HUITIÈME LEÇON
Des attaques apoplectiformes dans la sclérose en plaques. — Des périodes et des formes. — Physiologie pathologique. — Etiologie. — Traitement.
SoMMxViRE. — Attaques apoplectiformes. — Leur fréquence dans la sclérose en plaques disséminées. — Considérations générales sur les attaques apoplectiformes dans la paralysie générale et dans les cas de lésions cérébrales en foyer de date ancienne (hémorrliagie et ramollissement du cerveau). — Patliogénie des attaques apoplectiformes : insuffisance de la théorie de la congestion. — Symptômes : Etat du pouls; élévation de la température centrale. — Cas d'attaques apoplectiformes cliez d'anciens hémiplégiques. — Importance de la température au point de vue du diagnostic.
Des périodes dans la sclérose en plaques. — Première, seconde et troisième périodes. — Symptômes de paralysie bulbaire. — Des formes et de la durée de la sclérose en plaques.
Physiologie pathologique. — Relation entre les symptômes et les lésions.
Etiologie. — Influence du sexe et de l'âge. — Hérédité. — Affections nerveuses antérieures. — Causes occasionnelles : action prolongée du froid humide ; traumatisme. — Causes morales.
Pronostic. — Traitement.
Messieurs,
Je me propose aujourd'hui d'appeler en premier lieu votre attention sur certains accidents cérébraux qui peuvent venir compliquer la symptomatologie de la sclérose en plaques cérébro-spinale. Il s'agit d'attaques apoplectiformes qui se présentent quelquefois à plusieurs reprises dans le cours de la maladie et qui, parfois, terminent la scène. Ces attaques ne se sont pas produites jusqu'ici, chez Mlle V..., dont l'histoire clinique est d'ailleurs si complète à beaucoup d'égards; mais rien ne permet
250 ATTAQUES APOPLECTIFORMES
d'affirmer qu'elles ne surviendront pas quelque jour. En effet, ce n'est pas là une complication rare : je la trouve signalée dans un cinquième environ des faits que j'ai rassemblés et je l'ai, pour mon compte, observée au moins dans trois cas ».
L'ensemble symptomatique qui constitue les attaques en question n'appartient pas en propre à la sclérose multiloculaire. Il se présente dans nombre d'affections qui intéressent à la fois plusieurs points de l'axe cérébro-spinal, en particulier dans la paralysie générale progressive. C'est même dans cette dernière maladie que les attaques congesiives — ce nom sert à les désigner assez communément, du moins en France, — ont été surtout étudiées en raison de leur fréquence. On les rencontre là sous les formes assez variées qu'elles peuvent revêtir. Aussi la description de ces attaques dans la paralysie générale progressive a-t-elle motivé de nombreuses divisions et subdivisions. Mais, en somme, toutes les variétés' de forme que l'observation clinique a fait reconnaître, — je ne veux envisager ici que les attaques de quelque intensité, — peuvent être ramenées, si je ne me trompe, à deux types fondamentaux, à savoir : 1° les attaques apoplectif ormes [pseuclo-ajjovlexy des médecins anglais ) ; 2° les attaques convulsives ou épileptifo}V7ies. Les caractères des deux types peuvent d'ailleurs s'entremêler et se confondre dans un même accès. Seul le premier type a été rencontré, quant à présent, dans la sclérose en plaques ; . mais il n'est pas douteux qu'en se multipliant, les observations relatives à cette affection permettent un jour de compléter le tableau.
Parmi les autres maladies organiques des centres nerveux dans lesquelles on observe fréquemment les attaques épileptiformes ou apoplecti formes, je me bornerai à signaler certaines
^ Observation III du mémoire de M. Vulpian, communiquée par M. Charcot ; Observation de la nommée Byr (Charcot); — Observation de Nicolas, présentée à la Société de Biologie, par jNI. Joffroy.
ATTAQUES APOPLECTIFOBMES 251
lésions cérébrales en foyer de date ancienne et accompagnées d'hémiplégie permanente. Telles sont VJiémorrhagie cérébrale ou le ramollissement du cerveau, lorsqu'ils ont occupé les régions de l'encéphale dont la lésion a pour effet de déterminer presque à coup sûr les altérations cérébro-spinales .connues sous le nom de scléroses fasciculées descendantes.
Entre ces lésions partieUes du cerveau et la paralysie générale progressive, il semble au premier abord qu'il n'existe aucun point de contact. Yoici cependant, Messieurs, un trait qui les rapproche : les observations de M. Magnan et celles de M. Westphal ont fait voir que, dans la paralysie générale, aux lésions de la périencéphalite se surajoute très souvent une altération scléreuse, tantôt diffuse, tantôt fasciculée, qui occupe à la fois les pédoncules cérébraux, la protubérance, le bulbe et certaines régions de la moelle épinière. Or, ces lésions cérébro-spinales, tant en raison de leur mode de distribution que par la nature même du processus morbide, méritent d'être assimilées aux scléroses fasciculées descendantes consécutives à l'hémorrhagie ou au ramollissement du cerveau. Nous savons, d'un autre côté, que, dans la sclérose multiloculaire, les plaques scléreuses occupent non seulement la moelle épinière (Voyez Pl. III et IV) et le cerveau proprement dit (Pl. I et II), mais, en outre, très habituellement, les diverses parties de l'isthme de l'encéphale et, en particulier, le bulbe (Pl. I, Fig. i et 5). Vous voyez par là que l'existence de lésions irritatives disséminées un peu partout dans l'axe cérébro-spinal, mais toujours présentes dans l'isthme est un caractère commun à toutes les affections en apparence si disparates auxquelles se surajoutent les attaques dites congestives. Je signalerai surtout à votre attention l'existence constante de la lésion bulbaire, laquelle, très vraisemblablement, est un élément prédominant dans la production de ces attaques.
Quoi qu'il en soit, Messieurs, il s'agit là d'altérations perma-
252 ATTAQUES APOPLECTIFORIVIES
nentes, à évolution lentement progressive. Elles ne sauraient par conséquent, sans le concours d'autres lésions, expliquer le développement d'accidents qui se produisent le plus souvent presque subitement et peuvent disparaître très rapidement sans laisser de traces. Je n'ignore pas que beaucoup de médecins font intervenir ici, aujourd'hui encore, une congestion sanguine partielle, une fluxion qui, suivant les besoins de la cause, se porterait sur telle ou telle partie de l'encéphale. Je ne saurais, pour mon compte, souscrire à cette hypothèse. Pour justifier mon scepticisme à cet égard, j'invoquerai d'abord les souvenirs de ceux d'entre vous qui, dans cet hospice, sont attachés aux services d'aliénés. Combien de fois n'ont-ils pas été désappointés en ne rencontrant pas, à l'autopsie, la lésion congestive sur laquelle ils comptaient ? Mais j'invoquerai surtout les observations que j'ai été à même de recueillir dans le champ habituel de mes études. Maintes fois j'ai eu l'occasion de voir succomber à la suite d'attaques, soit épileptiformes, soit apoplectiformes, des sujets atteints depuis longtemps d'hémiplégie par le fait du ramollissement ou de l'hémorrhagie intra-encéphaliques. Or, en pareil cas, quelque attention que j'aie apportée à l'autopsie, il m'a toujours été impossible de découvrir, soit dans les centres nerveux, soit dans les viscères, une lésion récente congestive, œdémateuse ou autre, pouvant expliquer les symptômes graves qui avaient marqué la terminaison fatale ; je n'ai rencontré jamais que les lésions anciennes — foyers ocreux, plaques jaunes ou foyers d'infiltration celluleuse — qui tenaient l'hémiplégie sous leur dépendance et les dégénérations secondaires du mésocéphale et de la moelle qui sont la conséquence de ces lésions partielles des hémisphères. Je crois en somme que, dans l'état actuel de la science, l'absence de lésions propres est, anatomi- (luement parlant, un trait commun à ces attaques, quelle que soit d'ailleurs la forme qu'elles affectent et la maladie à laquelle elles se rattachent.