EXEMPLE D'HYSTÉRO-ÉPILEPSIE
époque, il n'y a eu d'évacuations involontaires d'urines ou de matières fécales ; dans les courts répits que ses attaques lui laissaient, la malade se levait pour satisfaire à ses besoins. Dans ces intervalles aussi, d'ailleurs très courts, la nature hystérique du mal, surtout dans les premières semaines, reparaissait dans tout son jour. Une fleur dans les cheveux, des frisures bizarres, un vieux morceau de miroir, placé sur la planchette du lit, témoignaient suffisamment des occupations favorites de cette femme dans les temps de répit.
Mais je veux surtout signaler à votre attention le caractère tliermique que l'observation nous a fait reconnaître. Il résulterait en somme de tout ce qui précède, que si dans Vêtat de mal épilepiique, à grandes séries, la température s'élève très rapidement à un haut degré, en même temps que la situation devient des plus graves, au contraire, dans Vétat de mal hystéro-épilepiique à longue série, la température ne dépasse guère le chiffre normal, et d'ailleurs l'état général concomitant n'est pas de nature à inspirer de l'inquiétude. Il n'est pas nécessaire d'insister longuement, je pense, pour mettre .en relief un contraste aussi frappant.
Je ne voudrais pas, toutefois, Messieurs, que vous prissiez absolument au pied de la lettre le dernier terme de la proposition que je viens d'émettre ; sans doute il répond à la réalité, pour la très grande majorité des cas, mais il y a le chapitre des exceptions. Il n'est pas, en effet, sans exemple que l'hystérie se soit, pendant la phase convulsive, terminée par la mort. A la vérité, ce sont presque toujours des attaques d'un genre particulier, des attaques dyspnéiques, qui amènent ce triste résultat' ; mais, je le répète, les attaques convulsives elles-mêmes peuvent y conduire. Je puis, à titre d'exemple, vous rappeler un fait de ce genre publié par M. Wunder-
' Briquet, loc. cit., p. 383 et 538.
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licli ' . Il s'agit d'un cas d'iiystéro-épilepsie comparable à beaucoup d'égards à celui dont je viens de vous entretenir. Pendant plus de huit semaines, la malade en question éprouva des attaques épileptiformes, en nombre d'ailleurs assez restreint, et qui ne s'accompagnaient pas d'augmentation notable de la température ; sans cause connue, sans l'intervention d'accidents nouveaux, deux jours avant la mort, la scène changea tout à
1 Voici la traduction, par M. E. Teinturier, de l'observation de Wunderlich, à laquelle M. Charcot fait allusion.
Observation. — Huit semaines de convulsions Tiystéri formes à marche apyrétique et sans danger apparent. — Revirement fâcheux et subit, sans augmentation d'intensité des convulsions. — Mort au bout de quelques heures avec une température de 45" C. — Autopsie. — Anne Vogel, dix-neuf ans, servante, menstruée deux fois dans les derniers quatorze jours, avant de tomber malade, d'ailleurs bien portante, fut prise, pour la première fois, le 13 août 1855, soi-disant après une vive réprimande, de convulsions qui se répétèrent le 17 au soir et le 18 au matin et remplirent presque sans interruption la nuit du 18 au 19. Entrée le 19, à midi, elle présenta à minuit, dans le bras gauche, où l'on avait constaté de la paralysie, mais pas d'insensibilité, des soubresauts modérés ; puis elle éprouva un sentiment d'angoisse, poussa un léger cri, et éprouva des convulsions d'abord dans la moitié gauche de la face, puis dans la droite aussi ; la bouche était ouverte, les paupières alternativement ouvertes et fermées, le globe de l'œil fortement tourné en haut. Puis survinrent dans les extrémités inférieures et le bassin de violentes et rapides convulsions cloniques projetant ces parties en avant, en arrière et de côté. La face devint cyanosée et l'écume sortit de la bouche. Au bout d'une minute, respiration profonde et supérieure; relâchement des membres et de la face. Ensuite sommeil paisible en apparence ; enfin bâillement, ouverture des yeux et retour de la conscience après six minutes.
La malade est en bon état, sa langue est peu chargée ; la température est à 38'',12, le pouls à 140 (après l'accès), rien d'anormal. Elle dit seulement ne pouvoir remuer le bras gauche, et demande qu'on ne la touche pas, parce que, autrement, elle aurait des convulsions. Cependant elle serre fortement de la main gauche.
Dans la nuit du 19 au 20, 6 accès et dans la journée du 20, 7. Pas d'albumine dans l'urine ; fort sédiment urique. Langue chargée. Température, matin et soir, 380,12 ; pouls 132; R. 24-32. Dans la nuit du 20 au 21, 7 accès; 13 jusqu'au matin du 22. Température 37°,76 ; selles normales ; léger trouble albumineux de l'urine.
Les jours suivants de 8 à 16 accès par jour. Etat supportable d'ailleurs ; pas d'élévation notable de la température (le plus souvent normale, jamais au-dessus de 38°,12, sauf un soir à 38», 75) ; pouls ordinairement au-dessus de 112 ; langue chargée. Le 16, éruption miliaire, confluente, en vésicules, au bout des doigts. Urine chargée de phosphate, sans albumine. Dans les accès, tantôt elle perd connaissance, tantôt elle ne la perd pas , crie quelquefois beaucoup. La sensibilité persiste dans le bras et la jambe gauches.
7 septembre. — Les accès deviennent plus fréquents, durent plusieurs jours sans