‹ Leçons sur les maladies du système nerveux v. 1, 1877Chapitre 84 sur 162 · CAUSE D ERREURS DE DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

CAUSE D ERREURS DE DIAGNOSTIC

tingué de Leipzig, après avoir rapporté un exemple trèflh

intéressant, du reste, de sclérose cérébro-spinale, mais où le tremblement paraît avoir fait défaut, ainsi que cela se voit quelquefois, semble insinuer que M. Ordensteïn s'est créé à plaisir des difficultés qui n'existent pas en réalité, pour se donner la facile satisfaction de les surmonter. Selon lui, il n'y aurait aucune analogie entre les deux maladies. M. Baerwinkel aura sans doute oublié que dans le CanstatVs Jahreshericht, il adonné, il y a une dizaine d'années, l'analyse d'un cas otoerfë à la clinique de Skoda, cas dans lequel le diagnostic Paralysie agiianie avait été porté pendant la vie et que, à l'autopsie, on trouva des plaques de sclérose disséminées dans toutes les parties de l'axe cérébro-spinal. L'observation parait avoir été recueillie avec une grande fidélité : il y est dit, et c'est là un point qui mérite bien d'être relevé, que le tremblement, contrairement à ce qui a lieu dans la paralysie agitante ordinaire, ne se montrait que lors des mouvements volontaires pour cesser à l'état de repos (1).

M. Baerwinkel n'est pas non plus sans avoir pris connaissance du fait relaté par M, Zenker dans le journal de Ilenle : ce fut encore l'autopsie qui révéla dans ce cas l'existence de la sclérose multiloculaire (2). Pendant la vie, le professeur Hasse avait établi le diagnostic : paralysie agitante et néanmoins on insiste, dans la description symptomatologique, sur la nature du tremblement qui ne se produisait que sous l'influence des émotions ou à l'occasion d< H mouvements volontai:

Ces exemples suffisent, Je pense, pour vous montrer que, malgré 1 opinion de M, Baerwinkel, la confusion est possible puisqu'elle a été faite par des cliniciens dont l'habileté est au-dessus de toute discussion.

i) 99m, md* ffaflt, III, 13* 1862.

2) Zenker. — ZtiUthrift fih* médit. Buxè t III, Reilie, i»G5, p. 228.

DU TMMBLHŒNT. 3*5

Cela posé, je sois le premier à reconnaître que les masques divers pris par la sclérose en plaques sont dés masques grossiers et qu'aujourd'hui, alors que des travaux récents (l)ontéclairé le diagnostic, il n'est guère permis de s'y laisser prendre. Mais il est temps, Messieurs, de vous mettre à même de distinguer les caractères à l'aide desquels on peut séparer la sclérose en plaques cérébro-spinale des maladies qui s'en rapprochent à des degrés variables.

Vous n'ignores pas, Messieurs, ce que valent ces symptomatologies faites à grand renfort d'éloquence, loin du lit des malades. Elles ne parviennent guère, quoi qu'on fasse, qu'à fldre naître des images sans relief et qui ne laissent, en général, dans l'esprit de l'auditeur, qu'une empreinte vague et passagère.

Afin d'éviter autant que possible de tomber dans le vice que je viens de signaler, je vais procéder devant vous à l'examen méthodique d'une malade qui offre réunis, dans leur plus parfait développement, tous les symptômes de la sclérose en plaques cérébro-spinale.

Mademoiselle V..., âgée de 31 ans, est atteinte depuis huit ans environ de l'affection qui fait l'objet de la présente étude. Admise à la Salpétrière il y a trois ans, elle m'a été léguée, par M. Vulpian, lorsqu'il a quitté cet hospice, et il m'a remis en môme temps à son sujet, une observation trèsdétaillée et des plus précieuses. Le début, disons-nous, remonte à huit années, c'est donc là un cas déjà ancien. Je vous parlerai tout à l'heure des différentes péripéties qui ont

(1) Bourneville et L. Guérard. — De la sclérose en plaques disséminées, Paris, 1809. — Bourneville. — Nouvelle étude sur quelques points de la sclérose en plaques disséminées, Paris, 1809.

Charcot, t. i, 3« éd. 15

2*6 DtJ TREMBLEMENT.

signala lès phases antérieures de révolution il*- mes.

Pour le moment, f& veux me borner à l'analyse des pli mènes do ] état actuel.

l'u symptôme qui vous a sans doute tous frappas ili>s le premier abord, lorsque votttl avez vu la malade en1 soutenue pàf un aide, c'est sans conteste le tremblement Aythari^iie 6 i û dflttt ÈàtM membres «Paient,

pendant la mardi*-, viob-mmeut

Vous avez constaté également que, lorsque la malade fut assise sur une chaise, le tremblement a disparu aussitôt d'usé manière complète dans les membres supérieur inférieurs, mail es partie seulement à la tête et au tronc. J'insiste but ce defnier point en roua faisant remarquer que la nouvelle attitude prise par la malade est loin d'équivaloir pour les muscles du tronc et du cou, à un repus absolu* D'ailleurs, il faut tenir compte de 1 émotion qui joue ici iûOOD tablement un certain rûlô, J aurai l'occasion de vous préi: mademoiselle V... au lit, et abandonnée à un repos complet cette fois ; vous pourrez vous assurer alors de Vêb* semé de toute trace de tremblement dans les diverses par* i oorpSd Pour dire reparaître L'agitation rhythmi-

qmMlans tout le enrps. il va sulïire dViijja^'er la malade à

bo lever de son siège. Pour la faire reparaître seulein d'une manière partielle, dans un dm membres leurs

par a&emple, Je vais la prier de porter à sa bouche unv< ptrëalaUaiBint rempli d'eau, unç cuiller, etc. Voua pouvez twxwmaltrs qnêjàangcea divers actes prescrits par la volonté* le tremblement est d'autant [dus prononcé que le ment exéOQté i plut d'étendue. Ainsi, quand la malade veut porter à sa bouche b* verre rempli d'eau, l'agitation rhythmiqu uni et de L'avant bras est d'abord, au moment

de ta préhension du vase, à peine accusée; mais elli

progressivement A mesure qui s celui-ci s'approche lôvn iu point rpT;i l'instant où lebut va être atteint,

letdenlfl Sont, comme ►/, eh<Hpn violonre

par les paroia du verre et W liquide projeté ao loin.

DtJ TREMBLEMENT. 227

grand àVsordrene se mantfèÈte, jele répète, que dafts le cas de mouvements d'une certaine amplitude. S'il s'agît de petits ouvrages, de coudre, d'effller du linge, les oscillations sont au contraire presque nulle*. Il y a quelque temps la malade pouvait écrire encore assez distinctement ; les caractères étaient tremblés, il est vrai, mais du reste parfaitement lisibles (1).

En résumé, le tremblement dont il s*agit, ne se manifeste qit à l'occasion des mouvements intentionnels d'une certaine étendue; il cesse d'exister loi'SQtte les muscles sont abandonnés à un repos complet. Tel est, Messieurs, le phénomène que j'ai été conduit à considérer comme un des caractères cliniques les plus importants de la sclérose en plaques cérébro-spinale. Certes, je ne prétends pas qu'il s'agisse là d'un symptôme patbognomonique : je n'ignore pas, en effet, qu'un tremblement, se présentant avec des caractères â peu près semblables, s'observe quelquefois

(l) Nous reproduisons ci-après deux spécimens de l'écriture d'une malade, nommée Leru. . ., qui a succombé, dans le service de M. Charcot, à la sclérose en plaques. Cette femme est entrée à la Salpétrière, le 24 septembre 1804. En mai 1865, M. Charcot recueillit le fragment suivant de son écriture. (Fiff. 43).

Fig. 1 3.

A partir du mois de Juin, Leru. . . fut mise in traitement par le nitrate d'argent (d'abord 2 milligrammes, puis 4). Sous l'influence de cette médication, le tremblement diminua d'une manière notable, ainsi que Ton peut

ÎU DU TUMBUEMKNT.

dans des affections autres que la sclérose en plaques ; par exemple dans l'intoxication mercurielle, dans la méningite chronique cervicale avec sclérose de la couche corticale do la moelle, dans la sclérose primitive ou consécutive des cordons latéraux, etc. Ce n'est pas, nous le verrons, un symptôme constant. Mais ce que je tiens, dès à présent, à faire ressortir, c'est que, dans la sclérose en plaques, loraqu'aucùhe complication n'est intervenue, le tremblement, si peu qu'il existe, se présente toujours avec les caractères que je lui ai assignés. En somme, c'est là un symptôme qui, à lui seul, permettrait déjà de séparer cliniquement la sclérose multiloculaire des centres nerveux de quelques affections qui s'en rapprochent assez pour que la confusion soit

en juger d'après la /f/iwii/*. Notons que, en mai 1 M, la malade éfeit tta-

Fig. U.

fatiguée après avoir écrit les trois lignes dont nous donnons le fac-similé, tandis que, en octobre, elle était capable d'écrire facilement une dizaine de lignes. Nous avons choisi une partie de la première ligne et de la dernière. D'après les spécimens que nous possédons, il est assez difficile de se former une opinion sur les caractères de récriture des malades atteints de sclérose en plaques. Le plus souvent, d'ailleurs, nous avons observé les malades à une époque avancée de leur affection : alors, il est à peu près impossible d'obtenir autre chose qu'un griffonnage sans signification, d'autant plus que Ton n'a pas de termes de comparaison. (B.)

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