‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 134 sur 203 · AURA HYSTÉRIQUE : NOEUDS · texte numérisé non relu

AURA HYSTÉRIQUE : NOEUDS

le même : aussi n'est-il pas rare de voir les malades le désigner avec une concordance parfaite. Sur une ligne horizontale passant par les épines iliaques antérieures et supérieures, faites tomber les lignes perpendiculaires qui limitent latéralement l'épigastre et à l'intersection des lignes verticales avec l'horizontale se trouve le foyer douloureux qu'accusent les malades et que la pression, exercée à l'aide du doigt, met d'ailleurs en évidence.

L'exploration profonde de cette région fait reconnaître aisément la portion du détroit supérieur qui décrit une courbe à concavité interne : c'est là un point de repère. Vers la partie moyenne de cette crête rigide, la main rencontrera le plus souvent un corps ovoïde, allongé transversalement et qui, pressé contre la paroi osseuse, ghsse sous les doigts. Lorsque ce corps est tuméfié, ainsi que cela se présente fréquemment, il peut offrir le volume apparent d'une olive, d'un petit œuf, mais avec un peu d'habitude, sa présence peut être facilement constatée, alors même qu'il reste bien au-dessous de ces dimensions.

C'est à ce moment de l'exploration que l'on provoque surtout la douleur, et qu'elle se révèle avec des caractères pour ainsi dire spécifiques. Il ne s'agit pas là d'une douleur banale, car c'est une sensation complexe qui s'accompagne de tout ou partie des phénomènes de Vaura hysierica tels qu'ils se produisent d'eux-mêmes à l'approche des crises, et cette sensation provoquée, les malades la reconnaissent pour l'avoir ressentie cent fois.

En somme, Messieurs, nous venons de circonscrire le foyer initial de l'aura, et du même coup, nous avons provoqué des irradiations douloureuses vers l'épigastre [premier nœud de l'aura, dans le langage de M. Piorry), compliquées parfois de nausées et de vomissements ; puis, si la pression est continuée, surviennent bientôt des palpitations de cœur avec fréquence

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extrême du pouls, et enfin se développe au cou la sensation du globe hystérique [deuxième nœud).

En ce point, s'arrête dans les auteurs la description des irradiations ascendantes qui constituent l'aura hystérique. Mais, d'après ce que j'ai observé, l'énumération ainsi limitée serait incomplète, car une analyse attentive permet de reconnaître, le plus souvent, certains troubles céphaliques qui ne sont évidemment que la continuation de la même série de phénomènes. Tels sont, s'il s'agit, par exemple, de la compression de l'ovaire gauche, des sifflements intenses qui occupent l'oreille gauche et que les malades comparent au bruit strident que produit le sifflet d'un chemin de fer ; une sensation de coups de marteau frappés sur la région temporale gauche ; puis, en dernier lieu, une obnubila tion de la vue marquée surtout dans l'œil gauche.

Les mêmes phénomènes se montreraient sur les parties correspondantes du côté droit, dans les cas où l'exploration porterait, au contraire, sur l'ovaire droit.

L'analyse ne peut être poussée plus loin; car, lorsque les choses en sont à ce point, la conscience s'aflfecte profondément, et, dans leur trouble, les malades n'ont plus la faculté de décrire ce qu'elles éprouvent. L'attaque convulsive éclate d'ailleurs bientôt, pour peu qu'on insiste.

A part les phénomènes qui ont trait à la dernière phase de l'aura hystérique [phénomènes céphaliques), je viens de vous rappeler. Messieurs, toute la série de phénomènes obtenus dans l'expérience de Schutzenberger, et nous sommes ainsi conduit à reconnaître, avec cet éminent observateur, que la pression du flanc dans la région ovarienne ne fait que reproduire artificiellement la série des symptômes qui se développent spontanément chez les malades dans le cours naturel des choses.

Je n'ignore pas que, suivant M. Briquet, l'aura hystérique débuterait, dans l'immense majorité des cas, par le nœud épigastrique ; je n'ignore pas non plus que, à l'appui de son asser-

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tion, cet aiitew cite des cliiffres imposants. Mais il ne faut pas toujours courher la tête devant des cliiffres, et l'on est en droit de se demander si M. Briquet, qui s'est montré quelque peu sévère à l'égard des ovaristes, ne s'est pas laissé à son tour entraîner par quelque préoccupation qui lui aura fait négliger d'inscrire dans la série des phénomènes de l'aura la douleur iliaque initiale.

Si j'en juge d'après mes propres observations, toujours le 2mnt iliaque précède en date, de si peu que ce soit, dans le développement de l'aura, le point épigastrique, et constitue pai' conséquent le premier anneau de la cliaîne.

Il me reste, Messieurs, à établir que ce point particulier où réside la douleur iliaque des hystériques correspond au siège même de l'ovaire, et j'aurai par là rendu ti-ès vraisemblable, sinon démontré d'une façon absolue, que le corps ovalaire, douloureux, d'où partent les irradiations de l'aura hystérique spontanée ou provoquée, est bien l'ovaire lui-même.

On se fait, en général, je le crois du moins, une idée imparfaite du lieu exact qu'occupe l'ovaire pendant la vie. Lorsque l'abdomen étant ouvert, les intestins relevés, on trouve dans le petit bassin, derrière l'utérus, en avant du rectum, les amiexes de l'utérus flasques, flétries, comme ratatinées, il ne s'agit pas là évidemment d'un état répondant aux conditions vitales ; et il est clair qu'après la mort les plexus artériels des trompes et des ovaires, dont la richesse et les propriétés érectiles ont été si bien mises en lumière par mon ami le professeur Rouget (de Montpellier), ont depuis longtemps cessé leur rôle. Il ne faut pas oublier, d'un autre côté, que l'ouverture du corps change très certainement les rapports réels des annexes de l'utérus.

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Cela est si vrai que, sur les cadavres congelés l'ovaire occupe une situation moins inférieure, et qui rappelle dans une certaine mesure celle qu'on lui reconnaît chez le nouveau-né Sur cette coupe, empruntée à l'Atlas de M. Legendre, coupe pratiquée perpendiculairement au grand axe d'un cadavre d'une femme de 20 ans, supposé couché, et qui passe à 2 centimètres au-dessus du pubis, vous voyez un des ovaires coupé en deux, tandis que l'autre est resté au-dessus de la surface de section ; d'après cela chez la femme adulte, l'ovaire serait situé à la hauteur et même un peu au-dessus du détroit supérieur, débordant avec la trompe vers les fosses iliaques. Ce résultat concorde de tous points avec celui que donne la palpation pratiquée pendant la vie. J'ajouterai que si, sur un cadavre reposant sur la table d'autopsie, au niveau du point correspondant à celui où nos hystériques accusent la douleur iliaque, on enfonce, d'avant en arrière et de haut en bas, une longue aiguille, on a grand'chance, — je m'en suis assuré plusieurs fois, — de transfîxer l'ovaire.

Cette situation de l'ovaire paraît d'ailleurs avoir été implicitement reconnue par M. le D-" Chéreau dans ses excellentes Etudes sur les maladies de C ovaire \ lorsqu'il dit que chez les femmes, dont les parois abdominales ne sont pas trop résistantes, on ,peut reconnaître la tuméfaction ou même seulement la sensibilité de l'ovaire. L'introduction du doigt par le rectum ne serait, d'après notre auteur, un moyen d'exploration supérieur que dans les cas où la paroi abdominale oppose des obstacles insurmontables.

Messieurs, après toutes les explications dans lesquelles je viens d'entrer, je crois pouvoir conduire que c'est bien à V ovaire, à Vovaire seul, qu'il faut rapporter la douleur iliaque

' E.-Q. Legendre. — Anatomie chiruroicale homolographiguc, etc. ni X Paris, 1858. f '

» Paris, 18-'d.

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fixe des hystériques. A. la vérité, à de certaines époques, et dans les cas intenses, la douleur, par un mécanisme que je n'ai pas à indiquer pour le moment, s'étend jusqu'aux muscles, à la peau elle-même, de manière à satisfaire à la description de M. Briquet; mais je ne saurais trop le répéter, ainsi limitée aux phénomènes extérieurs, la description serait incomplète, efle véritable foyer de la douleur resterait méconnu.

YI.

Il conviendrait de rechercher maintenant quel est l'état anatomique de l'ovaire dans le cas où il devient le siège de la douleur iliaque des hystériques. Sur ce point, dans l'état actuel des choses, nous ne pouvons malheureusement vous donner que des renseignements assez vagues. Il existe parfois une tuméfaction plus ou moins prononcée de l'organe, ainsi que cela avait eu lieu dans le fait d'ovarite blennorrhagique rapporté dans le mémoire de M. Schutzenberger. Mais c'est là une circonstance plutôt exceptionnelle, et il importe de remarquer que l'inflammation commune de l'ovaire peut exister avec tous ses caractères, sans que les irradiations décrites plus haut surviennent, soit spontanément, soit sous l'influence des provocations. M. Briquet n'a pas failli à faire ressortir cette circonstance, et, cette fois, il était parfaitement dans son droit. Il faut donc reconnaître hautement "Çllft toute inflammation ovarienne n'est pas indistinctement propre à provoquer le développement de l'aura hystérique. Le gonflement ovarien chez les hystériques fait parfois complètement défaut ; d'autres fois, il est peu prononcé, et il paraît assez vraisemblable que la tuméfaction dont l'ovaire est le siège, en pareil cas, résulte d'une turgescence vasculaire analogue à celle qui se montre à la suite de certaines névralgies. L'anatomie patho-

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logique ne nous a fourni, jusqu'ici, aucune donnée positive à cet égard : on pourra donc, quant à présent, désigner indifféremment l'état de l'ovaire dont il s'agit, sous les noms àliyper- Jvinésie (Swediaur), d'ovaralgie (Scliutzenberger), d'ovarie (Négrier), car peu importe le nom, en définitive, lorsque le fait est Lien constaté.

L'ovaire étant accepté pour point de départ de l'aura hystérique — au moins dans un groupe de cas — il n'est pas sans intérêt de montrer actuellement qu'une relation inportante, en quelque sorte intime, existe entre la douleur ovarienne et les autres accidents de l'hystérie locale.

Vous pouvez reconnaître, en effet, Messieurs, chez les malades que je Vous présente, une concordance remai'quahle du siège de la douleur iliaque et du mode de localisation des symptômes concomitants. Je ne reviendrai pas sur les phénomènes céplialiques de l'aura qui, amsi que je tous le faisais remarquer tout à l'heure, s'accusent du même côté que la douleur ovarienne : je me bornerai à faù'e ressortir que Vhémianesihésie, la parésie et la contracture des meml)7''es occupent le côté gauche, lorsque Vovarie siège à gauche, et inversement lorsqu'elle siège à droite. Je tous ferai remarquer aussi que, quand la douleur ovarienne siège à la fois à droite et à gauche, les autres accidents se montrent bilatéraux, prédominant toutefois du côté où la douleur iliaque est le plus mtense.

A plusieurs reprises, nous avons assisté chez quelques-unes de nos malades à un brusque changement de siège de la douleur ovarienne, entre autres chez la nommée Ler.... Lorsque chez cette femme l'o varie venait à prédominer du côté gauche,

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les sjanptômes céplialiques de l'aura, la contracture des memhres, etc., offraient temporairement leur maximum de développement de ce même côté, pour prédominer ensuite du côté droit, alors que l'ovaire droit se montrait de nouveau le plus douloureux.

n ne faut pas oublier que l'ovaralgie paraît être un phénomène constant, permanent par excellence, dans la forme d'hystérie qui nous occupe, de telle sorte que, jointe à quelque autre indice de la même catégorie, elle pourra vous conduire sur la voie du diagnostic dans les cas difficiles.

Vin.

Il me reste. Messieurs, à entrer dans l'exposition de faits qui seront peut-être considérés par vous- comme la partie la plus saillante de cette étude. Ces faits, en réalité, sont de nature, si je ne me trompe, à mettre encore davantage en relief le rôle vraiment prédominant de l'ovaralgie dans Vune des formes de VTiystérie.

Vous venez de voir comment la compression méthodique de l'ovaire peut déterminer la production de l'aura, ou même par- ^fois de l'accès complet. Je veux essayer de vous démontrer maintenant qu'une compression plus énergique est capable d'enrayer le développement de l'accès lorsqu'il en est à son début ou même d'y couper court, lorsque déjà l'évolution des accidents convulsifs est plus ou moins avancée. C'est du moins ce que vous pourrez observer très nettement chez deux des malades que j'ai mises sous vos yeux. — Chez elles, l'arrêt déterminé par la compression, lorsque celle-ci a été convenablement pratiquée, est total, définitif. Chez deux autres, cette manœuvre modifie seulement les phénomènes de l'accès, à un degré variable, sans en amener toutefois la cessation. Et veuillez bien

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