TREIZIÈME LEÇON
De l'hystéro-épilepsie.
Sommaire. — Ilystéro-épilepsie. — Sens de cette dénomination — Opinions des auteurs. — Hystérie épileptiforme, hystérie à crises mixtes. — Variétés de l'iiystéro-épilepsie : liystéro-épilepsie à crises distinctes : — liystéro-épilepsie à crises combinées ou attaques-accès. — Différences et analogies entre l'épilepsie et l'iiystéro-épilepsie. — Signes diagnostiques fournis par l'examen de la température centrale dans l'état de mal liystéro-épileptique et l'état de mal épileptique. — Etat de mal liystéro-épileptique ; ses phases. — Caractères cliniques de l'état de mal hystéro-épileptique. — Gravité de certains cas exceptionnels d'hystéro-épilepsie. — Observation de Wunderlich.
Messieurs,
Dans la courte description clinique que je vous ai donnée à Ijropos de chacune des malades qui ont passé sous vos yeux, lors de nos dernières réunions, j'ai eu soin de mettre en relief les principaux caractères que présentent les attaques convulsives dont elles sont atteintes.
Vous avez pu reconnaître aisément qu'il ne s'agissait pas chez elles d'attaques vulgaires, rentrant du premier coup, sans discussion, dans le type classique. Ce n'est pas, d'ailleurs, seulement par l'intensité que ces accidents convulsifs se distinguent, c'est encore par la forme qu'ils revêtent, et, ce qui frappe le plus l'observateur, témoin de ces attaques, c'est de retrouver parmi les convulsions cloniques de l'hystérie certains traits plus ou moins prononcés qui rappellent Vépîlepsîe.
De fait, la forme convulsive, qui s'observe chez toutes ces
femmes, est celle qu'on a désignée dans ces derniers temps sous le nom d'hystéro-épilepsie, et, remarquez-le bien, c'est la seule forme qu'on rencontre chez elles. Toutes ces femmes ne seraient donc pas simplement des hystériques, ce seraient des hystéro-épileptiques. En quoi diffèrent-elles des hystériques ordinaires ? C'est là un point sur lequel il importe d'être fixé, et, pour atteindre ce but, je vous demande la permission d'entrer dans quelques développements.
A s'en tenir aux termes mêmes de la dénomination mise en usage — hystéro-épilepsie— il paraît ne pouvoir exister aucune équivoque. Cela veut dire que chez les malades auxquelles ce nom est affecté, l'hystérie se montre combinée avec l'épilepsie, de manière à constituer une forme mixte, une sorte d'hybride composé mi-partie d'hystérie et d'épilepsie. Mais cette appellation répond-elle à la réalité des choses. A ne les regarder qu'à la surface, il semble en être ainsi, puisque nous avons reconnu dans les attaques quelques-uns des traits de l'épilepsie. C'est de cette façon, du reste, que paraissent l'entendre la plupart des auteurs modernes. L'hystéro-épilepsie serait pour eux un mélange, une combinaison, à doses variables selon les cas, des deux névroses ; ce n'est pas seulement l'épilepsie, ce n'est pas seulement l'hystérie ; c'est à la fois l'une et l'autre.
Telle est, je le répète, la doctrine la plus répandue. Toutefois, elle n'est pas, tant s'en faut, universellement acceptée, et le camp des opposants est nombreux encore. Là, on se refuse à admettre la légitimité de cet hybride, moitié épilepsie, moitié hystérie.
A la vérité, on ne nie pas que l'épilepsie et l'hystérie puissent se rencontrer chez un même individu. L'observation la plus
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superficielle protesterait contre une semblable assertion. Rien n'autorise non plus à croire qu'il y ait antagonisme des deux névroses, et il serait possible même, bien que cela ne soit pas démontré, que les sujets qui sont sous le coup de l'une d'elles soient, par là même, prédisposés à contracter l'autre. Mais, en pareil cas, ajoute-t-on, les accidents convulsifs restent distincts, séparés, sans s'influencer réciproquement d'une façon notable et surtout sans se confondre au point de justifier la création d'une espèce mixte, intermédiaire, en un mot, d'un hybride.
Quelle est donc, dans cette opinion, la signification de ces attaques dont l'existence est si nettement établie par les cas mêmes qui servent de fondement à notre étude et où l'épilepsie semble s'entremêler avec les symptômes ordinaires de l'hystérie convulsive ?
Vépilepsie ne serait là que dans la forme extérieure ; elle ne serait pas dans le fond des choses. En d'autres termes, dans ces cas, il s'agirait uniquement et toujours de l'hystérie, revêtant l'apparence de l'épilepsie. Le nom d'hystérie épileptifomie, employé, si je ne me trompe, par Louyer-Villermay, l'un des premiers, conviendrait à désigner ces attaques mixtes. La convulsion à forme épileptique y apparaîtrait comme elle apparaît dans tant d'autres affections du système nerveux, à titre d'élément accessoire, sans rien changer à la nature de la maladie primitive.
Voilà, Messieurs, la thèse à laquelle je me rattache pleinement. Elle a été soutenue déjà par quelques auteurs très compétents. Parmi eux, je puis citer Tissot, Dubois (d'Amiens), Sandras, M. Briquet, qui se montrent sous ce rapport très explicites. « Les accès d'hystérie », dit M. Tissot, «ressemblent
Charcot, t. I, 4° édit. 24
quelquefois beaucoup à l'épilepsie. » Aussi, en a-t-on fait une forme particulière de riij'stérie, sous le nom d'hystérie épileptiforme. Mais ces accès n'ont pas, néanmoins, le vrai caractère de l'épilepsie'. ,
M. Dubois (d'Amiens) considère l'hystérie épileptiforme comme de l'hystérie ayant un degré de plus dans l'intensité des symptômes^. Sandras exprime la môme opinion 3.
M. Briquet, qui a écrit sur ce sujet un article marqué au coin de la plus saine observation, dit que cette espèce (T hystérie à attaques mixtes n'est qu'une forme particulière de l'hystérie : ce n'est que de l'hystérie très intense ; le pronostic ne s'en trouve pas essentiellement modifié ; le genre de la cause qui a occasionné l'hystérie, les conditions spéciales à l'individu affecté, seraient la source de ces modifications dans la forme des attaques. La nature même de l'hystérie n'en est pas foncièrement changée.
Veuillez remarquer. Messieurs, qu'il n'y a pas là seulement une question de mots, il y a aussi une question de nosographie. et par conséquent une question de diagnostic et de pronostic. Ces circonstances suffiront, je l'espère, poui^ justifier à vos yeux les détails dans lesquels je suis obligé d'entrer afin de faire pénétrer dans vos esprits la conviction qui m'anime à cet égard.
Recherchons donc sur quels fondements s'appuie la doctrine régnante. L'hystérie et l'épilepsie, dit-on, peuvent se combiner de diverses manières chez un môme sujet. Sur 276 malades,
' Tissot. — Maladies des nerfs, t. IV, p. 7o.
^ Dunant. — De l'hystéro-épilepsie, p. 11.
" Sandras. — Maladies nerveuses, t. I, p. 205.
M. Beau, qui a étudié clans cet hospice, aurait relevé cette combinaison chez 32 d'entre elles. Elle se fait d'après des modes variés et il y a lieu d'admettre les catégories suivantes :
A. Dans un premier groupe, les attaques hystériques et les accès d'épilepsie restent distincts : c'est ce que M. Landouzy a proposé d'appeler Jii/stéro-épilepsie à crises distinctes. Eh bien, Messieurs, ce serait là le cas le plus fréquent, car on en compte 20 exemples sur les 32 cas de M. Beau. 11 convient d'ailleurs d'établir dans l'espèce deux subdivisions.
1° L'épilepsie est la maladie primitive ; sur elle, l'hystérie vient ensuite se greffer, à son heure, c'est-à-dire, et le plus souvent, à l'époque de la puberté sous l'action de certaines causes et, en particulier, des émotions morales.
Un cas de Landouzy, cité par M. Briquet, mérite à ce propos d'être résumé devant vous. Une jeune femme, épileptique depuis l'enfance, se marie à l'âge de dix-huit ans. Bientôt la maladie, qu'elle avait dissimulée, se révèle. De là, des contrariétés vives qui engendrent l'hystérie. Les attaques propres aux deux névroses étaient disjointes et conservaient, sans s'influencer, leurs caractères spécifiques. Un rapprochement, entre la malade et son mari, rapprochement occasionné par une grossesse, en ramenant le calme dans le ménage, fait cesser l'hystérie, mais l'épilepsie persiste.
2° D'autres fois, l'épilepsie succède à l'hystérie. Cette condition paraît être beaucoup plus rare que la précédente. M. Briquet, cependant, en rapporte un exemple qui lui est personnel et dans lequel les accès étaient nettement séparés. Chez les malades de cette catégorie, l'intelligence s'obnubile à la longue incontestablement par le fait de l'épilepsie.
3° On a encore mentionné d'autres combinaisons d'ordre
secondaire. Ainsi : a) l'hystérie convulsive coexiste avec le petit mal (Beau, Dunant) ; b) l'épilepsie convulsive est surajoutée à quelques-uns des accidents de l'hystérie non convulsive (contracture, anesthésie, etc.). Nous possédons, par devers nous, un cas de ce genre.
Mais ces diverses associations ne changent rien au fond des choses. Le plus souvent, les deux affections, dans l'hystéroépilepsie, existent simultanément et marchent sans agir l'une sur l'autre d'une manière sérieuse, chacune d'elles conservant ses allures et le pronostic qui lui est propre. A l'égard de cette première forme de l'hystéro-épilepsie, tout le monde est d'accord. Le débat ne porte que sur la seconde.
B. Dans celle-ci, Vhijstérie et ïépilepsie sont coévales; elles se sont développées en même temps. Les crises, ici, ne demeurent pas distinctes ; elles ne l'ont jamais été. Dès l'origine, le mélange s'est effectué et, dans les attaques ultérieures, les deux formes convulsives se montreront toujours combinées, bien qu'à des degrés divers, sans être jamais à aucun moment complètement disjointes.
On a encore donné à cet état le nom d'hystéro-épilepsie à crises comhmées. Dans le jargon depuis longtemps usité, dans le service spécial de la Salpêtrière, les crises sont en pareil cas désignées sous le nom attaques-accès.
Y a-t-il véritablement de Vépilepsie dans les crises mixtes ? Telle est la question que nous devons maintenant discuter. A cet effet, il convient de prendre la description de l'hystéro-épilepsie à crises mixtes consentie par les auteurs et de l'examiner sous tous ses aspects. J'emprunte à M. Briquet surtout cette