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IV. Les globules blancs à grosses granulations

Première variété : Mononucléaires incolores et translucides. — Cette première classe comprend une série de formes d'une taille très variable (Pl. I, fig. 1 et 2). Les plus petits mesurent à l'état sec, une fois un quart à une fois et demie le diamètre des globules rouges; les plus grands ont jusqu'à deux fois et demie ce diamètre. Ces derniers sont généralement irrégulièrement ovalaires, tandis que les formes petites sont arrondies. Ils représentent à l'état sec les plus grands éléments du sang (fig. 1 et 2, m).

Mais, quelle qu'en soit la taille, les mononucléaires clairs ont des caractères communs, permettant de reconnaître qu'ils appartiennent tous à la même famille. Le corps cellulaire offre à l'état humide un aspect nacré, homoj>ène ou très finement granuleux. Dans les préparations faites par dessiccation rapide, il se présente sous la forme d'une mince pellicule translucide, à reflet argentin, limitée par un bord fin et net, mais jamais déchiqueté ni hérissé de pointes. Ce disque protoplasmique est presque absolument dépourvu de granulations, sauf dans quelques formes un peu volumineuses où la solution triacide d'Ehrlich met parfois en évidence quelques rares granulations neutrophiles. Il ne retient aucune des matières colorantes généralement employées (aurantia, bleu de méthylène, etc.).

Le noyau présente des caractères tout aussi remarquables : il est unique, arrondi ou légèrement ovalaire et modérément colorable. L'aspect en est homogène ou très finement ponctué par de petits amas de chromatine. On y voit souvent un nucléole qui, suivant le mode de préparation, reste clair ou se montre sous forme d'une tache plus sombre. Ce noyau peut être légèrement incisé, même dans les plus petits globules, ainsi que je l'ai figuré dans mon livre sur le sang. Dans quelques grands éléments il est en bissac, en fer à cheval, cordiforme ou réniforme, et souvent aussi moins colorable que celui des petits éléments.

Ces éléments volumineux et à noyau plus incisé me paraissent être ceux qu'Ehrlich désigne sous le nom de formes intermédiaires. Il admet qu'ils représentent des formes de transition entre les mononucléaires et les polynucléaires. Cette opinion que jai déjà émise de mon côté, me paraît probable quoiqu'encore non

(Uablie, mais on remarquera qu'à l'état sec ces types dits intermédiaires ont souvent des dimensions supérieures à celles des polynucléaires.

Ce qui est certain, Messieurs, c'est qu'il existe tous les intermédiaires quant h la taille, entre les plus petits mononucléaires clairs et les plus volumineux . Par suite, on ne peut jamais faire un dénombrement précis des petits et des grands, parce qu'on rencontre des éléments moyens qu'on ne saurait où placer en faisant cette distinction.

Deuxièjne variété : Mononucléaires opaques et colorés. — Les éléments que je désigne ainsi constituent dans mon mémoire de 1878-79 les globules blancs de la variété 2 et ceux de la sous-variété 1 dans mon livre du sang. Ils correspondent aux cellules décrites par Ehrlich sous le nom de lymphocytes (1).

Pour en prendre une connaissance exacte, il faut les. étudier à l'aide de diverses colorations, et les examiner à l'état sec sans addition de baume, aussi bien que dans le baume (PL I, fig. 1 et 2, /).

Les lymphocytes sont de petits éléments ayant à peu près les mêmes dimensions que les petits mononucléaires incolores. Mais ils en diffèrent essentiellement par les caractères du disque et du noyau. Les plus petits ne dépassent pas le diamètre des globules rouges moyens ; ce sont les plus petits des globules blancs ; les plus volumineux atteignent jusqu'à une fois et demie le diamètre des hématies. Ehrlich et A. Lazarus les ont bien décrits, mais ils n'insistent pas assez sur cette particularité qu'ils sont colorés et ils ne les distinguent pas des petits mononucléaires clairs.

{{) G. IIayem, Des globules blancs mononucléaires du sang humain [Comptes rendus de la Soc. de biologie, 22 avril 1899).

DES GLOBULES BLANCS NORMAUX DU SANG. d25

Le disque étroit, opaque, homogène ou granuleux est limité par un bord souvent hérissé de quelques pointes ou de petits bourgeons, réfractant fortement la lumière à sec. Même sans l'intervention des matières colorantes, il olTre une couleur propre, rappelant celle des globules rouges, surtout au niveau du bord qui est plus foncé . A un fort grossissement vous remarquerez , cependant, que ce disque se différencie du corps des globules rouges par un aspect granuleux ou finement réticulé.

Il retient les diverses matières colorantes, mais n'a pas d'électivité propre : l'éosine, l'aurantiale colorent avec presque autant d'intensité que les globules rouges ; le bleu de méthylène en solution diluée lui fait prendre une coloration verdâtre sombre et permet ainsi de différencier très facilement ces leucocytes des autres mononucléaires. La thionine le colore aussi très fortement et le montre plus ou moins granuleux ; elle le teint au moins aussi fortement que les hématies, mais en lui faisant prendre une couleur différente, plus violacée.

Ces réactions sont plus sensibles sur les préparations non additionnées de baume (fîg. t).

Le noyau présente la même forme que celui des autres mononucléaires ; il est le plus souvent arrondi, plus rarement ovalaire ou légèrement échancré. Il est sombre et un peu excavé : si on rapproche l'objectif, le centre devient clair et la périphérie s'obscurcit ; l'inverse a lieu si on l'éloigné. Il offre d'ailleurs un aspect qui dépend du mode de préparation ; il peut être suivant les cas homogène, réticulé, nucléolé ou dépourvu de nucléole. L'hématéine et l'hématoxyline le colorent vigoureusenient, plus fortement que celui des mononucléaires et le fait détacher en foncé sur le fond plus clair du disque protoplasmique. Le bleu de méthylène.

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le colore généralement avec assez d'intensité pour le rendre à peu près aussi foncé que le disque, il le fait surtout se détacher en bleu sur le disque verdâtre ; enfin avec la thionine, il se détache généralennent en clair, bleuâtre sur un protoplasma plus coloré et violet. Dans tous les cas, il est toujours moins colorable que le noyau des globules rouges nucléés. Je n'ai pas vu entre le disque et le noyau la fente indiquée par Ehrlich . I^nfin , on ne reconnaît aucune forme intermédiaire entre les lymphocytes et les autres globules blancs du sang.

Il résulte de ces faits que les lymphocytes se présentent à l'observation sous des apparences variables qu'il faut connaître; il arrive même, parfois, que dans une même préparation, surtout lorsqu'il s'agit d'un cas pathologique, on en trouve de divers aspects.

Je signalerai deux types de lymphocytes qui pourraient être l'occasion d'une erreur d'interprétation : a) petits corps granuleux, opaques, foncés, à noyau clair ou peu distinct (préparations faites avec le bleu de méthylène ou la thionine) ; b) corpuscules à noyau foncé et à disque étroit, dont la coloration se rapproche de celle des globules rouges, ce qui fait que les éléments ressemblent aux globules rouges à noyau (préparations faites avec des colorants multiples).

Ti'oisième va?'iété : Poli/?iucléaires. — Ces éléments représentent la majorité des globules blancs. Plus volumineux que ceux de la variété précédente, ils sont composés d'une masse protoplasmique notable, contenant un seul noyau plus ou moins singulièrement découpé ou plusieurs noyaux. M. Ranvier a bien étudié les diverses particularités de ces noyaux.

Les polynucléaires étant maintenant bien connus, il me paraît inutile d'en reprendre la description détaillée.

Us renferment des granulations dont Ehrlich a montré les propriétés tinctoriales. Celles qui se colorent en violet par la solution triacide sont les granulations habituelles des globules polynucléaires, désignées par cet auteur sous l'épithète de neiitrop/iii es [Pl. I, fig. 1 et 2).

Quatrième variété : Globules blancs à grosses granulations. — Les éléments à grosses granulations, toujours peu abondants dans le sang normal, comprennent deux variétés ayant comme caractère commun de renfermer des granulations relativement volumineuses (Pl. I, fig. 2).

Dans la première, les granulations sont d'égale volume et fixent les couleurs dites acides (éosinophiles d'Ehrlich) ; dans la seconde, les granulations sont d'un volume A'ariableetfixent les couleurs dites basiques (Mastzellen). On pourrait donc admettre que les globules blancs à grosses granulations comprennent les deux sous-variétés suivantes : 1° les acidophiles (éosinophiles); 2" les basophiles (Mastzellen).

Les granulations des acidophiles se détachent particulièrement bien dans les préparations fixées par la chaleur, mais ce mode de fixation n'est pas indispensable pour les mettre en évidence. Chez l'homme elles fixent avec intensité les couleurs dites acides et en particulier l'éosine et la fuchsine acide (fig. 2, e).

Le noyau de ces éléments est généralement double, peu colorable et formé par deux masses ovalaires, nucléolées, rejetées latéralement et réunies par un pont étroit. M. Jolly a insisté récemment sur cette disposition que j'ai figurée dans mon livre du sang (1),

(1) J. Jolly, Recherches sur la valeur morphologique et la signification des différents types de globules blancs [Archiv. de Méd. expér. et d\mal. palhoL, n" 5, septembre 1898, p. 647).

Les globules blcincscà grosses granulations basopliiles ne se rencontrent que d'une manière exceptionnelle dans le sang normal. Il n'est pas rare de parcourir avec soin plusieurs préparations sans en trouver un seul exemplaire. Ce sontdes éléments d'un volume variable, atteignant parfois la taille des plus grands polynucléaires. Ils renferment des granulations brillantes, restant incolores dans les préparations ordinaires et masquant en partie un noyau volumineux, diversement découpé, comme diflusé, et ayant une faible affmité pour les colorants (Pl. III, fig. .3, del i, é).

Traités par la thionine, les basopliiles montrent des granulations inégales, parfois très volumineuses et colorées en violet ou en violet brun. Le bleu de méthylène peut également colorer ces granulations (Pl. 1, tîg. 2,^).

Les globules blancs à granulations basophiles qui paraissent n'appartenir qu'accidentellement au sang normal de l'homme sont parfois abondants dans certains cas pathologiques, notamment dans la leucémie.

Proport'mi des diverses variétés de globules blancs dans le sang normal. — A l'état pathologique, la proportion respective des différentes variétés de globules blancs peut subir des modifications considérables. Vous comprenez donc tout l'intérêt qu'il y a à connaître quelle en est la proportion exacte dans le sang normal. Mais comme on se trouve dans la nécessité de compter les éléments à l'état sec, il est bien plus difficile d'avoir des résultats précis que lorsqu'on fait les numérations dans des mélanges liquides. Ehrlich estime que :

Totalité des leucocytes.

La variété 1 (lymphocytes) représente. 22 à 25 p. 100

Les variétés II et 111 (grands mononucléaires et formes intermédiaires) représentent 2à 4 —

La variété IV(poIynucléaires) représente. 70 à 72 —

— V (éosinophiles) — . 2 à 4 —

— VI (Mastzellen) — . 0,b —

Mes calculs n'ont encore porté que sur un petit nombre de cas normaux (quatre personnes différentes) ; il faudrait encore les multiplier. Toujours est-il que les résultats que j'ai obtenus sont sensiblement différents de ceux d'Ehrlich.

Je vais vous les énoncer, tout en ne les considérant pas comme définitifs, en raison des incertitudes de la méthode qui consiste à faire la numération des éléments répartis dans une préparation de sang desséché :

Totalité des leucocytes.

\'ariélé L Mononucléaires clairs (incolores). 26 p. 100(1)

— II. Mononucléaires opaques (colorés). 10 —

— m. Polynucléaires 62,5 —

— IV. Elém. à grosses granulations 1,5 —

J'ai VU récemment que MM. Leredde et Bezançon étaient arrivés à des résultats analogues (2).

La différence entre mes estimations et celles d'Ehrlich montre clairement que l'auteur allemand confond avec les lymphocytes les petits mononucléaires clairs et qu'il ne compte comme grands mononucléaires et comme formes intermédiaires que les plus gros globules à protoplasma non granuleux.

Si vous voulez vous rendre un compte exact des dif-

(1) La moitié est représentée par des petites formes.

(2) E. Leredde et I*'. Bezanço.n, Principales formes cellulaires dés tissus conjonctifs et du sang {Presse médicale, %d nov. 1898).

G. Hayem. — Clinique médicale. 9

130 DES GLODULES DLANCS NORMAUX DU SANG.

férences que présentent les variétés de globules blancs, je vous engage à examiner le sang de quelques animaux. Parmi ceux dont on peut se procurer facilement des échantillons de sang, je vous recommande à cet égard le cheval. Permettez-moi donc de compléter la description précédente par un court examen des globules blancs de cet animal (Pl. I, fig. 3).

Chez le cheval, les leucocytes sont plus volumineux que ceux de l'homme, bien que les hématies soient un peu plus petites que les globules rouges humains.

Les deux variétés de petits mononucléaires sont très distinctes, notamment dans les préparations traitées parle bleu de méthylène. Les clairs sont peu abondants. Les opaques ou colorés, relativement plus nombreux que ceux du sang de l'homme, sont d'un diamètre variable ; les plus grands atteignent à peu près les mêmes dimensions que lespolynucléaires. Le bleu de méthylène colore avec une telle intensité le protoplasma granuleux, opaque de ces lymphocytes, que le noyau de l'élément apparaît clair, et est assez souvent en partie masqué.

On rencontre dans le sang du cheval un petit nombre de grands mononucléaires clairs, atteignant ou dépassant le diamètre des polynucléaires, et présentant un grand noyau, à contour parfois peu précis et irrégulièrement incisé.

Les polynucléaires du cheval ont un protoplasma d'une grande homogénéité et dépourvu presque absolument de granulations dites neutrophiles. Ils renferment un très beau noyau réticulé à étranglements multiples, de forme variable, plus rarement plusieurs noyaux séparés.

Les globules blancs à grosses granulations sont

DES GLOBULES BLANCS NOllMAUX DU SANG. 13)

sensiblement plus abondants chez le cheval que chez l'homme. Userait intéressant d'en faire le dénombrement (fig. 3, b, e, e\ e").

La variété à grains acidopliiles est tout-à-fait remarijuable. Elle est constituée par des éléments volumineux, remplis de grosses granulations arrondies, très réfringentes, groupées à la façon de grains de raisin.

Ces granulations, beaucoup plus grosses que les grains éosinophiles de l'homme, masquent en partie les noyaux et donnent à l'ensemble de l'élément un aspect mûriforme très particulier. Ces globules à gros grains correspondent très certainement aux éléments (lits éosinophiles, bien que les granulations qu'ils renferment ne fixent pas de la même manière les matières tinctoriales que les grains éosinophiles des éléments de l'homme et de beaucoup d'autres animaux. L'éosine les colore faiblement, et avec la solution dite triacide on observe une réaction spéciale. Dans les préparations récemment faites, les grains offrent une coloration rouge grenat un peu sombre. Peu à peu cette coloration tire au violet, et dans la même préparation on voit des éléments dont les grains sont diversement colorés. Ces particularités semblent indiquer que ces très grosses granulations sont, chez le cheval, plutôt neutrophiles qu'acidophiles (fig. 3, e").

Les globules blancs à grosses granulations basophiles sont également plus abondants et plus constants dans le sang du cheval que dans le sang de l'homme. De même que chez ce dernier, ils ont un noyau se colorant, faiblement et diversement découpé. Us renferment des granulations de taille variable, quelques-unes très volumineuses, prenant, avec la thionine, une coloration bleuâtre ou violette, tirant parfois sur le brun.

Kilos peuvent également être colorées i)ar le bleu de méthylène (fig. 3, h).

Les plus grosses atteignent les dimensions des grains des globules blancs de la variété précédente (1).

Pour m'assurer que les mononucléaires opaques méritent bien le nom de lymphocytes, j'ai comparé les éléments de la lymphe du cheval k ceux du sang.

Les échantillons de lymphe dont je me suis servi ont été obligeamment recueillis par mon ami, M. Barrier, dans un des troncs satellites de la carotide.

Cette lymphe renfermait quelques globules rouges.

Les préparations faites par dessiccation ont été fixées par l'osmium et colorées, tantôt par le bleu de méthylène, tantôt par l'emploi successif de l'éosine et de l'hématéine (Pl. I, fig. 4).

Presque tous les globules blancs de la lymphe appartiennent à une seule variété. Ils sont de taille variable : les plus grands atteignent le diamètre des polynucléaires du sang; les plus petits sont d'un diamètre de 5 p., 5 à 6 p., c'est-à-dire inférieur à celui des hématies.

Dans les préparations faites avec le bleu de méthylène, ils sont granuleux, fortement colorés en bleu, à contour légèrement irrégulier et plus clair au centre qu'à la périphérie. Cet aspect résulte de ce fait que les globules blancs de la lymphe sont constitués par un gros noyau, se colorant faiblement, dans lequel on ne voit nettement ni réseau chromatique, ni nucléole, et par un disque protoplasmique peu abondant formant autour du noyau un anneau granuleux, opaque. Dans quelques éléments, les granulations protoplas-

(1) G. Hayeh, Sur les globules blancs du sang de cheval [Comptes rendus de la Soc. de biologie, p. 613, 1899).

DES GLOBULES BLANCS iNOHMAUX DU SANG. ISii

iniques liiies et serrées masquent en partie le noyau.

Les plus petits éléments présentent les mêmes caractères que les moyens et les gros, mais la forme en est plus régulièrement arrondie et le disque protoplasmique très étroit est hérissé à la surface de prolongements nombreux, déliés, parfois assez longs pour simuler des cils.

A l'aide de l'éosine et de l'hématéine, on obtient une coloration assez intense du noyau, dans lequel on peut voir quelques traînées de chromaline et quelquefois un nucléole ; le disque protoplasmique très étroit, comme plissé, est coloré faiblement, mais nettement, par l'éosine.

Les préparations de lymphe sont dépourvues de mononucléaires clairs ; les globules blancs qu'elles renferment sont des mononucléaires opaques, absolument semblables à ceux du sang, avec cette différence toutefois que les très petits éléments, dont le diamètre est inférieur à celui des globules rouges, quoique abondants dans la lymphe, sont exceptionnels dans le sang.

11 résulte de cette étude que c'est bien aux mononucléaires opaques du sang qu'il faut réserver le nom de /y/7?;;//ocy^(?s.Lesmononucléaires clairs qu'on observe régulièrement dans le sang ne paraissent pas y être apportés par la lymphe et, cependant, ce sont ces éléments dont le nombre est augmenté dans la forme de leucémie dite lymphatique.

Dans quelques échantillons de lymphe, on trouve, en outre des lymphocytes, quelques globules blancs à grosses granulations arrondies, ressemblant à des grains de raisin (acidophiles). La lymphe examinée renfermait, il est vrai, du sang, mais en si faible proportion qu'il est difficile d'admettre que les éléments granuleux provenaient du sang et non de la

lymphe. IJ'aillours, il n'existait pas dans les préparations deléments polynucléaires qui, vous l'ave/ vu, sont les globules blancs les plus abondants.

J'ai terminé ce que j'avais h vous dire touchant les globules blancs normaux. Il me reste encore à vous fournir sur l'anatomie pathologique de ces éléments quelques renseignements que nous aurons bientôt à ' utiliser.

Les premiers observateurs se sont presque exclusivement occupés des variations numériques des leucocytes. Virchow, cependant, qui le premier a fait connaître diverses sortes de leucocytose, a distingué une leucémie à gros globules et une leucémie à petits globules. La première caractérisait la forme splénique, la seconde la forme ganglionnaire.

Plus tard, lorsque les diverses variétés de leucocytes ont été mieux définies, on a reconnu que le problème est plus complexe.

On a dû tenir compte, non seulement de l'augmentation ou de la diminution du nombre total des globules blancs, mais encore des combinaisons multiples résultant des variations dans les proportions relatives des diverses variétés de ces éléments. Et, en effet, l'augmentation des leucocytes peut porter sur une ou plusieurs variétés, les autres restant en proportion normale ou même plus petite que normalement.

On a vu, en outre, que les variations numériques totales ou relatives, se compliquent souvent de modifications dans les caractères morphologiques des globules blancs.

Je laisserai de côté, pour le moment, l'étude assez complexe des leucocytoses, pour m'occuper uniquement

DES ALTÉRATIONS DES GLOBULES DLANCS DU SANG. 13b

des altérations liistologiqiies. Et encore, me bornerai-jo à vous énoncer quelques notions générales, qui nous serviront de guide pour nos études ultérieures.

L'histoire pathologique des leucocytes est encore assez imparfaitement connue, car elle n'a pu prendre une certaine précision que depuis l'emploi relativement récent des procédés de préparation dont je vous ai entretenus.

Ehrlich et A, Lazarus, qui ont résumé l'état actuel de nos connaissances sur ce point, décrivent sous le nom de formes anormales, toutes les modifications histologiques que peuvent présenter ces éléments.

Il y a lieu à cet égard de faire remarquer que ces formes, dites anormales, résultent tantôt de simples altérations d'éléments existant constamment dans le sang, tantôt de la pénétration dans la circulation de cellules qui restent habituellement dans les organes formateurs. Ce sont ces derniers éléments qui seuls constituentà proprement parler les formes anormales.

Cette distinction otTre une certaine importance.

Les globules blancs ne se multiplient guère dans le sang circulant. Dans . les cas pathologiques où l'on observe des accroissements rapides d'une ou de plusieurs variétés de ces éléments, on ne trouve que d'une manière tout à fait exceptionnelle dans le sang des leucocytes en voie de division.

Les diverses leucocytoses, quelles que soient les formes sous lesquelles se présentent les éléments multipliés, expriment donc toujours un état anormal des organes formateurs ou destructeurs. Mais cet état anormal est variable, tant au point de vue du siège que de la nature des lésions et on peut en juger souvent à l'aide des caractères des éléments accumulés dans le sang.

136 UISS GLOBULES ULANCS NOHMAUX DU SAiNG,

C'est pour ce inolif qu'il esl iiiléressant en clinique de se préoccuper à la foisdesmodificaliousquanLitatives et qualitatives des globules blancs.

D'autre part, il paraît certain que si les globules blancs ne se multiplient pas dans le sang, ils y subissent une sorte d'évolution. Quand par suite d'un état pathologique cette évolution éprouve un trouble notable, les formes qui existent normalement dans le sang peuvent, alors môme qu'elles n'ont subi aucune variation quantitative, présenter des modifications structurales plus ou moins appréciables.

Parmi les éléments n'appartenant pas à la constitution régulière du sang, il convient de citer en premier lieu les globules blancs gifiantesqnes que j'ai signalés dans la leucémie. M. Cornil a montré qu'ils sont analogues aux grands éléments de la moelle des os et, depuis, Ehrlich les a décrits sous le nom de myélocytes. Ce sont tantôt de grands mononucléaires à noyau se colorant faiblement et à fines granulations protoplasuiiques, parmi lesquelles quelques unes se colorent comme les grains neutrophiles, tantôt des éléments à noyau unique ou double et à grains éosinophiles. A côté de ces éléments de dimensions colossales, Ehrlich a vu des formes petites et intermédiaires ayant les mêmes caractères.

Nous aurons l'occasion de les décrire avec plus de détails, lorsque je vous présenterai des malades atteints de la forme dite myélogène de la leucémie.

Ils constituent un des caractères hématologiques importants de cette maladie, mais on peut rencontrer aussi des mononucléaires de très grande taille — en très petit nombre, il est vrai — dans d'autres états morbides, notamment dans l'anémie extrême, et môme, ainsi que A. Lazarus l'a signalé, dans l'anémie post-hémorragique.

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