AFFECTIONS DES MUSCLES, ETC
recourbés d'une manière remarquable. Il s'agit là, en somme, d'une inflammation particulière de la peau qui aboutit à l'atrophie du derme et qui rappelle ce qu'on voit dans l'affection désignée sous le nom de sclérodermie.
b) Affections des muscles. Les muscles s'atrophient, de leur côté, souvent d'une manière très rapide, et perdent, tantôt en partie, tantôt complètement, leur contractilité électrique. Mais c'est là un sujet qui sera l'objet d'une étude toute particulière.
c) Affections des articulations. Vers les jointures, les lésions traumatiques des nerfs produisent des symptômes qui rappellent, •d'une façon notable, la physionomie du rhumatisme articulaire subaigu. Ces arthropathies amènent, en général, très rapidement l'ankylose.
d) Os. Il se produit quelquefois, dans ces mêmes circonstances, une périostite suivie souvent de nécrose.
Mais je ne veux pas pousser plus loin cette énumération sommaire ; eUe suffit à remplir le but que nous avons en vue. Il s'agit, actuellement surtout, de chercher à spécifier autant que possible, les conditions particulières sous l'influence desquelles ces troubles trophiques se développent à la suite des lésions traumatiques des nerfs.
Paget qui, l'un des premiers, a appelé l'attention sur quelquesuns de ces accidents, n'hésite pas à avouer son ignorance à cet égard'. Au contraire, les chirurgiens américains que je citais tout à l'heure sont parvenus à déterminer les conditions dont il s'agit, et leur témoignage nous est, ici, d'autant plus précieux, qu'il est fondé sur l'observation pure, toute empirique, et dé-
' Médical Times and Qazettc. London, March 20, 1864.
gagée d'idde préconçue. Après avoir remarqué tout d'abord, — comme Paget l'avait fait d'ailleurs avant eux, — que ces afleotions consécutives sont presque toujours précédées ou accompagnées de symptômes douloureux [Burning Paim), évidemment en rapport avec un état d'irritation du nerf lésé, tandis qu'au contraire l'anesthésie fait complètement défaut, ils font expressément remarquer qu'elles se développent habituellement après des contusions , des piqûres , des sectwis incomplètes des nerfs, c'est-à-dire à la suite des causes traumatiques les plus propres à produire la névrite, ou tout au moins Vétat névralgique. — Au contraire, et c'est un point sur lequel nos auteurs insistent, — on ne les voit pas se produire dans les cas de section complète des nerfs , les résultats habituels de l'absence d'action des nerfs étant les seuls phénomènes qu'on observe en pareil cas.
Il faut ajouter enfin que les affections périphériques qui relèvent de l'irritation des nerfs surviennent le plus souvent spontanément, sans l'intervention d'une cause extérieure quelconque, telle que la pression par exemple ' .
Mais ce ne sont là encore que des conditions très générales ; il faudrait pouvoir pénétrer plus avant et rechercher s'il n'existe pas dans les nerfs affectés une lésion anatomique constante en rapport avec la manifestation des lésions périphériques. Malheureusement, nous devons nous borner à signaler ici une lacune que les études ultérieures ne tarderont pas, sans doute, à combler. Toutefois, l'ensemble des symptômes plaide déjà en faveur de l'existence d'une névrite. On peut invoquer, en outre, les résultats nécroscopiques obtenus dans certains cas de lésions organiques des nerfs, où l'on peut voir apparaître toute la série des affections périphériques que nous avons appris à connaître comme conséquence des lésions traumatiques. Dans ces cas, en
' Gunshot Woundf!, etc.. pp. 71. 77, q\. Archives générales de médecine, \. I. 1865, pp. 188, 191, 19/<.
. effet , sur lesquels nous nous arrêterons dans un instant , les
nerfs affectés ont été quelquefois trouvés tuméfiés, infiltrés . d'exsudats, vivement congestionnés ; de plus, le microscope y a
fait reconnaître une multiplication plus ou moins accentuée des I noyaux des gaines de Scliwann ou de ceux du névrilème, et 1 parfois, de plus, tous les caractères de la dégénération granu- Ueuse des cylindres de myéline. Rien ne prouve cependant,
quant à présent, qu'une irritation capable de déterminer à dist tance la production de troubles tropliiques ne puisse exister L dans le nerf sans se révéler par cet ensemble de lésions relativeiment grossières. C'est ici le lieu de faire ressortir que toute néwrite n'entraîne pas, tant s'en faut, nécessairement la manifest tation des troubles trophiques ; il faut, pom- que ceux-ci se i produisent, l'intervention de circonstances que l'analyse n'a pas
encore permis de dégager. Cela contraste avec ce que nous savvons des lésions qui surviennent, dans les parties éloignées, à la ^ suite de la section complète des nerfs ; ces dernières, en effet,
peuvent être considérées comme une conséquence obligée, inévitable de toute lésion de nerfs qui soustrait absolument les parities à l'influence du système nerveux.
Quoi qu'il en soit, l'influence de l'irritation d'un nerf sur le idéveloppement des troubles tropliiques qui nous occupent, est i bien mise en lumière, et pour ainsi dire rendue évidente, par les
observations où l'on voit ces accidents, après s'être un moment 'Idissipés, se reproduire après chaque réapparition nouvelle de la '■cause d'irritation. Je mentionnerai, à titre d'exemple, un fait hbien connu et souvent cité, que rapporte Paget, d'après le docteur 1 Hilton.
Chez un homme traité à Guifs Hospilal, une fracture de l'extrémité inférieure du radius avait produitun cal volumineux, •lequel comprimait le nerf médian. En conséquence, il s'était formé sur la peau du pouce et des deux premiers doigts de la "main, des ulcères qui résistaient à tous les traitements. La
flexion du poignet, faite de manière à relâclier les parties molles de la face palmaire et à faire cesser, par suite, la compression du nerf, avait toujours pour effet, au bout de quelques jours, d'amener la guérison des ulcères. Mais aussitôt que la malade voulait se servir de sa main, le nerf était de nouveau comprimé, et bientôt l'on voyait les ulcérations reparaître ' .
B. Il me reste à vous entretenir des troubles trophiques qui s'observent en conséquence de lésions des nerfs développées spontanément, et non plus, cette fois, à la suite d'une cause traumatique. Ainsi que je vous l'ai laissé pressentir, nous allons voir se reproduire ici toute la série des affections que nous venons à l'instant de passer en revue. Cette circonstance m'autorisera à être bref: il me suffira de citer quelques exemples empruntés, pour la plupart, à la riche collection de faits rassemblés dans le travail de Mougeot^
Pour établir la transition, je mentionnerai, en premier lieu, les cas dans lesquels une influence, non pas à proprement parler traumatique, mais encore, cependant, d'ordre mécanique, a déterminé l'affection du nerf. — C'est évidemment, d'après ce dernier mode que se produisent quelquefois les troubles trophiques de l'œil consécutifs aux lésions du trijumeau : il s'agit communément, dans ces cas, de tumeurs intra-crâniennes développées au voisinage du nerf, et y déterminant, par compression, sans interrompre la continuité des tubes nerveux, une irritation plus ou moins vive. — Le cancer de la colonne vertébrale peut amener, comme on sait, un ramollissement des vertèbres poussé à un tel point qu'il s'en suive un affaissement des lames vertébrales et, conséquemment, un rétrécissement des canaux de conjugaison. Les nerfs dans leurs parcours à travers ces ca-
i 3. Vaset. — Lectures on surgical patMoijy, t. 1, Tp. i'i- Mougeot, lac. cit., cliap. ii. Des lésions organiques des nerfs et des troubles de nutrition consécutifs.