‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 101 sur 203 · RÉSULTATS THERMOMÉTRIQUES - 2G · texte numérisé non relu

RÉSULTATS THERMOMÉTRIQUES - 2G

En ce qui concerne la symptomatologië des attaques apoplectiformes et épileptiformes, pour ne point entrer dans les détails d'une description en règle, je me bornerai, Messieurs, à relever les particularités suivantes. La scène s'ouvre en général inopinément, sans prodromes bien accentués, tantôt par une obnubilation rapide et plus ou moins prononcée des facultés intellectuelles, tantôt par un coma profond survenant tout à coup. Il s'y adjoint, dans certains cas, des convulsions qui rappellent celles de l'épilepsie ordinaire, mais qui se localisent toutefois, en général, à un côté du corps {attaques épileptiformes). D'autres fois, les convulsions font défaut [attaques apoplectif ormes). Dans les deux cas, il est fréquent de voir se développer, dès l'origine, une hémiplégie plus ou moins complète, tantôt avec flaccidité, tantôt, mais plus rarement, avec rigidité des membres paralysés. Les symptômes peuvent s'accuser progressivement dans l'espace de quelques jours et conduire à la mort. Celle-ci s'annonce en général par le développement rapide d'eschares à la région sacrée. Si, au contraire, le malade doit survivre, la disparition des accidents ne se fait pas longtemps attendre ; l'hémiplégie est le seul symptôme qui persiste pendant quelque temps encore, mais elle se dissipe elle-même, tôt ou tard, sans laisser de traces.

Les attaques se produisent habituellement plusieurs fois, en général à de longs intervalles, pendant le cours de la maladie. En ce qui a trait à la sclérose en plaques, elles ont été notées trois fois dans l'observation El du mémoire de M. Vulpian, trois fois dans le fait de Zenker * et jusqu'à sept fois dans celui de M. Léo 2. Toujours ces accès ont laissé après eux une aggravation notable et persistante de tous les symptômes dé la maladie primitive.

' Bourneville et Guérard, loc. cit., p. 112. * Ibid., p. 112.

L'esquisse que je viens de vous présenter, Messieurs, serait par trop imparfaite, si je ne signalais pas à votre attention les troubles de la circulation et de la calorification qui, en règle générale, se manifestent dans le cours des attaques. Le pouls se montre toujours plus ou moins accéléré, mais de plus, et c'est là le point important, la température des parties centrales s'élève rapidement ; elle peut dans les premières heures qui suivent l'invasion atteindre 38°,5 ou même 39°. Il est fréquent qu'au bout de 12 ou 24 heures, elle s'élève jusqu'à éO» et se maintienne à ce chiffre pendant quelques heures, sans que la situation soit pour cela nécessairement compromise. Mais si le malade doit survivre, la température décroît bientôt rapidement. Un chiffre au-dessus de 40° amène presque toujours la terminaison fatale.

Ces modifications de la température centrale ont été étudiées par M. Westphal dans les attaques épileptiformes et apoplectiformes de la paralysie générale progressive; les ai retrouvées dans les attaques qui sui-viennent chez les sujets atteints (['hémiplégie ancienne, consécutive à Vhémorrhagie ou au ramollissement du cerveau. Afin de mieux fixer vos idées, à ce sujet, je crois utile de vous présenter très sommairement les détails de deux observations relatives aux cas du dernier genre.

Le premier fait concerne une femme âgée de 32 ans, atteinte d'une hémiplégie du côté droit, datant de l'enfance. Il y avait atrophie générale, rigidité et raccourcissement des membres, paralysie, ainsi que cela se voit généralement en pareil cas. Cette femme était sujette à des attaques épileptiformes. Elle fut amenée à l'infirmerie quelques heures après le début d'une attaque plus intense que d'habitude. Le soir même de son entrée, la température était au-dessus de 38" ; le lendemain elle avait atteint 40°. Les accès devinrent subintrants : ils se répé-

tèrent environ une centaine de fois par jour. Des eschares se formèrent rapidement à la région sacrée et la mort survint le sixième jour. L'exploration rectale donna ce jour-là 42", 4. A l'autopsie, on trouva, à la surface de l'iiémisplière cérébral du côté gauche, une dépression considérable répondant à une plague jaune, vestige d'un vaste foyer de ramollissement. L'hémisphère était de plus atrophié dans son ensemble. On ne put découvrir aucune trace d'une lésion récente, soit dans les centres nerveux, soit dans les viscères.

Le second cas est celui d'une femme de 61 ans, atteinte d'hémiplégie droite consécutive à une hémorrhagie cérébrale datant de deux ans. Cette femme avait éprouvé déjà plusieurs attaques épileptiformes, ou apoplectif ormes, en général d'ailleurs assez légères. Un jour survint un accès épileptiforme intense et prolongé, suivi d'état apoplectiforme. Deux heures après le début des accidents, la température du rectum était de 38°, 8 ; cinq heures plus tard, elle s'élevait à 40°. Le lendemain, malgré la cessation des convulsions, la température était de 41 degrés et le surlendemain, jour de la mort, elle atteignait 42°,5. L'autopsie fit reconnaître deux foyers ocreux, l'un siégeant dans le corps strié, l'autre dans l'épaisseur d'une circonvolution. Il n'existait aucune lésion récente, capable d'expliquer les accidents qui avaient déterminé la mort.

Il ne m'a pas été donné encore de suivre jour par jour, et aux diverses époques de la journée, l'évolution de la tempérar ture centrale dans un cas d'attaque apoplectiforme survenant chez un sujet atteint de sclérose en plaques. Néanmoins, on peut relever dans plusieurs observations des résultats partiels, qui ne permettent pas de douter que, même sous ce rapport, les choses se comportent exactement dans la sclérose multiloculaire, comme dans la paralysie générale progressive et dans les cas

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de lésions en foyer des hémisphères. Ainsi la malade, dont l'histoire a été rapportée par M. Zenker, fut prise vers la fin de sa vie d'une attaque apoplectiforme- avec hémiplégie du côté droit. Or, le même jour de l'attaque, le pouls étant à 136, la température atteignait 39°, G. Le lendemain le thermomètre marquait 40°. Le surlendemain la paralysie s'était amendée et la température était' rètomhée au chiffre physiologique. Chez le nommé Nollo, observé par M. Léo, une attaque apoplectiforme se déclara dans la soirée. Le lendemain matin, de bonne heure, le pouls donnait 144 et la température était à 38 ',5. Cette attaque, la septième que le malade eût éprouvée, devait dans la nuit même se terminer par la mort. Dans le cas de N..., dont l'histoire a été recueillie dans mon service par M. Joffroy, cinq heures seulement après l'invasion d'une attaque apoplectiforme, avec perte incomplète de la connaissance et résolution générale des membres, la température rectale était à 40°, 3, le pouls à 120. Le lendemain, les accidents apoplectiformes s'étaient dissipés et en même temps le pouls ainsi que la température étaient revenus à l'état normal^

Si je me suis arrêté avec quelque insistance sur les modificaT tions que subit la température du corps, dans les attaques apoplectiformes et épileptiformes de la paralysie générale et de quelques autres affections cérébro-spinales, c'est qu'à mon sens on trouve là un caractère qui peut, dans certains cas, être mis à profit pour le diagnostic. Il n'est pas nécessaire, je pense, d'entrer dans de longs développements pour faire ressortir combien il est difficile, en présence d'un malade qui vient d'être frappé d'apoplexie, avec ou sans acccompagnement de convulsions, de décider, d'après la seule considération des symptômes extérieurs, s'il s'agit de Vapoplexie vraie, résultant de la formation

• Société de Biologie, l. I, 5« série, -1809-1870, p. 14b.

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