‹ Leçons sur les maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 7 sur 129 · Charitë-Aiumlen, 1879, t. V, p · texte numérisé non relu

Charitë-Aiumlen, 1879, t. V, p

l'œuvre d'une époque. 121

sur ces questions dont nous sommes encore à attendre la solution définitive. C'est ainsi que M. Déjerine en vint à attribuer aux névrites périphériques qu'on rencontre dans les cas de tabès dorsalis, un rôle prépondérant dans la production des troubles de la sensibilité et de la motilité de cette maladie. Bien plus, il inclinait, et je crois qu'il incline encore, à considérer les lésions spinales du tabès comme se développant à la suite des altérations des nerfs périphériques. La plupart des auteurs professent une opinion contraire. Ils ne considèrent les névrites périphériques que comme un épiphénomène du tabès et ne leur attribuent qu'un rôle tout à fait secondaire dans le développement des manifestations les plus commîmes de cette maladie.

Je n'ai pas, pour le moment, à insister sur ce côté de la question. Je veux seulement mettre en relief la place considérable que les polynévrites, à peu près ignorées il y a quinze ans, occupent aujourd'hui dans les cadres de la pathologie nerveuse, et les nombreux points de contact que nous leur connaissons déjà avec les affections organiques des centres nerveux, de la moelle principalement.

Jusque-là nous nous mouvons exclusivement sur le terrain de l'organicisme. Les affections du cerveau et de la moelle, qui sollicitent au plus haut degré l'attention des médecins pendant la phase que je viens d'envisager, sont reconnues pour être l'expression d'une lésion tangible, intéressant un ou plusieurs des nombreux appareils dont l'association et l'enchevêtrement constituent les centres nerveux. Puis on apprend que les mêmes symptômes qui figurent dans l'expression clinique de ces affections — les paralysies du mouvement et de la sensibilité, l'amyotrophie, l'incoordination motrice, la contracture, le tremblement, les troubles vaso-moteurs, etc., — peuvent être l'expression d'une névrite périphérique et peuvent, dans le c^i d'une polynévrite, s'associer de façon à simuler une maladie des centres nerveux.

Or il arriva un moment où les investigations des anatomopathologistes nous entraînèrent au delà des limites de ce-

domaine, devenu trop étroit, de Y organicismc , pour nous faire retrouver sur le terrain du dynamisme pur, ces mêmes affections, ces mêmes syndromes que nous ne concevions point jusque-là sans un substratum cérébro-spinal ou névritique, sans une lésion tangible des centres nerveux ou des nerfs.

Laissez-moi bien fixer votre attention sur cette phase de l'évolution de la pathologie nerveuse.

D'abord ce sont les recherches anatomo-pathologiques qui nous ont révélé l'absence de lésions appréciables du système nerveux, dans des cas oîj l'expression clinique simulait à s'y méprendre le tableau d'une affection cérébro-spinale.

Puis une étude plus approfondie de l'hystérie nous a conduits à rattacher à cette dernière des affections sine materiâ, simulatrices de certaines maladies organiques.

Puis l'étude des manifestations interparoxystiques de l'hystérie nous a valu la connaissance des signes somatiques, des stigmates de la grande névrose, nous a mis à même de dépister celle-ci, là où elle ne se trahit point par des manifestations impétueuses, par des attaques. Nous avons appris à dévisager l'hystérie là où elle se masque sous les dehors d'une affection organique, sans que nous ayons besoin du contrôle de l'anatomie pathologique pour affirmer que, dans un cas donné, c'est bien l'hystérie ou la neurasthénie qui est en cause, et non une affection à détermination organique, à lésions irréparables.

Bien plus, ce contrôle que nous n'en sommes plus à attendre de l'anatomie pathologique, c'est la thérapeutique qui, dans bien des cas, va nous le fournir, une thérapeutique assise sur la notion des rapports de l'hystérie et de la suggestion hypnotique. En vous exposant l'œuvre de Charcot, je vous ai dit que depuis l'origine de l'hypnotisme, depuis Braid, il est reconnu que les sujets hypnotisables se recrutent principalement parmi les hystériques. Je vous ai montré comment Charcot, creusant cette notion des rapports de l'hystérie et de l'hypnotisme, en était venu à nous montrer, dans ce dernier état, une névrose expérimentale, à nous montrer qu'au moyen des pratiques de l'hypnotisme nous ne faisons que provoquer expérimentalement des états nerveux qui se développent spontanément chez certaines catégories d'hystériques. Or ces états que

l'œuvre d'une époque. 123

nous provoquons, au moyen de la suggestion hypnotique, nous réussissons à les faire disparaître pour quelque temps ou pour toujours, par le même procédé, par voie de suggestion hypnotique ou de simple suggestion verbale.

Vous concevez dès lors quelle importance pratique acquérait la découverte des stigmates permanents de l'hystérie et de l'application que Charcot sut en faire à l'étude des syndromes simulateurs des affections organiques du système nerveux. Des affections que d'abord on avait rapportées à des lésions irréparables, devenaient des affections dynamiques et curables, des affections, dont nous pouvons, dans bien des cas, provoquer la guérison, sans être réduits à attendre leur disparition spontanée. Laissez-moi vous rappeler à ce propos combien a été féconde, sous ce rapport, la notion des arthralgies et des paralysies d'origine hystéro-traumatique.

Je n'ai plus à revenir sur cette phase de la neuropathologie contemporaine, qui se rapporte à l'étude de l'hystérie et de l'hypnotisme, et qui rentre pour une si large part dans l'œuvre de Charcot. J'ai hâte de transporter votre attention sur un autre domaine de la pathologie nerveuse, qui lui également a subi une rénovation complète dans le cours de ces vingt dernières années; je veux parler de Yétiologie.

Deux points ont été mis surtout en relief par les recherches étiologiques de ces vingt dernières années, c'est le rôle considérable qui revient à Yhérédité d'une part, aux infections et aux intoxications de l'autre, dans l'étiologie des affections du système nerveux.

Quelques mots d'abord sur ce qui concerne le premier point : le rôle de l'hérédité.

Sans parler des affections mentales, on admettait depuis longtemps l'intervention de la prédisposition héréditaire dans le développement de certaines affections du système nerveux, des névroses principalement; or, jusqu'à la seconde moitié de ce siècle, les névroses absorbaient presque toute la pathologie des centres nerveux. C'est ainsi que l'hystérie, l'épilepsie étaient représentées par les auteurs de la première moitié de ce

siècle comme se développant de préférence chez des sujets prédisposés de par un état névropathique de leurs ascendants. Vous en trouverez de nombreuses preuves dans le Traité de T hystérie, de Briquet, au chapitre consacré à l'étiologie de la grande névrose. Briquet lui-même, dont l'ouvrage date de 1859, a conclu de ses recherches que les hystériques ont 25 p. 100 de leurs parents atteints de maladies nerveuses ou d'affections de l'encéphale, que les sujets nés de parents hystériques sont par le fait de l'hérédité douze fois plus prédisposés à l'hystérie que les sujets nés de parents non hystériques, et que la moitié des mères hystériques donnent naissance à des hystériques.

Pour ce qui est de l'épilepsie, vous trouverez dans le remarquable ouvrage du docteur Féré^ des citations nombreuses, établissant que depuis le commencement de ce siècle une foule de bons observateurs ont assigné un rôle considérable à l'hérédité, dans l'étiologie du mal comitial.

Les mêmes idées ont été exprimées au sujet d'autres névroses, de la chorée notamment.

Quant aux affections organiques du système nerveux, jusqu'à l'époque dont je vous parle, on leur attribuait surtout des causes qu'on peut aujourd'hui qualifier de banales : les excès vénériens de toute espèce, le refroidissement, le surmenage physique et intellectuel, les émotions dépressives, la frayeur, la brusque suppression d'un flux cataménial ou hémorrhoïdaire, etc.

Cependant, dès 1872, Duchenne, dans son Traité de ï électrisation localisée (troisième édition), mentionnait, à propos de la paralysie pseudo-hypertrophique, qu'on avait observée celleci chez plusieurs enfants de la même famille.

De même, en parlant de l'étiologie de l'atrophie musculaire progressive de l'enfance, qui, soit dit en passant, se rattache aux formes familiales d'atrophie musculaire progressive, Duchenne déclarait déjà que, dans la grande majorité des cas qu'il avait recueillis, la maladie s'était montrée héréditairement.

A peu de temps de là, Friedreich - nous faisait connaître ce qu'il appelait la forme héréditaire de l'ataxie locomotrice ou du tabès dorsalis. Depuis longtemps on admettait que l'ataxie

Page 1