Rendu. — Leçons de clinique nied., 1. I, p
PARALYSIE RADICULAIHE SENSITIVE. 247
être intra-rachidienne et intéresser les racines postérieures des nerfs du plexus brachial. Elle doit être localisée à ces racines sensitives, dans tout ou partie de l'espace compris entre le ganglion spinal et la moelle. Dans le sens transversal, elle ne doit frapper que le côté gauche. Dans le sens vertical, elle doit être assez étendue pour altérer les cinq racines postérieures gauches qui forment l'origine du plexus brachial, et probablement aussi une ou plusieurs racines postérieures gauches du plexus cervical, car la limite supérieure de l'anesthésie dépasse le territoire cutané du plexus brachial. Il s'agit donc, dans cette hypothèse, d'une lésion radiculaire, Un pareil siège explique tout naturellement les symptômes constatés. L'absence de troubles oculo-pupillaires plaide même pour cette localisation, car les filets i riens du grand sympathique suivent la voie radiculaire antérieure. Ils doivent être respectés, puisque ici les racines antérieures ne sont point touchées. L'hypothèse d'une lésion intra-rachidienne, intra-durale, pour préciser davantage, est donc fort plausible.
On pourrait aussi, non sans quelque vraisemblance, admettre l'existence d'une lésion intra-médullaire, limitée à la corne postérieure, du côté gauche de la moelle, et étendue dans le sens de la hauteur à tout le renflement cervical. Une tumeur intraspinale, un gliome, pourrait évidemment offrir semblable localisation. En détruisant le trajet intra-spinal des fibres radiculaires du plexus brachial, elle réaliserait incontestablement la topographie anesthésique que nous avons constatée chez notre malade. Je ne crois cependant pas qu'un pareil processus soit ici en cause, car il aurait probablement déterminé une symptomatologie plus complexe. Je préfère me rallier à l'hypothèse d'une lésion extra-médullaire mais intra-rachidienne, d'une lésion dure-mérienne ou intra-dure-mérienne, intra-durale, comme on dit encore, d'une lésion limitée à la moitié gauche de cette région, englobant et détruisant les racines postérieures des nerfs du plexus brachial.
Tel est, à mon avis, le siège de la lésion causale. Il nous reste à déterminer la nature de cette lésion. Ici, Messieurs, nous ne
pouvons faire que des hypothèses plus ou moins séduisantes. On ne peut se défendre de songer à une affection rhumatismale, ayant touché les articulations du membre supérieur, celles des vertèbres cervico-dorsales et, peut-être, la dure-mère à ce niveau. Je vous rappelle que le début des accidents a été marqué par une douleur rachidienne cervico-dorsalc et par une immobilité consécutive de la tête et du cou. Cette phase douloureuse, qui a duré une quinzaine de jours, ne pouvait-elle pas correspondre à une localisation du rhumatisme sur quelques articulations vertébrales? On sait aujourd'hui que, dans les cas d'arthrite rhumatismale des vertèbres cervicales, les apophyses articulaires sont prises ordinairement d'un seul coté. C'est là un fait sur lequel MM. Robin et Londe1 ont insisté dans un travail récent, consacré à l'élude du torticolis et du lumbago d'origine articulaire et rhumatismale. S'il en avait été ainsi, chez notre malade, on comprendrait facilement la participation de la duremère adjacente, c'est-à-dire la production d'une hémipachyméningite postérieure qui aurait, à son tour, englobé et détruit les racines postérieures voisines.
On pourrait encore invoquer, en faveur de l'hypothèse d'un rhumatisme, la seconde phase de la maladie. Cette phase fut surtout caractérisée par un œdème de la main et des douleurs articulaires dans toutes les jointures du membre supérieur. Je sais bien que ces douleurs, si on rejette et môme si on accepte l'hypothèse d'un rhumatisme, sont susceptibles de recevoir une autre interprétation. On pourrait les attribuer à la névrite radiculaire et non à une arthrite véritable. J'incline cependant à penser qu'il s'agissait d'une arthrite authentique, car le repos les calmait tandis que le plus léger mouvement actif ou passif les exacerbait étrangement. Je croirais donc volontiers — mais ce n'est qu'une pure hypothèse — à l'existence d'un rhumatisme articulaire qui aurait déterminé une hémipachyméningite cervicale. Cette hémipachyméningite postérieure tiendrait sous sa dépendance la névrite radiculaire et, par suite, les phénomènes que nous avons constatés. Il n'est, en réalité, aucun des symptômes actuels qui ne puisse être expliqué par cette supposition. Je n'ignore pas qu'il est exceptionnel de voir une