‹ Leçons sur les maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 74 sur 129 · SUR DEUX CAS D£ PARALYSIE P SEUDO- RULB A I RE · texte numérisé non relu

SUR DEUX CAS D£ PARALYSIE P SEUDO- RULB A I RE

surpris de la facilite et de Famplitude de ses mouvements. Ainsi il peut mouvoir volontairement et aisément les divers segments des membres inférieurs. On constate seulement une grande lenteur dans Fexéculion de ces divers mouvements. Il élève très haut les pieds au-dessus du plan du lit; il fléchit et étend les jambes dans des limites très étendues. D'autre part, il oppose aux mouvements passifs une énergique résistance, de sorte qu'il est véritablement impossible de déceler un degré notable de parésie.

L'impotence fonctionnelle — retenez bien ce détail, je vous prie — se manifeste et ne se manifeste que dans la marche. Une fois que cet homme est sur ses jambes, il peut se tenir debout sans secours, mais il est incapable de faire un pas sans l'appui de deux personnes. Ainsi appuyé vous voyez qu'il progresse lentement, difficilement, à tous petits pas, en frottant le sol.

Il existe, en somme, une contradiction frappante entre l'absence de parésie des membres inférieurs, dans le décubitus dorsal, et les troubles accentués de la locomotion. C'est là un contraste, une sorte de paradoxe, sur lequel j'attire toute votre attention. J'aurai plus loin l'occasion d'y revenir. Veuillez remarquer en même temps que les réflexes rotuliens sont exaltés et qu'il y a de la trépidation spinale des deux côtés, avec légère contracture.

Les muscles du tronc participent à l'impotence : le malade est incapable de s'asseoir sur son séant.

Aux membres supérieurs, tous les mouvements physiologiques sont conservés. L'exploration dynamométrique dénote une énergie presque normale, et la résistance aux mouvements passifs reste suffisante. Et cependant ici, comme aux membres inférieurs, les réflexes tendineux sont exagérés et il y a un certain degré de contracture.

Du côté du visage, il n'existe pas d'asymétrie frappante de la partie inférieure de la face, mais, dans les mouvements expressifs, cette même partie inférieure présente un certain degré de fixité, d'immobilité, d'inexpression. Le malade a, du reste, constaté qu'il siffle aujourd'hui moins bien qu'autrefois. I! tire assez bien la langue hors de la bouche et la meut en tous sens, mais il le fait avec une lenteur très accu-

sée. Ces troubles glosso-labiés ne gênent aucunement la déglutition qui s'effectue normalement. Par contre l'articulation des mots est défectueuse : la parole est empâtée, bredouillée, dysarthrique.

Quand je vous aurai dit que cet homme est pris à tout instant, et souvent sans raison, d'un rire spasmodique presque inextingible, qu'il n'offre aucun trouble de la sensibilité générale ou spéciale, aucun trouble trophique ou vasomoteur, aucun trouble des sphincters ni des divers appareils de l'économie, j'en aurai fini avec cet examen détaillé.

En somme, notre malade a subi, à douze ans d'intervalle, deux ictus apoplectiformes. Le premier a laissé à sa suite une gêne insignifiante du côté gauche; le second une gène plus accusée du côté droit et, en outre, un notable embarras de la parole. Nous constatons aujourd'hui que cette gêne fonctionnelle subsiste, qu'elle est surtout prononcée aux membres inférieurs et qu'elle varie extraordinairement suivant qu'il s'agit d'un acte simple ou d'un acte complexe. Vous avez vu que cet homme, mis debout, est dans l'impossibilité de se servir de ses membres pour progresser. Vous avez vu que, même lorsqu'il est soutenu, il n'avance qu'à pas minuscules, les membres raidis, sans imprimer aux jambes et aux pieds ces mouvements alternatifs de flexion et d'extension qui se produisent dans la marche normale. Il semble, chez lui, que tous les. mouvements se passent exclusivement dans la hanche. Or, quand cet homme est couché, vous avez constaté qu'il exécute sans difficulté les divers mouvements physiologiques qu'on lui commande d'exécuter avec son pied, sa cuisse, son membre tout entier. 11 n'y a d'insolite que la lenteur du mouvement. Bref, aussi faible paraît être la parésie motrice dans les mouvements simples, aussi prononcée apparaît l'impuissance fonctionnelle dans les mouvements complexes et coordonnés qu'exige la marche.

De même, cet homme peut mouvoir assez convenablement ses lèvres et sa langue. Mais veut-il siffler ou parler, c'està-dire exécuter un mouvement complexe, spécialisé, aussitôt le trouble survient très apparent. Inutile de revenir sur la dysarthrie de ce malade.

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