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QUATORZIÈME LEÇON

CHLOROSE (suite).

Du prétendu chloro-brightisme (1).

Messieurs,

Les travaux cliniques parus dans ces dernières années ont dépeint la chlorose sous des couleurs un peu sombres. Je vous ai dit récemment que, d'après quelques médecins, la chlorose serait presque toujours accompagnée de tuberculose. De son côté, mon collègue, M. Dieulafoy, accuse cette maladie de se combiner souvent au redoutable mal décrit par Bright et, pour exprimer cette sorte de complexus pathologique, il a créé l'expression à& chloro-brightisme. Fort heureusement la chlorose n'a pas cette gravité : les cas simples sont d'une bien autre fréquence que ceux de chloro-tuberculose. Quant au mal de Bright, nous allons examiner si réellement on doit le considérer comme s'alliant assez souvent à la chlorose.

Je cherche depuis longtemps l'occasion de vous montrer une chlorotique atteinte de néphrite chronique ; je ne l'ai pas rencontrée. Mais nous avons en ce moment, au n° 5 bis de notre salle Moïana, une jeune malade qui nous permettra de traiter la question du chloro-brightisme, en même temps qu'elle vous pré-

(1) Leçon du 16 janvier 1897.

senlera un exemple d'une variété d'albuminurie intéressante à connaître, mais encore mal précisée, décrite sous le nom à'albiiminune inlermiltenle .

Je passe rapidement sur les antécédents héréditaires de la malade. Sa sœur, aujourd'hui mariée, a été longtemps anémique. Ses père et mère, ses trois frères sont bien portants.

A quatre ans, elle eut la rougeole, à six ans la fièvre typhoïde, un peu plus tard la varioloïde. Elle fut réglée à douze ans et demi. La menstruation fut normale pendant huit mois, puis disparut. L'aménorrhée existe encore aujourd'hui.

Peu après l'établissement des règles, la malade devint anémique et entra à l'hôpital Trousseau. Elle y fit du reste trois séjours successifs, toujours à cause de sa pâleur et de la perte de ses forces. Depuis trois ans elle n'a guère cessé de se soigner et de prendre des médicaments, en particulier des préparations ferrugineuses et du bromure de potassium.

Comme vous le voyez aujourd'hui, c'est une grande jeune fille, paraissant deux ou trois ans de plus que son âge, aux pommettes colorées, malgré la pâleur des téguments et des muqueuses. Ses yeux sont cernés et sa physionomie exprime une grande lassitude. La figure paraît un peu bouffie.

Le corps est assez fortement charpenté. Les membres sont gros, la poitrine est bien développée. Le corps thyroïde n'est pas hypertrophié.

Au niveau de la jugulaire, on perçoit par l'application du doigt un frémissement vibratoire et on entend avec le stéthoscope un souffle continu avec renforcements.

Le souffle mésosysloli([iie et sus-apexien, que nous

G. Hayem. — Clinique médicale. 14

210 CHLOROSE. — DU PKIÎITEINIJU CllLOHÛ-UaiGllTISME.

avons constaté il y a quelques jours, n'est plus perceptible. Le pouls (84 p. par minute) est plutôt faible, petit.

L'appareil respiratoire ne présente aucun autre phénomène à noter que quelques râles de bronchite en voie de disparition.

Ni le foie ni la rate ne sont augmentés de volume.

Il existe une leucorrhée abondante et persistante.

Tout l'intérêt de l'observation réside, en somme, dans l'étude des troubles dyspeptiques et urinaires et des caractères du sang. Je vais m'efforcer d'analyser en détail ces faits particuliers.

L'appétit est irrégulier, capricieux. Il était faible autrefois, il est un peu plus vif, depuis quelque temps.

La malade mange un peu de tout, surtout des légumes verts. Elle n'aime pas la viande et a peu de goût pour les aliments vinaigrés. Elle boit aux repas un peu de vin rouge coupé d'eau, mais elle prend du café cinq fois par jour, près d'un litre!

Elle a souffert autrefois de l'estomac, mais depuis deux mois les digestions ne sont plus douloureuses. Il faut ajouter que cette amélioration a coïncidé avec l'abandon de son corset qui l'étouffait et grâce auquel elle s'était, une fois, trouvée mal. Elle avoue d'ailleurs qu'elle se serrait beaucoup. La déformation produite par le corset est tellement évidente que toute négation serait superflue.

Pas de vomissements. Constipation habituelle.

Comme signes physiques, on ne trouve pas de dilatation appréciable à la percussion, pas de clapotage ; mais on entend un léger bruit de succussion quand on agite le tronc.

À jeun, l'estomac ne renferme pas de liquide. L'analyse en série, après repas d'Ewald, a donné les résultats suivants (11 janvier 1897) :

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