Seydel. — Antiseptik und Trépanation. Miinchen, 1886. j
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Une statistique que j'ai fait dresser et qui comprend la plupart des cas d'épilepsie jacksonienne, traités par la trépanation et publiés depuis 1886, comprend environ 100 cas avec G décès post-opératoires. Ces chiffres vous donnent une idée du chemin parcouru depuis l'avènement de l'antisepsie. Ils justifient ce que j'avançais tout à l'heure, lorsque je vous disais qu'entre les mains d'un chirurgien habile et soigneux, la trépanation était devenue une opération quasi inoffensive1.
Or, il faut que vous sachiez que ces résultats opératoires si brillants ont eu un contre-coup fâcheux. Ils ont entraîné les chirurgiens à créer un malentendu, à répandre, au sujet de l'efficacité de l'intervention opératoire dans les cas d'épilepsie jacksonienne, une idée qui est loin d'être conforme à la réalité des choses. Ces opérés qui ont supporté une trépanation comme on supportait jadis une opération bénigne, et qui sortent de l'hôpital trois, quatre, cinq semaines après l'opération, ayant eu dans l'intervalle moins d 'attaques, ou ti ayant plus eu cV attaques du tout, ou des attaques beaucoup moins violentes, avortées, sans perte de la connaissance, ces opérés-là, dis-je, vont figurer dans les statistiques comme ayant été guéris. Et ainsi on en vient à vous représenter l'intervention chirurgicale comme donnant, dans les cas d'épilepsie jacksonienne, 65, 70, 80 p. 100 de guérisons. Or voilà qui n'est pas exact. Beaucoup de ces opérés, qui figurent dans les statistiques comme ayant été guéris ou à peu près, retombent dans leur ancien état ou présentent des aggravations après cette phase de rémission dont je vous parlais à l'instant. Nous en avons une preuve vivante dans le service. Il s'agit d'un malade que je vais vous présenter.
C'est un homme de trente-quatre ans, couvreur de son état, entré dans le service le 31 janvier dernier, dont les antécédents héréditaires et personnels ne présentent rien de particulier à signaler, sauf ces deux détails dont vous saisirez l'importance :
- Depuis son séjour à Paris, c'est-à-dire depuis quinze ans, le malade avait contracté des habitudes d'intempérance; il
1. Dans un travail, qui m'est parvenu seulement après cette leçon, M. J. Lucas- Championnière [Journal de médecine et de chirurgie pratiques, 2;j mai 1894) annonce six morts sur douze cas de trépanation pour épilepsie jacksonienne. Aussi n'admet-il pas « la conclusion des auteurs qui estiment que l'épilepsie jacksonienne est un excellent motif de trépaner ».
buvait en moyenne trois litres de vin par jour et quelques petits verres d'eau-dc-vie.
En novembre 1879, cet homme, qui avait alors 19 ans, était en train de déblayer la neige qui encombrait une gouttière; on l'avait attaché au toit au moyen d'une corde. Celle-ci se rompit, et notre homme fut précipité sur le pavé de la hauteur d'un sixième. On le releva sans connaissance, et on le transporta dans le service de mon collègue et ami Le Dentu. Il y resta jusqu'au mois de mai 1880. Pendant les premiers temps de son séjour à l'hôpital, il avait été en proie à un violent délire (vraisemblablement éthylique). On l'a soigné, dit-il, pour une fracture du crâne et une fracture du bassin. A sa sortie de l'hôpital, il conservait une cicatrice avec légère dépression de la paroi crânienne au niveaude la partie médiane de la suture sagittale.
Huit ou neuf ans après son accident, en juillet 1888 ou 1889, le malade a été pris d'une première attaque convulsive avec perte de connaissance. Les camarades lui ont raconté qu'il était tombé en bégayant, et que son bras avait été agité par des convulsions. 11 lui est impossible de nous dire si ces convulsions se sont généralisées.
Cette attaque s'est reproduite au bout d'une huitaine de jours, et bientôt il en a eu une tous les jours. Par moments il se mordait la langue et perdait ses urines. Il lui arrivait aussi d'avoir des attaques ébauchées, constituées par des absences pendant lesquelles le malade avait le visage pâle, un peu de tremblement au bras droit. Puis il reprenait son ouvrage ou une conversation interrompue, comme si de rien n'avait été.
En décembre 1893, le malade est rentré dans le service de M. Le Dentu qui lui a fait subir une trépanation. Il est sorti de l'hôpital en mars 1894; dans V intervalle et pendant les deux mois qui ont suivi, il na plus eu d'attaques. Mais voici que cinq mois après l'opération, le malade tomba brusquement sans connaissance, pendant un repas qu'il faisait au restaurant. Une seconde attaque que le malade a eue quinze jours après, au jardin des Tuileries, a été annoncée par une aura olfactive très nette, d'une durée de cinq à six minutes. Le malade avait eu subitement une sensation d'odeur nauséabonde, dont il avait cherché à se débarrasser en soufflant.
Un traite ment par le bromure de potassium, prescrit par
M. Le Dcntu, n'a pas modéré les attaques chez ce malade. Celles-ci sont toujours annoncées par une aura sensitive, de sorte que le malade a le temps de s'asseoir. Puis il perd connaissance; les voisins de lit racontent que toujours c'est le seul bras droit qui est agité par les convulsions; en même temps sa tète est déviée à droite. Il n'a pas d'incontinence d'urine au moment de ses attaques, mais, par moments, il s'est mordu la langue et la joue. C'est., en somme, un cas où nous trouvons réalisés les caractères classiques de l'attaque d'épilepsie jacksonienne.
Je reviens à la thèse que j'étais en train de vous développer, et je pose en fait que, dans les cas d'épilepsie jacksonierme, l'intervention opératoire est presque toujours suivie d'une amélioration qui peut simuler une guérison; mais ce résultat, dans un assez grand nombre de cas, n'est que transitoire.
Deux mots d'abord sur les explications qu'on peut donner de ces améliorations et de ces guérisons passagères. Je vous fournirai ensuite les preuves de ce que j'avance, en m'appuyant sur les faits cliniques.
Dans ces derniers temps, on a cité, en France notamment, des faits d'épilepsie jaksonienne où la trépanation, la simple effraction du crâne a été suivie d'une amélioration considérable, sans qu'on eût supprimé une cause d'irritation, telle qu'une esquille, une exostose, une saillie osseuse, une cicatrice, une tumeur. En présence de faits de ce genre, la première idée qui se présente à l'esprit du neuropathologiste est celle des relations éventuelles de l'épilepsic jacksonienne et de l'hystérie. Des relations de ce genre sont possibles. Vous trouverez notamment dans un travaille MM. Ballet et Crespin1, et dans un autre de M. Ghilarducci2, des faits démontrant que l'hystérie peut se traduire par des attaques à forme d'épilepsie partielle. Laissez-moi vous dire, à ce propos, que chez le malade dont je viens de vous parler, une observation plus attentive des attaques convulsives nous a laissé cette impression qu'il s'agissait
1. Ballet et Crespin. — Archiv. de neurol., 1831,'t.. VIII ,rp. 129.
2. Ghilarducci. — Eod. toc, 1892, t. XXIV, p. 3S:i cl 1893, t. XXV, p. 41.
vraisemblablement de crises d'hystérie à forme d'épilepsie jacksonienne. On pourrait donc se demander si les faits dont je vous parlais à l'instant et où il a suffi d'ouvrir le crâne et de le refermer, en l'absence d'un foyer morbide apparent, pour voir les attaques convulsives cesser au moins pendant quelque temps, si ces faits ne concernaient pas dos hystériques.
Admettons que cette explication puisse convenir à quelques faits; certainement, c'est du moins mon avis, elle ne convient pas à la majorité des cas.
Reste une autre explication, qui me paraît beaucoup plus acceptable; c'est aux chirurgiens que nous la devons. Depuis longtemps des chirurgiens avaient observé que certains traumatismes exercent une influence salutaire sur une épilepsic antécédente. Le professeur Bergmann, de Berlin, a insisté sur ce fait. Dans un très remarquable mémoire sur la chirurgie du cerveau, il a cité un travail d'un chirurgien anglais, MaclarenJ, dans lequel l'auteur a réuni des observations d'épileptiques ayant subi de grandes opérations nécessitées par d'autres affections que l'épilepsie. Cet faits démontrent que souvent le traumatisme opératoire atténue ou supprime les attaques convulsives, du moins durant les premiers temps. D'ailleurs il n'est pas besoin d'un traumatisme crânien pour produire ce résultat salutaire. M. Gh. Féré2 a vu les attaques convulsives cesser pendant plusieurs mois chez un épileptique, à la suite de l'opération d'un prolapsus rectal. De même, dans son travail cité à l'instant, Maclaren a publié deux cas de suspension des attaques survenue, dans un cas, sous l'influence d'une suppuration, dans l'autre à la suite d'une fracture de l'humérus.
Pour ne parler que de l'épilepsie jacksonienne, c'est ainsi que les choses semblent se passer dans beaucoup de cas, à la suite d'une trépanation. Les attaques convulsives sont atténuées ou supprimées pour quelque temps. Mais on aurait tort pour cela de considérer les malades comme étant guéris ou en voie de guérison.
Ainsi, dans le même travail que je vous citais à l'instant, Bergmann mentionne quatre cas d'épilepsie traumatique, où, à la suite d'une trépanation pratiquée par lui, les attaques se sont
\. Maclaren. — Edinburg med. Journ., janvier \87o. 2. Féré. — Les épilepsies et les épileptiques, Paris, 1890.
reproduites plus ou moins longtemps après. Un f*^*J**lade opéré par Bergmanu, et qui était également affecte d une épilepsie traumatique, a succombé accidentellement au bout de quatre semaines, de sorte qu'il est imposable de savoir onel eût été l'effet définitif de la trépanation. On comprend qu'un chirurgien, qui a obtenu de pareils résultats, ne se lasse Jas une haute idée de l'efficacité de la trépanation appliquée au traitement de l'épilepsie symptomatique.
Messieurs, quand on réfléchit un peu, quand on se représente bien le mécanisme suivant lequel est censée se produire l'épilepsie jacksonienne, on conçoit sans peine que la Uepana- Z ne puise rien par elle-même contre cette forme d epilepsxe. En effet nous nous représentons que l'attaque d ep.leps.e jacksonienne a pour point de départ l'irritation d'un territoire , plus ou moins vaste de la zone psycho-motrice de 1 jcorce, place en état de prédisposition morbide. Cet état de prédisposition peu être accidentel, dans un cas d'urémie, par exemple alors
l'intervention opératoire n'a que faire. Il peut être durable ainsi dans un cas de lésion traumatique du crâne, lorsqu il s'est formé un épanchement de sang, une cicatrice, une esquille osseuse au voisinage immédiat de. la zone motrice ou orsqu celle-ci est devenue le siège d'une lésion palpable . plaque de sclérose, de ramollissement, kyste, abcès, etc. Alors cela va de soi l'intervention opératoire ne saurait se borner a la simple fraction du crâne, à la trépanation. Celle-ci ne peut avoir qu'un but, qui est de frayer au chirurgien une voie d accès vers le foyer morbide et de le mettre à môme de supprimer ce foyer. Quand il s'agit d'un hématome, d'une esquille osseuse d'une cicatrice résultant de l'adhérence des ; méninges entre elles et à la paroi crânienne, rien ne parait a la fo s plu simple et plus légitime. Malheureusement les faits sont la qui démontrent que le plus souvent cela ne suffit pas. L'exemple 1 plus net, que je crois pouvoir vous citer à 1 appui de ce que Favancelà, J emprunté à un remarquable .mémoire pu Jhc par Rocher*, il y a environ deux ans, sur la chirurgie et la phj
1. Kocbe». - Deul. Zeitsci, f. Chirurgie, 1893, t. XXXVI, fasc, . et ,,
siologie du cerveau et de la moelle : il s'agit d'un jeune homme de seize ans, qui était tombé d'une grande hauteur sur la tête ; il s'était fracturé le crâne (fissure) à gauche. L'accident avait eu lieu au mois de mai 1873. A six semaines de distance, il avait été suivi d'attaques convulsives qui revêtaient les caractères de l'épilepsie jacksonienne et dont la fréquence était allée en augmentant. Au mois de décembre 1881, on avait trépané le malade. On avait découvert une solution de continuité de la duremère, qui débouchait dans une fossette creusée aux dépens de la substance cérébrale. Cette fossette logeait un fragment d'os rugueux, dentelé. On vit dans ce fragment d'os le corps du délit, dont la présence provoquait les attaques convulsives, et on pensa qu'il suffirait de l'enlever pour supprimer celles-ci; cet espoir ne se réalisa point. A quelque temps de là, le malade succomba en état de mal.
La cause de ces insuccès se conçoit sans peine, pour peu qu'on y réfléchisse. Qu'un foyer d'irritation tel qu'une esquille, une saillie osseuse, un hématome agisse pendant quelque temps sur une portion plus ou moins considérable de la zone psychomotrice, il en résultera des altérations durables de ce territoire moteur. Le territoire ainsi lésé sera dans un état comparable à celui d'une bouteille de Leyde chargée d'électricité. La moindre cause de décharge, traduisez la moindre impression du dehors, qui se répercutera sur ce territoire moteur, en produisant, je suppose, une augmentation de la pression intra-cranienne, provoquera une attaque. Celle-ci débutera par des convulsions du groupe de muscles innervés par le territoire moteur lésé. Les convulsions peuvent rester limitées à ce groupe de muscles ; ou bien elles s'étendront à d'autres groupes innervés par les centres voisins de celui qui est affecté en premier lieu. De plus, chez un même malade, cet envahissement se fera toujours suivant un ordre invariable. C'est là, je vous l'ai dit, un des caractères fondamentaux de l'épilepsie jacksonienne.
En somme, les choses se passent là comme dans les expériences qui consistent à irriter la zone motrice chez un animal dont le cerveau a été mis à nu. Avec un courant suffisamment faible, appliqué sur un territoire très circonscrit de la zone motrice, par exemple sur le territoire qui comprend le centre
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moteur de la main, vous obtiendrez des spasmes cloniqucs limités aux muscles de la main. En augmentant graduellement l'intensité du courant, vous verrez les spasmes convulsifs s'étendre à tout le membre supérieur, aux muscles de la face, au membre inférieur du même côté. Finalement les spasmes convulsifs se généraliseront aux deux cotés du corps. Bref cette attaque d'épilepsie expérimentale nediffère de l'attaque typique d'épilepsie jacksonienne que par la lenteur relative avec laquelle se fait la généralisation des spasmes.
J'ajoute que les mêmes résultats ont été obtenus chez des sujets de notre espèce, trépanés, et dont on a excité la zone motrice avec l'agent électrique, dans le but de se renseigner sur le siège exact de tel ou tel centre moteur.
Dans ces conditions, l'idée devait venir aux chirurgiens de supprimer par voie opératoire le centre cortical qui innerve le groupe des muscles par lesquels débute une attaque d'épilepsie jacksonienne. Elle devait venir surtout après que l'expérimentation eut démontré que l'extirpation du centre cortical épileptogène, chez un animal auquel on a communiqué une épilepsic jacksonienne traumatique , a pour eifet de supprimer les attaques convulsives. C'est un chirurgien anglais, Horsley, bien connu par ses belles recherches sur la physiologie du cerveau, qui le premier, en 1886, a mis cette idée à exécution. Il a trouvé des imitateurs, et même des partisans très déclarés, parmi lesquels je vous citerai Mac Even, Bergmann, Kocher.
Bref, il s'est formé dans ces dernières années un clan de chirurgiens dont l'autorité n'est pas contestable, et pour qui toute épilepsie traumatique, revêtant d'une façon nette les caractères de £ épilepsie jacksonienne, est justiciable de V intervention opératoire, celle-ci devant consister dans V excision du centre cortical qui innerve le groupe des muscles par lesquels débute V attaque convulsive. Remarquez bien que cette ligne de conduite est imposée par les chirurgiens en question, non seulement pour les cas d'épilepsie jacksonienne où la zone motrice est le siège d'une lésion palpable, appréciable à l'œil nu, mais
encore pour les cas où, après effraction du crâne, la zone motrice est reconnue saine en apparence.
Voilà qui paraît grave, de prime abord, pour qui envisage les choses en neuropathologiste. Je me représente difficilement comme une mutilation indifférente l'excision d'une portion de la zone psychomotrice, en l'absence d'une lésion palpable qui légitime plus ou moins cette mutilation.
Est-ce à dire qu'il faille, dans une question de ce genre, se laisser guider ou aveugler par des considérations a priori? Non, ce sont les faits seuls qu'il faut interroger. Voyons donc ce que les faits nous disent. Je ne puis, bien entendu, vous les exposer en détail ; je ne puis que les considérer en bloc, en raison du peu de temps dont je dispose.
Je vous dirai donc que, dans un certain nombre de cas, l'excision d'un foyer morbide occupant une portion plus ou moins vaste de la zone psychomotrice a exercé une influence salutaire sur la marche d'une épilcpsie jacksonienne, en ce sens que les attaques sont devenues beaucoup plus rares ou ne se sont pas reproduites pendant un espace de temps relativement long. Horsley, Mac Even, Kocher ont même publié des cas qui équivalent à des guérisons. De plus, il est à noter que les paralysies, consécutives à ces extirpations de centres moteurs corticaux, n'ont été le plus souvent que passagères.
Dans trois cas (Horsley, Bergmann, Keen) où à ma connaissance on a excisé un territoire sain, en apparence, de la zone psychomotrice, après s'être assuré que l'excitation faradique de ce territoire faisait contracter les muscles par lesquels débutaient les spasmes convulsifs, cette mutilation n'a pas empêché d'autres attaques convulsives de se produire dans la suite; voire que, dans un cas (Bergmann), l'opération n'a eu aucune influence sur la marche de l'épilepsie. Or ces faits sont récents. On est donc toujours en droit de se demander si à la longue une mutilation consistant à exciser une portion, saine en apparence, de la zone psychomotrice n'entraînera pas des conséquences fâcheuses, qui compenseront, et au delà, les résultats aléatoires de l'opération.
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En résumé, sur une centaine d'observations d'épi] epsie symptomatique, réalisant des exemples plus ou moins nets d'épilepsie jacksonienne, qui figurent dans le relevé dont je vous parlais tout à l'heure, on en compte plus de la moitié où il est fait mention du retour des attaques après une opération, alors môme que celle-ci n'avait pas consisté dans une simple trépanation, alors môme qu'on avait enlevé un foyer morbide dont la présence pouvait rendre compte des attaques convulsives,
D'autre part, un assez grand nombre des observations restantes sont passibles d'un reproche dont vous saisissez l'importance; elles concernent des malades qui ont été perdus de vue trop tôt pour que l'on puisse les considérer comme définitivement débarrassés de leurs attaques.
Dans un petit nombre de cas seulement, une dizaine au plus, l'intervention opératoire parait avoir été suivie d'une gucrison durable.
Est-ce à dire qu'il faille ne pas attendre grand'chose de l'intervention opératoire dans les cas d'épilepsie jacksonienne? Gela dépend des circonstances. Voici comment je comprends les indications de l'intervention chirurgicale.
1° Cette intervention s'impose dans les cas où l'épilepsie jacksonienne s'est développée à la suite d3 un traumatisme récent. Dans ces conditions, le redressement de la paroi crânienne enfoncée, l'extraction d'une esquille, d'un projectile, d'un caillot de sang, peuvent être suivis d'une guérison définitive.
2° L'intervention opératoire est indiquée dans les cas où l'épilepsie jacksonienne s'est développée à la suite d'un traumatisme déjà ancien, lorsque sont réalisées les conditions suivantes : les attaques revêtent les caractères de l'épilepsie partielle ; elles sont annoncées par une aura; fclles débutent toujours par un même groupe de muscles; elles envahissent progressivement les autres groupes du même côté. Les facultés intellectuelles du sujet sont intactes. Il existe une cicatrice ou une dépression de la paroi crânienne dont le siège répond au centre des muscles par lesquels débute l'attaque. Enfin les attaques atteignent une grande fréquence ; le traitement intensif par
les bromures n'exerce que peu ou point d'influence sur leur retour et leur violence.
Cependant ne perdez pas de vue que, dans ces conditions, le pronostic se présente sous des couleurs beaucoup moins favorables. Les chances d'une guérison durable, définitive, sont très faibles. Voire que s'il existe des adhérences des méninges avec la paroi crânienne et le cerveau, ou une lésion corticale résultant de l'irritation prolongée exercée par une saillie osseuse, une esquille, etc., la guérison ne peut être obtenue (elle ne le sera pas nécessairement), d'après certains chirurgiens, qu'au prix de l'excision du territoire cortical lésé.
3° L'intervention opératoire s'impose, dans les mêmes conditions que celles que je viens de vous spécifier, lorsqu'il y a des raisons de croire que l'épilepsic jacksonienne est sous la dépendance d'une tumeur; si celle-ci appartient à la catégorie des tumeurs bénignes, fibro-lipomes, kystes parasitaires et autres; si la substance nerveuse avoisinante est simplement comprimée et irritée, mais non encore envahie par des lésions irréparables, les meilleures chances sont en faveur d'une
Prison.
Ces chances sont beaucoup moindres lorsque la tumeur fait corps avec le cerveau. En ce cas, il y a toujours à compter avec les suites de l'excision d'un fragment de substance cérébrale.
S'il s'agit d'une tumeur maligne, les récidives sont à craindre.
De même, dans le cas d'un tubercule, — et il ne saurait être question que de l'extirpation d'un tubercule superficiel, — il y a lieu de prévoir que le traumatisme chirurgical imprimera une poussée à la diathèse tuberculeuse latente.
La légitimité de l'extirpation d'une tumeur gommeusc, diagnostiquée comme telle avant l'ouverture du crâne, est très discutée et très discutable.
4° Lorsque les attaques dépilepsie jacksonienne sont occasionnées par un hématome, par une plaque de pachyméningite, par un kyste, par un foyer superficiel d'hémorrhagie, les circonstances, eu égard aux chances de succès de l'intervention opératoire, sont sensiblement les mêmes que dans les cas d'un traumatisme crânien. Les chances d'une guérison
radicale n'existent réellement que lorsque le retentissement du foyer sur la zone motrice ne s'est pas encore traduit par des altérations indélébiles. Quand de telles lésions existent, l'extirpation d'un centre cortical peut seule supprimer les attaques; je vous ai dit quelles réserves commande ce genre d'intervention.
5° Enfin, lorsque l'épilcpsie jacksonienne se présente avec des caractères qui lui font soupçonner une origine réflexe, la suppression du foyer périphérique épilcptogène peut amener la guérison; mais les faits ne manquent pas, qui démontrent qu'on ne saurait compter sur ce résultat.
J'ajoute que l'alcoolisme invétéré est toujours une circonstance fâcheuse, de nature à compromettre les chances possibles de l'intervention opératoire.
Incidemment, je désire vous dire quelques mots d'une certaine catégorie de faits, publiés par Kocher dans le mémoire que je vous ai cité. Ces faits méritent d'attirer l'attention des chirurgiens et des neuropathologistes. Il s'agit de cas de porencéphalie traumatique , c'est-à-dire de cas où, à la suite d'un traumatisme crânien, il s'était formé dans les couches superficielles du cerveau un kyste limité par la substance cérébrale et rempli de liquide céphalo-rachidien. Ce kyste, retentissant à distance sur la zone psychomotrice, avait donné lieu à des attaques d'épilepsie, de forme jacksonienne. Dans deux cas de ce genre, la trépanation suivie du drainage du kyste, drainage prolongé jusqu'à ce que l'écoulement du liquide se fût tari, a mis fin aux attaques convulsives; voire que dans l'un des cas, chez une fillette de quinze ans, il en est résulté une influence très salutaire sur le développement corporel et intellectuel de l'enfant. Ces faits, je vous le répète, méritent d'être pris en considération, tant au point de vue de la pathogénie qu'au point de vue du traitement de l'épilepsie jacksonienne.
Avant de clore cette leçon, je désire placer sous vos yeux et vous expliquer une planche (fig. 101) que j'ai fait dessiner d'après les recherches de M. Poirier, et qui vous donnera une idée nette
des rapports des principaux centres corticaux entre eux et avec ta paroi du crâne.
Sur cette planche, la ligne L N représente ce que M. Poirier appelle la ligne sylvienne. Elle passe, d'une part, à G centimètres au-dessus du trou auditif, et d'autre part à 1 centimètre au-dessus du lambda, qui est lui-même situé à 7 centimètres
Fig. 101.
au-dessus de l'inion. Elle répond sur une grande étendue à la scissure deSylvius. La ligne RF répond à la scissure de Rolando. En haut elle part d'un point situé à 2 centimètres au delà de la moitié de la distance qui va du fond de l'angle naso-frontal à l'inion. Pour trouver son aboutissant inférieur, il faut compter 7 centimètres à partir du trou auditif sur la perpendiculaire pré-auriculaire. Vous trouverez dans le travail de M. Poirier1, auquel j'ai emprunté cette planche, tous les renseignements