J. Voisin. — Semaine niéd., 10 août
En premier lieu, dit M. Voisin, les hystériques sont hypnotisables et retrouvent, pendant l'hypnose, le souvenir de leurs fugues. Ce caractère me paraît excellent et essentiel. Le somnambulisme provoqué apparaît, en effet, de plus en plus, comme un caractère primordial de l'hystérie. Le rappel des souvenirs d'une attaque, d'un délire, d'une fugue, pendant l'état somnambulique et pendant cet état seul, est un phénomène extrêmement fréquent, on pourrait même dire constant, dans l'hystérie.
Mais n'en est-il ainsi que dans l'hystérie? On sait, par exemple, qu'une ivresse nouvelle peut amener le souvenir d'une ivresse précédente. Est-on bien sûr qu'il ne puisse pas en être de même dans l'épilepsie, qu'il n'y ait pas continuité de souvenir entre deux délires épileptiques? Permettez-moi, à ce propos, de mettre sous vos yeux une des épileptiques du service, dont je vais vous résumer l'observation.
C'est une jeune fille de vingt ans, épileptique indiscutable : grands accès comitiaux, cicatrices de la langue, cicatrices étendues du bras, qui a été brûlé dans une chute, au moment d'un accès, etc. L'année dernière, après les grands accès, qui survenaient à peu près chaque mois, elle entrait dans une période de délire durant à peu près quarante-huit heures. Elle restait couchée dans son lit, bien tranquillement, reconnaissait les personnes, mais répétait sans cesse, à tout venant, une plainte bizarre. Elle se plaignait que l'infirmière lui avait volé ses bijoux. Le délire terminé, elle ne se souvenait plus de cette plainte et n'en parlait plus. Le mois suivant, M. Janet la retrouve couchée après un accès ; elle l'appelle et lui dit : « L'infirmière m'a encore volé mes bijoux! » et la même scène se reproduisait à peu près tous les mois.
Évidemment ce cas n'est pas d'une netteté absolue. Mais des faits de ce genre, s'ils se multipliaient, justifieraient la supposition si intéressante de Gharcot : « On peut se demander, en présence de cas semblables, disait-il, s'il n'y a un somnambulisme comitial comme un somnambulisme hystérique1.» Mais je m'empresse d'ajouter que le somnambulisme comitial n'est pas du tout connu, et qu'en supposant son existence certaine,