CAEACTÈRES EXTÉRIEURS LES PLAQUES DE SCLÉROSE
tanée de plaques clans l'encéphale et la moelle répond à la fo7-me cérébro-spinale.
Pour en finir avec l'anatomie à l'œil nu, il ne me reste plus qu'à indiquer les principaux caractères que présentent les plaques considérées individuellement.
Quelquefois, les plaques sont saillantes et comme turgescentes ; d'autres fois, elles sont de niveau avec les parties avoisinantes; enfin, elles sont parfois déprimées lorsqu'elles ont une date ancienne.
Elles ont une coloration qui rappelle à peu près celle de la substance grise dont il est difficile de les distinguer ; mais, au contact de l'air, elles prennent une couleur rosée et l'on voit s'y dessiner des vaisseaux abondants.
Ces plaques ont une consistance ferme et donnent des surfaces de section nettes et d'où s'écoule un liquide transparent.
Telle est. Messieurs, au point de vue de l'anatomie simple, la sclérose en plaques généralisées ; il nous faut entrer maintenant dans des détails liistologiques minutieux.
Pour mener à bonne fin cette entreprise, qui se rapporte à des faits d'une exposition laborieuse, je réclamerai à la fois et toute votre attention et toute votre indulgence.
ANATOfflE MICROSCOPIQUE
La méthode à suivre est simple. Nous devons partir des conditions normales ; celles-ci une fois connues, il sera plus aisé ' d'en faire dériver les conditions morbides. La connaissance [ préalable des caractères de l'état normal, en ce qui concerne I- les organes et les éléments dont nous voulons étudier les altérai tiens, vous est sans doute familière, et nous pourrions, à la ri- -gueur, entrer de plain-pied dans l'examen des lésions intimes.
.pjg ANATOMIE MICROSCOPIQUE
Toutefois, vous le savez, Tanatomie liistologique des centres nerveux est, sous quelques rapports, toute nouvelle; bon nombre des questions qu'elle soulève sont encore en litige ; et cependant, pour l'intelligence des lésions pathologiques, il n'est pas indifférent d'avoir sur ces questions une opinion plus ou moins motivée. Ces considérations nous engagent à vous remettre en mémoire, au moins sommairement, certains faits fondamentaux d'anatomie normale. D'ailleurs, nous nous occuperons surtout de la moelle épinière, organe moins complexe et d'un abord plus facile que ne l'est le cerveau. Mais, afin de limiter le cliamp de nos études, nous ne nous arrêterons pas à décrire les éléments nerveux proprement dits, tubes ou cellules; nous n'insisterons pas non plus sur leurs rapports réciproques ni sur le mode de groupement qu'ils affectent pour constituer ce que l'on nomme la substance blanche et la substance grise. Nous nous proposons de concentrer votre attention sur la gangue conjonctive qui, de toutes parts, enveloppe ces éléments. Un grand intérêt s'attache à l'histoire de cette gangue conjonctive, principalement pour le pathologiste, car c'est à elle qu'il faut attribuer le rôle capital dans certaines altérations des centres nerveux et en particulier dans les cas qui nous occupent • .
A. Il sera, je crois, avantageux d'inaugurer cette étude par l'examen de tranches minces, transparentes, pratiquées trans-
i On sait que les premières études sur la gangue conjonctive de la moelle épinière remontent à 1810 et sont dues à Keuffel ; mais ce que Ion sait moms c es q^e CruveUMer, dans son article Apoplexie, du
chirurgie prati^incs, publié en 1820, a mentionne . le issu ceUuk re sereu^^ ex re mement délié cjui unit et sépare les fibres cérébrales et qui forme une trame excès sivement ténue ». [Loc. cit., p. 209.)
NOTIONS D'mSTOLOGIE NOMLVLE 197
versalement sur des tronçons de moelle convenablement durcis dans une solution d'acide cliromique, et colorées par le carmin. Le carmin est ici un réactif précieux. Grâce à lui, certains éléments, qui ont la propriété de se colorer sous son influence d'une teinte plus ou moine vive, sont par là mis en relief, alors que les autres conservent leur aspect ordinaire. Ainsi les cellules ganglionnaires, leur noyau, leur nucléole et aussi les prolongements de ces cellules se colorent fortement sous l'influence de ce réactif. La gangue conjonctive se colore également dans tous les points de son étendue, à la vérité d'une manière bien moins prononcée ; et, pour ce qui a trait aux tubes nerveux, seul le cylindre d'axe prend la couleur du carmin, tandis que l'enveloppe de myéline résiste complètement à son action.
Tous les détails que ce mode préparatoire met en relief vous pourrez les suivre sur la planche, d'après Deiters S que je vous présente ; vous les retrouverez ensuite facilement sur les très belles coupes que je vais faire passer sous vos yeux et que je dois à l'obligeance de notre confrère M. Lockart-Clarke ; il conviendra d'examiner ces pièces d'abord à l'aide d'un faible grossissement.
Sur les préparations comme sur la planche, les parties qui appartiennent à la substance blanche de la moelle vous paraissent sans doute, au premier abord presque entièrement composées de petits corps régulièrement arrondis, sortes de disques placés côte à côte et à peu près de même diamètre. Ce sont les tronçons cylindriques très minces, résultant de la section des tubes nerveux, lesquels tubes sont là, dans cette partie de la moelle, disposés pour la plupart suivant le grand axe de l'organe, et, comme sont lès prismes d'une chaussée basaltique, parallèlement les uns aux autres. Au centre des disques qui,
' 0. Deiters. — Untersuch. Hier Qehirn und Bilchcnmark. Brauuskewieg , Planche III, ûg. 12.
198 DE LA NÉVROGLIE
dans le reste de leur étendue, sont constitués par la myéline non colorée, d'aspect brillant, translucide, figure comme un point, ou mieux, comme un petit globule, le cylindre d'axe coloi'é en rouge.
Un examen un peu plus attentif fait constater bientôt que les disques en question ne sont pas exactement contigus, et qu'ils sont, au contraire, plus ou moins nettement séparés les uns des autres, par une substance d'apparence homogène, que le carmin colore légèrement et qui semble combler, à la manière d'un ciment, tous les vides que les éléments nerveux laissent entre eux. Cette substance n'est autre que la gangue conjonctive , comme nous l'appelions tout à l'heure, ou autrement dit, la névroglie (Virchow), le réiiculum {'K.oV liker). En étudiant son mode de répartition et d'agencement sur les diverses parties de la coupe, vous reconnaîtrez aisément qu'elle entre pour une part très importante dans la masse de l'organe. Remarquez en premier lieu qu'elle forme , à la partie périphérique de la coupe, un anneau, ou mieux, une zone, d'une certaine épaisseur et où les tubes nerveux font absolument défaut. Cette zone est recouverte à l'extérieur et enveloppée, pour ainsi dire par la pie-mère, avec laquelle elle ne contracte que de faibles adhérences: elle est d'ailleui\s parfaitement distincte, quant à sa structure, de cette dernière membrane, qui est composée de tissu conjonctif fibrillaire, et, par conséquent, tout autrement que la névroglie. Elle a été décrite avec soin pai' Bidder et par Frommann, qui la désignent sous le nom de couche corticale du réticulum (Rindenschicht); nous verrons plus tard qu'elle présente parfois, au point de vue pathologique, un intérêt mcontestable • .
Du bord interne de cette zone ou couche corticale, on voit
» C. Frommann. — TJntersuch. ûher die normale und patholog. Anatom. des Rûchenmarhes. léna, 1864.
DE M NÉVROaLIE 199
naître et se clétaclier, de distance en distance, des cloisons qui se dirigent vers le centre de la moeUe, qu'Hs partagent en compai^timents triangulaires à peu près égaux, dont la base est à la périphérie et dont le sommet se perd dans la substance grise. Ces cloisons donnent elles-mêmes naissance, chemin faisant, à des tractus secondaires, puis tertiaires, qui se subdivisent aussi à leur tour. Leurs ramifications s'enchevêtrent, se croisent et s'anastomosent de manière à produire un réseau à mailles d'inégale dimension. De ces mailles, les plus larges réunissent, sous forme de faisceaux, huit, dix tubes nerveux, ou même un plus grand nombre, tandis que les plus étroites n'en renferment, le plus souvent, qu'un seul. La disposition réticulée dont il s'agit devient surtout évidente dans les points de la préparation, où, par suite de la distribution des tubes nerveux, le squelette conjonctif persiste seul.
Plus encore peut-être que dans la substance blanche, la névroglie joue, dans la substance grise, un rôle important; il est, en effet, des régions de celle-ci qu'elle constitue d'une manière presque exclusive ; tels sont, par exemple, les bords du canal central, le cordon de Tépendyme. Elle est prédominante aussi dans cette partie des cornes postérieures connue sous le nom de substance gélatineuse de Rolando ; dans la commissure postérieure qui, en conséquence, prend dans sa presque totalité, une temte rosée sur les préparations traitées par le carmin, tandis que la commissure antérieure, au contraire, en raison des nombreux tubes nerveux à direction transversale qu'elle contient, est beaucoup moins affectée par le réactif. Dans la substance grise, d'ailleurs, de même que dans la substance blanche, la névroglie présente la structure réticulée ; seulement, dans le premier cas, les intrications beaucoup plus multipliées des trabécules' forment des mailles notablement plus serrées et font voir l'apparence d'un tissu spongieux. Dans ces deux conditions, du reste, elle sert de support aux vaisseaux sanguins.
200 DE LA NÉVnOGLlE
B. Il convient actuellement de rechercher, à l'aide de grossissements plus puissants, quelle est la constitution histologique de cette gangue conjonctive dont nous ne connaissons encore que les apparences les plus extérieures. S'agit-il là du tissu conjonctif ordinaire (tissu lamineux fibrillaire) ? Non, assurément : tout le monde s'entend sur ce point. Mais en dehors de cette notion purement négative, presque tout reste litigieux dans l'histoire histologique de la névroglie. Toutefois, une opinion tend ici à prévaloir, et cette opinion, si j'en juge d'après des impressions fondées sur des observations personnelles, se rapprocherait beaucoup delà réalité. D'après cette manière de voir, la névroglie serait faite, comme le stroma des glandes lymphatiques, par exemple, suivant le type du tissu conjonctif simple réticulé (KôUiker) ; c'est-à-dire qu'elle serait essentiellement composée de cellules étoilées, en général pauvres en protoplasma, portant des prolongements grêles, plusieurs fois ramifiés, et dont les branches communiquent les unes avec les autres, de manière à relier en un seul système les diverses cellules et à les rendre pour ainsi dire solidaires. (Kôlliker % Max, Schultze, Frommann^) Dans cette forme de tissu connectif, il n'existe que fort peu de substance amorphe dans les mailles du réticulum, et la substance intermédiaire fibrillaire, qui est l'un des caractères fondamentaux du tissu lamineux, fait ici complètement défaut.
Voyons maintenant ce que l'observation directe permet de reconnaître sur des coupes minces de la moelle, durcies par l'acide chromique et colorées par le carmin. Comme dans le cas du stroma des glandes lymphatiques que nous prenions il y a un instant pour exemple, il importe ici de distinguer en premier lieu des cellules et en second lieu un réseau de trabécules
' KôUiker. — Gewebclehre, 5' édit. Leipzig, 1867, § 108. * Loc. cit.
DE LA NÉVROGLIE 201
libroïdes qui relient ces cellules entre elles. Il s'agira d'abord de ce que l'on voit dans la substance blanche.
Les points du réticulum où plusieurs trabécules se rencontrent, forment çà et là des renflements ou nœuds plus ou moins ("pais, situés à peu près à égale distance les uns des autres. Or, chacun- de ces nœuds, ceux surtout qui se font remarquer par leur grande dimension, présentent vers leur partie centrale un corps figuré, arrondi ou légèrement ovalaire, plus vivement coloré par le carmin que ne le sont les parties avoisinantes. Ces corps sont des noyaux, à contour net, finement grenus, dépourvus de nucléoles et mesurant en moyenne de 0'""\004 à 0™'»,007. Ils se montrent solubles dans l'acide acétique qui les fait se contracter dans tous les sens et diminue leur diamètre quelquefois de moitié : on les connaît sous le nom de myélocites (Ch. Robin)* ou de noyaux de la névroglie (Vi'rchow)-. Une mince couche de protoplasma , sans apparence cellulaire distincte, entoure le plus souvent ces noyaux (myélocites, variété noyau) qui, d'autres fois , au contraire, sont renfermés dans une véritable cellule arrondie ou étoilée (myélocites, variété cellule), et munis de prolongements plus ou moins nombreux (de 3 à 10, d'après Frommann), plus ou moins allongés 3. Les prolongements paraissent faire corps avec les trabécules du réticulum qui les continuent, pour ainsi dire, sans ligne de démarcation appréciable ; dans le cas où la forme cellulaire n'est pas distincte, les noyaux, nus ou recouverts seulement d'une mince couche de protoplasma, apparaissent comme des centres d'où naissent les trabécules du réticulum et d'où elles irradient pour se porter dans diverses directions.
* Robin. — Programme dto cours d'histologie, 1864, p. 46. — Dictionn. encyclopédique, 2» série, 1. 1, part., art. Lamineicx, p, 284.
» Virchow. — Die Krankhaft. Geschwûlste, 1864-1865, t. II, p. 127.
' Voir sur ce sujet : Hayem et Magnan. — Journal de la physiologie, etc., n» 1 , 1876. — Hayem. — Etudes sur les diverses formes d'encéphalite, 1868.
202 DE LA NÉVROfrLIE
Les trabécules doivent être étudiées à leur tour et considérées indépendamment des connexions qu'elles peuvent avoir soit avec les noyaux, soit avec les cellules qui occupent les nœuds du réticulum ; leur texture varie quelque peu selon que l'on examine des coupes transversales ou des coupes longitudinales. Dans le premier cas, elles simulent de minces cloisons homogènes, brillantes, d'aspect fibroïde. En s'anastomosant, elles forment des mailles dont les plus étroites sont assez larges encore pour contenir un tube nerveux. S'agit-il de coupes longitudinales? On voit les trabécules se ramifier presque à l'infini et produire un réseau à mailles beaucoup plus fines. Ce réseau est d'ailleurs disposé ■ sous' forme de cloisons qui séparent les uns des autres les tubes ' nerveux et les entourent à la manière d'une gaine. Les vides qui existent çà et là, entre les gaines et les tubes nerveux, semblent comblés par une petite quantité d'une matière amorphe, finement grenue. Nulle part on ne rencontre, dans l'état normal, au milieu de ces trabécules, les minces fibrilles, qui font paiiie intégrante du tissu lamineux.
Dans la substance grise, la névroglie est faite sui^ le même plan général; seulement les mailles du réseau fibroïde, surtout dans les points où les éléments nerveux manquent, y sont plus serrées que dans la substance blanche et de là résulte l'aspect spongieux que nous avons déjà mentionné. Ajoutons que les cellules étoilées se montrent plus nombreuses que partout ailleurs dans certaines régions de la substance grise et qu'elles sont parfois tellement développées qu'il devient fort difficile de les distinguer des cellules nerveuses ; mais nous aurons l'occasion d'insister sur ce dernier point.
Un réseau fibroïde dense, à mailles étroites, des cellules nombreuses se retrouvent aussi dans les parties des faisceaux blancs où n'existent pas de tubes nerveux, dans la couche corticale (Rindenschicht), par exemple et dans les grandes cloisons qui y prennent leur origine.
DE LA KÉ^^lO&LIE 203
Si l'on s'en rapporte à la description qui précède, la névroglie mérite incontestablement d'être rattachée au type du tissu conjonctif réticulé, dont nous rappelions tout à l'heure les caractères essentiels.
Mais cette description a été tracée principalement, — vous ne l'avez pas oublié, d'après des observations faites sur des fragments de moelle qui ont subi, pendant un temps plus ou moins long, l'action de l'acide chromique. Or, les résultats obtenus à l'aide de ce mode de préparation sont-ils à l'abri de la critique? Telle n'est pas l'opinion de quelques auteurs, parmi lesquels il faut citer, au premier rang, des maîtres tels que Henle et Ch. Robin*. Suivant eux, le réticulum fibroïde, décrit plus haut, n'aurait pas d'existence réelle ; ce serait un produit de l'art. A l'état frais, avant l'intervention des réactifs, les espaces intermédiaires aux tubes nerveux seraient remplis, non par des trabécules solides formant par leur agencement les mailles d'un réseau, mais tout simplement par une matière amorphe, molle, grisâtre, finement grenue, au sein de laquelle les myélocites seraient comme suspendus.
Cette matière ayant la propriété de se durcir, sans perdre de son volume, sous l'influence de l'alcool et de divers .acides, de d'acide chromique en particulier, c'est à cette circonstance qu'elle devrait de se présenter, sur les préparations traitées par ce dernier agent, sous la forme d'un appareil réticulé. A ces ' objections ont été opposés des arguments, ou pour mieux dire des faits, dont quelques-uns ont, croyons-nous, une valeur à peu près absolue. On reconnaît qu'il existe à l'état normal, interposée aux éléments nerveux, — à la vérité en faible proportion, — de la matière amorphe possédant les caractères qui j viennent d'être indiqués (Kôlliker); on reconnaît également
' Dict. encyclopédique, loc. cit.
■20.1 DE LA NÉVIIOGLIE
que, sur les pièces fraîches, le réticulum est moins nettement dessiné que sur les pièces durcies par les acides. Mais il n'en est pas moins vrai que, même à l'état frais, les coupes fines de la substance Manche de la moelle, placées dans le sérum iodé et dilacérées sous le microscope, laissent Yoir nettement . sur leurs hords les tractus fibroïdes du tissu conjonctif (Kôlliker, Frommann, Schultze). Ce résultat, facile à obtenir dans les conditions normales, s'accuse encore mieux dans certaines circonstances pathologiques où les dispositions normales se montrent exagérées, sans être encore foncièrement modifiées (Virchow).
C'est ce qui a lieu, entre autres, ainsi que nous le dirons, dans la myélite interstitielle subaiguë, et dans la sclérose proprement dite, lorsque l'altération n'a pas encore dépassé les premières phases de son évolution.
De tout cela on a conclu, — et nous croyons la conclusion légitime, — que, dans l'espèce, l'acide chromique n a pas d'autre eifet que de mettre mieux en reUef la texture réticulée de la gangue conjonctive de la moelle épinière. Cette disposition préexiste ; elle ne se produit pas de toutes pièces sous l'action du réactif.
Pour en finir avec les remarques que j'ai cru devoir vous présenter relativement à l'histologie normale du centre nerveux spinal, je n'ai plus qu'un mot à ajouter touchant une particularité anatomique qu'offrent les plus petits vaisseaux, principalement les capillaires artériels, dans l'épaisseur de cet organe. Ils possèdent comme les artérioles intra-encéphaliques, cette tunique surnuméraire que l'on désigne communément sous le nom de gaine lymphatique ou encore de gaîne de Robin. Un espace libre, rempli par un liquide transparent, où flottent quelques éléments figurés, sépare, vous le savez, cette gaîne de la tunique adventice. Vous reconnaîtrez bientôt l'in-
itérât qui s'attache à cette disposition anatomique lorsqu'il -s'agira d'interpréter certaines lésions *.
Après ces préliminaires, il nous devient facile, Messieurs, id'atorder l'étude des altérations liistologiques de la moelle dans lia. sclérose en plaques. La description de ces altérations que mous allons vous présenter sera fondée surtout sur les résultats I des investigations auxquelles nous nous sommes livrés depuis ! longtemps, M. Yulpian et moi. Nous aurons en outre plusieurs ffois l'occasion de mettre à profit, après contrôle, les recherches i'faites antérieurement, ou depuis lors, sur le même sujet, par
' Depuis le moment où cette leçon a été faite, do nombreux travaux ont été ppubliés sur la structure de la névroglie. (Voir à ce sujet une revue critique de I Gombault : Archives de 2^hysiologie, 1873, p. 458). — Dans un important Irawail, M. Ranvier, dont les travaux ont tant contribué à la connaissance du tissu cconjonctif, a montré que les cellules, décrites par Golgi et Boll, ne sont probaliblement que des artifices de préparation. Le tissu conjouctif des centres nerveux :ine s'éloigne guère de la structure de celui des autres régions. (Ranvier. — Stir \hles éléments conjonctifs de la moelle épinière. In Comptes-rendus de l'Académie des {■sciences, décembre 1873). La névroglie se compose de petits faisceaux conjonctifs lide 0""°,001 à 0""°,002 de diamètre. € .Us ne s'amastomosent pas entre eux, dit NM. Ranvier, mais en quelques points, ils s'entrecroisent au nombre de 4, 5, 6, 7, ^8 et même plus. Au niveau de cet entrecroisement, il y a souvent un noyau Mond ou ovalaire, muni de petits nucléoles, aplati et entouré d'une zone granu- Meuse. Avec un bon objectif à immersion, donnant un grossissement de 600 à 800 idiamètres, il est facile d'apprécier tous ces détails et de reconnaître dans la zone ^granuleuse une lame de protoplasma qui, avec le noyau, constitue une petite cellule plate de tissu conjonclif. Au-dessous et au-dessus de cette cellule, les petits faisceaux se poursuivent. Il ne me paraît pas douteux, ajoute M. Ranvier, que cet ensemble ait été pris pour une cellule ramifiée, mais c'est là une erreur qui, , j'en suis sur, sera abandonnée de tous ceux qui suivront exactement la même méthode. » Sur d'autres points des mêmes préparations, on peut observer des cellules plates isolées ou bien des entrecroisements sans cellules, dispositions qui ne laissent aucun doute sur l'interprétation des faits précédents. On s'étonnera : moins des nombreuses opinions contradictoires émises sur la névroglie, si on se rappelle les nombreuses discussions qu'a soulevées la structure du tissu conjonctif des organes périphériques, structure qui n'a été mise en lumière que par des recherches récentes. (Note de la 2° édition.)
•20G UISTOLOGIE PATUOLOGIQUE
Valentiner Rindfleiscli-, Zenker^ et surtout par Frommaim* qui, à propos de l'examen d'un petit fragment de moelle, a écrit un gros livre accompagné de planches remarquables et riches en documents précieux.
Nous décrirons en premier lieu ce que l'on peut observer : 1° sur des coupes transversales ; 2° sur des coupes longitudinales, provenant de fragments de moelle durcie par l'acide chromique ; nous décrirons ensuite, d'après l'examen de pièces fraîches, quelques particularités non reconnaissables sur les coupes durcies. Dans les deux cas, la coloration des parties produites à l'aide de la solution ammoniacale de carmin sera, comme pour les recherches relatives à l'état normal, un auxiliaire d'une grande utilité, et qu'il sera bon de mettre en œuvre.
A. Lorsque l'on examine à l'œil nu un tronçon de moelle portant une plaque de sclérose, il semble que les parties malades se séparent des parties saines d'une manière heurtée, sans transition, par une ligne de démarcation nettement tranchée. Or, c'est là une illusion. L'étude microscopique, en effet, permet de constater, même à de faibles grossissements, que les parties saines, en apparence, qui confinent au noj'au scléreux, présentent, dans un rayon d'une certaine étendue, des traces d'altération déjà fort évidentes. Si l'on franchit la limite apparente du tissu sain, les lésions se montrent plus accentuées et elles se prononcent progressivement, de plus en plus, à mesure que l'on approche de la région centrale de la plaque, région où elles acquièrent leur plus haut degré de développement. En procédant ainsi des parties périphériques vers les parties cen-
• Valentiner. — Deutsch. Klinik., ISoG, p. 149.
2 Rindllcisch. — Virchow's Archtv, 1863, t. XXVI, p. 474.
ï Zenker. — Zeitsck. (1er ration. Mediz., 1863. Bd. XXIII 3. Reih., p. 226.
4 Frommann. — 2 iheil. Icna, 1867. — Voir aussi : Rokilansky ; Sitztingsber. — R. M. Klasse, t. XIII, 1831, p. 136; — Charcot : Soc. de biolofiie, 1868; Bouchard : Soc. anat., 1868 ; — Hayem : Etudes, etc., loc. cit., p. 121.
ÏÏISTOLOaiE PATHOLOGIQUE 20/
traies, on est conduit à reconnaître l'existence de plusieurs zones concentriques, répondant aux phases principales de l'al- 1 tération • .
a) Dans la zone périphérique, on observe ce qui suit : les trabécules du réticulum. se sont notablement épaissies; quel- 1 quefois, elles ont acquis un diamètre double de ce qu'il est dans l'état normal. En même temps, les noyaux qui occupent les nœuds du réticulum sont devenus plus volumineux ; parfois ils se sont multipliés, et l'on en peut compter deux, trois, rarement plus, dans chaque nœud - ; la forme cellulaire se montre là plus distincte par suite de l'épaississement des trabécules ; les tubes nerveux paraissent plus distants les uns des autres ;
• en réalité, ils ont surtout diminué de volume, et cette sorte d'atrophie s'est faite aux dépens du cylindre de myéline, car le cylindre d'axe a conservé son diamètre normal ou même il s'est hypertrophié. La matière amorphe, qui recouvre de toutes
1 parts les fibres du réticulum, paraît plus abondante que dans l'état sain^
6) Les tubes nerveux, dans la deuxième zone, que l'on pour- . rait appeler zone de tratisition, sont devenus encore plus grêles. ! Beaucoup d'entre eux semblent avoir disparu; en réalité, ils se
• sont seulement dépouillés de leur cylindre de myéline et ne sont
• plus représentés que par le cylindre d'axe qui, à la vérité, a parfois acquis des dimensions relativement colossales*. Quant aux trabécules du rétÎQulum, elles offrent des altérations non moins remarquables. En effet, elles ont plus de transparence, leurs contours sont moins accusés; enfin, en certains endroits
' Charcot. — Société de Biologie, 1868.
* Parfois quelques-uns de ces noyaux présentent vers leur partie moyenne un I étranpçlement qui semble indiquer un commencement de scission.
' Frommann, 2 theil, pl. 11, fig. 1 elpassim.
* Frommann, Charcot.
et c'est là un fait vraiment fondamental — elles sont remplacées par des faisceaux de longues et minces /Ibrilles, fort analogues à celles qui caractérisent le tissu conjonctif ordinaire (tissu lamineux). Ces fibrilles sont disposées parallèlement au grand axe des tubes nerveux : c'est pourquoi on n'en aperçoit guère, sur les coupes transversales, que les extrémités qui, par leur réunion, figurent un pointillé très fin. Elles tendent, nous lavons dit, à se substituer aux fibres ou trabécules du réticulum; mais, en outre, elles envahissent les mailles qui contiennent les tubes nerveux, à mesure que ceux-ci s'amoindrissent en se dépouillant de leur myéline, et, en conséquence, l'aspect réticulé ou alvéolaire si distinct que présente à l'état normal la gangue conjonctive tend à s'effacer de plus en plus * .
c) C'est — vous le savez — dans la région centrale de la plaque scléreuse que l'on observe les altérations les plus prononcées. Ici, toute trace de réticulum flbroïde a disparu ; on ne rencontre plus ni trabécules ni formes cellulaires distinctes ; les noyaux sont moins nombreux, moins volumineux qu'ils ne l'étaient dans les zones périphériques ; ils se sont rétrécis dans tous les sens, paraissent comme ratatinés et ne prennent plus sous l'influence du carmin une coloration aussi foncée - ; on les retrouve, çà et là, formant parfois de petits groupes dans les intervalles que laissent entre eux les faisceaux de fibrilles. Celles-ci, d'ailleurs, ont tout envahi; elles comblent maintenant les espaces alvéolaires d'où la myéline a totalement disparu. Néanmoins les cylindres d'axe, derniers vestiges des tubes nerveux, persistent encore en certain nombre, entremêlés aux fibrilles ; mais ils n'ont plus, en général, ce volume relativo-
' Frommann, 2 theil., loc. cit., pl. IV, fig. 1, 2, 3. * Frommann, Charcot.
fflSTOLOGIE PATHOLOGIQUE 209
ment énorme qu'ils avaient quelquefois dans les premières phases de l'altération ; la plupart môme se sont amoindris à tel point qu'ils ressemblent, à s'y méprendre, aux filaments fibrillaires de formation nouvelle dont nous apprendrons cependant tout à l'heure à les distinguer.
Tel est, Messieurs, le dernier terme du processus morbide, dans la forme de sclérose qui nous occupe ; et cette persistance, pour ainsi dire indéfinie, d'un certain nombre de cjdindres axiles au milieu des parties qui ont subi, au plus liaiRt degré, la métamorphose fibrillaire, est, — remarquez-le bien, — un caractère qui paraît appartenir en propre à la sclérose en plaques; elle ne s'observe certainement pas, du moins au même degré, dans les autres variétés de l'induration grise., -soit qu'il s'agisse de la sclérose spinale descendante, consécutive aux lésions du cerveau, ou de celle qui, occupant primitivement les cordons postériem% est considérée à j.uste titre comme le sulistratum anatomique de l'ataxie locomotrice progressive.
B. Les résultats de l'examen des coupes longitudinales confirment, dans leur ensemble, les données qui viennent de vous être exposées ; je puis donc vous épargner de plus longs détails, et me borner aux remarques suivantes qui vous feront mieux connaître, sous quelques rapports, le tissu fibrillaire de formation nouvelle. C'est sur les coupes de ce genre que l'on saisit bien les caractères de ce tissu, que l'on peut le mieux apprécier la direction longitudinale des fibrilles, leur aspect brillant qui les .fait ressembler aux fibres élastiques, leur agencement sous forme de faisceaux légèrement ondulés et toujours parallèles. En dilacérant ces faisceaux, on reconnaît que les fibrilles qui les composent sont extrêmement ténues, qu'elles sont opaques, lisses, qu'elles se divisent et s'anastomosent rarement, tandis qu'elles s'entrelacent, au contraire, et s'iutriquent
Chârcot, t. I, 40 édit.
Iréquemnient de manière à figurer une espèce de feutrage, qu'enfin elles se colorent à peine sous l'influence du carmin [Fig. ii). Ces derniers caractères les diffîérencient suffisamment des cy-
Ji'ig, 11, — Elle représente une préparation fraîche, provenant du centre d'une plaque scléreuse, coloren par le carmin et traitée par dilacération. Au centre, vaisseau capillaire portant plusieurs noyaux. A droite et à gauche, cylindre d'axe, les uns volumineux, les autres d'un très-petit diamètre, tous dépouillés de leur myéline. Le vaisseau rapillaire et les cylindres d'axe étaient fortement colorés par le carmin. Les cylindres d'axe ont des bords parfaitement lisses, ne présentant aucune ramification. Dans l'intervalle des cylindres d'axe, minces fibrilles de formation récente, à peu près parallèles les unes aux autres dans la partie droite de la préparation, formant, à gauche et au centre, une sorte de réseau résultant, soit de l'enchevêtrement, soit de l'anastomose des fibrilles. Celles-ci se distinguent des cylindres d'axe : lo par leur diamètre qui est beaucoup moindre; 2" par les ramifications qu'elles offrent dans leur trajet; 3o parce qu'elles ne se colorent pas par le carmin. — Ça et là, noyaux disséminés. Quelques-uns paraissant en connexion avec les fibrilles conjonctives; d'autres ayant pris une forme irrégulière, due à l'action de la solution "ammoniacale de carmin.
iindres d'axe qui, d'ailleurs, sont en général plus volumineux, translucides et ne se ramifient jamais. Elles peuvent aussi se distinguer aisément des fibres du réticulum avec lesquelles elles «e trouvent quelquefois entremêlées en ce que ces dernières sont plus épaisses, plus courtes et constamment hérissées sur leurs bords de prolongements rameux; elles diffèrent enfin des
fibres élastiques que l'on trouve si souvent mêlées au tissu conjonctif ordinaire par un caractère important : elles se gonflent sous l'influence de l'acide acétique et forment une masse hyaline, transparente, ce qui n'a pas lieu pour les fibres élastiques
Peut-on entrer plus avant dans l'étude de ces fibrilles et chercher à saisir leur mode de formation ; se produisent-elles, par exemple, comme le veut M. Frommann, en partie dans l'épaisseur même des fibres du réticulum qu'elles doivent remplacer bientôt, en partie- aux dépens des cellules et des noyaux de la névroglie? Naissent-elles, au contraire, comme d'autres le pensent, soit de la matière amorphe préexistante, soit d'un blastème nouvellement formé? Y a-t-il là, en d'autres termes, métamorphose ou substitution ? La question, croyons-nous, doit rester encore indécise; tout ce que nous pouvons dire à cet égard, c'est que les fibrilles nous ont semblé parfois prendre racine dans la substance des noyaux ou des cellules, et que ce ■ fait, s'il était confirmé, pourrait être invoqué à l'appui de la thèse soutenue par M. Frommann.
Je ne puis passer sous silence les altérations diverses que subissent les vaisseaux sanguins qui traversent les plaques de sclérose, altérations qui peuvent être bien étudiées sur les coupes longitudinales après durcissement par l'acide chromique. A l'origine, c'est-à-dire dans les zones périphériques, les parois de ces vaisseaux, même celles des plus fins capillaires, se montrent plus épaisses et renferment un plus grand nombre de noyaux qu'à l'état normal. Plus près du centre de la plaque, les noyaux se sont multipliés encore et, de plus, la tunique adventice se trouve remplacée par plusieurs couches de fibrilles en tout semblables à celles qui se sont développées simultanément -dans l'épaisseur du réticulum ^ Enfin, au dernier terme, les
• Valentiner, Zenker, loc. cit. - Vulpian. — Cours de la FaculU 1868 Vulpian. — QouTH de la Famltc'.
parois sont deyenues tellement épaisses que le calibre du yaisseau s'en trouve notablement rétréci ' .
Je dois signaler aussi, en passant, la présence habituello d'un certain nombre de corps amyloïdes au milieu du tissu fibrillairo. Mais je dois faire remarrxuer, en même temps, comme un fait singulier , que ces corps sont toujours moins abondants dans la sclérose en plaques que dans les autres variétés de l'induration grise.
C. Ce n'est pas toujours sans difficulté que l'on parvient à retrouver, sur les pièces qui n'ont pas été préparées par l'acide chromique, tous les détails que je viens de vous faire connaître. Par contre, les pièces fraîclies offrent cet avantage qu'elles permettent de constater certaines altérations, qui passeraient certainement inaperçues si l'on s'en tenait exclusivement à l'examen des- pièces durcies. Je fais allusion ici à l'existence de globules et de granulations d'apparence graisseuse ou médullaire que l'on rencontre à peu près constamment"- en nombre plus ou moins considérable, dans l'épaisseur des parties sclérosées, àl'état frais, et quine tardent pas à disparaître sans laisser de traces, lorsque la préparation a séjourné quelque peu dans l'acide chromique. Or, Messieurs, la présence de ces granulations graisseuses se rattaché à une pbase importante du processus morbide ; je veux parler de la destruction des tubes nerveux. Toutefois, avant d'entrer dans les développements relatifs à ce point, je crois utile de prendre les choses d'un peu plus loin et de vous remettre en mémoire, par une description sommaire ou je veux clierclier surtout des termes de comparaison, les modifications de structure que subissent les nerfs périphériques alors
l Î^TaU^r du moins signalé par tous les auleurs qui ont examiné dos pièces fraîcLs (ValenUner, Rindtleisch). Il n'a manqué ^^^^^^^l^J^i;Z minés dans les mêmes circonstances. Voycz aussi RokUansk., m Jicncht Akad. der Wissench. Wien, t. XXI\ , Ibo/.
que, par une section complète, ils ont été séparés des centres nerveux.
Au préalable, je yous rappellerai que, dans les nerfs périphériques , les tubes nerveux sont essentiellement constitués, comme dans la moelle épinière, par un cylindre de matière médullaire ou myéline et par un cylindre d'axe; mais qu'ils possèdent, en outre, une gaine conjonctive, la gaîne de Scliwann qui, d'après les reclierclies les plus récentes', paraît ne pas exister sur les tubes plus grêles des centres nerveux, ou ne s'y montrer tout au moins qu'à l'état rudimentaire-. Vous reconnaîtrez dans un instant que cette particularité anatomique, insignifiante en apparence, n'est pas dénuée d'intérêt au point de vue qui nous occupe.
Voici maintenant l'indication des phénomènes sur lesquels j'ai voulu appeler particulièrement votre attention : huit ou dix jom^s après la section du nerf, il se produit une sorte de coagulation de la substance médullaire du tube nerveux, en petites masses plus ou moins irrégulièrement globuleuses, à bords ondulés, sombres, présentant un double contour et ayant conservé, par conséquent, tous les caractères optiques de la myéline. Les jours suivants, la segmentation faisant de nouveaux progrès, la gaîne de Schwann de chaque tube nerveux renferme bientôt, non plus des masses irrégulières de myéline, mais bien des gouttes présentant l'aspect et les caractères microchimiques delà graisse. Ces gouttes, d'abord assez grosses, deviennent progressivement, par suite de la division qui continue à s'y opérer, de plus en plus petites, et finalement elles sont remplacées par des granulations très fines ressemblant à une poussière qui remplirait la gaîne conjonctive. Des granu-
' Frcy. — Hanhuch der Hisiologie, etc., 2» édit., p. 354, Leipsig. — SchuUze^ De retinœ structura, 1867, p. 22. — Kôlliker, — Gemebelehre, 5° édit., 1867 t IV p. 257. ' . > • ,
* Vulpian. — Leçons sur la 2>^^!/siolo(j{e, etc., p. 316.
lations plus pâles, de nature protéique, se trouvent en certaine proportion mêlées aux précédentes ; enfin, globules et granulations disparaissent, et la gaîne de Schwann, revenue sur elle-même, se plisse si bien que, lorsqu'on examine un certain nombre de fibres nerveuses juxtaposées, ainsi altérées, on croirait voir, sur le champ du microscope, un faisceau de tissu conjonctif filamenteux. Que devient pendant ce temps le cylindre d'axe? Composé surtout de matière protéique, il résiste longtemps à l'action des causes qui ont détruit la myéline , car on le retrouve encore parfois , dans la gaîne, plusieurs semaines ou même plusieurs mois après la section du tronc nerveux * .
En résumé, dans les conditions de nouvelle nutrition où se trouvent placés les tubes nerveux par suite de la section du nerf, la matière médullaire se coagule, puis se désagrège et donne naissance, d'un côté, à des molécules protéiques, de l'autre, à des corpuscules qui conservent d'abord les apparences de la myéline, mais qui, en conséquence d'une modification ultérieure, présentent bientôt tous les caractères des gouttelettes ou des granulations graisseuses-.
Revenons maintenant aux plaques de sclérose. Nous avons à étudier là des phénomènes pour le moins fort analogues à ceux dont je viens de vous entretenir.
Dans l'épaisseur du foyer sclérosé, sur les pièces fraîches, on rencontre à peu près constamment, nous l'avons dit déjà,
» Voyez : Vulpian. — Leçons sur la physiologie du syst. nei-v., p. 237, 298; — Rindneisch, Lehrbuch der patholoyisch. Gewebelehre, p. 10 et 20, 186b.
« Suivant Robin, la myéline est une substance particulièrement riche en principes «ras et sous ce rapport elle peut être rapprochée du contenu des Tesicules adipeuses' (}o«r«a/ de Zatome, 1868, n» 3, p. 309). - Walter d^»;^^-^^ chiï, 20, 426) a émis l'opinion qu'elle est constituée par un amalgame ou mélange de corp; graiet de corps albuminoïdes qui ne feraient que se à^^^'^^fj^^!]^ cas de la dégénération des tubes nerveux. Sur ce sujet, voyez encore Rindfleisch. loc. cit., p. 20, § 52.
, et souvent en proportion .. considérable , des globules ou ; granules , offrant , d'une manière générale , l'apparence des . corps gras ; ces globules se présentent sous deux aspects principaux : les uns figurent des masses relativement volumineuses, dont les bords sombres, sinueux, dessinent, soit la
f Fig. 12. — Plaque de sclérose à l'état frais. — a, gaine lymphatitjue d'un vaisseau distendue par des gouïielettes graisseuses volumineuses. — vaisseau coupé transversalement La tunique adventice est séparée de la gaine lymphatique par un espace vide, les gouttelettes graisseuses qui distendaient la gaine ayant disparu — c, c, gouttelettes graisseueb, groupées en petits amas disséminés ça et là dans la préparation en dehors des vaisseaux.
Informe d'un globule ovalaire irrégulier, soit celle d'une massue, '1 quelquefois d'un rein {Fig. 12). Ils offrent comme la 'I myéline, dont ils se rapprochent du reste encore par d'autres
caractères, un double contour. Les autres sont de véritables ^ gouttelettes ou granulations graisseuses, tantôt libres, tantôt t agglomérées de manière à constituer des amas confus ou des
agrégats cohérents , autrement dit des corps granuleux
dépourvus de noyau et de membrane enveloppante'. Des molécules protéiques se trouvent mêlées, par places, à ces diverses granulations. Tous ces produits ressemblent exactement, vous le voyez, à ceux qui résultent de la désagrégation (le la myéline, dans le cas de la section d'un cordon nerveux.
Poursuivons les analogies : sur les coupes longitudinales que Je vous-pîFésente, on voit, en eei^ain:.? points, les granulations graisseiîses disposées sow forme de longues traînées parallèles à la direction des tiitbes nerveux 2; sur les coupes transversales, elles constitueni: çà et là de petits amas séparés en îlots, qui correspondent assez exactement au siège des alvéoles. A la vérité, le plus habituellement, les granulations ont franchi les limites de eelles-ci et se sont répandues dans les tissus voisins. Mais cela n'a rien qui puisse surprendre lorsque l'on sait que les tullïes nerveux de la moelle sont dépourvus de cette gaîne celluleuse ou gaine de Schwann, qui, dans les nerfs sectionnés, contient de toutes parts les produits de la désagrégation delà myéline. Les mailles du réticulum et les interstices (les fibrilles offrent d'ailleurs des voies faciles par lesquelles les goiîttes de myéline, ainsi que les granulations graisseuses, pourront slnflltrer et se répandre au loin 3.
En dernier lieu, nous ferons remarquer que les masses d'apparence médullaire et les granulations graisseuses ne se rencontrent jamais au centre de la plaque de sclérose, c'est-
> En outre de ces corps granuleux proprement dits [Fetllwrnchen AgglomeraU , on peut trouver, dans les plaques de sclérose, des corps granuleux ayant un noyau qui se colore par le carmin et une membrane d'enveloppe {Felt/iornchen Zèllen) ; ces derniers ne sont autres que des cellules de la névroglic ayant subi la dégénération granuleuse. — Voir sur la distinction à établir entre les diverses espèces de corps granuleux : 1. Poumeau, Thèse de Paris, 186G. — Rokitanskr. Bericht der Ahad. d. Wiss. m. Wien., t. XXIV, 1857. — Wedl. — Eudim. of path. Histology, p. 292. London, 1835.
2 II n'est pas rare de rencontrer, au milieu des fibrilles, des cylindres d'axe en partie dénudés, mais auxquels adhèrent encore çà et là des masses globuleuses ayant l'apparence de la myéline.
3 Cbarcot. — Société de Biologie, 1868.
à-dire clans les régions où la métamorphose flbrillaire et le travail de destruction des tubes nerveux sont terminés. Au contraire, elles occupent toujours les parties les plus extérieures de la plaques ou, autrement dit, les zones périphériques ou de transition. Or, sur ces points, vous le savez, le processus morbide est en pleine activité : c'est là, en effet, que, comprimé de tous côtés et étoufifé par les trabécules du réticulum qui se sont épaissies, et plus tard, par les faisceaux fibrillaires qui tendent à envahir les alvéoles, le cylindre médullaire s'amoindrit progressivement, puis disparaît, le tube nerveux n'étant plus représenté finalement que par le cylindre d'axe. L'accumulation des gouttelettes médullaires ou graisseuses et la destruction du cylindre de myéline ont donc lieu simultanément ; on peut môme ajouter qu'elles procèdent du même pas, puisque celle-là cesse de se produire lorsque celle-ci est définitivement accompUe. Evidemment la coexistence des deux phénomènes ne saurait être fortuite, et tenant compte de tout ce qui précède, il nous paraît légitime de conclure que les corpuscules médullaires et graisseux en question ne sont autres que les débris, les détritus provenant de la désagrégation de tubes nerveux-.
Que derviennent, par la suite, ces granulations graisseuses ? Elles disparaissent vraisemblablement par voie de résorption ; vous savez qu'on n'en retrouve plus les traces dans les parties centrales des foyers scléreux. C'est ici le lieu de signaler à votre attention un phénomène qui se rattache, sans aucun doute, au phénomène de cette résorption. Ainsi que vous pourrez le constater sur les préparations que je vais faire passer sous vos yeux, dans les parties où se rencontrent les [)roduits de la désagrégation des tubes nerveux, les gaines
> Charcot. — Société de biolof/ie, 18GS.
* Cette opinion a été formulée déjà très nettement par Rokilansky, en 1858. [Bericht, etc., loc. cit., 1857.)