AFFECTIONS CONSÉCUTIVES
nées à deux chefs principaux. C'est tantôt une méningite as-cendante purulente simple qu'on observe, tantôt une sorte de méningite ascendante ichoreuse dont Lisfranc et M. Baillarger ont rapporté plusieurs exemples remarquables. En pareil cas, un liquide puriforme, grisâtre, acre et fétide imbibe les méninges et la moelle elle-même, tantôt dans la partie la plus inférieure seulement, tantôt dans toute sa hauteur. Ce liquide se retrouve quelquefois à la base de l'encéphale, dans le quatrième ventricule, l'aqueduc de Sylvius et jusque dans les ventricules latéraux. Dans tous ces points, la substance cérébrale est teintée à sa surface et dans une certaine étendue en profondeur, d'une coloration ardoisée, bleuâtre, laquelle, à plusieurs reprises, a été considérée, bien à tort, comme constituant un des caractères de la gangrène du cerveau M. Baillarger a le premier, je crois, reconnu la véritable nature de cette altération. Il s'agit là surtout d'un phénomène d'imbibition, de macération, de teinture. Remarquez que toujours, lorsque la méningite céré- : brale ichoreuse a pour point de départ une eschare sacrée, la ' coloration ardoisée se retrouve dans toute l'étendue de la moelle ' épinière ; elle est, là, constamment plus prononcée que dans ; l'encéphale, et d'autant plus qu'on s'éloigne moins de l'eschare. .Au contraire, dans le cas où un ulcère sordide de la face, un I cancroïde, par exemple, après avoir détruit les os, aurait mis ; à nu la dure-mère, la coloration ardoisée provoquée par la ma- • cération ichoreuse pourrait, ainsi que je l'ai constaté plusieurs ifois, rester limitée aux lobes antérieurs du cerveau, dans les I régions correspondant au fond de l'ulcère.
A ces complications que je ne puis qu'indiquer d'une manière ttrès sommaire, il faut, avec Ollivier (d'Angers), rattacher les s symptômes cérébraux ou cérébro-spinaux graves, assez mal
' Dubois (d'Amiens). — Mémoire de l'Académie de Médecine, t. XXVII n fin
90 PATIIOGÉNIE DU DÉCUBITUS AIGU
définis encore, qui terminent rapidement la vie, dans un grand nombre de cas de maladie de la moelle épinière.
Nous devons, actuellement, entrer dans les détails, et vous faire connaître les principales circonstances dans lesquelles se produit le décubitus aigu, sous l'influence des lésions du cerveau et de la moelle épinière, ainsi que les variétés de siège et d'évolution qu'il présente, suivant la nature ou le siège de la 1('sion qui en a provoqué l'apparition. Nous aurons à rechercher également si le mode de production de cette lésion trophique de la peau rentre dans la théorie générale à laquelle nous avons dû nous rattacher jusqu'ici. Dans ce but, nous passerons successivement en revue les diverses affections du cerveau et de la moelle qui peuvent donner lieu au décubitus aigu.
A. Du décuMtus aigu dmis V ax^oplexie symptomaiique de lésions cérébrales en foyers. C'est surtout dans l'apoplexie consécutive à l'hémorrhagie intra-encéphalique, ou au ramollissement partiel du cerveau qu'on l'observe. Mais il peut se produire encore dans l'hémorrhagie méningée, la pachyméningite, dans le cas, enfin, où des tumeurs intra-crâniennes donnent lieu à des attaques apoplectiformes. Les derniers événements m'ont fourni plusieurs fois l'occasion de l'observer chez des sujets atteints d'encéphalite partielle déterminée par des plaies de guerre • .
• L'obligeance de mon collègue, M. Cruveilhier, chirurgien de la Salpêtrière, me met à même de rapporter le fait suivant, que je cite à titre d'exemple du dernier genre :
— Le nommé Ernst, Louis, soldat saxon, fut recueilli à Villiers, sur le champ de bataille, le 30 novembre 1870. et apporté à l'ambulance de la Salpêtrière. le soir même, vers 9 heures. Une balle lui avait traversé le crâne de part en part: un des orifices siégeait en haut du front, un peu à gauche de la ligne médiane; l'autre à droite, vers la partie moyenne du pariétal. La substance cérébrale faisait issue sous forme de champignon à travers ce dernier oriQce. La région temporale et la paupière supérieure du côté droit sont ecchymosées et tuméfiées; coma profond. Le 3 décembre, somnolence ; le malade, quand on l'interroge vivement, pro-