Halipré. — Thèse de Paris, 189k
SUR DEUX CAvS DE PARALYSIE PSEU DO-B U LR A l RE. 439
communiquaient' à la Société des naturalistes et médecins allemands cinq observations oi!i tout autorisait, du vivant des malades, le diagnostic de paralysie pseudo-bulbaire. Or, dans ces cinq cas, l'autopsie avait révélé, indépendamment de lésions cérébrales localisées, des foyers bulbo-protubérantiels. Aussi MM. Oppenheim et Siemerling arrivaient-ils à cette conclusion : que la doctrine de la paralysie pseudo-bulbaire n'est encore édifiée que sur des matériaux cliniques très réduits; que, parmi les paralysies bulbaires apoplectiques, la forme mixte, la paralysie labio-glosso-pha7'yng ée cérébro-bulbaire affecte une fréquence particulièrement grande; qu'enfin, du vivant du malade, il n'est jamais possible de porter le diagnostic de paralysie pseudo-bulbaire au sens strict du mot. Vous voyez. Messieurs, que ces auteurs ne niaient en aucune façon, comme d'aucuns Font cru, l'existence d'une forme pure de paralysie pseudobulbaire d'origine cérébrale, indépendante d'altérations bulbaires. Ils soutenaient simplement la grande rareté de cette forme pure et l'impossibilité de la distinguer, durant la vie, de la forme mixte cérébro-bulbaire. Cette petite rectification m'a paru digne de vous être signalée en passant.
Actuellement les exemples ne sont pas rares de paralysie pseudo-bulbaire cérébrale, indépendante de lésions bulbaires concomitantes. Deux observations de M. Leresche sont très nettes à cet égard. De sorte que la doctrine française n'est pas plus contestée que contestable. J'ajoute que, dans bien des cas de la forme soi-disant mixte, caractérisée, je le répète, par la coexistence de lésions hémisphériques et de lésions bulbaires, ces dernières ont une importance trop accessoire pour pouvoir rendre compte des signes observés pendant la vie.
J'arrête ici ces brefs préliminaires. Ils suffiront, je pense, et vous permettront de suivre avec fruit l'histoire des deux malades que je vais mettre successivement sous vos yeux.
Voici d'abord un cocher de cinquante-neuf ans, manifestement alcoolique. Je vous signale en passant l'existence d'une
1. Oe^penheim et Siemerling. — Berl'uier klim. Wucken., 1886, n" 46, p. 791.
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hémiplégie chez sa mère. Cet liomme, bien portant jusqu'à quarante-six ans, a été frappé, le 12 septembre 1882, d'une première attaque d'hémiplégie, dans les conditions suivantes : A l'arrivée d'un client, il veut remonter sur son siège, lorsqu'il ressent des fourmillements et des engourdissements dans la jambe gauche et quelque temps après dans le bras correspondant. Il peut cependant continuer son travail pendant le reste de la journée. Vers minuit, il remise son véhicule et rentre à pied chez lui. Mais, le lendemain matin, il trouva son membre inférieur complètement paralysé. De sorte qu'il fut obligé de garder le lit durant une quinzaine de jours. Au bout j^lun mois il pouvait reprendre son métier de cocher, malgré une légère faiblesse de la jambe et quelques fourmillements insignifiants dans le membre supérieur. Bientôt tout rentrait dans l'ordre.
Or récemment, le 23 août 1894, à douze ans de distance, cet homme a été frappé d'une seconde attaque. Le matin, en voulant se lever de son lit, il tombe par terre, sans perdre connaissance toutefois. Il était paralysé du côté droit, de telle manière qu'il ne put se relever. Une demi-heure après, la paralysie s'était évanouie comme par enchantement. Mais, dans le courant de la journée, surviennent deux autres ictus analogues, suivis également de paresse transitoire du côté droit. La nuit venue, notre malade se couche et dort comme d'habitude; mais le lendemain, au réveil, la station debout était très difficile et la marche à peu près impossible. En outre, la parole était notablement embarrassée.
Depuis cette époque, il n'est survenu dans son état aucune modification sensible. Lorsque, le 15 janvier dernier, ce malade s'est présenté à la consultation de la Salpètrière, on a dû le transporter sur un fauteuil roulant. Aujourd'hui encore, depuis quatre mois qu'il est dans nos salles, rien n'est changé. Vous allez, du reste, vous rendre compte de sa situation.
C'est un homme grand et d'aspect vigoureux, au visage €oloré et variqueux. Voyons d'abord les troubles moteurs. Quand on examine le malade couché dans son lit, on est