‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 160 sur 203 · QUATORZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME LEÇON

De la chorée rythmique hystérique.

Sommaire. — Symptômes. — Caractères des troubles moteurs. — Analyse des mouvements du tronc, des membres, de la tête, de la langue. — Chorea major. — Nature de l'affection : elle relève de l'hystérie. — Preuves à l'appui : ovarie et hémianestbésie droites; — altérations des sens ; — effets transitoires de l'applicatioti des plaques d'or et d'étaiu dans l'hystérie. — Leur action permanente dans l'hémianesthésie de cause organique. — Caractères des attaques convulsives. — Action de la compression ovarienne.

La chorée rythmique appartient au groupe des symptômes permanents de l'hystérie. — Disparition momentanée sous l'influence de la comî)ression ovarienne. — Relation avec les attaques. — Cas de Trousseau, Briquet, Murchison, etc. — Traitement ": insuccès de l'éther ; efficacité du nitrite d'amyle.

Messieurs,

Il s'est produit ces jours derniers, chez une des malades de notre service, atteinte depuis longtemps d'hystéro-épilepsie à crises mixtes {Hysteria major), un état pathologique rare, tout à fait digne, à ce titre, d'être placé sous vos yeux, mais qui, de sa nature, est essentiellement instable, mobile, comme Test, dit-on, le sexe sur lequel il se développe de préférence.

Les phénomènes, dont il s'agit, datent de plusieurs jours déjà, mais il peut arriver que demain, dans un instant peut-être — on ne saurait rien prévoir à cet égard — ils aient cessé d'exister. L'occasion est donc pressante ; il importe de la saisir. C'est pourquoi j'ai pris le parti de commencer les conférences de

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cette année' sans préliminaires, sans préambule, en entrant de plein pied dans l'étude clinique, qui est d'ailleurs l'objet principabque nous poursuivons dans ces conférences.

Je désignerai sous le nom de chorée rythmique hystérique l'état pathologique sur lequel j'appelle votre attention. L'analyse descriptive que je vais vous présenter nous fournira amplement, je l'espère, les moyens de justifier tous les termes de cette dénomination.

La jeune malade que vous voyez là, couchée, parfaitement consciente de ses actes, et d'ailleurs fort bien portante, est âgée de il9 ans à peine ; son histon*e clinique antérieure est cependant déjà fort longue, fort accidentée -. Je vous en signalerai les principaux épisodes dans un instant. J'aborde immédiatement l'exposition des symptômes que j'ai hâte de vous faire connaître.

Ge qui vous frappe le plus, certainement, tout d'abord, ce sont les grands mouvements dont la tête, le tronc et les membres d'un côté du corps, ceux du côté droit, sont .sans cesse agités. Au premier aperçu, ces mouvements paraissent désordonnés ; il semble difficile de les soumettre à l'analyse. Toutefois, un examen plus attentif permet d'y reconnaître bientôt un certain ■ nombre de traits généraux. Ainsi, Vagitation peut être décomposée, pour chaque partie, en mouvements alternatifs, surtout de flexion et d'extension, toujours les mêmes, absolument uniformes.

Vous voyez le tronc s'infléchir fortement sur le > sbassin , {Fig.-27), entraînant la tête qui, à son tour, s'incline sur la poitrine, et il est un moment où le front ne s'éloigne guère de plus de 50 centimètres du genou droit, qui, dans ce temps-là, est

' Novembre-décembre 1877. {Progrès médical, 9 fév. 1878.)

* On la trouvera relatée complètement dans : Bourneville et Regnard. Ico-

nofjr. phoiogr. de la Salpélriàre, t. II, p. 122-186.

m CUORÉE RYTHMIQUE HYSTÉRIQUE

jlans l'extension forcée ; puis la téte et le tronc se redressent, décrivant une trajectoire {Fig. 29), qui figure un demi-cercle parcouru tout à l'heure, en sens inverse, dans le mouvement de flexion, si bien qu'au dernier terme, le dos, puis l'occiput, retombent lourdement sur l'oreiller ; presque aussitôt, le mouvement de flexion recommence, suivi bientôt du mouvement d'extension et ainsi de suite {Fig. 28). On dirait l'image d'une salutation profonde et répétée, rendue ridicule par sa répétition même et par son exagération {Fig. 27, 28, 29).

Remarquez que ces actes se reproduisent suivant un rythme très régulier. Aujourd'hui, nous comptons de 30 à 40 salutations par minute; hier et avant-hier l'agitation étant plus grande, ils ont varié, dans le même temps, de 40 à 80. En même temps, les membres supérieur et inférieur du côté droit, simultanément, s'étendent, puis se fléchissent alternativement, suivant le même rythme.

Les mouvements des diverses parties méritent, d'ailleurs, d'être étudiées avec plus d'attention, non seulement individuellement, mais encore dans leurs relations réciproques, dans leur isochronisme.

Prenons le temps où la flexion de la tête et du tronc est aussi prononcée que possible {Fig. 27) ; en ce moment, lè membre supérieur, tout entier, est dans l'extension ; son grand axe, dirigé verticalement, forme un angle droit avec le plan du lit sur lequel la malade est couchée ; étendu sur le bras, l'avantbras subit en outre un mouvement de pronation, en vertu duquel la paume de la main se dirige en dehors. Cette attitude du membre supérieur rappelle assez bien, vous le voyez, celle qui se produit dans le mode de natation, qu'on appelle vulgairement la coupe marinière. Dans cet instant, la jambe est étendue sur la cuisse, le pied fléchi sur la jambe, reproduisant d'une façon très accusée la déformation d'un pied bot équiu :

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