‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 127 sur 203 · THÉORIE ANGLAISE · texte numérisé non relu

THÉORIE ANGLAISE

substance grise de la moelle. Le corps strié, lui, serait l'aboutissant du tractus moteur et en rapport avec l'exécution des mouvements volontaires : il serait l'analogue des cornes antérieures de la moelle.

Cette théorie , dont Schrœder Van der Kolk ^ s'est montré partisan déclaré, est, si l'on peut ainsi dire, l'antipode de la doctrine française que vous trouverez exposée d'une manière très complète dans les Leçons de M. "Vulpian. D'après celle-ci, le centre où les impressions sensitives se transforment en sensations ne serait pas dans le cerveau proprement dit, puisqu'un animal auquel le cerveau, y compris la couche optique et le corps strié, a été enlevé, continue à voir, à entendre, à ressentir la douleur, etc. Ce serait donc plus bas, dans la protubérance et peut-être aussi dans les pédoncules cérébraux, que résiderait le centre des impressions sensitives.

Suivant cette hypothèse, on apprécie comme il suit, dans le domaine pathologique, les faits bien avérés où une lésion de la couche optique coïncide avec la diminution ou l'abolition de la sensibilité sur le côté du corps, frappé d'hémiplégie. Souvent il s'agit là, dit-on, et cet argument est parfaitement fondé, de lésions récentes telles que Vhémorrhagie intra- encéphalique ou le ramollissement, ou bien encore des tumeurs, lésions par suite desquelles la couche optique se trouve distendue à l'extrême et qui peuvent, en conséquence, avoir pour eflfet de déterminer la compression des parties voisines, des pédoncules cérébraux, par exemple. Il est bien établi, d'un autre côté, que, dans nombre de cas, la couche optique peut être lésée, même profondément et dans une grande partie de son étendue, sans qu'il s'en suive aucun trouble spécial, dans la transmission des impressions sensitives.

* Schrœder van der Kolk. — Pathol. md Thérapie der GeistenkranltheHen. Braunschweig, 1863, p. 20.

CONDITIONS QUE DOIYENT BEMPLIR LES OBSERVATIONS 311

Au dernier argument, les auteurs anglais, M. Broadbent, entre autres S opposent que la couche optique, centre présumé des impressions sensitives, doit sans doute être assimilée à l'axe gris de la moelle épinière ; celui-ci, comme on le sait, continue à transmettre ces impressions, alors même qu'il a subi les désordres les plus graves, pour peu qu'un petit lambeau de substance grise subsiste, capable de rattacher le bout inférieur au bout supérieur. J'avoue que la comparaison me paraît forcée, du moment surtout où l'on pose en principe que la couche optique doit être considérée comme un centre ; car, en ce qui concerne la transmission des impressions sensitives, l'axe gris de la moelle n'est évidemment qu'un conducteur.

Quoi qu'il en soit, voilà, Messieurs, où en sont les choses. A mon sens, la question en litige ne pourra être résolue d'une manière définitive qu'à l'aide de bonnes observations cliniques auxquelles viendra s'adjoindre le contrôle d'études anatomiques très soignées, dirigées principalement dans le but d'établir, avec une grande précision, le siège des lésions encéphaliques auxquelles pourraient être rattachés les symptômes constatés pendant la vie. De plus, les circonstances de l'observation devront se montrer telles que l'influence de la compression ou de tout autre phénomène de voisinage puisse être complètement écartée. Or, Messieurs, dans l'état actuel de la science, les faits réunissant toutes ces conditions-là sont, autant que je sache du moins, excessivement rares. On peut citer toutefois, comme se rapprochant de cet idéal, les cas qui ont été présentés par L. Tûrck, à l'Académie des sciences de Vienne - et auxquels j'ai déjà fait allusion. Ils sont au nombre de quatre.

' Broadbent. — Médical Society. London, 1863, et Med. chirurg. Review. ^ Sitzimgsber. der hais. Ahademie der Wissenschaften m Wien. 1839. Voyez l'analyse de ces faits à la page 313 et aux pages suivantes.

312 topoghaphie des lésions encéphaliques

Dans les faits relatés par L. Tùrck, il s'agit, Messieurs, soit d'anciens foj^ers liémorrhagiques représentés par des cicatrices ochreuses, soit de foyers de ramollissement parvenus à l'état d'infiltration celluleuse. Dans tous les cas, l'hémiplégie, liée à la présence des foyers, avait disparu depuis longtemps lors de l'autopsie ; mais l'hémianestliésie avait persisté jusqu'à la terminaison fatale. Les parties de l'encéphale intéressées par l'altération sont indiquées avec soin.

La nomenclature germanique des diverses parties de l'encéphale, toute rebutante qu'elle nous paraisse, en raison de la multiplicité et de la singularité des termes, présente cependant, à mon sens, un avantage incontestable : c'est, passez-moi la comparaison, une géographie très complète, où le plus petit hameau se trouve désigné par un nom. La nomenclature française a le mérite, sans doute, de tendre à la simplification; mais c'est parfois au détriment de l'exactitude absolue : elle est souvent incomplète. Or, pour les questions du genre de celle qui nous occupe, il n'est pas de détail si minutieux qu'il soit, qui doive être négligé. A tout prix, il faut tenir compte des moindres détails, car nous ignorons totalement, dans l'état où en est encore, à l'heure qu'il est, la physiologie du cerveau, si tel petit point, qui n'a pas de nom dans la nomenclature française, n'est pas une position de première importance.

Faisant appel à la nomenclatui^e en usage de l'autre côté du Rhin, cherchons à nous orienter, afin de bien reconnaître le siège des parties lésées dans les observations de L. Tùrck.

Je mets sous vos yeux une coupe frontale faite au travers des hémisphères cérébraux, immédiatement en arrière des éminences mamillaires {Fig. 18). "Vous reconnaissez sur cette coupe, immédiatement en dehors des ventricules moyens le noyau caudé (noyau intra-ventriculaire du corps strié), qui, dans cette région, n'est plus représenté que par une toute petite

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