M""^ DÉJERiNF. Klumpke. — Revue de méd
2. Sands et Séguin. — Archiv. of scientific and pracHcal medicine, 1813, n" 1.
226 CLINIQUE DES MALADIES DU SYSTEiME NERVEUX.
être lésées, en amont de ce plexus, c'est-à-dire sans qu'il en résulte de troubles oculo-pupillaires.
Ces notions préliminaires étant posées, laissez-moi vous rappeler, en quelques mots, la symptomatologie des paralysien totales du membre supérieur, par lésion radiculaire ou par lésion du plexus proprement dit.
Presque toujours, pour ne pas dire toujours, leur début est rapide, sinon brusque. La raison de cette soudaineté est inhérente à la cause provocatrice, qui est habituellement un traumatisme. Dans la majorité des cas, les douleurs en sont la première manifestation. Souvent sourdes, ces douleurs s'irradient depuis la région sus-claviculaire, soit jusqu'au moignon de l'épaule seulement, soit plutôt le long du membre jusqu'à l'extrémité des doigts. Parfois ces douleurs affectent une grande violence. Vous vous rappelez que, chez notre malade, elles étaient assez pénibles pour empêcher le sommeil. On peut, du reste, les provoquer ou les exaspérer souvent par la pression des masses musculaires paralysées. Elles sont tantôt tenaces et permanentes, tantôt, au contraire, paroxystiques et fugaces, au point de s'évanouir en quelques jours.
Très souvent, la paralysie motrice est contemporaine des douleurs. C'était le cas chez notre homme. La paralysie a affecté d'emblée, chez lui, tous les muscles du membre supérieur. L'inertie fonctionnelle était et est encore telle que ce malade peut tout juste, comme vous avez pu le constater, soulever le moignon de l'épaule, en contractant le faisceau supérieur du trapèze.
Coexistant avec la paralysie motrice, vous constaterez, Messieurs, une anesthésie plus ou moins accusée, dont la disposition est très caractéristique. Généralement, cette anesthésie occupe toute la surface du membre supérieur, à l'exception d'une zone triangulaire, située à la face interne du bras. La base de ce triangle répond au creux axillaire, son sommet descend vers le milieu à\x bras. L'anatomie, vous ai-je dit, nous rend parfaitement compte de l'intégrité de ce territoire cutané.
PARALYSIES RADICULAIRES DU PLEXUS RRACH[AL. 227
Ce territoire, vous vous le rappelez, est innervé par des filets sensitifs, originaires des deuxième et troisième paires dorsales, qui ne prennent aucune part à la constitution du plexus brachial. Les exceptions à cette règle en sont la confirmation saisissante. Ainsi, dans une observation de Seeligmuller, l'anesthésie occupait la totalité de la face interne du bras. Eh bien, l'autopsie vint révéler, à côté des lésions des racines constituantes du plexus brachial, un arrachement des racines des deuxième et troisième paires dorsales.
Cette anesthésie ne reste pas toujours exclusivement cutanée. Elle est souvent profonde et intéresse le sens musculaire. Je vous ai fait voir qu'il en était ainsi chez notre sujet. Dans ces conditions, les malades n'ont plus conscience de la situation et de la position de leur membre, lorsqu'il ne le fixent point des yeux. Vous trouverez un bel exemple d'abolition complète du sens musculaire dans une récente observation de Verhoogen\, ayant trait à une paralysie par lésion des nerfs du plexus brachial.
Je ne m'attarderai pas à l'étude des réflexes tendineux qui sont tantôt affaiblis, tantôt normaux. Quant à l'examen électrique des nerfs et des muscles paralysés, il vous permettra de constater soit les signes de la réaction de dégénérescence, soit une diminution pouvant aller jusqu'à l'abolition de la contractilité électrique. Vous n'ignorez pas que la réaction de dégénérescence est, dans ce cas, de fâcheux augure; elle précède et annonce, en effet, une atrophie profonde et rebelle des muscles intéressés.
Lorsque l'atrophie musculaire succède — ce qui n'est d'ailleurs pas obligatoire — à la paralysie, elle débute, en général, par les muscles de la ceinture scapulaire, pour gagner plus tard les muscles du bras et de l'avant-bras. Quand elle atteint un certain degré, elle peut entraîner des rétractions tendineuses et des déformations indélébiles. La main, dite en griffe, est certainement lapins fréquente de ces déformations.
Enfin, Messieurs, la triade paralytique, anesthésique et amyotrophique, se complique, d'habitude, de troubles trophiques cutanés et de troubles vaso-moteurs : œdème, teinte cyanosée
1. Verhoogen. — Jour, de méd., de chir. et de pharm. de Bruxelles, février
de la peau, abaissement de la température locale, etc., sur lesquels je ne puis m'appesantir.
Indépendamment de ces manifestations, vous rencontrerez, dans certains cas, des troubles oculo-pupillaires, sur la signification desquels je n'ai plus besoin de revenir.
J'arrive, maintenant, à l'étude symptomatique des paralysies partielles (radiculaires ou proprement dites). Il est incontestable qu'elles peuvent s'établir parfois d'emblée, mais elles ne sont- fréquemment que le reliquat d'une paralysie totale antécédente. Il m'est impossible, faute de temps, de vous faire la description, même sous une forme concise, de leurs principales variétés. Je ne pourrais, dans un ou deux tableaux, en faire revivre fidèlement les innombrables modalités.
Vous savez que les pathologistes décrivent deux formes de paralysies radiculaires j)artielles. Mais je vous ai déjà dit, et je vous répète, que les éléments de ces deux formes peuvent se mélanger en diverses proportions. Je tiens à ajouter que vous rencontrerez rarement, en pratique, des faits réalisant, dans toute sa pureté, le tableau clinique de l'une ou de l'autre de ces deux formes. Il m'est très facile devons en fournir les preuves.
Dans un cas, publié par mon collègue et ami StrausV, la paralysie motrice atteignait tout le domaine d'innervation du plexus brachial, à l'exception du territoire du nerf médian. Seeligmuller - a signalé un fait analogue.
Un auteur allemand, Erlenmeyer^, a rapporté un exemple de paralysie intéressant tous les muscles du membre supérieur, sauf les muscles innervés par le cubital. Le trapèze, innervé par l'accessoire du vague, participait même à la paralysie. Or, le nerf cubital reçoit ses fibres surtout de la première paire dorsale qui, ainsi que vous le savez, ne se compose pas exclusivement de filets destinés au cubital. De cette observation je rapprocherai volontiers un fait de Seeligmuller* et un cas de BaerwinckeP où, au contraire, seuls les muscles innervés par le cubital étaient paralysés. La paralysie s'accompagnait de troubles oculo-pupillaires.