‹ Leçons sur les maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 9 sur 129 · Le même. Virchoiv's Archiv, t. 26 et · texte numérisé non relu

Le même. Virchoiv's Archiv, t. 26 et

OÙ l'étude de ces agents a commencé à prendre la forme objective et le développement que vous savez. Aujourd'hui le rôle de l'infection en pathologie nerveuse nous apparaît comme très considérable; d'aucuns me semblent cependant portés à l'exagérer. N'empêche que nous avons appris à connaître comme des affections bactériennes, des maladies et des syndromes dont la nature infectieuse était, il y a vingt ans, soupçonnée à peine ou point : ainsi le tétanos, la rage, la lèpre, la méningite tuberculeuse, la méningite suppurée des pneumoniques, les névrites lépreuses, la paralysie et l'ataxie postdiphtéritiques, etc.

Il faut avouer toutefois que, depuis fort longtemps, la répercussion possible des maladies contagieuses sur le système nerveux avait frappé l'attention des médecins. Cela doit se dire surtout de certaines fièvres éruptives telles que la variole, la fièvre typhoïde, le choléra. Voire que pour ce qui concerne la maladie réputée infectieuse entre toutes, la syphilis, nous avons vu la place qu'on lui attribue dansl'étiologie des maladies du système nerveux grandir d'année en année, sans que les progrès de la bactériologie y fussent pour quelque chose. On peut dire, sans exagération, que la notion de ce rôle étiologique de la syphilis est un des épisodes les plus saillants parmi ceux qui jalonnent le chemin parcouru durant ces vingt dernières années dans le domaine de la pathologie nerveuse. On savait depuis longtemps que les gommes des méninges et du cerveau sont des produits de l'infection syphilitique; mais à cela se réduisaient à peu près nos connaissances concernant la syphilis des centres nerveux, lorsqu'il y a de cela une vingtaine d'années, nous avons appris à connaître l'endartérite spécifique des artères de la base, la méningite et la névrite gommeuses de même siège, à les connaître comme intervenant, à côté des gommes circonscrites, dans le développement des accidents qui servent d'expression à ce qu'on est convenu d'appeler aujourd'hui du nom de syphilis cérébrale. Durant cette même période nous avons appris à mieux connaître la méningite chronique spinale syphilitique ainsi que la myélite syphilitique avec ses expressions cliniques multiples, grâce auxquelles nous la voyons simuler, tantôt la myélite transverse, tantôt le tabès spasmodique, tantôt le tabès vulgaire.

Or, indépendamment de ces répercussions de la syphilis sur les centres nerveux, répercussions dont l'origine et la nature spécifiques ne sont pas contestables, il est des maladies du système nerveux, qui, chez tels malades, se développent sous l'influence de la syphilis, tandis que chez tels autres elles peuvent se développer sous l'influence de causes très différentes. Entant qu'elles se présentent chez des sujets qui sont entachés de la vérole, ces maladies rentrent dans le groupe des affections que le professeur Fournier a désignées du nom de parasyphilitiques. Comme telles on connaît déjà le tabès dorsalis, la paralysie générale, une forme spéciale d'épilepsie, une forme spéciale d'atrophie musculaire. Une opinion qui s'est accréditée dans ces derniers temps, veut que ces affections parasyphilitiques du système nerveux soient la conséquence d'une imprégnation lente des centres nerveux par des toxines, tandis que les affections syphilitiques proprement dites se développeraient sous l'influence directe du bacille de la syphilis. Cette opinion n'a présentement que la valeur d'une hypothèse gratuite.

Messieuriv, l'exposé que je viens de vous faire de cette troisième période contient des lacunes nombreuses, j'en ai pleinement conscience. Mais c'est qu'aussi, dans le cours de ce dernier quart de siècle, la curiosité des cliniciens, des anatomo-pa'thologistes, des physiologistes, des anatomistes, des psychologues s'est portée avec une prédilection marquée, je dirai même avec une véritable passion, sur tout ce qui concerne l'étude du système nerveux. De là une foule de découvertes, d'importance et d'ordre très variés, qu'il m'était impossible d'examiner en détail. Je crois cependant avoir atteint mon but, celui de vous montrer comment, par quelle succession d'étapes et sur quelles bases s'est constituée la neuropathologie contemporaine.

Je vous ai montré l'appui mutuel que se sont prêté dans cette œuvre d'édification les cliniciens, les anatomistes et les physiologistes.

Je vous ai montré comment la conception nouvelle de l'or-

ganisation des centres nerveux, celle qui nous montre dans la masse cérébro-spinale un assemblage de systèmes organiques doués chacun de fonctions spéciales, nous avait conduit à des notions rigoureuses concernant les rapports des maladies et •des syndromes avec le siège des lésions. Ainsi se sont constituées la doctrine des affections systématiques des centres nerveux et celle des localisations cérébrales, qui sont unies l'une à l'autre par les liens les plus étroits. Ainsi le diagnostic topographique des lésions centrales s'est élevé à une rigueur qui va sans cesse en s'accentuant.

Je vous ai montré quelle place considérable les polynévrites sont venues occuper à côté des affections des centres nerveux, €t quelles analogies on a découvertes entre les expressions cliniques des unes et des autres.

Je vous ai montré quelle rénovation s'est accomplie dans l'étude des névroses : Tandis que beaucoup d'états pathologiques, rattachés jadis aux névroses, ont été reconnus pour des affections organiques dont nous connaissons aujourd'hui le substratum matériel, d'autres, inconnus jusqu'alors, nous ont été révélés ; nous avons appris que les deux névroses par excellence, l'hystérie et la neurasthénie peuvent simuler les affections organiques les plus diverses du système nerveux. De sorte que, en présence d'un syndrome dont les éléments sont constitués par les troubles du système nerveux, vous verrez habituellement soulever cette triple question préalable :

S'agit-il d'une affection purement dynamique, en d'autres termes, l'hystérie ou la neurasthénie sont-elles en cause?

Ou s'agit-il d'une affection polynévritique?

Ou, enfin, avons-nous affaire à une affection organique des centres nerveux, et, en ce cas, la lésion organique supposée est-elle diffuse ou systématisée, quel est son siège exact?

Ce que je n'ai pu vous montrer, faute de temps, ce sont les progrès considérables accomplis en matière de séméiologie des troubles du système nerveux. L'étude des troubles des réflexes, celle des troubles de la sensibilité, des troubles des sens spéciaux, et en particulier du sens de la vue, celle des troubles de la motilité, de l'exploration électrique ont été poursuivies avec une minutie et une persévérance tout à fait remarquables, et elles sont ainsi parvenues à un rare degré de perfection.

l'œuvre d'une époque. 129

Pour les mêmes raisons j'ai dCi négliger de vous parler des rapports étroits qui se sont établis et qui devaient nécessairement s'établir entre la pathologie nerveuse et la pathologie mentale, pour le plus grand profit de deux branches de la médecine qui se pénètrent par tant de côtés. A vous parler des relations des psychoses avec l'hystérie, la neurasthénie, les affections du système nerveux central, les névrites, à vous exposer les liens de parenté des maladies nerveuses familiales et des différentes formes de démence, à vous montrer le rôle commun, similaire, que certaines circonstances étiologiques, — l'hérédité, le traumatisme mécanique ou psychique, les infections et notamment la syphilis, les intoxications vulgaires et les auto-intoxications — jouent indifféremment dans la genèse des maladies ordinaires du système nerveux et des psychoses, j'aurais été entraîné dans de trop longs développements. Aussi bien les occasions ne manqueront pas de revenir sur ces importantes questions, dans le cours de mon enseignement.

Je vous ai montré, par contre, la rénovation qui s'est .accomplie dans le domaine de l'étiologie des affections du système nerveux. Celte étiologie peut, sous certaines réserves, se résumer dans ces quelques mots : hérédité ; infections et intoxications; traumatisme physique et moral. La prédisposition héréditaire, peut-on dire, prépare le terrain qu'ensemencent l'infection, l'intoxication ou le traumatisme.

J'ai passé sous silence les progrès accomplis dans le traitement des affections du système nerveux, parce que j'aurais été réduit à vous répéter ce que je vous en ai dit en vous parlant du rôle de Charcot comme thérapeutiste. Tout au plus aurais-jc eu à vous signaler les incursions de plus en plus fréquentes, et quelquefois heureuses, des chirurgiens dans un domaine qui leur paraissait interdit avant le double avènement de l'antisepsie et de la doctrine des localisations cérébrales.

Il me reste encore à vous entretenir de la révolution qui s'est opérée depuis trois ou quatre ans dans nos conceptions relatives à la structure fine et à l'organisation des centres nerveux. Ce sera l'objet des prochaines leçons.

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