SECTIONS CO^U^LÈTES DES NERFS
clans ceux-ci, aucun travail de réaction. La dégénëration des fibres du bout péripliéri(xue, qui suit l'opération à titre de conséquence nécessaire, peut être considérée, en somme, à la condition toutefois qu'il ne s'y môle aucune complication, comme un processus purement passif. Les muscles desservis par les nerfs sectionnés sont nécessairement Irappés d'inertie fonctionnelle ; mais ils ne paraissent pas subir d'autres altérations que celles qui, à la longue, résultent de l'inaction' .
Bien différentes sont les affections des nerfs auxquelles se rattachent, chez l'homme, les accidents qui sont l'objet de notre étude. A peu près toujours, lorsqu'elles sont d'origine traumatique, elles naissent, nous l'avons dit, sous l'influence de causes telles que la commotion, la contusion, la compression, une division incomplète, toutes éminemment propres à susciter, dans les divers tissus qui entrent dans la composition du nerf, le développement d'un processus irritatif. De fait, il n'est pas rare, dans les cas de ce genre, que l'atrophie musculaire à marche rapide, foudroyante en quelque sorte, annoncée presque dès l'origine par la perte et la diminution de la contractilité faradique, soit accompagnée, précédée ou suivie, — lorsqu'il s'agit d'un nerf mixte. — de douleurs plus ou moins vives ou de sensations anormales, indices de l'irritation que subissent les fibres sensitives-. A ces douleurs s'adjoint fréquemment l'apparition de ces troubles trophiques de la peau (éruptions pemphigoïdes, peau lisse, herpès), que nous avons appris à connaître comme un des effets des lésions irritatives des nerfs cutanés et qui ne s'observent en aucune façon dans les cas de section pure et simple des troncs nerveux". Les affections développées spontanément prè-
* Voir la note 1, p, /jl.
* Duchenne (de Boulogne), loc. cit., obs., IX, X.
3 Voir, entre autres, une observation rapportée récemment par le docteur Con- I Etantia Paul [Société de Thérapeutique, séance du 7 mai 1871, in Gazette médicale, ; p. 257, n» 25, 1871.) — « L'un des troubles de nutrition les plus remarquables, 1 produits par les lésions do nerfs, est l'émaciation oU l'atrophie des muscles des-
tent à des considérations identiques : tantôt il s'agit d'une carie du rocher ; le tronc du nerf facial baigne dans le pus où il est enveloppé de toutes parts, ainsi que cela avait lieu dans l'observation du docteur Erb, par une gaîne épaisse de tissu conjonctif nouvellement formée d'autres fois, le nerf est comprimé par une tumeur lentement développée, qui a dû, pendant un certain temps, irriter les fibres nerveuses avant d'en déterminer l'aplatissement complet. Il n'est pas jusqu'à la paralysie dite rhumatismale ou a frigore du nerf facial qui ne semble devoir être rattachée — bien que, sur ce point, nous ne possédions pas encore d'observations positives, — à l'irîflammation de la gaîne conjonctive du tronc nerveux
Je n'ignore pas que les sections complètes des nerfs se rencontrent assez fréquemment dans la pratique chirurgicale; je sais aussi qu'on peut voir survenir, en pareille circonstance, l'atrophie des muscles et la perte de la contractilité électrique. Mais je ne crois pas qu'on puisse présenter beaucoup de faits de cet ordre dans lesquels on ait observé, dès les premiers jours, la diminution ou la perte de la contractilité faradique et, dès les premières semaines, VatropMe et la dégénération des muscles. Bien que j'aie entrepris quelques recherches à ce sujet, je n'ai pas trouvé jusqu'ici d'observations incontestablement douées de ce caractère.
Nous sommes ainsi conduits, Messieurs, à faire intervenir ici, encore, la lumineuse distinction proposée par M. Brown-Séquard: seule l'irritation des nerfs serait capable d'occasionner Vatropliie rapide et hâtive des 77iuscles, précédée elle-même de
servis par ces nerfs. Cette atrophie peut exister seule ou se montrer associée à d'autres troubles nutritifs du même genre occupant la peau ou ses annexes. • (Mitcliell Morehouse et Keen. — G'îm/iOi TToîMirfs, etc., p. b9.J ^ h TCuardel. - Lésions du rocher., carie, nécrose, et des comphcmons
çui en sont la conséquence. Extrait du Bulletin de la Société anatorm^ue. Pans,
^^^^ F. Niemeyer. - Lehrluch der Spec. Pathologie und Thérapie. 1' aufl. 2 Bd. p. 365.
la diminution ou de la disparition de la contractilité faradique. La division complète des nerfs n'amène Vatrophie et la perte des réactions électriques qu'au dout d'un temps incomparablement beaucoup plus long, à V instar du repos prolongé.
Cela étant admis, il nous faut rechercher actuellement, comment, étant donnée la lésion irritative des troncs nerveux dont nous venons de reconnaître l'existence, on peut en faire dériver, à titre de conséquence plus ou moins directe, la perte rapide de la contractilité électrique, l'atrophie hâtive des muscles et, en un mot, toute la série des phénomènes que dévoile l'ohservation clinique dans les cas qui nous occupent.
L'affaiblissement ou la perte de la contractilité est, vous le savez, après la paralysie motrice qui, dans la grande majorité des cas, ouvre la marche, le premier fait qu'on constate en semblahle occurrence. Quelques auteurs semblent voir, dans ce phénomène, une conséquence toute simple de la perte de l'excitabilité du nerf, laquelle surviendrait ici, de très bonne heure (vers le 5« jour), comme dans le cas des sections nerveuses, et se rattacherait elle-même à la dégénération des gaines médullaires au-dessous du point lésé. Il paraît certain que les contractions des muscles, déterminées par l'électrisation, sont plus prononcées lorsqu'on peut agir sur eux par l'intermédiaire des nerfs que lorsque l'excitation, par suite de la destruction des filets nerveux, ne peut plus porter sur la substance contractile elle-même. Mais, quoi qu'il en soit, si l'opinion à laquelle nous faisons allusion était fondée, l'affaiblissement très prononcé ou l'abolition apparente de la contractilité électrique, survenant quelques . jours après l'opération, devra être un fait constant à la suite des sections de nerfs, puisqu'en pareil cas le bout périphérique du nerf perd toujours son excitabilité au bout de cinq ou six jours. Or, nous savons qu'il n'en est pas ainsi. D'un autre côté, il n'est nullement prouv(:' que les lésions de nerfs, qui produisent la
Chargot, t. I, /i" édit. /,
perte hâtive de la contractilité électrique, soient toujours assez profondes pour interrompre complètement la continuité des fibres nerveuses et amener la destruction du cylindre de myéline. On pourrait citer, en efifet, un certain nombre de faits tendant à démontrer que la continuité des nerfs persiste, au moins à un certain degré, à la suite de lésions qui cependant déterminent rapidement, dans les muscles, l'apparition des troubles tropliiques les plus prononcés.
C'est ainsi qu'après une lésion traumatique portant sur le trajet d'un nerf, on voit parfois les mouvements persister pendant quelque temps et ne s'affaiblir qu'alors que les lésions tropbiques sont survenues dans le muscle ^ . Il importe de remarquer, d'ailleurs, que la sensibilité musculaire et cutanée se maintient souvent à un degré voisin de l'état normal, dans les cas de lésions d'un nerf mixte, alors même que l'affaiblissement rapide de la contractilité électrique et l'atrophie musculaire consécutive sont portées très loin; c'est un fait que M. Duchenne (de Boulogne) S Mitchell, Morehouse et Keen3 n'ont pas manqué de faire ressortir. Est-il vraisemblable que, dans ces cas, les fibres motrices auront subi des altérations profondes, tandis que les fibres sensitives entremêlées avec elles dans toute l'épaisseur du nerf auraient seules été épargnées? Mais voici un argument en quelque sorte plus direct : à la suite de certaines affections de la moelle épinière, telles que l'hématomyélie, la myélite ai-uë centrale, la paralysie infantile, affections dans lesquelles IcUésion initiale occupe plus particulièrement la substance grise,
1 Voir l'observation citée par Duchenne (de Boulogne), loc. cit p. 207.
^ Dans les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs mixtes les troubles fo'^^'ct portent moins sur la sensibilité des muscles que sur leu
IrnSctilité; ainsi une lu^xation de Vépaule
qui animent le bras, l'avant-bras et la main, j ai vu le rnaiau pontractaient ?ion musculaire assez notable, alors même que ses ™usc^^ f La sen^ ^ "é pas le moins du monde 1— cutanée est encore moins atlecléc que la senbiuinvo m lésions nerveuses. [Duchenne (de Boulogne), loc. ctt., p. ^lOj. 5 Mitchell, etc., loc. cit., p. 97.