocèle volumineux de chaque côté.

» C’est un des trois cas, jusqu’à maintenant, où je n’ai pas pu franchir par l’urèthre l’obstacle dû à la prostate. Je fis la ponction aspiratrice de la vessie avec l’appareil de M. Potain, je retirai un peu plus d’un litre et demi d’urineclaire. Douze heures après, je fis une seconde ponction. Je répétai l’aspiration deux fois dans la journée du lendemain. Pendant ces quarante-huit heures l’intestin fut vidé par un purgatif salin eL des grands lavements donnés avec ma longue canule, et j’appliquai six sangsues au périnée immédiatement en avant de l’anus, mise l’une après l’autre. Alors j’arrivai dans la vessie avec une sonde en gomme à grande courbure et à petit bec coudé. Je laissai la sonde à demeure, que je changeai toutes les vingt-quatre heures, pendant cinq jours. Frappé de l’abaissement considérable du col, la sonde arrivant bien plus rapidement dans la vessie et cela sans rencontrer d’obstacles, j’essayai de laisser le malade sans sonde, mais il n’urina pas et les efforts étant ici très dangereux, en raison de la congestion facile de la prostate, je mis à demeure une sonde en caoutchouc vulcanisé, qui entra sans difficulté dans la vessie.

La prostate avait beaucoup diminué, son tissu propre

était lies reconnaissable et le doigt la délimitait malgré son volume.

Le malade, ayant un état général très bon, se levait une partie de la journée. Quand il vidait sa vessie parsasonde, il n’éprouvait jamais l’excitation pour uriner, qui nécessite l’injection d’une petite quantité d’eau tiède. Pardessus la sonde il ne sortait que très peu de mucosités. 11 avait la sonde en caoutchouc vulcanisé depuis trois jours, par conséquent dix jours après la rétention.

En sortant de table, le soir à sept heures, il veut s’étendre sur son lit, éprouvant un léger malaise. Au moment même où il se met horizontal, il est pris d’une anxiété générale très courte et meurt immédiatement. »

J’ai pensé devoir rattacher cet accidenta une embolie provenant des sinus de la prostate, bien que, chez un sujet aussi variqueux, d’autres origines d’embolies sont très possibles. Je crois que la diminution assez rapide dans la décongestion de la prostate, la circulation de retour de cet organe se rétablissant ainsi, a pu plus l'acilement entraîner un caillot.

Messieurs, j’ai tenu à attirer votre attention sur la possibilité de cette mort subite.

Influence de l’état général .sur la marche «les accidents généraux et locaux.

Messieurs,

On comprend très bien qu’il faut un organisme ayant des tissus sains, capables de réagir, pour supporter les premiers cathétérismes et les transformations succèsnmd CET-

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