LÉSIONS DU BULBE RACHIDIEN
raiit suivant le mode subaigu ou chronique, une tendance à la généralisation, marquée surtout dans les premières périodes, des temps d'arrêts fréquents, suivis de l'envahissement des parties non encore affectées, distinguent, au contraire, la paralysie générale spinale et la rapprochent de l'atrophie musculaire progressive avec laquelle elle est quelquefois confondue, bien à' tort, dans la clinique. La première se sépare cependant nettement de la seconde par les caractères suivants': les muscles de tout un membre ou d'une partie d'un membre sont frappés en masse, presque uniformément, de paralj^sie ou d'atrophie ; ils présentent, déjà à une époque peu éloignée du début de la maladie, des modifications très" prononcées de la contractilité électrique ; habituellement, enfin, une période de retour survient, pendant laquelle les muscles atrophiés récupèrent, au moins partiellement, leur volume et leurs fonctions * .
Lésions musculaires consécutives aux affections du hulbe. — C'est là un sujet encore peu exploré. Cependant des faits, aujourd'hui en certain nombre, empruntés à l'histoire de la paralysie labio-glosso-laryngée et de la sclérose en plaques, tendent à établir que, dans le bulbe comme dans la moelle épinière, les lésions irritatives des faisceaux blancs n'ont pas d'influence directe sur la nutrition des muscles ; tandis qu'au contraire celles qui portent soit sur les agrégats de cellules motrices étagés sur le plancher du quatrième ventricule, soit sur les faisceaux de tubes nerveux émanant de ces agrégats, peuvent, ainsi que je l'ai démontré, déterminer dans la langue, le pharynx, le larynx, l'orbiculaire des lèvres, etc., une atrophie plus ou moins . accusée des fibres musculaires - .
' Duchenne (de Boulogne). — De rékctrisation localisée, 3° édition.
* Comparez : Cliarcot. — Note sur un cas de paralysie (jlosso-lanjnfiée, suivi d'autopsie/m Archives de Phijsioloffie, 1869, pp. 336, 636, pl. XIII. Obs. de Catherine AuLcl. — Duchenne (de Boulogne) et Joffroy. De l'atrophie aiguë et chronique des cellules nerveuses de la moelle et du hulbe rachidien. [Archives de Physiologie, 1870, p. 499.)
L'exposé sommaire qui vient d'être présenté suffira, je l'espère, pour mettre en relief le rôle remarquable que, suivant les recherches les plus récentes, les lésions des cellules nerveuses antérieures jouent dans la production des troubles trophiques musculaires consécutifs aux altérations de la moelle épinière. Dans la pathogénie de la paralysie infantile et des diverses formes de l'amyotrophie de cause spinale, ce rôle ne paraît pa^^ douteux. Son influence est certainement moins nettement df'-montrée, mais cependant fort vraisemblable encore, pour ce qui concerne Thématomyélie, la myélite aiguë centrale et, en un mot, toutes les affections irritatives de la moelle dans lesquelles l'axe gris se trouve intéressé. D'un autre côté, l'absence de toute participation des faisceaux blancs et des cornes postérieures de la substance grise, dans le développement des affections musculaires dont il s'agit, est un fait qui s'appuie désormais sur des preuves suffisamment nombreuses.
Cela étant reconnu, il y a lieu de rechercher. Messieurs, pourquoi la lésion des cellules nerveuses motrices entraîne avec elle celle des fibres musculaires, tandis que les altérations irritatives, même les plus profondes, des faisceaux blancs, n'ont aucune influence directe sur la nutrition des muscles.
Relativement au premier point, on ne pourrait qu'imaginer des hypothèses plus ou moins plausibles, mais évidemment prématurées. Il n'y a pas à invoquer ici les renseignements de la physiologie expérimentale; ses procédés, inférieurs sous ce rapport à ceux de la maladie, ne sont pas assez délicats pour permettre d'atteindre isolément les cellules nerveuses. Il faut donc se borner, pour le moment, à enregistrer les faits tels que nous les offre la clinique éclairée par l'anatomie pathologique et à constater que — comparables en cela aux nerfs périphériques ~ les cellules nerveuses motrices ont le pouvoir, lorsqu'elles sont devenues le siège d'un travail d'irritation, de modifier à distance la vitalité et la structure des muscles.
Pour ce qui est du second point, si l'on se reporte à ce que : nous avons dit des effets de l'irritation des nerfs, il pourra ; : sembler contradictoire, au premier abord, que la nutrition des 1 muscles ne soit pas affectée lorsque les faisceaux blancs de la I i moelle sont occupés par l'inflammation. Pour montrer que la I contradiction n'est qu'apparente, il suffira cependant de rap- ] peler que, malgré l'analogie de composition, les cordons blancs 1 ne sont nullement assimilables aux nerfs : l'expérimentation ré- ^ vêle, en effet, dans ceux-ci, des propriétés qu'on ne trouve pas .(.dans ceux-là, et inversement. L'anatomie montre d'ailleurs que I les tubes nerveux qui constituent les nerfs ne sont que pour une [part très-minime la continuation directe de ceux qui, par leur r réunion, forment les faisceaux blancs. Ces faisceaux paraissent i: presque entièrement composés de fibres qui, nées soit dans l'en- ■ céphale, soit dans la moelle elle-même, établissent, à la manière des commissures, des communications entre la moelle épinière it et le cerveau, ou encore entre les divers points de l'axe gris s spinal. Il était à prévoir, d'après cela, que, à beaucoup d'égards, l ies faisceaux blancs de la moelle, sous l'influence des lésions irritatives, se comporteraient autrement que les nerfs périphériques.
\ ^ Quand je me suis proposé d'exposer devant vous. Messieurs, 1 les principaux faits relatifs aux troubles trophiques qui se montèrent consécutivement aux affections du système nerveux, j'es- .■[ipérais que ma tâche pourrait être menée à bonne fin dans l'esppace de deux leçons. Mais, à mesure que j'avance dans cette eexposition, l'importance et l'étendue de la question se manifesttent dans toute leur évidence. Je suis loin d'avoir épuisé le suj'jet, malgré les développements dans lesquels je suis entré déjà; j j'ose espérer que vous n'aurez pas à regretter le temps que nous (Idevrons encore lui consacrer.
TROISIÈME LEGON
Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la moelle épinière et du cerveau [Suite.)
Sommaire. — Affections cutanées dans la sclérose des cordons postérieurs : Eruptions papuleuses ou licliénoïdes, urticaire, zona, éruptions pustuleuses ; leurs relations avec les douleurs fulgurantes ; elles paraissent relever de la même cause organique que les douleurs.
Eschares à développement rapide {Decuhitvs acutus) dans les maladies du cerveau et de la moelle épinière. — Mode d'évolution de cette affection de la peau : Erythème, bulles, mortification du derme. — Accidents consécutifs à la formation des eschares : a) Infection putride, infection purulente, embolies gangréneuses ; b) Méningite ascendanle purulente simple, méningite ascendante ichoreuse. — Déaihitus aigur dans l'apoplexie symptomatique des lésions cérébrales en foyer. Il .^c manifeste sur les membres frappés de paralysie, principalement a l;i région fessière ; son importance au point de vue du pronostic. — DêcuUtus aiffu dans les maladies de la moelle épinière : Il siège en général à la région sacrée.
\rtbropatbies qui dépendent d'une lésion du cerveau ou de la moelle épinière — A. Formes aiguës ou subaiguës : elles se montrent dans les cas de lésion traumatique de la moelle épinière, dans la myélite par compression (tumeurs, mal de Pott), dans la myéhte primitive, dans l'hémiplégie récente, liée au ramollissement cérébral. Ces artbr^ pathies occupent les jointures des membres paralysés. — B. Formes chroniques : elles paraissent dépendre, comme les , amyotrophies de cause spinale, d'une lésion des cornes antérieures de l'axe gris; on les observe dans la sclérose postérieure (ataxie locomotrice) et dans certains cas d'atrophie musculaire progressive.
Messieurs,
J.orsque j'ai traité des troubles de la nutrition déterminés par les lésions des nerfs périphériques, je vous ai laissé pressentir que ces affections consécutives se trouvaient représentées, pour
AFFECTIONS CUTANÉES DANS L'ATAXIE LOCOMOTRICE 7r>
la plupart, clans les cas de lésions portant sur l'axe spinal. A la vérité, il ne s'agit pas toujours ici d'une reproduction servile ; en général même, les troubles tropliiques de cause cérébrale ou spinale, ainsi que nous aurons plusieurs fois l'occasion de le constater, portent avec elle le cachet de leur origine. Mais il est des circonstances où la ressemblance entre les affections de cause centrale et celles qui dépendent d'une lésion des nerfs périphériques est tellement frappante, que la distinction peut en être des plus difficiles. Nous citerons comme exemple de ce genre certaines éruptions cutanées qui surviennent parfois dans le cours de l'ataxie.
Les affections cutanées auxquelles nous venons de faire allusion peuvent être groupées ainsi qu'il suit : a) éruptions papuleuses ou lichénoides; b) urticaire; c) zona; d) Eruptions pustuleuses, ayant de l'analogie avec l'ecthyma.
Voici en quelques mots le résultat de mes observations à ce sujet. Il n'est pas rare de voir la peau des jambes et des cuisses
couvrir temporairement d'une éruption papuleuse ou lichénoïde, plus ou moins confluente à la suite des accès de douleurs fulgurantes spéciales à l'ataxie locomotrice. Chez une femme actuellement en traitement à la Salpêtrière, d'énormes plaques d'urticaire se produisent à chaque accès au niveau des points où siègent les douleurs les plus vives. Chez une autre, la peau de la région fessière droite s'est couverte d'une éruption de zona limitée au trajet des filets nerveux occupés par les fulgurations douloureuses. Une troisième malade, enfin, a présenté, dans des circonstances analogues, des phénomènes encore plus remarquables. Cette femme, âgée de 61 ans, admise, il y a huit aAs, à l'hospice comme aveugle (atrophie scléreuse des nerfs