‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 20 sur 203 · LEUR MOLE D'INFLUENCE · texte numérisé non relu

LEUR MOLE D'INFLUENCE

il est commun de voir se produire, comme lorsqu'il s'agit de lésions irritatives des nerfs, une diminution ou une abolition totale de la contractilitë électrique, dans les muscles des membres frappés de paralysie. Ce symptôme, -manifeste déjà quelques jours après le début de la maladie, est suivi bientôt d'une atrophie plus ou moins prononcée des muscles. Les nerfs musculaires ont été plusieurs fois examinés en pareil cas à l'aide du microscope : tantôt, ils offraient les caractères de l'état normal ; d'autres fois, ils présentaient à un certain degré les altérations propres à la dégénération granule -graisseuse; mais alors ces altérations ne se montraient nullement proportionnées , quant à leur étendue et quant à leur intensité, aux troubles musculaires. Nous reviendrons ultérieurement sur ce fait important.

Vous voyez par ce qui précède que, dans mon opinion, l'abolition rapide de l'excitabilité électrique observée à la suite de la lésion d'un nerf, ne saurait être rattachée tout entière à l'altération granulo-graisseuse de la gaine médullaire et à la perte d'excitabilité des fibres nerveuses qui sei-aient la conséquence de cette altération. S'il en est ainsi, il devient très vraisemblable que le phénomène dont il s'agit est, au moins en partie, le résultat d'un changement quelconque survenu dans la constitution de la substance contractile, sous l'influence de l'irritation transmise jusqu'au faisceau musculaire primitif, par la voie des dernières ramifications nerveuses. La rapidité avec laquelle se produirait ce trouble trophique n'est pas un argument à invoquer contre notre hypothèse. L'expérience démontre, en effet, que sous l'influence de certaines causes, telles, par exemple, que l'interruption brusque du cours du sang artériel, la fibre musculaire peut éprouver plus rapidement encore, — après quelques heures seulement, — une modification fort analogue, sans aucun doute, puisqu'elle se traduit également par l'abolition de la contractilité •spécifique du muscle ' .

' ' J'ai coupé le nerf scialique d'un côté sur deux. lapins et deux cochons d'Inde.

Wl ALTÉRATIONS DE LA FIBIIE CONTRACTILE

A en juger par rencliaînement habituel des phénomènes réwv- \és par l'observation clinique, cette altération de la libre contractile, manifestée par les modifications de la contractilité électrique, serait le précurseur et comme le premier terme d'une série de lésions plus profondes qui amènent graduellement l'atrophie du muscle et entraînent quelquefois l'abolition complète et définitive de ses fonctions. Des observations auxquelles nous avons fait allusion déjà et sur lesquelles nous reviendrons par la suite, semblent montrer que les lésions dont il s'agit sont, pour une bonne partie, de nature irritative. On pourrait être tenté, d'après cela, suivant les errements de la théorie actuellement en vogue, de considérer ces lésions comme la conséquence plus ou moins directe d'une paralysie des nerfs vaso-moteurs concomitante de la paralysie des nerfs moteurs musculaires. Parmi les arguments qu'on peut faire valoir contre cette manière de voir, nous nous bornerons à faire ressortir que les signes nécessaires de la paralysie vaso-motrice. — la réplétion des vaisseaux sanguins et l'élévation de la température locale, ~ ne s'observent que très exceptionnellement chez les sujets qui, à la suite de la lésion d'un nerf, présentent une paralysie avec diminution rapide de la contractilité électrique.

Des faits assez nombreux montrent, au contraire, qu'en pareil cas, la peau est, le plus souvent, pâle, anémiée, en même

Dix iours après, je me suis aperçu que le sciatique coupé ne causait plus de mouvement quLd i le galvanisais. Les muscles se contractaient vivement quand j'ap- Sai^B sur eux les deux pôles de la pile. Cela reconnu, j'ai lie 1 aor e derrière 'orMne des rénales, et trois heures après j^ai essayé de nouveau 1 application de a pril ll nVa eu de contractions dans les muscles de la ambe m quand j exci-

EXPÉRIENCES DE MM. ERB, ZIEMSSEN, ETC. 5;!

temps que, dès l'origine, la température locale s'abaisse manifestement ' .

Telle était, Messieurs, la solution de la question en litige que je m'étais donnée, lorsque vinrent à ma connaissance des recherches nouvelles faites en Allemagne ; les résultats de ces recherches où de nombreuses expériences, instituées chez les animaux, sont mises en parallèle avec les faits pathologiques, me parurent, au premier abord, devoir ruiner tout l'édifice. En effet, à en juger d'après les conclusions formulées par les auteurs, l'opposition entre les lésions passives et les lésions irritatives des nerfs, au point de vue de leurs effets sur la contractilité et sur la nutrition des muscles, ne serait rien moins que fondée. Je commencerai par déclarer que les expériences auxquelles je fais allusion, instituées par M. Erb (1868), et dans le même temps, bien que •d'une manière indépendante, par MM. Ziemssen et 0. Weiss, : paraissent avoir été conduites avec le plus grand soin. Nous ; aurons à voir si elles ont bien la signification qui leur a été : attribuée.

Des lésions de nerfs, variées — écrasement, ligature, section

• dans un très petit nombre de cas — étant produites sur des lapins, iil s'agissait d'observer quotidiennement les modifications de la

• contractilité électrique qui apparaissent du côté des nerfs et du

• côté des muscles, sous l'influence des courants continus et de la Ifaradisation, interrogés tour à tour. L'électrisation était prati-

• quée tantôt à travers la peau, comme on le fait en médecine, (tantôt directement, ainsi qu'on procède en physiologie. M. Erb

■ Duchcnne (de Boulogne), loc. cit., p. 2U. - Mitchell, loc. cit.. p. 134. - I l^olet. Etude sur la température des parties paralysées. Paris, 1867, p. 7.

r,.i EXPÉRIENCES DE MM. ERB, ZIEMSSEN, ETC.

s'était, en outre, donné pour tâche de suivre, autant que possible, jour par jour, les altérations liistologiques qui correspondent aux changements de l'excitabilité électrique.

Examinons en premier lieu les phénomènes observés dans ces expériences sur les nerfs lésés. Supposons qu'on ait blessé, en l'écrasant à l'aide d'une pince, le nerf sciatique d'un lapin. La lésion peut être très prononcée ou légère. Est-elle très prononcée, on constate une perte presque immédiate de l'excitation électrique, que l'on ait recours à la faradisation ou au galvanisme. Lors de la régénération du nerf, le retour de l'excitabilité est lent pour le bout central; il est rapide, au contraire, pour le bout périphérique. La lésion est-elle légère, l'excitabilit.' électrique revient promptement vers le bout central, jamai.elle n'a cessé d'exister d'une façon complète sur le bout périphérique.

Vous voyez que ces premiers résultats ne s'éloignent pas sensiblement de ceux obtenus dans les expériences anciennes, puisqu'il était également établi par ces expériences que le nerf coupé perd son excitabilité dès les premiers jours.

Etudions maintenant les phénomènes qui, dans les nouvelles expériences, sont mis en évidence par l'exploration électrique des muscles. Ici, Messieurs, les résultats s'éloignent notablement de ceux fournis par les expériences anciennes et se rapprochent au contraire beaucoup des faits pathologiques.

Ainsi, l'exploration faradiqueîsiii découvrir, dès les premiers jours, une diminution, et, quelques jours plus tard - cinq à quatorze jours dans les cas intenses - la perte de la contractilité.

Ce n'est pas tout. L'exploration galvanique dénote, elle aussi, dans les premiers jours, un affaiblissement des contraction, musculaires; mais, à partir de la fin de la seconde semame, ; cet affaiblissement succède une exaltation qui persiste pen dant tout le temps que se maintient la dépression faradique

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et qui disparaît à son tour cxuand la faradisation redevient puissante.

Les lésions musculaires qui correspondent à ces modifications de la contractilité électrique ont été étudiées avec grand soin par M. Erb; elles méritent à beaucoup d'égards de porter la dénomination de cirrhose des muscles proposée par M. Mantegazza ' . Elles rappellent absolument celles qu'a signalées ^r. Erb dans les cas de paralysie faciale qu'il a observés chez l'homme.

C'est dans le tissu conjonctif interstitiel que se montrent les premiers changements ; dès la première semaine, il s'y accumule (le nombreux éléments cellulaires, arrondis, rappelant le tissu de granulation, lesquels, plus tard, prennent une forme allongée, disparaissent et font place à du tissu conjonctif ondulé. Les faisceaux musculaires ne commencent à présenter d'altérations que u^rs la deuxième semaine. A cette époque, on peut constater ' déjà que le diamètre de ces faisceaux s'est amoindri; cette atro- 'tphie va rapidement en progressant. Cependant, la striation ttransversale persiste et jamais les fibres n'oifrent de traces des aaltérations de la dégénération granulo-graisseuse. Par contre, (de très bonne heure, les noyaux du sarcolemme se multiplient œt se groupent sous forme de petits agrégats, en même temps ( que la substance contractile ofire à divers degrés les modificattions connues sous le nom de dégénération cireuse.

Tels sont les phénomènes signalés à la suite de lésions de tnerf, qui, suivant nos auteurs, équivaudraient à des sections (complètes. Eh bien ! je n'hésite pas à le dire, cette assimilation test loin d'être à l'abri de la critique. Les résultats obtenus par M. Erb et par M. Ziemssen sont relatifs à des conditions compairables, sans aucun doute, à celle que la pathologie nous offre, imais nullement à celles que l'on détermmait dans les anciennes

' Voir la note, p. 41,

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expériences. Rappelons, en effet, comment ces observateurs ont procédé dans la grande majorité des cas. Presque toujours, ils appliquaient sur le nerf une ligature plus ou moins serrée, ou encore ils produisaient, à l'aide d'une pince, un écrasement plus ou moins prononcé du nerf. Or, ne sont-ce pas là des circonstances suffisantes déjà pour faire présumer que l'irritation des filets nerveux a pu intervenir ici comme elle intervient, suivant nous, dans les cas pathologiques?

Mais il ne s'agit pas là d'une simple présomption : l'existence d'une inflammation occupant non-seulement le voisinage des points soumis à l'écrasement, mais bien toute la longueur de la partie périphérique du nerf lésé, est mise hors de doute par les descriptions même du docteur Erb. C'est le névrilemme surtout qui porte les caractères du processus inflammatoire ; dès la première semaine, des éléments cellulaires arrondis, présentant un seul noyau, s'y montrent accumulés en grand nombre. A une période plus avancée, une couche plus ou moins épaisse de tissu fibreux se trouve interposée aux fibres nerveuses qui ont subi les diverses phases de la dégénération granulo-graisseuse, et, en conséquence le cordon nerveux a acquis une consistance qui lui permet de résister, bien plus qu'à l'état normal, à la dilacération.

Il nous paraît rationnel d'admettre que, dans ces expériences, comme dans les cas relatifs à l'homme, les lésions irritatives dont les nerfs sont le siège retentissent jusque sur les muscles. k la vérité, il peut paraître difficile de concevoir qu'un nerf ayant subi les altérations de la dégénération granulo-graisseuse et privé de motricité, possède encore un certain degré de vitalité ; qu'il soit capable, sous l'influence d'une lésion irritative, de réagir sur la fibre musculaire et d'y déterminer des troubles trophiques. Il y a lieu de faire remarquer à ce propos que l'irritation du nerf date vraisemblablement du moment môme où il a été soumis à la ligature ou à l'écrasement. Il est certain, d'un

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