‹ Leçons sur les maladies du système nerveux v. 1, 1877Chapitre 53 sur 162 · IRRITATION DES NERFS VASO-MOTEURS · texte numérisé non relu

IRRITATION DES NERFS VASO-MOTEURS

lésion des centres nerveux peut se produire dans maintes circonstances, à la suite des lésions hémilatérales de la moelle épinière, par exemple (1), sur des parties du corps où l'innervation vaso-motrice n'est pas visiblement afF< et en dehors de tout symptôme révélant une dépression profonde de l'organisme.

Il y a lieu de rechercher maintenant, si l'irritation des nerfs vaso-moteurs peut rendre compte des phénomènes que n'explique pas la paralysie de ces mêmes nerfs. Prenons d'abord rirritation expérimentale. L'ischémie partielle, plus ou moins accentuée, tel est le résultat le plus saillant de cette irritation; elle peut être poussée assez loin pour qu'une piqûre pratiquée à la peau ne donne pas même une goutte de sang (2). Les parties dans lesquelles le spasme vasculaîre entrave ainsi la circulation, pâlissent et se refroidissent ; l'activité vitale sy amoindrit ; l'excitabilité des muscles, celle des nerfs, descendent au-dessous du taux normal (3)* On est naturellement porté à croire que des lésions nutritives profondes, accusées dans le sens de la nécrobiose ou du sphacèle, devraient nécessairement résulter de la prolongation d'un tel état. Mais il importe de remarquer qu'il s'agit là, ordinairement, d'un phénomène temporaire, persistant au plus pendant quelques heures. Car, par le fait même de la prolongation de l'irritation, l'activité du nerf semble s'épuiser et Thypérémie, en gém>ralj succède bientôt à l'anémie (4), Toutefois en reproduisant, à de courts intervalles, l'irritation des nerfs vaso-moteurs, on peut réussir à faire prédominer pendant un certain temps l'état d'ischémie. Je ne crois pas cependant que par ce procédé, on soit parvenu jamais à produire expérimentalement une lésion trophique quelconque. M. O.Weber

fî) 3 e L«rçoii, p, UM,

h) Browiî-Séqiiard* — Cûurie of lectures, etc., p. 147, Philadelphie.

(a) Brown-Séquard, ht. nV,, p. 142.

(4) WaUer* — Proc. JSoy, Sue*. Londou, vol. II, 1860-72, p. 89 et seq.

ISCHÉMIE CONSÉCUTIVE. — NERFS DILATATEURS, 141

qui, à l'aide d'un appareil ingénieux, dit avoir obtenu, pendant près d'une semaine, une irritation du grand sympathique cervical, pour ainsi dire permanente et marquée par un abaissement, de 2° C« t n'a pas vu survenir dans le côté correspondant de la face, la moindre trace d'un trouble de nutrition (1). Les faits relatifs à la pathologie humaine témoignent dans le même sens. Ainsi, il n'est pas rare de rencontrer dans certains cas tfangioneuroscs, chez les hystériques par exemple, une ischémie partielle très-prononcée et très-persistante ; les troubles trophiques ne se montrent cependant jamais en pareil cas ( 4 2). Quant aux faits de gangrène spontanée qui ont été rattachés a un spasme vasculaire, ils n'auraient pas, si j'en juge -d'après mes observations, la signification qui leur a été prêtée, car, dans tous les cas de ce genre qu'il ma été donné de rencontrer, j'ai trouvé le calibre des vaisseaux rétréci par le fait d'une altération des parois artérielles ou obstrué par un thrombus (3).

D'après tout ce qui précède, ce n f est pas, vous le voyez, à une affection, soit paralytique, soit irritative des nerfs vaso-moteurs proprement dits qu'il faudrait rapporter l'apparition des troubles trophiques qui surviennent en conséquence de lésions du système nerveux.

L'expérimentation physiologique, dans ces dernières années, a fait connaître l'existence de filets nerveux centrifuges dont l'irritation a pour effet de produire la dilatation des vaisseaux et conséquemment l'hypérémîe de la région dans laquelle ces nerfs se distribuent. Tandis que l'irritation des nerfs vaso-moteurs ordinaires produit l'ischémie, celle des nerfs dilatateurs détermine au contraire une hypérémie plus ou moins vive,

La corde du tympan peut être considérée, à l'heure qu'il

(1) O. Weber. — Centrathlati, q° 10, 1864, p. 147.

(2) Liégeois, — Sortit? dt Biolûpe, aimée t8M>, p. 274, — Charcot, in Motfimtnt médical, n M 25 et 26, l r * série; n° 1, nouv. série, 1872.

(j) Voir la thèse de M. Henni. — Rechercha sur quelque* point* de U £*«•• frin* spontanée. Paria, 1807, obs. V, XI, XXII.

.14* XTOS SÉCmÉTEUBS.

est, comme le. prototype des nerfs dilatateurs. Hais des nerfs doués de propriétés semblables existent à la &ce (1), dans le pénis (2), dans l'abdomen (3>. 11 en existe vraisemblablement encore sur bien d'autres points du corps.

On est loin d'être fixé relativement au mode d'action de ces nerfs. Voici comment, dans l'hypothèse adoptée par M. Cl. Bernard, il faut expliquer l'afflux du sang artériel, si remarquable, qui se fait dans la glande sous-maxillaire, sous l'influence de la corde du tympan. Suivant l'éminemt physiologiste, l'irritation de ce nerf se transmettrait aux petits amas ganglionnaires qui sont distribués en grand nombre sur les extrémités nerveuses intra-glandulaires. Ceux-ci réagiraient à leur tour par une sorte d*f*fer/$rence nerveuse (4) sur les filets nerveux du grand sympathique, nerf constricteur des vaisseaux, dont ils paralyseraient l'action. Ainsi, la corde du tympan, et il faudrait, sans doute, en dire autant de tous les autres nerfs dilata» teurs, jouerait, à l'égard des nerfs vaso-moteurs, à peu près le rôle d'un nerf d'arrêt. Par conséquent, vous le voyez, le résultat de l'action des nerfs dilatateurs, ne serait, en définitive, d'après la théorie, que la paralysie vaso-motrice. Or, s'il est vrai que la paralysie vaso-motrice, alors même qu'elle est poussée très-loin, comme cela a lieu par exemple dans le cas de la section complète des nerfs vasomoteurs, n est pas la cause des troubles trophiques, il ne saurait évidemment en être autrement de cette môme paralysie produite sous l'influence de l'excitation des dilatateurs. Mais, ainsi que vous allez le reconnaître plus loin, Messieurs, le mode d'action des nerfs dilatateurs peut être envisagé à un point de vue tout différent.

(1) Claude Bernard. — Revue scientifique, t. II, 2 e série, 1872. — Schiff. — Digestion , t. I, p. 252.

(2) Nerfs électeurs de Eckhard : B titrage zur Anat. undPkys. t l. II. — L<jven f Bericht der Sachs. Ges., 1866.

(3; Cl. Bernard, loc. cit.

4) Cl. Bernard, loc. cit. p. 204.

RECHERCHES DK LUIV.YIG.

Je vous rappellerai les expériences fondamentales de Ludwig relatives à rinfluence de certains nerfs sur il SA iitten à% la glande sous-maxillaire (1) ; maigre les critiques qui ont été faites des conclusions que iologiste célèbre a tirées de ses expériences» ces conclu ne paraissent pas avoir été ébranlées. Je vous demande la permission d'entrer à ce propos dans quelque* détails: cela est tout à fait nécessaire pour le but que nous nous proposons.

Lorsque Ton irrite le bout périphérique du nerf qui se rend à la glande sous-maxillaire, nerf fourni, on le sait aujourd'hui, par la corde du tympan, on observe les phénomènes suivants : il se produit um- sécrétion de

-abondante; la quantité peut en être m grande que. dans un court espace de temps, le volume de la salive rendue dépasse de beaucoup celui de 1 B, Ce premier

fait démontre qu'il ne s'agit pas ici, tout simplement, d'un phénunitni' d'excrétion, d'expulsion de la salive préalablement sécrétée*

D'après les vues de Stiliing et de Henle, dominantes à Ludwig a fait connaître ses premières recherches, on pouvait être tenté d expliquer le phénomène sur lequel j'appelle votre attention, en admettant que le ihtÏ glandulaire arrêté agit sur les veines de la glande et les fait se contracter. L'augmentation de la tension du sang consécutive à la contraction veineuse, serait, dans hypothèse, la cause de l'accn Moment de la sécrétion salivaire. Mais Ludwig a montré que la ligature des vrines, sans irritation concomitante du nerf glandulaire n'augmente pas la sécrétion de la salive. Cette seconde hypothèse doit donc être éliminée, «die aussi.

(!) Ludwig, — Mtitk. dtr lëneh Naturforêch. 1851. — ZtitHhr, f. rat. mëd, n., T, Bd, I, p. 255. — Wiener med. Wochétuchr. 1860. X. u° 28, pp. 483. Voir aussi les travaux publiés pur Ludwig on collaboration avec Bêcher, Rabu, Gianuizi,

RECHERCHES DE LUDWHK

Mais peut-être l'irritation du nerf glandulaire qui a, vous le savez, pour effet d'amener la dilatation des artères, détermine-t-eile la sécrétion, par ce seul fait qu'elle exagère momentanément dans la glande l'afflux du sang arténol. Cet argument est invalidé par le résultat d'une expérience de Ludwig, laquelle montre que, pendant l'irritation du nerf, la pression manométrique dans le canal de Wharton est supérieure à la pression du sang dans les conduits artériels. D'ailleurs, l'hypersécrétion salivaire par irritation de la corde du tympan se manifeste encore après la ligature des artères qui se rendent à la glande, sur un animal tué d'héniorrhagie ou même sur une tète détachée du corps. Ajoutons enfin ce fait très-remarquable que la salive et le sang veineux qui sortent de la glande sous-maxillaire, dans le temps où le nerf glandulaire est soumis aux excitations, présentent, comme l'ont montré MM. Ludwiget Spiess(l), une température plus élevée que le sang artériel entrant dans la glande (2).

D'âpràl l'ensemble de c^s résultats, il paraît évident que l'influence du système nerveux sur la sécrétion sousmaxillaire in* peut être expliquée par de simples phénomènes de dilatation ou de constriction des vaisseaux, et Ton est amené i reconnaître que le nerf glandulaire possède une double propriété puisqu'on outre de son influence sur les vaisseaux dont il détermine la dilatation, il exerce une action immédiate sur les parties de la glande qui accomplissent le phénomène chimique de la sécrétion, ou, autrement dit, sur les cellules sécrétantes. Cette influence du nerf sur la sécrétion semble être d'ailleurs le fait fondamental, car elle se manifeste, en conséquence des excitations, alors même que les effets de la dilatation vasculaire

(1) Ludwig nod Spiess, — Sittungtbtr. d. y. ok. Milh. CL, 1857. B. d. XXV, p. 584,

(2) Voir à ce propos une leçon de M. Vutpian, publiée dans la Jfoeu* det court tciêntifiqvwi. V aimée 1 865-1 8W, p. 741.

THÉORIE DE l/ATTRÀCTION.

concomitante se trouvent annihiles. Comme, d'un autre Mé| i! ne paraît pas qu'on puisse, expérimentalement, supner isolément l'action secrétaire, l'action dilatatrice permt seule (1), il est permis de supposer que celle-ci dérive celle-là, à titre de conséquence plus ou moins directe. Il y avait donc lieu de rechercher quoi peut être le lien gui rattache à l'excitation des éléments sécréteurs détermipar l'excitation du nerf, LTiyp értn ite qui suit cette excitation. Plusieurs physiologistes ont pensé qu'il s'agit ici d'une attraction que 1rs éléments sécréteurs de la glande terreraient sur le san^; te de sorte qu'a la force connue îsqoVi ce jour comme aidant le retour du sang en circulaion vers le cœur et que Ton nosu&e ris à tergo, il fondrait ajouter une nouvelle force rétractive en eorrëlattoo avec la mtrition Intime des éléments, force que plusieurs auteurs 3nt appelé r Is à fronie {%).■» Est-ce IA une conception purement théorique, sans appui expérimental, et destinée seulement î\ masquer notre ignorance? Il n'en est rien; car les travaux de IL Weber, Schiller, Lister, etc. (3), renferment de nombreux faits expérimentaux propres a mettre en lumière cette attraction gueles tissus peuvent exercer, dans de certaines conditions, sur le sang en circulation- Je citerai deux faits de ce genre pris pour exemples, et dans lesquels le phénomène peut être étudié en dehors «le toute intervention du système nerveux. Je les emprunte à une

(t) Par des expériences toutes récentes, M. Heidenhain serait arrivé cependant à démontrer que» dons la corde du tympan, des fibres nerveuses différentes sont affectées à la sécrétion et à la circulation de k glande sousmaxillalre. Il aurait vu chez des chiens curâmes, après f injection dans ta veine jugulaire, d* une dose d'atropine capable de paralyser complètement lo filet cardiaque du nerf vague» que l'excitation de la corde du tympan ne déterminerait plus la moindre sécrétion. Néanmoins, il y avait une accélération du courant veineux sanguin, laquelle ne différait pas notablement de lération déterminée par l'irritation de la corde, avant l'empoisonnement. [Archive* d* physiologie , 4 juillet 1071,]

(2) Vulpian. — Rtvuâ des cours ident V/fyiwa, t. III, p. 744.

(3) Voir O. Weber. — Handbuch der Chirurgie, t. I, p. lit.

Charcot, t. i., 3* éd, 10

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