‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 11 sur 203 · INFLAMMATION DES NERFS SPINAUX · texte numérisé non relu

INFLAMMATION DES NERFS SPINAUX

iiaux devenus trop étroits sont comprimés, irrités et quelque- Ibis s'enflamment. J'ai vu, en pareil cas, une éruption de zona occuper, à droite, toutes les régions de la peau oii se distribuent les branches du plexus cervical, en conséquence de la compression que subissaient, dans les trous de conjugaison qui leur donnent passage, les troncs nerveux d'où émane ce plexus. La' moelle cervicale et les racines des nerfs cervicaux, ainsi que l'autopsie l'a démontré, étaient saines ; mais en ouvrant les trous de conjugaison du côté droit, on trouva les ganglions spinaux et les troncs nerveux eux-mêmes, tuméfiés et vivement colorés m rouge. De plus, dans les ganglions, comme dans les nerfs, l'examen microscopique fit reconnaître une multiplication très accentuée des éléments nucléaires. Les ganglions et les nerfs correspondants du côté gauclie ne présentaient, au contraire, aucune trace d'altération • . — Il est très remarquable de voir l'inflammation, encore exactement limitée aux ganglions et aux nerfs spinaux, se produire spontanément, sans l'intervention d'une cause mécanique quelconque, et provoquer, cependant, ainsi que l'a montré M. Von Baerensprung, l'apparition d'une éruption de zona, sur les parties de la peau correspondant à la distribution des nerfs irrités - . Il y . a quelques raisons de croire qu'un bon nombre des cas de zona spontané se développent à la suite d'une névrite de ce genre ^ . — Les ganglions spinaux ont été trouvés aussi fortement altérés, sans participation de la moelle, des racines spinales tant antérieures que postérieures, et même, cette fois, des nerfs intercostaux, dans le fait suivant rapporté tout récemment par M. E. Wagner *.

• Charcot et Cotard. — Sur tm cas de zona du cote avec altération des herfs du plexjis cervical et des ganglions correspondants des racines spinales post&ieures. In Mémoires de la Société de Biologie. Année 1865, p. 41.

^ V. Baerensprung. — Beitraege ziir Kenntniss des Zoster. In Arch. f. Anat. uiid Physiolog. n° 4, 1865 et Canstatl's Jahresb., 1864, t. IV, p. 128. ^ Moufçeot, loc. cit., p. 65.

* R. Th. Bahrdt. — Beitraege mr JEtiologie des herpès Zoster. Diss. Leipzig, 1861», et E. Wagner. — Paiholog. anatomische tmd Idinische Beitraege mr

30 thoubles trophiques liés a la névrite

Un individu, âgé de 23 ans, atteint de phtliisie pulmonaire, présenta, dans les derniers temps de sa vie, une éruption de zona gui siégeait sur les parties correspondantes aux neuvième et dixième nerfs intercostaux du côté gauche. On reconnut, à l'autopsie, que les corps des six dernières vertèbres dorsales et des deux premières lombaires étaient cariés. La dure-mère, dans les points correspondant aux vertèbres malades, était enveloppée à l'extérieur par une couche épaisse de pus caséeux, laquelle se prolongeait jusque sur les gaines des nerfs et des ganglions spinaux. La dure-mère, elle-même, était épaissie et dédoublée en deux lamelles, surtout dans la région des 9^, 10° et 11« racines dorsales. Bien que les lésions de la dure-mère parussent aussi prononcées à droite qu'à gauche, cependant les 9^ 10° et 11" ganglions dorsaux du côté gauche étaient seuls tuméfiés et présentaient seuls des altérations appréciables au microscope. Dans ces trois ganglions, les cellules nerveuses avaient disparu, et, au voisinage immédiat des alvéoles où elles se logent, on reconnaissait tous les caractères de la prolifération conjonctive anormale poussée à un haut degré.

J'ai vu, pour mon compte, dans plusieurs cas de méningite spinale chronique, avec épaississement de la dure-mère, l'inflammation concomitante des nerfs rachidiens, dans leur trajet à travers les méninges, provoquer dans les parties périphériques, outre une atrophie plus ou moins prononcée des masses musculaires, des éruptions cutanées diverses, mais se rapprochant, en général, quant à la forme, tantôt du zona et tantôt du pemphigus. — Dans une leçon faite à Dublin', M. Brown- Séquard avait déjà signalé l'existence d'éruptions cutanées spéciales, aux bras, dans les cas de méningo-névrite spinale localisée à la partie inférieure de la région cervicale.

Kenntniss der Oefaesncrten. In Archiv. der Heilknndc. 4° heft. Leipzig, 1870, p, 321.

» Qualcrbj Journal of Medicinc, xaay ISGo (p. 11, 12 du tirage à pari).

PÉRINÉVRITE LÉPREUSE 31

L'érythème, le zona, l'atrophie musculaire, certaines arthropathies enfin, ont pu être rattachés, par M. Duménil, à la névrite chronique progressive', et, par M. Leudet-, à la névrite périphérique consécutive à l'asphyxie par la vapeur du charbon.

Mais c'est surtout dans la lèpre anesthésique que l'on retrouve dans tout leur développement, les lésions trophiques que nous avons étudiées à propos des lésions traumatiques des nerfs. Le processus morbide initial consiste, dans ce cas, comme on le sait d'après les importantes recherches de M. Virchow 2, en une périnévrite lépreuse caractérisée par une prolifération cellulaire spéciale, siégeant dans l'intervalle des tubes nerveux dont elle détermine la destruction lente. Les nerfs présentent alors fréquemment, sur leurs parcours, une tuméfaction fusiforme qui peut être quelquefois aisément reconnue, pendant la vie, dans les régions où ils sont superficiels, au coude, par exemple, lorsqu'il s'agit du cubital et contribuer ainsi au diagnostic. Ces altérations produisent, au début, des symptômes d'hyperesthésie, et, plus tard, de l'anesthésie.

A l'exception du zona, que je ne trouve nulle part mentionné, nous rencontrons dans ces circonstances, à peu de chose près, toute la série des lésions trophiques que nous avons déjà décrites : a) le pemphigus, pempMgus leprosus ; b) l'état lisse de la peau {Glossy Shin) ; c) l'atrophie des muscles ; d) la périostite et enfin la nécrose. Lorsque ces dernières lésions acquièrent un haut degré d'intensité, on peut, vous le savez, observer quelquefois la perte d'une partie d'un membre. Celle-ci survient sou-

* Duménil. — Contributions pour servir à l'histoire des paralysies périphériques, spécialement de la névrite. In Gaz. heldomadaire, 1866, n°» 4, 5, 6,

' Leudet. — Recherches sur les troubles des nerfs périphériques., et surtout des vaso-moleurs, consécutifs à l'asphyxie par la vapeur du charbon. In Archives générales de médecine. Mai 1865.

^ R. Virchow. — • Die hranlihaflen Oeschmiilste. — Nerven-Lepra, t. IL n. 521. 1864-65.

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vent sans tlouleur, parce que, à l'époque où elle a lieu, l'anesthésie existe le plus souvent [lepra mutilans)'. On a attribué ces accidents divers et ces mutilations aux effets de l'anesthésie. Cependant, elle ne doit certainement pas être mise seule en cause ; il est non seulement prouvé qu'elle ne fait que faciliter l'intervention des influences extérieures, mais encore qu'elle peut être parfois reléguée au second plan, éliminée même, si l'on s'en rapporte aux cas cités par le docteur Thomson, et dans lesquels l'anesthésie faisait absolument défaut-.

Nous n'avons pu que passer rapidement en revue les troubles de la nutrition qui résultent des lésions irritatives des nerfs périphériques. Dans les prochaines leçons, nous y reviendrons encore, mais nous insisterons principalement sur les troubles trophiques qui se rattachent à des lésions du cerveau et de la moelle épinière.

> F. Steudener. — Beitraege mr Pathologie der Lepra Mutilans. Mit. 3, Taf rlangen, 1867.

2 A. S. Thomson. • cité par M. Virchow.

Erlangen, 1867.

2 A. S. Thomson. — Brit. and. for. Mcd. Chir. Beviem. 1854, Apnl, p. 4ab

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