DEUXIÈME LEÇON
Troubles trophiques consécutifs aux lésions des nerfs. (Suite). — Affections des muscles.
Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la moelle épinière.
Sommaire. — Modifications anatomiques et fonctionnelles que subissent les muscles sous l'influence de la lésion des nerfs qui les animent. — Importance de l'électrisation comme moyen de diagnostic et de pronostic. Recherches de M. Duchenne (de Boulogne). — Expérimentation : Longue persistance de la contractilité électrique et de la nutrition normale des muscles à la suite de la section ou de l'excision des nerfs moteurs et mixtes chez les animaux. — Faits pathologiques : Diminution ou abolition hâtives de la contractilité électrique, suivies d'atrophie rapide des muscles dans les cas de paralysie rhumatismale du nerf facial et de lésions irritatives, soit traumatiques, soit spontanées des nerfs mixtes. — Raison de la contradiction apparente entre les résultats expérimentaux et les faits pathologiques. Application des recherches de M. Brown-Séquard : Seules, les lésions irritatives des nerfs déterminent l'abolition hâtive de la contractilité électrique, suivie d'atrophie rapide des muscles.
Expériences de MM. Erb. Ziemssen et O. Weiss. — Ecrasement, ligature des nerfs : ce sont des lésions irritatives. — Différence des résultats obtenus dans l'exploration des muscles suivant qu'on fait usage de la faradisation ou de la galvanisation. — Les résultats de ces nouvelles recher* ches sont comparables aux faits pathologiques observés chez l'homme ; ils n'infirment en rien la proposition de Brown-Séquard.
Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la moelle épinière. — En ce qui concerne leur influence sur la nutrition des muscles, ces lésions forment deux groupes bien distincts; — 1 er groupe : Lésions de la moelle qui n'ont pas d'influence directe sur la nutrition des muscles : a. Lésions en foyer très-circonscrites n'intéressant la substance grise que dans une très- petite étendue en hauteur : Myélite partielle, tumeurs, mal de Pott. b. Lésions fasciculées même très-étendues des cordons blancs postérieurs ou antéro-iatéraux, mais sans participation de la substance grise : sclérose primitive ou consécutive des cordons postérieurs, antéro-latéraux, etc. — 2 e groupe : Lésions de la moelle qui influencent plus ou moins vite la nutrition des muscles : a. Lésions fasciculées ou circonscrites qui intéres.
AFFECTIONS DBS MUSCLES.
sent les cornes antérieures de la substance grise dans une certaine étendue en hauteur : Myélite centrale, hématoniyélie, etc. à* Lésions irrita* tlvea des grandes cellules nerveuses des cornes antérieures de la substance grise avec ou saos participation des faisceaux blancs : paralysie infantile spinale, paralysie spinale de l'adulte, paralysie générale apînale (Du. chenue, de Boulogne! v atrophie musculaire progressive, etc. — Rûle prédominant des lésions de la substance grise dans la production des troubles trophiqties musculaires* — La proposition de M. Brown-Séquard s'applique encore à l'interprétation de ces faits.
Messieurs,
Dans la dernière séance, j'ai évite à dessein, en faisant l'histoire dos troubles de la nutrition consécutifs aux lésions des nerfs, de mappesantir sur les modifications anatomiques ou (fonctionnelles que subissent les muscles sous rhiiluence de GOS lisions. Je voulais réserver cette question pour une étude spéciale. En réalité, c'est là — vous allez bientôt le reconnaître — un sujet hérissé de difficultés de tous genres et qui est encore l'objet de mille controverses.
Vous n'ignorez pas que de grands progrès ont été accomplis dans l'histoire clinique des paralysies sous l'influence des travaux de M. Duchenne (de Boulogne). Mais vous n'ignorez pas non plus, sans doute, qu'un bon nombre des faits, découverts par cet éminent pathologiste, semblent être en contradiction flagrante avec les résultats obtenus par les physiologistes dans l'expérimentation chez les animaux.
Quelle est la raison de ce désaccord ? Dans quelle voie la conciliation doit-elle être trouvée ï Voilà des desiderata auxquels je ne vous promets pas de répondre en tous points d'une manière satisfaisante. Je ne puis cependant reculer devant la difflcultë; je dois tout au moins l'aborder. A la Vérité, j'ai quelque répugnance à traiter une question où les résultats de l'exploration électrique des nerfs et des muscles doivent être invoqués a chaque instant devant des ht Mêmes qui ont fait de ce mode d'examen une
Citajicot, T. ï, 3 e éd. 3