INFLUENCE DE LA SECTION DE LA MOELLE
Cette atrophie survenant à la suite de la section du nerf sciatique résulte évidemment de l'inactivité fonctionnelle à laquelle est condamné le membre paralysé ; elle porte non-seulement sur les muscles, mais encore sur les os et sur la peau, ainsi que l'avait déjà reconnu J. Reid. Elle ne se produit pas, alors môme que la section du nerf a été complète, pour peu que, à l'exemple du physiologiste qui vient d'être cité, on ait soin de faire passer chaque jour un courant galvanique à travers les muscles du membre paralysé.
2° La section complète du nerf trijumeau, pratiquée dans le crâne, fournit des résultats tout-à-fait comparables à ceux que produit la section du nerf sciatique. Vous savez que les lésions de l'œil qui se montrent chez les animaux à la suite de cette opération, après avoir été autrefois considérées, par quelques physiologistes, comme dérivant de la suppression d'une influence trophique du trijumeau, sont rattachées, depuis les expériences de Snellen (1857) et celles plus récentes de Bùttner (1862), aux effets de l'anesthésie qui expose les parties frappées d'insensibilité à l'action de causes traumatiques de tout genre. Si, après la section du trijumeau, on protège l'œil, suivant la méthode de Snellen, en fixant au-devant de lui, par quelques fils, l'oreille du môme côté restée sensible, ou si, suivant la méthode de Bùttner, on se contente de le recouvrir d'une plaque de cuir épais, les troubles trophiques ne se montrent pas dans la cornée ; un certain degré d'hypérémie neuro-paralytique se manifestant à l'iris, à la conjonctive, est en somme le seul phénomène qu'on observe après la section complète du trijumeau, lorsque l'œil a été convenablement protégé (1).
logie, t. I, 1849, p. 136, et Expérimental Researches applied to Pkysiology and Pathology. New- York, 1853, p. 6. Après la section d'un nerf mixte, l'atrophie des muscles ne commence à se manifester en général chez l'homme et chez les mammifères, qu'au bout d'un mois environ, par un léger degré d'émaciation. Deux mois après, l'atrophie est mieux caractérisée ; elle est trèsprononcée au bout de trois mois. (Magnin, thèse de Paris, 1866, p. 19.) (1) Voir à ce sujettes expériences de M. Schiff, dans la thèse de M. Hau-
SOMOTKI
8* Bfl Ofl qui concerne maintenant la moelle <?pinière. il paraît démontré que sa section transversale complète OU même sa destruction dans une certaine étendue, lorsqu'il n'en résulte pas une inflammation quelque peu durable fa l'organe, ne sont pas immédiatement suivies de trouhlos de ta nutrition dans les membres paralysés. M. Brown quard a fuît voir, en effet, que les ulcérations qui se formettt assez rapidement au voisinage des organes génitaux mammiiv Uez les oiseaux, dont la moelle
épinièro a subi une section transversale Complète, ne résultent pas directement de r;iiisenred'in(iux nerveux; elles sont la eonséquenn^ ge la premion prolongée et du n intact .irs Bfinec aWrée^tlnal quedéa tofttiôreeWealesauxçttéHeÉ
œà (j<âèfl sont expos»
Les memhtvs postérieurs d'un jeune chat, qui survécut près de trois mois à la destruction complète de );i loinbnirede la moelle épinière, se développèrent normale» ment; les fonctions de la vie organique dans ces membres parurent s'exécuter suivant les conditions physiologiques ; Bon des poils et d se prodi tme chez
ranimai sain (1),
Chez des mammifères ou chez des grenouilles, dont ta partie postérieure de la moelle a étë détruits* on peut voir, ilit Valentin, la contractlliW électrique persister dans les muscles des membres postérieurs, jusqu'à la mort, c'est-àdire pendant plusieurs semaines ou même pendant plus!' mois (2).
En résumé, chez les animaux qui ont subi la section transversale complète ou la destruction d'une partie de la moelle épinière, on peut voir se former, principalement sur
ser : Nouvel Ut recherches relatives à Vinftutnce dit système ntrtenx sur ta nutrition. Pan», 1858,
fi) Brown-Séquinî, loc, tt/.,p,M, 13, 16.
(îî) Vnlentln. — \WautA eintr phytiolopsthen PatkohgM àen Nerten, "L Abth., p. *3. Ldpttpr, 18'U.
12 INFLUENCE DE i/lRRITATION DES NERFS.
les régions soumises à la pression, des ulcérations, voire môme des eschares; mais toujours il est possible de mettre ces lésions sur le compte de l'anesthésie et de la paralysie motrice, par suite desquelles l'animal reste constamment souillé par le contact des urines, se blesse en se heurtant à tous les contacts, etc. Quant à l'atrophie qui survient à la longue dans les membres paralysés à la suite de cette opération, elle résulte uniquement, comme dans le cas de la section du nerf sciatique, de l'inertie fonctionnelle à laquelle ces membres sont condamnés.
De l'ensemble de ces faits, empruntés à la physiologie expérimentale, il résulte, comme on le voit, que l'absence d'action du système nervetix déterminée par la section complète des nerfs périphériques ou la destruction d'une partie de la moelle épinière ne provoque pas, dans les éléments anatomiques des membres paralysés, d'autres troubles nutritifs que ceux qui se développeraient, dans ces mômes éléments, sous la seule influence de l'inertie fonctionnelle, de l'inactivité prolongée.
La découverte des nerfs vaso-moteurs et des effets que détermine la paralysie de ces nerfs ne devait pas modifier essentiellement cette formule. Il est, en effet, démontré aujourd'hui que l'hypérémie neuro-paralytique, quelque loin qu'elle soit poussée, n'est jamais suffisante pour occasionner, à elle seule, une altération dans la nutrition des tissus. Sans doute, cette hypérémie, comme l'a fait remarquer M. Schiff, crée une certaine prédisposition aux inflammations, lesquelles peuvent éclater soit spontanément — du moins en apparence — chez l'animal malade, soit à la suite de causes d'excitation relativement légères chez l'animal sain. Mais ces lésions de nutrition d'origine neuroparalytique ne sont nullement comparables aux troubles trophiques qui sont l'objet spécial de cette étude, elles forment une catégorie à part. Ces derniers, ainsi que nous aurons maintes fois l'occasion de le faire remarquer, chemin faisant, peuvent se développer et accomplir leur évo-
INFLUENCE DE L'IRRITATION DES NERFS
lution, sans être précédés ou accompagnés par aucun des phénomènes qui révèlent objectivement l'état paralytique OU l'état inverse des nerfs vaso-moteurs, Pour l'instant, nous n'insisterons pas plus longuement sur ce point que nous devons reprendre par la suite.
Si les lésions qui ont pour résultat d'anéantir ou de suspemlre l'action du système nerveux, n'ont pas le pouvoir de Taire naître dans les régions éloignées d'autres troubles de la nutrition que oenx qui dépendent de Tinactivité prolongée, il n\:a est pas de ma s lésions qui dél minent, soit dans les nerfs, 80it du.nslescentres nerr une exaltation de leurs -propriétés, une irritation, inflammation.
C'est là,. Messieurs, une proposition d'une importance capitale: elle domine en réalité la question qui nous occupe. Découvert depuis longtemps déjà par M. Brown- Séquard, le principe sur lequel elle s'appuie est, si je ne me trompe, encore trop souvent méconnu, anasi bien par
tofl physiologistes que par les pair, m (1). Nous
rons en temps et lieu la pathologie humaine fournir, à l'appui de cette proposition, des bits assez innubreux, des arguments péremptoires ; en revanche, nous aurons plus rarement à invoquer les n^ultats de l'expérimentation sur les animaux. La raison en est surtout, sans aucun doute, dans cette circonstance que, cliez ers derniers, le tissu nerveux parait résister, bien mieux que chez l'homme, aux causes diverses d'irritation et d'inflammation. Tous les expérimentateurs sav/ent, en effet, que les léeiona traumatiques, même les plus graves, des nerfs périphériques ou de
(l) Note sur quelques cas d'afeetion de la peau, dépendant d'une influence du système nerveux, par J.-M. Charcot, suivies do Remarques sur le mode d'influence du système nerveux sur ta nutrition, par le docteur lirowu-Séquard. (Journ. de physiologie, t. II, u° 5. Janvier 1859, p. 108;.
U ZHFfcUENOB DE L'iREITATION DSg NWJte.
la moelle, produisent assez difficilement, chez 2a plupart des animaux, une myélite ou une névrite quoique peu durable et comparable i celles qui se développent, au contraire, assez facilement ches l'homme à la suite des lésions les plus minimes.
Les expériences propres à montrer que les lésions incitatives des tissus nerveux sont capables de déterminer des troubles trophiques variés dans les parties auxquelles ils se distribuent, sont, nous l'avons dit, peu nombreuses. Biles sont relatives presque exclusivement à la cinquième paire.
Voici d'abord le résumé d'une expérience de Samuel : — Ches un lapin, deux aiguilles sont appliquées sur le ganglion de Oasser et Ton fait passer un courant d'induo» . tion ; aussitôt il se produit un rétrécissement plus ou moins prononcé de la pupille, et en même temps se développe une légère injection des vaisseaux de la conjonctive ; la sécrétion des larmes s'exagère. La sensibilité des paupières, de la conjonctive, de la cornée est exaltée. Après l'opération, le rétrécissement de la pupille persiste, quoique à un moindre degré et l'hyperesthésie s'exagère encore. Le processus inflammatoire commence à se développer en générai au bout de vingt-quatre heures ; son intensité s'accrott pendant le second et le troisième jour, et diminue ensuite progressivement. On peut observer tous les degrés de Tophthalmie, depuis la conjonctivite la plus légère jusqu'à la biennorrhée la plus intense.- La sensibilité s'exalte toujours et l'hyperesthésie peut s'élever à un tel degré qu'au moindre attouchement de l'œil* l'animal est pris de convulsions générales. Il se produit sur la cornée une opacité générale, et, en outre, tantôt de petites exulcérations, tantôt un ulcère unique, de forme ovalaire qui occupe la partie moyenne de cette membrane. Dans un cas, il s'était formé une petite collection purulente dans la chambre antérieure de l'œil. A part l'hypérémie, on n'observe jamais d'altérations pathologiques de l'iris, ni adhérences, ni modifications de coloration.
NGB Dl£ L IRRITATION DES NERl
Uaiis tous les cas, Vtgjfi âo des rameaux ophthal-
miques de la cinquième paire est ex 4jt notée. Il
i lair, par conséquent, qu'on ne saurait ici, comme dans les faits de Sn^lK'ii et de Uuttuer, invoquer l'auestliésie [jour expliquer l'apparition des troubles trophiques survenant dans l'œil non convenablement protège (1).
A la suite d'une section non réunie du trijumeau chez
un lapin, Aleissner a vu paraître dans l'œil, qui avait con-
fé d'ailleurs sa sensibilité» de» lésions trophiques très-
ppoawioées, L'auteur fait remarquer avec Mffl fMtff
lésions se sont produites sans qu'aucun signe d'hypéré-
mie neuro-i que les eût précédées. L'autopsie fit
!il<T que la partie médiane (interne) du trijumeau avait
seule IM intéressée par le neurotome (2). Schiff, de son
coté, à l'appui do F tion de Meissuer , rapporte
quatre cas» relatifs à des lésions partielles du trijumeau
dans le c ni no, il dans lesquels rinllammation de l'œil s'est
doppëfl o mee de la sensibilité (3).
Nous av<*ns \u dam Im exj de Samuel les trou-
bles trophiques survenir dans Tueil en consoqueno l'irritation farad ique de la cinquième paire; iiYst-il pas vraisemblable que, dans celles de Meissner et de Schiff, par suite de L'irritation phlegmaaupie développée dans le nerf en conséquence de la section partielle, (M les lésions de l'u il N surproduites? A l'appui de cette opinion je vous ferai remarquer que chez riiomme les tions incomplètes sont bien plus propres à dé vélo j dans les nerfs un processus d'irritation, que ne U- sont les sections complotes; cela a été reconnu depuis bien longtemps par les chirurgiens. Il est pornos de supj*
(l) S. Samuel. — Die trophucAr* JftrpRh Leiptig, 18*. p, il. — Ueber die nath dtr Dur$chnt%dun,j A uf* thr AanincheMt tintretendt Br*ahmng$t(rru*g . I feule et PfeuiW» ZeiUteli . xxxix, ftM04>— CtntrtlblaU |M7. p. 2GS — 6ûi. hrtMnnd ,, 1867, p. 634. (I) M. Schiff.— Hê+Vi ZtsUrk. xxxix, 217-221). — C<*tratHatt> 18*7, . htbdomad,, 1867, p. 634.
16 INFLUENCE DE L'IRRITATION DES NERFS
qu'il en est de même, du moins à un certain degré, chez les animaux (1).
Je rapprocherai immédiatement de ces faits plusieurs observations recueillies chez l'homme et sur lesquelles j'aurai à revenir par la suite : elles sont relatives encore au trijumeau. Elles montrent, comme les expériences qui précèdent, que les lésions irritatives de ce nerf, développées spontanément, peuvent, elles aussi, sans être suivies cTanesthésie, provoquer dans l'œil des désordres trophiques très-accentués.
Une femme de 57 ans, dont l'histoire a été rapportée par Bock (1), éprouvait, depuis un an environ, dans le côté droit de la face, des douleurs violentes qui, d'abord intermittentes, se montrèrent plus tard à peu près continues. Jamais la sensibilité de la face ne disparut complètement ; une légère pression était, à la vérité, imparfaitement sentie ; mais une pression un peu forte ramenait de vives douleurs. — La conjonctive de l'œil droit était injectée ; la cornée, dans sa partie la plus inférieure, présentait une ulcération hypertrophique d'une longueur de deux lignes environ ; elle était partout un peu opaque. Plus tard, l'ulcération gagna en profondeur ; l'opacité delà cornée s'accrut. Enfin survint une perforation qui donna issue à un liquide purifornie sous l'influence de la pression de l'œil. La mort
(1) Telle n'est pas l'interprétation proposée par Meissner, à propos de son expérience. Il suppose que les libres les plus internes du trijumeau, qui seules avaient été sectionnées dans son cas, ont une action particulière sur la nutrition de l'œil. Il se fonde sur ce que dans trois autres cas où le trijumeau avait été également sectionné d'une manière incomplète, mais où les fibres les plus internes du nerf avaient été respectées, les troubles trophiques ne se sont pas développés dansl' œil, bien que celui-ci, devenu insensible, n'eût pas été protégé contre les agents extérieurs. Nous croyons que les sections incomplètes devront être répétées un nombre considérable de fois avant qu'on puisse se prononcer définitivement sur la valeur de l'interprétation proposée par Meissner.
(2) Bock. — Ugeskrifl for Laeger, 1842, VII, p. 431. — Extrait dans Hannover's Jahrebesricht, Mullers Archiv. 1844. p. 47, et Schiffs Untersuchungen zur Physiologie des Nervensy stems mil Berûckskhtigung der Pathologie. Frankfurt am Main. 1855, pp. 63, 64.
INFLUENCE DE 1/lRRÏTÀTION DES ÎTCRFS.
arriva inopinément À l'autopsie, on trouva le ganglion de Gasser du côté droit» volumineux et trks-dur* Lus trois branches du trijumeau droit jusqu'à la sortie de l'os, étaient également très-épaisses.
Le cas suivant est emprunté à un mémoire de Friedreicli (1)- Un homme, Agé de 65 ans, fut frappé tout à coup d'une hémiplégie droite avec perte de la sensibilité du m< ; me côté. Quelques semaines avant cette attaque, il avait éprouvé dans le globe de l'œil gauche, ainsi que dans le côté gauche de la face, de légères douleurs laminantes ; ces douleurs s'exagérèrent rapidement et à un haut degré après l'attaque apoplectique. Dans le môme temps, la conjonctive de l'œil gauche s'injecta et il y eut exagération de la sécrétion des larmes ; un peu plus tard, la conjonctive se recoin rit (à et là d'un exsudât pseudo-membraneux pnri forme; la pupille gauche, bien que très-étroite, réagissait encore sous l'influence de la lumière. La sensibilité resta toujours normale dans tout le côté gauche delà face,
A l'autopsie, on rencontra à la surface du pédoncule belleux moyen un amas de petites tumeurs sarcomateuses formant dans leur ensemble une ruasse représentant environ le volume d'une noisette. La substan : raie
voisine, surtout auprès du cerrelet, était ramollie et trvs-inj» < f. <'.L<Mierf trijumeau gauche, à sa sortie de la base de l'encéphale, était rouge, un peu ramolli et aplati parla tumeur.
On pourrait aisément rapporter un bon nombre d<> faits analogues à ceux qui viennent d'être cités, mais ceux-ci suffiront pour le but que nous nous proposons actuellement (2).
(l) Frîedreicli,— Beitraege tut U\n von dt* ùesckitnhten intwrhalb dir SehaedtifioAle, Wnnh p. 15 et ScKitfs UntersuchHnge* t etc. p. 1ÛO.
(V Les faits de troubles de la nutrition de l'œil consécutifs aux lésions spontanées de la M pair**, chez l'homme, sont assez nombreux; moi? nous n'avons voulu mentionner que ceux dans lesquels il est bien éiabllque la sensibilité de la face n'a pas été atteinte : les deux cas qui suivent méritent cependant d'être signalés encore, bien qu'ils ne soient pas aussi explicites à cet égard que les faits de Bock et de Friedreich. Un homme vigoureux, ù la suite d'un coup reçu sur la tête, devint sujat à de violentes douleurs, fixées
Charcot, t, i, 3* éd. î