Proust. — Bulletin méd.. 1890, p
furent rattachées, avec toute vraisemblance, à l'hystérie.
M. le professeur Pitres1 décrit une observation fort intéressante d'un nommé A. D..., qui a parcouru, d'une manière plus ou moins automatique, la plus grande partie de l'Europe. Comme le malade de Tissié, il se rend dans tous les endroits dont on lui vante les beautés. Il court en Suisse et même à Constantinople, parce qu'il a entendu décrire les sites de ces pays. Il recouvre la mémoire de ses fugues pendant l'état hypnotique; il a tous les stigmates; c'est un hystérique avéré.
M. Saint-Aubin2, dans sa thèse sur les fugues inconscientes hystériques, inspirée par M. J. Voisin, expose huit observations nouvelles, dans lesquelles les fugues coïncident avec l'hystérie et semblent en relation avec elle. Une semblable opinion est soutenue dans la thèse de M. Colin3, à propos d'un cas d'automatisme ambulatoire. Il en est de même dans le travail de M. P. Garnier : V Automatisme somnambulique devant les tribunaux^.
Enfin, je vous signalerai encore une intéressante leçon de M. Ballet sur un malade qui faisait des fugues fort prolongées et qui, à son réveil, perdait le souvenir d'un mois entier.
Vous voyez, d'après ces observations dont je pourrais multiplier le nombre aisément, que, depuis quelques années, beaucoup d'auteurs ont une tendance à rapporter les fugues à l'hystérie. Dans plusieurs observations, l'assimilation de la fugue au somnambulisme hystérique est indiscutable; mais pour quelques-unes, cette assimilation est plus difficile. Il est à remarquer, d'ailleurs, que de même que, pendant une période, les médecins ont eu une tendance à considérer les fugues comme épileptiques, sans que le mal comitial soit bien dûment établi dans son existence, de même, maintenant, on rattache plus communément les fugues à l'hystérie, sans que la démonstration du fait soit beaucoup plus rigoureuse.
A mon sens, le problème qui se pose à ce propos peut être ainsi formulé : Les fugues n'ont-elles été observées que chez
1. Pitres. — Leçons cliniques sur V hystérie, t. II, p. 268 et Laurent : Des états seconds. Th. Bordeaux, 1892.