‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 166 sur 203 · ARRÊT DES MOUVEMENTS · texte numérisé non relu

ARRÊT DES MOUVEMENTS

riences répétées, et ainsi que vous allez le constater vous-mêmes de visu, la compression .-méthodique de la région ovarienne droite a pour résultat certain, constant chez notre miilade, l'arrêt complet des mouvements rytlimiques.

Je pratique la manœuvre en question : quelques plaintes, tliie tuméfaction de la région antérieure du cou, plusieurs mouvements bruyants de déglutition, la protrusion de la langue enfin annoncent que le résultat prévu va se produire. Vous voyez, en effet, les mouvements rythmés du tronc et des membres s'arrêter brusquement, comme par enchantement. Délivrés de l'agitation à laquelle ils étaient tout à l'heure en proie, les membres ne récupèrent pas pour cela leurs fonctions normales.

Ils sont devenus, les membres inférieurs surtout, le siège d'une rigidité musculaire considérable, de tous points comparable à la contracture qui, ainsi que je vous l'ai fait remarquer plus haut, se produit chaque matin, temporairement au moment du réveil, avant que l'agitation ne reprenne son cours.

Je vous proposais tout à l'heure de reconnaître dans la chorée rythmique une attaque en quelque sorte prolongée et transformée. Ne pourrait-on pas maintenant, en se fondant sur ce qui précède, rapprocher cette chorée de la contracture et les envisager comme des accidents de même valeur pathologique, des équivalents, pouvant se substituer l'un à l'autre dans la série des affections hystériques ?

Cet arrêt si remarquable des mouvements choréiformes, sous l'influence de la compression ovarienne, n'est cependant. Messieurs, qu'une suspension, qu'une trêve. U persiste tant que persiste la compression ; aussitôt que celle-ci est suspendue, vous voyez la contracture disparaître et les mouvements rythmés du tronc et des membres tout à l'héure étendus et rigides, recommencer comme de plus belle. Pour mieux vous convaincre, je répète la compression à quatre ou cinq reprises, et chaque fois

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VOUS voyez toute la série des phénomènes se reproduire exactement comme dans la première expérience.

De tout ceci, je crois pouvoir conclure que la cliorée rythmique observée chez notre malade se rattache à l'o varie, au même titre que les crises convulsives ordinaires et qu'elle doit prendre rang parmi les manifestations très variées de la dia thèse hystérique.

Il est temps d'envisager actuellement le côté pratique. Développés à la suite d'une attaque, c'est-à-dire dans les conditions où se manifestent très ordinairement les paralysies et les contractures, les mouvements choréiformes devront-ils, comme cela a lieu si fréquemment pour les accidents susnommés, persister tels quels, jusqu'à la première attaque, peut-être fort éloignée, qui pourra survenir ? N'est-il pas possible, par une intervention appropriée, de brusquer la situation, de délivrer la malade de l'agitation qui l'épuisé, de la ramener enfin, en attendant mieux, à l'état où elle était il y a dix jours ? Les effets de la compression ovarienne sur ceux des accidents qui sont justiciables de l'hystérie ne sont pas toujours fugaces et temporaires. Je vous ai fait voir, dans une autre occasion, qu'en persistant dans la compression ou en la répétant à de courts intervalles, pendant plusieurs heures, on parvient quelquefois à faire disparaître les accidents d'une façon définitive. Par cette manœuvre, nous avons plusieurs fois réussi à couper court à un état de 7nal hysiéro-épileptiqiie qui, abandonné à lui-même, se serait prolongé peut-être pendant plusieurs joui-s. On peut réussir encore à dissiper brusquement une contracture de la mâchoire, de la langue, des membres lorsque ces accidents ne se sont pas — passez-moi le mot — depuis longtemps installés ' ; on est parvenu également à mettre un terme à un mw-

' Voir Bourneville, Progrès médical, 1877, p. 383 et 487 , et Iconographie photograph. de la Salpêtrière, p. 108.

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tisme hystérique qui datait déjà de plusieurs mois^. L'analogie porte à penser que la compression ovarienne prolongée et répétée aurait sans doute aussi pour résultat de faire disparaître définitivement les convulsions rythmées. Ceci montre, Messieurs, que, dans les effets de cette manœuvre, il ne faut pas voir seulement un moyen de diagnostic, un élément propre à éclaircir la théorie du mal ; il y a là, encore, un moyen thérapeutique.; mais sa mise en œuvre est parfois difficile, peu pratique. En somme, ce n'est pas d'ailleurs le seul moyen auquel nous peïisons nous adresser, dans les circonstances où nous nous trouvons. D'après nos observations, l'application dans la région ovarienne d'un sac de glace, prolongée pendant une demi-heure, et répétée plusieurs fois par jour durant plusieurs jours, a souvent pour résultat d'éloigner les attaques et d'en atténuer l'intensité. Mais l'effet de ces applications est généralement lent à se produire, les résultats obtenus ne sont pas toujours très frappants.

Il sera préférable, je crois, de nous adresser soit aux inhalations d'éther, soit à celles de nitriie cCamyle. Les effets des inhalations d'éther chez les hystériques ont quelque chose de particulier. Peu étudiés encore, ils mériteraient certainement d'être bien connus-. Chez certains sujets, par exemple, ces inhalations peuvent servir à révéler, par la production de symptômes non équivoques, la maladie jusque-là restée latente ; chez d'autres, où celle-ci est, au contraire, en pleine activité, nous les avons vues déterminer, très fréquemment, tantôt l'une, tantôt l'autre phase de l'attaque et quelquefois la série tout entière. Or, une attaque, à un moment donné, chez une hystérique, peut jouer le rôle d'une crise favorable et provoquer la brusque ces-

' Debove et Liouville. — Progrès médical, 1876, p. 145.

* Depuis l'époque où cette leçon a été faite, nous avons consigné avec détails les ciïets de l'éther chez les hystériques dans les trois volumes de VIconoqr. phot. de la Salpêtrière et surtout dans le III», (B.)

Charcot, t, i, /i° édit. 2G

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