I^TAT DES MEMBRES INFÉRIEURS
aucun motif, et tantôt, au contraire, fondre en larmes sans plus de raison. — Il n'est pas rare non plus de voir éclater, au milieu de cet état de dépression mentale, des troubles psychiques qui revêtent l'une ou l'autre des formes classiques de l'aliénation mentale.
Un des malades de Yalentiner, habituellement mélancolique, était de temps à autre atteint du délire des grandeurs. Un homme, dont l'histoire a été rapportée tout récemment par le docteur Leube-, se croyait destiné à devenir roi ou même empereur ; il disait posséder un grand nombre de bœufs, des chevaux, de belles habitations, etc. Il devait, disait-il, épouser bientôt une « comtesse «, etc. 3.
Mlle V. . . a été prise, il y a quelques semaines, d'un véritable accès de lypémanie. Elle avait des hallucinations de la vue et de l'ouïe : elle voyait des personnages effrayants et entendait des voix qui la menaçaient « de la guillotine ». Elle était convaincue que nous voulions l'empoisonner. Pendant vingt jours, elle a refusé toute espèce de nourriture, et nous nous sommes vus contraints de l'alimenter, pendant tout ce temps-là, à l'aide de la sonde œsophagienne. Aujourd'hui, ces accidents ont à peu près complètement disparu. IN'éanmoins, les voix se font entendre encore de temps à autre. — Vous voyez la malade être prise pendant notre examen d'un rire convulsif qu'il lui est impossible de modérer et auquel bientôt vont succéder les larmes.
' Une malade du service de M. Charcot, dont nous aurons à reparler par la suite, Dr. . ., Hortense, est prise très fréquemment, et sans motif, d'accès de rire qu'elle ne saurait maîtriser. Sujette déjà avant sa maladie à des mouvements de colère, elle a remarqué avec peine quïls augmentaient depuis le début de son allée tion. (B.) «
2 Ueber multiple inselfôrmiffe Sidérose des Gehinis und Biickenmarks. (Deuisch. Archiv. 8 Bd. 1 hcft. Leipzig, 1870, p. 14.)
3 Une des malades, Aspasie B. . observée par M. Liouville dans le service de M. Vulpian, avait des hallucinations. — Rosine Silale, dont nous avons résumé l'histoire (Bourneville et Guérard, loc. cit., p. 92), d'après M. Valenliuer. était tombée, plusieurs mois avant la terminaison fatale, dans une véritable stupidité. (B.)
PAllÉSIE DES IIEMBRES
Pour en finir, Messieurs, avec Tétucle descriptiTe du cas que Je vous ai présenté comme un type de la sclérose muUiloculaire des centres nerveux, il me reste à diriger votre attention sur l'état des membres inférieurs.
Vous avez pu remarquer que Mlle V... ne peut se lever de son siège, se tenir debout, essayer de faire quelques pas, si elle n'est pas fortement soutenue par deux aides. Il est aisé de reconnaître que la cause de cette impuissance motrice est surtout la rigidité, comme tétanique, qui s'est emparée des membres inférieurs et qui, déjà très prononcée lorsque la malade est couchée ou assise , s'exagère encore , au plus liaut point, lorsqu'il s'agit pour elle de se lever ou de marcher.
Cette contracture des membres inférieui^s qui, aujourd'hui, est permanente, ne s'est manifestée chez V... que très récemment : elle est, en effet, un symptôme des périodes avancées de la maladie. Toujours, dans l'évolution du processus morbide, elle est précédée, de longue date, par un état paréiique, offrant quelques traits particuliers que je vais essayer de vous faire connaître d'abord.
En ce qui concerne ce point particuher, l'histoire clinique de Mlle V... a été traversée par certains accidents qui, sans être absolument exceptionnels, ne sont pas, toutefois, dans la règle. Aussi dois-je l'abandonner pour un instant, me réservant de la reprendre tout à l'heure. Dans la description qui va suivre, je vais faire appel aux détails consignés dans un certain nombre d'observations que j'ai réunies et ou la période parétique s'est développée suivant les conditions normales.
240 TARÉSIE DES JIEMBRES
Parésie des membres. — Il s'agit là d'un affaiblissement plus ou moins prononcé des puissances motrices des membres qui se manifeste fréquemment dès le début de la maladie, et auquel il ne s'adjoint, le plus ordinairement, aucun trouble marqué de la sensibilité.
En général, l'un des membres inférieurs est affecté en premier lieu et seul tout d'abord. Il paraît lourd, difficile à mouvoir; le pied tourne dans la marche, au moindre obstacle, ou le membre entier fléchit tout à coup sous le poids du corps. L'autre membre se prend à son tour tôt ou tard ; cependant, comme la parésie progresse le plus souvent avec une extrême lenteur, elle permet aux malades, pendant longtemps encore, de marcher tant bien que mal et de vaquer à leurs occupations; mais un jour vient enfin où, par l'aggravation de la paralysie motrice, ils peuvent être confinés au Ut. Les membres supérieurs sont envahis, eux aussi, soit simultanément, soit l'un après l'autre, communément à une époque éloignée du début. Souvent, à l'origine, il y a dans ce symptôme des rémissions : ainsi, il n'est pas rare de voir les membres inférieurs affaiblis reprendre, pour un temps, leur énergie première. Ces rémissions peuvent même se reproduire parfois, à deux ou trois reprises. Je signale cette particularité à votre attention, parce qu'elle ne se retrouve certainement pas au même degré dans les autres maladies chroniques de la moelle épinière.
Je dois revenir un instant, pour y insister, sur l'absence déjà notée des troubles de la sensibilité. Les malades se plaignent bien, parfois, de fourmillements, d'engourdissements, siégeant dans les membres affaiblis, mais ces symptômes sont presque toujours passagers et peu accusés. D'ailleurs, il est facile de constater que la sensibilité cutanée est, sur les membres affectés, presque toujours conservée dans tous ses modes. Les douleurs en ceinture, les crises fulgurantes, qui jouent un