TROUBLES DE NUTRITION
affections secondaires constituent un groupe pathologique des plus intéressants. Aussi consacrerai-je quelques séances à tracer devant vous les principaux traits de leur histoire.
Les lésions consécutives, dont il s'agit, peuvent frapper la plupart des tissus et occuper les régions du corps les plus diverses : la peau, par exemple, le tissu cellulaire^ les muscles, les articulations, les os eux-mêmes, ou enfin les viscères. Elles présentent le plus souvent, à leur origine du moins, les caractères du processus inflammatoire. Souvent, elles ne jouent dans le drame morbide qu'un rôle accessoire, car elles sont simplement surajoutées alors aux symptômes habituels : hyperesthésie, anesthésie, hyperkinésie, akinésie, incoordination motrice, etc. Mais, pour n'avoir d'intérêt qu'au point de vue de la physiologie pathologique, elles ne doivent pas, cependant, être négligées.
D'autres fois, au contraire, ces lésions acquièrent aux yeux du clinicien, en raison, soit des graves désordres qu'elles occasionnent, soit des signes diagnostiques ou pronostiques qu'elles fournissent, une importance majeure. Permettez-moi d'appuyer cette proposition sur quelques exemples.
L'an passé je vous montrais — et je reviendrai bientôt encore sur ce point — comment l'eschare fessière, développée dans le cours de l'apoplexie par hémorrhagie cérébrale ou par ramollissement du cerveau, permettait de porter un pronostic d'une certitude presque absolue.
Les eschares sacrées, les affections des reins et de la vessie qui se produisent avec tant de rapidité dans certaines maladies aiguës ou dans les exacerbations de quelques maladies chroniques de la moelle épinière sont souvent la cause immédiate de la mort.
Une arthropathie survenue dans le cours de l'ataxie locomotrice, pourra priver définitivement le malade de l'usage d'un membre qui, pendant longtemps encore, eût pu lui rendre des services.
troubles u;; m nui io\. h
Quelquefois, enfin, ces lésions trophiqaeB consécutives donnent le change au clinicien qui les prend pour la maladie tout entier»*. Telles sont certaines formes de Va musculaire progressive considérées naguère comme affections primitives des muscles, et dont le point de départ est, en réalité] dans certaines altérations de la substance grise de la moelle épinière.
Multiplier tit.jeciv nia, car, dès
maintenant, vous voyez l'intérêt qui s'attache à 1 étude de ces lésions trophiques.
Le pouvoir de déterminer, sous certaines influences morbides, dons de nutrition dans les parties extérieures du corps ou dans les viacé pas uniquement dévolu au cerveau et h la moelle épini I ces parts privilège avec les nerfs qui émanent d'eux. Kais les aliéetions consécutives résultant d<
veloppées dans les départements les plus divers du système nerveux, ont entre elles, malgré quelques différences spécifiques, les analogies les plus grandes; de telle sorte que, pour le clinicien appelé ù reconnaît r -, la
question de savoir quelle a été la circonscription du sj terne nerveux primitivement affectée et d'où dérive laléa trophique est maintes bis très-difflcUe à r<
Cette considération m*ei estreindre notre
étude aux seules lésions troph ise cérébrale ou
spinale* Celles-ci seront, si vous le voulez, oot mais nous croyons utile de tracer parallèlement rhistC
[roubles trophiques qui apparaissent à la suite des lésions dos nerts périphériques* N'est-ce pas, d'ailleurs, un des grands avantages de la méthode comparative que de faire naitre la lumière du contraste? Pour limiter notre champ d'études» nous n'envisagerons que ceux des troubles trophiqm iparaisaent dans te A* "i ue
du ncrf'lrsé: pour ce qui est des altérations de nutrition qui se manifestent par suite d'actes réflexes, à une dis-
6 TROUBLES DK NUTRITION.
tance plus ou moins éloignée et dans le domaine de nerfs qui n'ont subi directement aucune atteinte de la lésion primitive, c'est un sujet fort intéressant, sans doute, mais qui mérite d'être traité à part.
En m'entendant parler, Messieurs, des troubles de la nutrition qui naissent sous l'action des lésions des centres nerveux ou des nerfs, la plupart d'entré vous se sont, sans aucun doute, immédiatement remis en mémoire le problème correspondant qui se débat en physiologie normale.
Rien de mieux établi en pathologie, j 'espère vous le démontrer du moins, que Vexistence de ces troubles trophiqttes consécutifs aux lésions des centres nerveux on des nerfs. Et cependant la physiologie la plus avancée enseigne, vous le savez, que, à Vétat normal, la nutrition de différentes parties du corps ne dépend pas essentiellement d'une influence du système nerveux.
La contradiction paraît formelle ;elle n'est qu'apparente. Je vais essayer de le prouver, et, dans ce but, je vous demande la permission de faire une courte incursion dans le domaine de la physiologie expérimentale.
Pour montrer que les actes chimiques de rénovation moléculaire qui constituent la nutrition ne sont pas sous la dépendance immédiate du système nerveux, on invoque, vous le savez, des arguments de plusieurs ordres.
1° Les actes les plus compliqués de la vie de nutrition s'accomplissent dans certains organismes sans l'intervention du système nerveux. C'est ainsi que les végétaux, quelques animaux inférieurs (protozoaires), dépourvus de système nerveux, n'en vivent pas moins d'une manière trèsactive. L'embryon, dit-on encore, n'accomplit-il pas déjà les actes de la vie organique, à une époque où il ne possède encore aucun élément nerveux ?
IUBLKS DM NUTHITIOI», 7
n s'appuie ensuit sur ce feit que certains tissus, abei les animaux supérieurs a ffll totalement pr
dfi nerfs el Se vaisseaux. On cite comme exemples les cellules dpithéU&tes, les cartilages qui, néftumoififl, si un pathologique sur\i<-iit, deviennent le siège d'une véritable prolifération, indice bien évident que la nutrition peut, -vnwtuer là d'une façon trto-énergique (1).
(l) * La vie organique des animaux tout entier», ou en d'autres ternie
qui il jur iraal, sans l'intervention d'une sensation ou d'un
acte mental, peut s effectuer sans l'intervention du système nerveux * el se
produira sans modifications matérielles correspondantes de ce système j do
morne que les fonctions de circulation, de nutrition, de sécrétion, d absorp-
ion dans les classes les plus inférieures d'animaux, che* lesquels on ne découvre pas de système nerveux, et dans le règne végétal où il n'y a pas de raisons plausibles de supposer que les nerfs existent, on pourrait dire r ix vit et se
chez un animal, ù lu manière d'un parasite vivant aux dépens d'un végétal.» Jtrit. nml Fut. |M, Cl VuL III, )H7 ( pp, », ta; — Ht Ctf-
penter. — Printiplet of kuman PhyiiQlûgy , i'hihidelpbia, 1855, p. 58, )
Vdd l'analyse tres*sommaire d'au travail où tout récemment M. Cli. li. iliiii a exposé les idées aujourd'hui dominantes, (fit le rôle Irfes-
t. dans la nutrition : ■ Los acte* chimiques qui jovation moléculaire dans l'organisme vivant, autrement «lit la nutrition, na sont pis so te des nerfs» Il oc saurait
là d'une influence des uerfa sur les tissus, comparable à celle de l'éleosur les actions chimiques. Il n'existe pas de nerfs allant fut les éléments analomiques extra-vaseulaires, sur les épithéliums par exemj la manière des tubes nerveux qui viennent s'appliquer sur les fibres musculaires. La cause du mouvement de nutrition est dans les éléments auatomîques eux-mêmes ; chez les végétaux, en l'absence de tout système nerveux, on voit les tissus s'enller subitement, les cellules croître et se multiplier. Chez l'embryon les cellules naissent, s accroissent et se multiplient avant l'apparition de tout élément nerveux périphérique. La nutrition est dune une propriété générale des éléments anatoroîques , tant animaux que végétaux. La sécrétion elle-mèmfl est une propriété inhérente aux éléments anatoniquet, ainsi que l'avaient déjà vn de Ulainville, A. Comte. Ghettos animu mis, et dans le cas de gratte animale, il est évident que la
nutriii msset indépendante m nerveux. • * Les troubles
secrétaires, ceux d'absorption, les indurations, ramollissements, hypertroet autres altérations consécutives aux lésions des nerfs, sont une coula perturbations circulatoires par l'intermédiaire des nerfs précédents (vaso-moteurs^, affectés directement par action réflexe, et non la conséquence de L'action de nerfs qui auraient, à ta manière de l'électricité par exemple, une influence sur les actes moléculaires ou chimiques de I assimilation et de la désasiirailatioa dans nue zone d'une certaine étendue en dehors de leur surface. « (Journal à* l'Anniamif, etc., 1867, pp. 276-300. )
8 INFLUENCE DE LA SECTION DES NERFS
3° Enfin, des arguments plus directs sont tirés du domaine de la physiologie expérimentale. Vous savez que, après la section des nerfs qui s'y rendent, ou la destruction même de la moelle épinière, les parties périphériques, telles que les muscles, les os d'un membre, continuent pendant longtemps encore à vivre et à se nourrir à peu près comme dans les conditions normales. En pareil cas, c'est seulement à la longue que surviennent dans ces parties des lésions nutritives. Ces lésions, d'ailleurs, presque toujours purement passives, sont vraisemblablement dues à l'inaction à laquelle les parties sont condamnées, par suite de la suppression de toute influence de la part du système nerveux. En effet, elles se manifestent avec les mômes caractères dans YimmoMlisation des membres, alors que le système nerveux n'est pas directement intéressé. Ces lésions passives, que nous verrons figurer dans différentes affections paralytiques, n'ont rien de commun avec les lésions trophiques spéciales qui vont nous occuper. En général, elles peuvent s'en distinguer d'ailleurs objectivement par quelques traits particuliers. Celles-ci sont presque toujours marquées, du moins à une certaine époque de leur évolution, au coin de l'irritation phlegmasique. Dès l'origine, le plus souvent, elles revêtent les caractères des inflammations ; elles peuvent, nous le verrons, aboutir à l'ulcération, à la gangrène et à la nécrose.
En outre, un caractère qui leur est commun à la plupart, c'est qu'elles se développent avec une grande rapidité à la suite de la lésion des nerfs ou des centres qui en a provoqué l'apparition, parfois même avec une rapidité incroyable. C'est ainsi qu'on voit fréquemment, dans certains cas de fracture de la colonne vertébrale avec compression et irritation de la moelle épinière, des eschares apparaître au sacrum le second ouïe troisième jour après l'accident.
On peut donc dire, qu'en règle générale, l'opposition entre les lésions passives résultant de la seule inactivité fonctionnelle et les troubles trophiques qui surviennent à la
INFLUENCE DE LA iEGTION OKS NERFS,
suite de certaines lésions des centres nerveux est frappante: les premières sont lentes à se produire, n'ont, le plus souvent, aucun caractère inflammatoire; les secondes «'datent parfois tout- à-coup et présentent ordinairement, du moins au début du processus, la marque d'un travail phlegmasique plus ou moins accentué.
Permettez-moi, Messieurs, de vous remettre en mémoire, très-sommaireinent,quelques-unesde> expériences Auxquelles je Taisais allusion tout-à-l'heure, et qui tendent à démontrer que la moelle épinière et les nerfs n'ont pas d'influence directe, immédiate sur la nutrition des parties périphériqi
1° Une des premières est relative à la section du m ■tique ctiez les mammifères. S dirœder van der Kolk, qui, un des premiers, Ta instituée, attribuait les troubles de la nutrition qui se produisent assez rapidement, en pareil cas, dans le membre correspondant, à l'absence (l'action du système nerveux consécutive à la section du nerf. M, Brcrwn-Séquard, qui a répéta cett- uce en 1><4ù
sur des oochons dlntfe et des lapins, est parvenu à foire voir que ces troubles trophiques, survenant au bout de quelques jours à peine et consistant en tuméfaction de l'extrémité du membre, ulcérations des doigts, perte des ongles, etc., ne se montrent, en réalité, que parce que l'animal est devenu incapable de soustraire à l'action des influences extérieures, au frottement sur un sol dur et rugueux, le membre privé de mouvement et de sensibilité par suite de la section du BCÎatûplâ, Lorsque le sujet mis en expérience était entouré de toutes les précaution- lires, confiné par exemple dans une cadase dont ta tond était recouvert dune OOQCbe de son, on ne constatait plus aucune modification de la nutrition dans le membre paralysé, si ce n est toutefois une atrophie plus ou moins prononcée, mais se produisant seulement à la longue (1),
(1) Bruwû-Séquurd. — Sur les altérations pathologique* &ui Mirent la Section d* nerf mat iq ue, in Comptes-rendus des séances de la Soritté* dé Bio*