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DES INFLAMMATIONS DE LA CHOROÏDE OU CHOROÏDITES

Après cet exposé des notions anatomiques et physiologiques qui ont trait à la choroïde, nous arrivons à l'étude des inflammations de cette membrane. Nous commencerons par l'irido-choroïdite ou cyclite. En effet, les relations étroites qui existent entre l'iris et la portion ciliaire de la choroïde expliquent comment la phlegmasie peut atteindre à la fois ces deux parties de la membrane vasculaire de l'œil. De plus, cette étude nous servira de transition entre la description de l'iritis et celle des choroïdites proprement dites.

De l'irido-choroïdite ou cyclite.

La cyclite peut se montrer comme suite de l'iritis, ou bien s'attaquer primilivement à la partie antérieure de la choroïde et au corps ciliaire, et ne s'étendre que secondairement à l'iris. Dans le premier cas, ce sont les symptômes de l'iritis qui dominent, tandis que si la maladie débute par la choroïde, l'inflammation de l'iris n'y intervient que pour une petite part, et comme lésion consécutive.

Quel qu'en soit le point de départ, l'irido-choroïdite peut revêtir trois formes différentes : plastique, séreuse et parmichymaleuse ou suppurativc.

1° Irido-choroïditc plastique.

c8 CINQUIÈME LEÇON.

Au début, celle affection se caractérise par une injection périkératique assez vive, par une augmentation de profondeur de la chambre antérieure, par des douleurs ciliaires avec exaccrbations diurnes ou nocturnes, par la sensibilité de l'œil au toucher, surtout au niveau de la zone ciliaire (de Greefe). Plus tard, on voit apparaître un trouble filamenteux du corps vitré, et des exsudais plastiques dans le champ jfopillaire. Quand l'inflammation est vive, on peut voir se former un hypopyon, souvent il apparaît brusquement, et se résorbe aussi vite. Il n'est pas rare non plus d'observer des opacités cristalliniennes dues en partie à des exsudât?, en partie à une lésion de nutrition de l'organe. La consistance du globe oculaire se montre d'abord augmentée; mais peu à peu celte dureté fait place à un ramollissement qui devient

parfois excessif.

Nous n'avons pas à revenir, à propos de la cyclite, sur les symptômes de l'irilis qui l'accompagne, les ayant suffisamment décrits en parlant de cette dernière maladie. Ajoutons comme dernier signe la diminution de l'acuité et le rétrécissement du champ visuel avec ou sans scotomes.

9° Irido-choroïdite séreuse.

L'injection épisclérale est ici moins prononcée que dans la forme précédente; ce qui domine, ce sont les symptômes de l'iritis séreuse ou aquo-capsulite, combinés à ceux du glaucome subaigu. La face profonde de la cornée est le siège d'un fin piqueté produit par des dépôts plastiques, la chambre antérieure augmente de profondeur, l'œil devient dur, l'iris perd beaucoup de sa mobilité. Le pouvoir visuel est affaibli; on peut voir à cet égard se produire des fluctuations nombreuses en bien et en mal dans l'espace d'une même

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journée, ainsi que cela est noté dans une observation de Sehiess-Gerauseus (1). Ce fait trouve son explication dans les variations qui surviennent dans la pression intra-oculaire.

Les terminaisons sont variables. Cette forme peut aboutir à Firidochoroïdite suppurative, ou bien elle passe à l'état ebroniquc et conduit par degrés à l'bydropbtbalmie avec amincissement de la sclérotique et staphylome ciliaire; alors la papille s'excave, l'ceil devient mou, et l'acuité visuelle est presque nulle.

3° Jrido-choroïdite parenchymateuse.

Lorsqu'elle ne commence pas par une iritis, cette forme peut se caractériser au début par une injection périkératique et par un chémosis léger. L'iris peut même demeurer normal jusqu'à ce qu'apparaisse un hypopyon qui peut se résorber et se reproduire à plusieurs reprises; enfin les signes d'iritis s'accentuent de plus en plus, la pupille devient trouble, le corps vitré se charge d'exsudats floconneux.

Causes. — Au nombre des causes de la cyclite il faut citer en première ligne l'existence des synéchies irido-capsulaires anciennes. Des synéchies antérieures, des enclavements de 1 iris dans une plaie cornéale accidentelle ou chirurgicale peuvent produire à la longue le même résultat. Une cause non moins fréquente de cyclite réside dans un traumatisme avec présence de corps étrangers dans l'œil, tels que des grains de plomb, de poudre, des fragments de capsule, des copeaux de fer, etc.

Ces petits corps peuvent être longtemps tolérés sans ac-

0) Schiess-Gemuseus, Klinische Monatsblatler fur Augenheilkunde, 1870, r». 91.1

cident; puis, tout à coup, au bout de plusieurs mois ou même de plusieurs années, ils révèlent leur présence par l'explosion des symptômes graves d'une irido-cyclite. 11 faut citer encore parmi les corps étrangers un cristallin luxé ou blessé par traumatisme, un cristallin récliné par l'aiguille à cataracte, et venant se mettre en contact avec les procès ciliaires. Le cysticerque de l'œil et d'autres néoplasmes de la couronne ciliaire peuvent provoquer les mêmes accidents.

En règle générale, lorsqu'à la suite d'une blessure, le globe oculaire reste longtemps injecté, lorsqu'il est le siège de douleurs ciliaires violentes et répétées, s'exngérant par la pression, en même temps que la tension intra-oculaire reste exagérée, et que le bulbe diminue de volume, il faut songer à la présence possible d'un corps étranger.

Les blessures et les contusions même légères de la région ciliaire de la choroïde peuvent être suivies du développement d'une cyclite, surtout chez les individus prédisposés. Les perforations de la cornée, soit par traumatisme, soit à la suite d'ophthalmies purulentes ou phlycténulaires, donneront aussi parfois naissance aux formes plastique et suppura tive de la maladie.

Des causes générales, telles que la syphilis, la scrofule, l'arthritisme peuvent provoquer le développement de l'iridochoroïdite plastique ou séreuse. Chose digne de remarque, cette affection se montre assez fréquemment chez les femmes à l'époque de la ménopause. L'hérédité parait jouer aussi un certain rôle dans l'étiologie. Enfin, d'après Hasner, les yeux fortement pigmentés seraient plus exposés que les autres.

Anatomie pathologique. — L'anatomie pathologique de la cyclite a été faite sur des yeux énucléés, c'est-à-dire à une

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époque avancée de la maladie. C'est ce qui explique la complexité des lésions signalées par les auteurs. Schweigger (1) a trouvé dans le cercle ciliaire des globules purulents. 11. .Millier (2) insiste sur la présence de masses néoplasiques réticulées dans la choroïde, avec des excroissances verruqueuses de la lame élastique de celte membrane. La choroïde a été trouvée décollée, couverte de plaques hémorrhagiques et privée par places de son pigment. La rétine peut être également décollée et, dans ces cas, l'on voit parfois un liquide séreux, chargé de globules de sang, de globules de pus et même de paillettes de cholestérine, interposé entre cette membrane et la choroïde ou bien entre la choroïde et la sclérotique (Galezowski) (3). Sur un œil atteint d'hydrophthalmie, Schiess-Gemuseus a rencontré des exsudats plastiques membrani formes et des globules de pus dans loute l'étendue du corps ciliaire.

Dans un cas d'irido-choroïdite consécutive à une plaie du corps ciliaire avec inflammation sympathique de l'autre œil, Czcrny (4) insiste sur la production d'adhérences entre la choroïde et la rétine. L'auteur a vu dans ce point un réseau vasculaire de nouvelle formation, faisant communiquer les vaisseaux de la choroïde avec ceux de la rétine. Ces adhérences pourraient rendre compte de la non-production d'un décollement rétinien dans certains cas de choroidite purulente généralisée.

Bolling Pope (5), en disséquant un œil atteint d'irido-

(i) Sehweîgjer, Archiv fur Ophlhalmolonie, t. VI n 115 «t or,7 - H. Miïllcr, ibid., t. IV, p. 377.

^3) Galezowski, Traité des maladies des yeux, 2" édition, p. 74S. Paris,

r LÎT?' Der!Ch,1 m'' dk Au(J^nik der Wiener Universilàt, 1867 (SJ Bolling Pope, Ophthalmic Ifospital Reports, 1864, p. 68.

n CINQUIÈME LEÇON.

choroïdite syphilitique, a trouvé la chambre antérieure effacée, l'iris adhérent à la cornée, le muscle ciliaire aplati, contenant de grandes cellules embryoplastiques; enfin, entre la choroïde décollée et la sclérotique, il y avait des leucocytes et des amas de petites cellules ovales finement granuleuses, interposées à un grand nombre de fibres entre -croisées en tous sens.

FlG. i. — Irido-cyclite traumatique. — Réticulum lymphoïde siégeant entre la choroïde et la sclérotique.

Nous-même,dansuncas d'irido-cyclite traumatique (fig. 4), terminé par une choroïdite suppurée, nous avons trouvé entre la choroïde et la sclérotique une couche épaisse d'un réseau comme lymphoïde, tout à fait analogue au tissu dans lequel s'était transformé le corps vitré tout entier. En certains points de l'épaisseur de la choroïde, ce tissu réticulé était entremêlé aux éléments pigmentaires du stroma choroïdien.

Diagnostic. — Lorsque la cyclite succède à l'iritis, le diagnostic se fonde sur la durée beaucoup plus longue de la maladie, sur la répétition des attaques, sur la production de synéchies postérieures nombreuses et étendues, qui finissent par obstruer la pupille. On s'appuie également sur le refoulement de l'iris en avant avec production de bosselures; enfin et surtout, sur les altérations de nutrition du bulbe, caractérisées par sa dureté ou sa mollesse plus grande, par

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la diminution ou, plus rarement, par l'augmentation de son volume.

Dans les cas où la cyclite est primitive, l'injection périkt'ratique, les douleurs ciliaires vives, exaspérées par des pressions au pourtour de la cornée, l'augmentation de volume de l'humeur aqueuse, l'exagération de la tension intràoculaire, le trouble filamenteux du corps vitré, la réduction de Pacuïté visuelle, sont autant de signes qui permettront d'établir le diagnostic. D'ailleurs les symptômes de l'iritis, synéchies postérieures, exsudats plastiques ou purulents, ne tardent, pas à se montrer et à compléter le tableau de la maladie.

Seul le glaucome aigu pourrait au premier abord en imposer pour une cyclite. Mais la dilatation avec immobilité de la pupille propre à cette affection, l'absence de toute synécbie irienne, et les signes fournis par l'opbtbalmoscope (excavation glaucomateuse de la papille) permettront de distinguer nettement ces deux'affections.

.1. Samelsohn (1) a cherché à séparer de la forme ordinaire de la cyclite une variété particulière qu'il considère comme non inflammatoire, et qu'il rattache à un trouble vase-paralytique du corps ciliaire. Il appuie son opinion sur l'absence de toute altération apparente de l'iris, de la pupille et des milieux transparents de l'œil. L'existence d'une injection péri-kératique profonde, d'une photophobie intense, cl de douleurs ciliaires intolérables caractériserait seule la lésion. Tous les moyens antiphlogistiques, les narcotiques, le sulfalede quinine, ont échoué entre les mains de l'auteur; ce

(\) 3. Samelsohn, Ueber vasomotorische Stôrungen des Auges (Ctjclilis vasomotoria). (Archiv fur Oplithalmologie, Bd. XXI, p. 20-99, année 1875.)

n'est qu'au bout de plusieurs jours que la maladie a cédé spontanément, en même temps qu'apparaissait une éruption herpétique sur la face et sur le cuir chevelu.

Pronostic. — Dans les formes plastiques, parenchymateuses et suppuratives, le pronostic est plus grave que dans la forme séreuse. Toutes choses égales d'ailleurs, l'iridocyclite traumalique, qui succède à une blessure de l'œil, ou à l'opération de la cataracte par extraction, est de beaucoup la plus grave, et se termine par la choroïdile suppura tive (panophthalmie).

Dans l'irido-choroïdite purulente, qui complique souvent la méningite cérébro-spinale épidémique, l'œil ne farde pas à se perdre par suite de la suppuration qui s'étend à toute la choroïde. On trouve alors une prolifération énorme des cellules du corps vitré, et un épanchement séro-sanguinolcnt d'abord, puis purulent, entre la rétine décollée et la choroïde.

Plus la maladie dure, plus l'œil se trouve réduit dans son volume et plus le pronostic devient grave.

Traitement. — Quant au traitement, il est le même pour l'irido-choroïdite plastique que pour l'iritis plastique. En cas de synéchies multiples et qui résistent à l'action de l'atropine, il faut, sans perdre de temps, pratiquer une large iridectomie, qu'on devra renouveler si la première était insuffisante. Si la maladie est déjà ancienne, s'il y a une occlusion complète de la pupille avec atrophie commençante du globe, les adhérences sont souvent trop étendues et trop résistantes pour céder à la traction de la pince. En supposant même qu'en pareil cas l'on parvienne à détacher et à exciser un petit lambeau d'iris, on rencontre un

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cristallin opaque, recouvcrl découches pigmentaires et néoplastiques nombreuses. Et quand bien môme le cristallin aurait conservé sa transparence, il est à craindre que des tractions aussi violentes exercées sur les synechies iridocapsulaires ne déterminent une rupture de la cristalloïde antérieure, et, par suite, une cataracte traumatique.

La situation, comme on le voit, est pleine de dangers, pour en triompher, de Grcefe (1), le premier, a proposé de pratiquer en même temps que l'iridectomie, l'extraction du cristallin et des néo-membranes qui en tapissent la surface.

Les adhérences solides de l'iris à la capsule, et le peu de profondeur de la chambre antérieure peuvent créer dans ces cas de grandes difficultés opératoires. Aussi de Grœfe conseille-t-il, imitant en cela la pratique de Wenzel pour les cataractes adhérentes, de traverser en même temps l'iris et la cornée. Grâce à ce procédé, on peut ensuite, à l'aide de pinces dont une branche est portée en avant et l'autre en arrière de l'iris, attirer au dehors un lambeau suffisant de cette membrane, et l'exciser. Sinon, l'excision se pratique à l'aide de deux incisions obliques faites avec des ciseaux fins (ceux de Critchett, de Mac Dowel ou de Liebreicht), introduits clans l'oeil; on procède ensuite à l'extraction du cristallin.

En général, les suites de l'opération sont peu graves, surtout si l'on a eu le soin d'attendre pour opérer que tout signe d'inflammation aiguë fût dissipé. Malheureusement le résultat final est rarement bien satisfaisant, par suite de la difficulté qu'on éprouve à débarrasser complètement l'œil des masses corticales molles du cristallin, et des exsudais

I; Von Gr,-efe, Archiv fur Ophthalmolorjie, t. VI, p. 97.

plastiques qui souvent encombrent la brèche faite à l'iris. De nouvelles opérations complémentaires peuvent alors devenir nécessaires, mais sans permettre encore d'espérer un heureux succès. On le voit, en présence de résultats aussi peu encourageants, une grande réserve est imposée aux. chirurgiens.

Au début de la cyclite, surtout lorsqu'elle revêt la forme séreuse, si la tension intra-oculaire est augmentée, si l'on ne parvient pas à l'aide des moyens ordinaires à calmer les violentes souffrances du malade, on se tiouverabien de la paracentèse de l'œil préconisée par Spérino. C'est ainsijque, dans deux cas, Junge (1) dit avoir réussi, à l'aide de paracentèses répétées, à arrêter les progrès de l'irido-choroïdite, et même à améliorer la fonction visuelle. — Rosmini (2), de son côté, a eu recours à la paracentèse dans deux cas de cyclite aiguë non spécifique, sans complication d'iritis. La photophobie, les douleurs, la photopsie et l'œdème des paupières allaient en augmentant; déjà le malade n'apercevait plus que vaguement les ombres des objets, quand l'opération fut pratiquée. Le succès fut complet; après une vingtaine d'évacuations de l'humeur aqueuse, la pression intra-oculaire notablement augmentée, était revenue à son état normal.

Comme il restait encore une infiltration de la cornée et un peu d'hypopyon, l'auteur fit à la tempe une injection de calomel; il se forma en ce point un abcès qu'on ouvrit au bout de dix jours. Bref, vingt-cinq jours après le début du mal, la guérison était complète, et l'acuité visuelle était redevenue normale.

(1) Junge, Klinische Monalsblàtter fur Augenheillcuncle, 1868.

(2) Hosmini, Annali di oftalmohgia, 1872.

IIUDO-CHOKOÏDITE OU CYCLITE. 77

Dans Pirido-ehoroïdite purulente, dont Jes suites sont généralement graves, le traitement doit être très-actif; on l'appliquera dès le début, et l'on en variera la forme suivant les cas.

Lorsque la cause du mal réside dans une blessure de l'œil avec enclavement de l'iris, il faut pratiquer l'excision de la partie de l'iris herniée, qui presque toujours résiste aux divers moyens employés pour la réduire, tels que refoulement à Taide d'un stylet, frictions douces sur l'œil, collyre àl'ésé» rine, etc.

Si un corps étranger est resté dans l'œil, s'il s'agit d'un cristallin récliné, il faut avant tout procéder à l'extraction du corps irritant, sans quoi tous les moyens employés demeureront inutiles.

Dans les premiers moments, on réussit parfois à empêcher la suppuration de s'étendre en faisant des applications de glace sur l'œil; en même temps on aura recours à des saignées locales abondantes, et aux mercuriaux administrés à l'intérieur. Ces moyens seront surtout utiles chez des sujets jeunes et vigoureux. Chez les personnes âgées, cacochymes ou épuisées, chez lesquelles le. mal prend une marche atonique, on remplacera avec avantage les réfrigérants et les antiphlogistiques, par l'application réitérée de compresses chaudes et par les toniques joints à un régime analeptique. Malgré tous ces soins, trop souvent, surlout lorsqu'il s'agit d'un traumatisme accidentel ou chirurgical, la suppuration se généralise à toute l'étendue de la choroïde, et aboutit à une panophthalmie destructive et irrémédiable.

La seule ressource vraiment ulile en pareil cas, sera de procéder à la résection ou à l'énucléalion totale du globe,

pour faire cesser les souffrances, et empêcher l'inflammation de se propager dans l'orbite et parfois jusque dans le crâne. Par là enfin on empêchera l'œil malade de retentir sympathiquemcnt sur son congénère.

SOMMAIRE. — Ophthalmie sympathique; historique; causes; formes; mode de propagation traitement. — Des choroïditcs. Leurs causes, leurs variétés et leurs complications.

Après l'élude de la cyclite se place naturellement celle de l'ophthalmie sympathique; car c'est le plus souvent sousforme d'iridochoroïdites ou cyclites que se présentent les manifestations sympathiques.

Le fait qu'un œil malade peut réagir défavorablement sur son congénère est connu depuis longtemps déjà. C'est à lui que faisaient allusion les anciens sous la dénomination vague de consensus oculorum. TouLefois c'est à Mackenzie (1) que sérient l'honneur d'avoir, dès 1844, appelé l'attention des chirurgiens sur l'ophthalmie sympathique, et d'en avoir retracé l'histoire.

Avant Mackenzie, on avait publié quelques observations que nous ne ferons que citer. Il y en a quatre en tout : l'une de Saint-Yves (2), très-écourtée, et les trois autres de Demours (3), dont deux sont très-complètes. — Ajoutons que Bérard (4), en parlant des suites de l'opération de la cata-

(1) Traité des maladies des yeux, traduit par Warlomont et Testelin t II p. 117-130, et t. If r, p. 370-390. ' '

(2) Saint-Yves, Nouveau Traité des maladies des yeux. Paris, 17-22, p. 261. (3j Demours, Traité des maladies des yeux, t. II, Paris, 1818, p.Wl, 503

(A) Bérard, Annales d'oculislique, t. XI, p. 179.

racte, fait observer que celle-ci peut compromeltre parfois aussi l'œil sain. A l'appui de son assertion, il cite, d'après Cloquet, l'exemple d'un jeune homme qui devint aveugle à la suite de l'opération de la cataracte pratiquée sur un seul œil; la vision ne se rétablit pas de ce côté, et l'œil sain fut pris d'accidents graves qui en amenèrent la fonte purulente.

L'auteur qui, avant Mackenzie, eut une conception vraiment exacte del'ophthalmie sympathique, est Himly (1). Voici comment il s'exprime à ce sujet : « 11 existe une ophthalmie sympathique particulière, qui probablement est causée par une névrite propagée. Un coup ou une blessure pénétrante et profonde de l'œil, et qui a produit dans cet œil une inflammation générale, amène à la suite de cette inflammation une affection semblable et délétère de l'autre œil non blessé. Cela arrive parfois, alors même que l'œil blessé a été perdu depuis longtemps et qu'il est devenu un moignon cicatriciel. »

Après avoir exposé diverses hypothèses sur le mode de propagation de la phlegmasie d'un œil à l'autre, Himly ajoute : « Le pronostic de la maladie sympathique est trèsgrave, et il devient indispensable de ménager complètement le deuxième œil pendant plusieurs mois après la blessure. »

Depuis le travail de Mackenzie, l'attention a été définitivement fixée sur l'ophthalmie sympathique, et des publications nombreuses ont paru sur ce sujet. Pour ne parler que des principales, nous signalerons : le travail de Pritchard(2), qui le premier a insisté sur la nécessité d'énucléer l'œil blessé; celui de Taylor (3) qui conclut en faveur de la même opéra-

(1) Die Krankhellen und Missbildungen der menscMichen Augen, Berlin 1843, B. I, p. 450.

(2) Pritchard, Association med. Journal, 1854.

(3) Taylor, Annales d'oculistique, t. XXX.IV, p. 256.

OPHTHALMIE SYMPATHIQUE. 81 lion ; la thèse très-bien faite de Brondeau (1), dans laquelle il a réuni plusieurs observations et où il distingue deux séries d'affections sympathiques de l'œil, les inflammations d'une part, les troubles fonctionnels d'autre part. Citons encore deux articles de von Grœfe (2) dans lesquels l'auteur insiste sur un signe important de la maladie :1a sensibilité au toucher de la région ciliaire ; il propose en môme temps de substituer, dans certains cas, à l'énucléation la section des nerfs ciliaires. Il existe enfin sur le même sujet un travail important de Mooren (3), qui, d'après un grand nombre d'observations, cherche à établir la fréquence des cas où le mal ne reconnaît pas pour cause le traumatisme.

C'est presque toujours sous forme d'irido-cyclite, avonsnous dit, que se montre l'ophthalmie sympathique, et la variété le plus fréquemment observée est celle dite plastique, plus rarement la forme séreuse. Rheindorf (4) est le premier qui ait parlé d'une irido-kératite sympathique; de Grœfe (5), à son tour, a signalé la rétino-choroïdite sympathique; enfin Galezowski (6) parle de kératite interstitielle reconnaissant la même origine. Toutefois la réalité de ces dernières manifestations sympathiques mérite encore confirmation.

Les affections qui retentissent le plus souvent d'un œil sur l'autre sont d'ordre traumatique. C'est surtout dans les

(1) Brondeau, Des affections sympathiques de l'un des yeux à la suite d'une blessure de l'autre, thèse de Paris, 1858.

(2) De Grœfe, Archiv fur Ophthalm., III. p. 442, et XII, p. 100-127.

(3) Mooren, Ophthalmiatrische Beobachlungen, Berlin, 1867.

U) Rheindorf, Sur l'ophthalmie sympathique. {Bulletin médical du nord de la France, Lille, 1865.)

(5) De Grœfe, Archiv fur Ophlhalmologie, Band, XII, p 171.

(6) Galezowski, Traité des maladies des yeux, 1875, p. 753.

PANAS. ..

gc) SIXIÈME LEÇON.

blessures qui intéressent le corps ciliaire et l'iris, et en particulier lorsqu'un corps étranger est resté dans l'œil, qu'on doit craindre le développement de l'ophthalmie sympathique. Elle se montre, soit dans les six premières semaines qui suivent l'accident, soit plus tard, lorsque l'œil primitivement lésé est déjà atrophié. Outre les corps étrangers venus du dehors, nous devons signaler encore comme cause trèsfréquente de l'irido-choroïdite sympathique le cristallin abaissé. C'est ainsi que, sur 37 cas d'irido-cyclite maligne, Mooren (loco cit.) n'en compte pas moins de 7 qui sont dus cà l'abaissement du cristallin. Le prolapsus avec enclavement de l'iris, l'iridodésis vantée par Stefen (1), et, en général, toutes les causes d'irritation continue de l'iris et du corps ciliaire, deviennent fréquemment le point de départ de la maladie.

Des dépôts calcaires, des ossifications de l'intérieur de l'œil, et en particulier de la choroïde, peuvent, à un moment donné, déterminer l'ophthalmie sympathique. C'est ainsi que des yeux perdus depuis de longues années finissent par devenir la cause de la destruction de l'autre œil.

Ce que nous disons de ces productions morbides s'applique en partie à divers néoplasmes développés dans l'intérieur de l'œil, tels que les sarcomes de la choroïde. La présence de la tumeur devient surtout nuisible lorsqu'elle arrive, par son contact, à irriter l'iris et les procès ciliaires, et qu'elle provoque une augmentation de la tension intra-oculaire, accompagnée de douleurs ciliaires violentes.

Taylor (2) est le premier qui ait publié des exemples

(1) Stefen, Archiv fur Ophthalmologie , X, p. 128.

(2) Taylor, Ophthalm. Beobachtungen, Berlin, 1867, p. 158.

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