QUINZIÈME LEÇON
CHLOROSE (suite).
Mort subite par oblitération de l'artère pulmonaire au cours de la chlorose (1).
Messieurs,
Vous vous rappelez certainement cette malade âgée de vingt et un ans, qui, couchée au lit n° 20 de la salle Moïana, mourut subitement il y a quinze jours.
A son entrée dans le service, le 4 février dernier, elle présentait tous les signes d'une chlorose classique, associés cependant à quelques phénomènes insolites. On ne trouvait rien de particulier dans ses antécédents héréditaires. Elle avait été réglée à douze ans et demi et c'est à cette époque que remontait la première atteinte de la maladie pour laquelle elle était venue demander nos soins.
Le 14 février, à la suite d'une vive émotion, elle se dresse sur son lit, pousse un cri, retombe et meurt avec une écume blanche non sanguinolente sur les lèvres. Cette scène avait duré une minute à peine.
L'étude de ses antécédents personnels montre qu'en 1894 elle avait eu une phlegmatia alba dolens de la jambe gauche, affection pour laquelle elle dut s'aliter deux mois. Comme conséquence, elle éprouva dans la
(1) Leçon du 29 février 1890, recueillie par M. Parinentier, chef de clinique.
CllLOUOSE. — MORT SUBITE PAR OBLITÉRATION. 22b
même jambe des douleurs attribuées à une sciatique et qui furent traitées à l'hôpital pendant cinq mois. .,
Au mois de juillet 1895, apparurent des battements de cœur, de la dyspnée parfois angoissante, un affaiblissement extrême et une sensation d'oppression qui reparaissait au moindre exercice. Son médecin lui ordonna du fer et de la digitale.
Les principaux symptômes qu'elle accusait à son entrée dans le service consistaient en une toux sèche, une céphalalgie constante, et en des palpitations très violentes qui lui rendaient la marche à peu près impossible.
Elle se plaignait aussi d'un point de côté siégeant sous le sein gauche.
Elle toussait fréquemment, mais cette toux ne s'accompagnait pas d'expectoration. Il importe de remarquer qu'elle n'eût jamais d'hémoptysie.
Indépendamment de ces phénomènes particuliers, elle présentait tous les symptômes de la chlorose classique : pâleur verdâtre, bouffissure légère, frémisT sèment dans les vaisseaux du cou, bruit de rouet, etc.
Le pouls était petit et faisait contraste avec les battements du cœur violents et précipités. Par instant, on percevait dans la région de la pointe un frémissement vibratoire. L'auscultation faisjait entendre un bruit variable : il semblait tantôt extra-cardiaque et râpeux et simulait un frottement. Parfois, il paraissait surajouté et déterminait un rythme analogue au bruit de galop. Il ne se modifiait pas sous l'influence des variations d'attitude, mais changeait de caractères, pour ainsi dire, sous l'oreille.
L'auscultation des poumons ne faisait constater qu'un peu de rudesse respiratoire. Il n'y avait pas de
G. Hayem. — Clinique médicale. 15