ONZIEME LEÇON
De l'hyperesthésie ovarienne.
Sommaire. — Hystérie locale des auteurs anglais. — Douleur ovarienne ; sa fréquence ; considérations historiques. — Opinion de M. Briquet, ^
Caractères de l'hyperestliésie ovarienne. — Son siège exact. — \ura hystérique ; premier nœud ; — globe hystérique ou second nœud • — phénomènes céphaliques ou troisième nœud. — Le premier nœud a son point de départ dans l'ovaire. — Lésions de l'ovaire ; desiderata.
Rapports entre l'hyperesthésie ovarienne et les autres accidents de l'hystérie locale.
De la compression ovarienne. — Son influence sur les attaques. — Manière de la pratiquer. — La compression ovarienne comme moven d'arrêter ou de prévenir les convulsions hystériques est connue depuis longtemps : son application dans les épidémies hystériques. — Epidémie de saint Médard : Les secours. — Analogies qui existent entre l'arrêt des convulsions hystériques par la compression de l'ovaire cl l'arrêt de l'aura épileptique par la ligature d'un membre.
Conclusion au point de vue de la thérapeutique. — Observations cliniques.
Messieurs, ,
Par la dénomination assez pittoresque et certainement très pratique d'Hystérie locale ou partielle, local hysieria, les médecins anglais ont l'habitude de désigner la plupart des accidents qui persistent d'une manière plus ou moins permanente dans l'intervalle des attaques convulsives chez les lij'stériques, et qui permettent presque toujours en raison des caractères qu'offrent ces accidents, de reconnaître la grande névrose pour ce qu'elle est, même en l'absence des convulsions.
Vhéinianesthésie, la paralysie, la conii^aciure, les points
douloureux fixes, siégeant sur diverses parties du corps fracliialgie, pleuralgie, clou hystérique) appartiennent, d'après cette définition, à l'iiystérie locale.
Parmi ces symptômes, il en est un qui, en raison du rôle prédominant qu'à mon sens il joue dans la clinique de certaines formes de l'hystérie, me paraît mériter toute votre attention. Je veux parler de la douleur qui siège dans l'un des flancs, surtout dans le gauche, mais qui peut occuper aussi les deux flancs, aux lijniies extrêmes de la régmi Jiypogasirique. Je fais allusion à la doideur ovarienne ou ovarique, dont je vous ai dit un mot dans la dernière séance ; mais je ne veux pas employer sans réserve cette dénomination avant d'avoir justifié, et j'espère que cette tâche me sera facile, l'hypothèse qu'elle con-. sacre implicitement.
Cette douleur, je vous la ferai pour ainsi dire toucher du doigt, dans un instant ; je vous en ferai reconnaître tous les caractères, en vous présentant cinq malades qui forment la presque totalité des hystériques existant actuellement parmi les 160 malades qui composent la division consacrée dans cet hospice aux femmes atteintes de maladies convulsives, incurables, et réputées exemptes d'aliénation mentale.
Vous voyez déjà par cette simple indication que la douleur iliaque est chose fréquente dans l'hystérie ; c'est là un fait reconnu depuis longtemps par la majorité des observateurs.
Qu'il me suffise de citer, pour les temps déjà éloignés de nous. Lorry et Pujol, qui ont plus particulièrement relevé l'existence
Charcot, t. I, i° édit. „.
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des douleurs liypogastricxues et abdominales chez les liystérlques.
Il est singulier, après cette mention, de voir que Brodie, qui, le premier peut-ôtre, a reconnu tout l'intérêt clinique de l'étude de Yhysiéric locale, ne traite pas d'une manière spéciale de la douleur abdominale * .
Il semble être de tradition que le sens pratique des chirurgiens anglais soit attiré par les difficultés cliniques que présentent les symptômes locaux de l'hystérie. M. Skey, qui à cet égard s'est fait le continuateur de Brodie, dans une série très intéressante de leçons sur les formes locales ou chirurgicales de V hystérie-, comme il les appelle, décrit avec complaisance la douleur iUaque ou de la région ovarienne, très commune à son avis, et qui, suivant lui encore, contrairement du reste à la réalité, se rencontrerait surtout dans le côté droit.
Vous savez que, en France, Schutzenberger, Piorry et Négrier ont insisté tout spécialement sur ce symptôme qu'ils rattachent sans hésitation à la sensibilité anormale de l'ovaire.
En Allemagne, Romberg a, sur ce point, suivi Schutzenberger ; toutefois, il y a lieu de remarquer que, parmi nos contemporains, les auteurs allemands, pour la majeure partie, passent à peu près complètement sous silence tout ce qui est relatif à la douleur hypogastrique. Tels sont, par exemple, Hasse et Valentiner. Il est clair par là que ce symptôme, après avoir joui d'une certaine faveur, en raison sans doute des considérations théoriques qui s'y rattachent se trouve aujourd'hui en quelque sorte démodé.
Les symptômes aussi, vous le voj-ez, ont leur destin : Habeni sua faia. . . Je ne serais pas étonné que l'influence, d'ailleurs si légitime, exercée par le livre de M. Briquet, ne soit pour beau-
' Brodie. — Lectures illusiralives of certain local nervous Affections, 1837. * F.-C. Skey. — Eysteria.,., Local or iurgical forms of hijstcria, etc., sis lectures, etc. Londou, 1870.
coup dans ce résultat. Il coiiYient maintenant de voir jusqu'à quel point nous devons suivre cet auteur éminent dans la voie qu'il nous trace .
Ce n'est pas, tant s'en faut, que M. Briquet n'ait pas reconnu l'existence très fréquente de douleurs abdominales, fixes, cliez les hystériques. Il a même créé un mot pour désigner ces douleurs — cœlîalgie, de xot>.o? ventre, et un mot, bien que ce ne soit qu'un mot, c'est déjà quelque chose qui arrête l'esprit. Dans 200 cas d'hystérie sur 430, M. Briquet a rencontré la cœlialgie. Toutefois, je dois vous faire remarquer que, sous ce nom, il comprend à la fois les douleurs de la partie supérieure de l'abdomen et les douleurs hypogastrique et iliaque ; mais il est convenu que ces dernières comptent parmi les plus communes.
Au premier abord, il semble donc qu'il n'y ait qu'un désaccord apparent entre M. Briquet et ses prédécesseurs. Or, il n'en est rien, et voici où est l'abîme qui les sépare.
Tandis que MM. Schutzenberger, Piorry et Négrier placent dans l'ovaire le siège principal, le foyer, pour ainsi dire, de la douleur iliaque, M. Briquet n'y voit qu'une simple douleur musculaire, une myodynie hystérique. Suivant lui : la douleur du pyramidal ou de l'extrémité inférieure du muscle droit a été prise bien à tort pour une douleur utérine ; 2° la douleur de l'extrémité inférieure du muscle oblique répondrait à la prétendue douleur ovarique, — telle est la thèse de M. Briquet.
Recherchons ensemble. Messieurs, sur quel fondement elle repose. Pour arriver à ce but, je vais faire appel aux observa-
tions que j'ai été à môme de recueillir dans cet hospice sur une grande échelle. Je vais donc décrire cette douleur telle que j'ai appris à la connaître.
1° Tantôt, c'est une douleur vive, très vive même : les malades ne peuvent supporter le moindre attouchement, le poids des couvertures, etc. ; elles s'éloignent brusquement, par un mouvement instinctif, du doigt investigateur. Joignez à cela un certain degré de gonflement de l'abdomen, et vous aurez l'ensemble clinique de la fausse périt07%ite, — spurious peritonitis des médecins anglais. Il est évident qu'ici les muscles et la peau elle-même sont de la partie. La douleur occupe alors une assez grande étendue en surface, et, partant, il est assez difficile de la localiser. Cependant Todd^ et c'est là une remarque dont j'ai reconnu plusieurs fois l'exactitude, signale dans certains cas une hyperestliésie cutanée circonscrite à une portion arrondie de la peau, ayant 2 à 3 pouces de diamètre. Cette hyperesthésie siégerait en partie dans l'hypogastre, en partie dans la fosse iliaque, et répondrait, selon cet auteur, à la région de l'o vaille.
2° D'autres fois, la douleur n'est pas spontanément accusée ; il faut la rechercher par la pression, et, en pareille circonstance, on note les phénomènes suivants : a) la peau est partout anesthésiée ; — b) les muscles, s'ils sont lâches, peuvent être pincés et^soulevés sans douleur ; — c) cette première exploration montre que le siège de la douleur n'est pas dans la peau ni dans les muscles. Il est par conséquent indispensable de pousser l'investigation plus loin, et, en pénétrant en quelque sorte dans l'abdomen, à l'aide des doigts, on arrive sur le véritable foyer de la douleur.
Cette manœuvre permet de s'assurer que le siège de la douleur en question est à peu près fixe, qu'il est toujours à peu près
Todd. — Clinical Lect. nervous System. Lect. xx, p. 448, London, 1856.