‹ Leçons sur les maladies du système nerveux (volume 3)Chapitre 41 sur 129 · Leçon du 24 niai 189o · texte numérisé non relu

Leçon du 24 niai 189o

Un jour du mois d'août 1893, notre homme était en train de ramasser des fruits sous un arbre, lorsqu'il ressentit brusquement une violente douleur dans la région lombaire. Il tombe presque aussitôt, se traîne un instant à terre et ne tarde pas à perdre connaissance. Cinq ou six heures après, lorsqu'il revient à lui, il se retrouve dans son lit, en proie à de vives douleurs mal localisées. Il apprend alors de son entourage que des voisins, attirés par ses cris, étaient accourus et l'avaient transporté chez lui en voiture. Pendant toute la durée du trajet, il n'avait cessé de se plaindre et de pousser des cris au moindre contact. D'ailleurs, dès qu'il eut repris ses sens, cette hyperesthésie extrême persistait, tellement exquise que le seul contact des draps occasionnait des souffrances intolérables. Le soir même, il est pris d'un délire qui dure deux jours. A ce délire succède, pendant trois semaines, un état de subdélirium, entrecoupé de quelques moments de lucidité. Le malade fut conduit à l'hôpital de Châtcaudun. Là les douleurs s'amendèrent, la marche redevint possible, de telle sorte qu'il put quitter l'hôpital au bout de trente-sept jours.

Six semaines après l'ictus initial, l'hypcresthésic du début avait disparu et les douleurs s'étaient circonscrites à la région des lombes. J'avais oublié de vous dire que, dès le début, cet homme avait été pris de constipation et de rétention d'urine. Or, c'est là un phénomène capital, sur lequel je ne saurais trop appeler votre attention. Un médecin, mandé auprès de lui, le premier jour, a dû le sonder et revenir, les jours suivants, pour vider la vessie, jusqu'à ce que le malade ait été en mesure de se sonder lui-même. Le passage du cathéter était, paraît-il, perçu à cette époque. Vous verrez tout à l'heure qu'il n'en est plus ainsi. A bout d'un mois environ, la rétention d'urine fait place à l'incontinence qui persiste depuis lors. La constipation originelle subsiste, alternant parfois avec de l'incontinence des matières.

Les choses en étaient là, lorsque au mois d'octobre 1893 ce malade fit un premier séjour dans cet hospice. Il ne présentait alors que les troubles vésico-rectaux dont je viens de vous par-

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1er; l'anesthésie ne fut pas recherchée. Sa démarche était absolument normale. Il pouvait faire de longues courses sans gêne ni fatigue. Ainsi, il demandait une permission de sortie chaque semaine et en profitait pour se rendre à pied de la Salpôtrière à Courbevoie. En avril 1894, cet homme quitte l'hospice et rentre dans son pays. Malgré sa triste infirmité vésicale, il s'occupe toute la journée aux champs et supporte sans fatigue les pénibles travaux de la moisson. Seul l'acte de lier les gerbes, qui nécessite une attitude courbée excessive, réveillait ses douleurs lombaires. Je n'insiste, Messieurs, sur ces détails que pour mettre en relief l'intégrité de ses membres inférieurs et l'étroite localisation des troubles morbides. J'aurai l'occasion de vous les rappeler plus tard, quand il me faudra discuter le siège de la lésion.

Inquiet de la longue durée de son mal, ce malade nous est revenu, le 2 mars dernier. Nous l'avons examiné, à diverses reprises, très soigneusement. Voici les résultats de notre examen.

Tout le syndrome morbide se limite aux membres inférieurs et au bassin. Veuillez remarquer tout d'abord que, du côté des membres inférieurs, tous les mouvements sont normaux et s'exécutent avec une force et une régularité parfaites. Les reliefs musculaires se dessinent, comme vous le voyez, très nettement et très vigoureusement. Il n'y a, chez ce malade, ni affaiblissement musculaire, ni atrophie, ni incoordination motrice, ni signe de Romberg. Il marche comme tout le monde; il se tient debout, les yeux fermés, sans osciller. Seuls les réflexes tendineux, aux membres inférieurs, sont altérés. Très diminué à droite, le réflexe rotulien est pour ainsi dire aboli du côté gauche. De même les réllexes du tendon d'Achille sont affaiblis des deux côtés. Ce sont là des altérations que je voulais souligner et que je vous prie de retenir.

Les troubles très accusés de la sensibilité contrastent étrangement avec l'intégrité de la motilité. Vous allez en juger. Cet homme se plaint de douleurs subjectives, localisées à la région lombaire et provoquées soit par la pression soit par la percussion. Elles s'irradient sous forme de ceinture dans les régions

des aines et de l'hypogastre. Mais je me hâte d'ajouter que ces douleurs, de caractère constrictif, sont sourdes et très tolcrables. Elles surviennent une ou deux fois par jour, sous forme de paroxysmes, particulièrement à la suite d'efforts infructueux de défécation.

J'arrive maintenant aux troubles objectifs de la sensibilité et je vous demande la permission d'y insister longuement. Eh

Fig. 59 cl 60.

bien! la sensibilité est intacte dans toute l'étendue des membres inférieurs, sauf dans le territoire dessiné sur ce schéma (Fig. 59 et 00). Les limites de ce territoire anesthésié — il s'agit ici d'anesthésie — sont nettes et régulières. Elles enclavent symétriquement la région fessière inférieure et la partie moyenne de la face postérieure de la cuisse. Ce territoire crurofessier se rétrécit de haut en bas et se termine en pointe vers le creux poplité. Il occupe approximativement, à droite comme à gauche, le domaine cutané du nerf petit sciatique et

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