OPHTHALMIE SYMPATHIQUE
d'ophthalmie sympathique non traumatique, ou spontanée. Ce fait, ainsi que l'observe l'auteur, présente une grande importance. Il démontre, en effet, que, dans les cas d'origine trautnatique, ce n'est pas la blessure en elle-même, mais bien les altérations morbides consécutives, qui provoquent, les symptômes fâcheux sur l'autre œil.
Laqueur (1) est d'avis toutefois que Mooren et d'autres auteurs ont un peu exagéré la fréquence des formes non traumatiques de la maladie. Pour lui, l'étude de l'ophthalmie sympathique devra viser surtout les cas traumatiques qui seuls ne peuvent prêter à contestation.
Diverses causes accidentelles peuvent agir pour accélérer le développement des manifestations sympathiques. Toutes se réduisent à peu près à la fatigue des yeux. Aussi devral-on continuer à. exercer une certaine surveillance sur loul malade qui aura subi une blessure de l'œil, afin de parer dès le début aux accidents qui pourraient se produire.
L'âge et l'état de la constitution ne sont pas sans avoir une certaine influence. Rare chez les enfants, l'ophthalmie sympathique est beaucoup plus a craindre chez les adultes et surtout chez les vieillards. Une constitution débile, l'alcoolisme, la misère et les privations de toute sorte, constituent autant de conditions fâcheuses.
Telles sont les causes de l'ophthalmie sympathique; nous devons nous demander maintenant quelle voie suit l'excitation morbide pour se transmettre ainsi d'un œil à l'autre.
Mackenzie et Himly ont admis la propagation possible de la lésion par les vaisseaux sanguins, et surtout par les nerfs
^ (l> L. Laqueur, Sur les allions sympathiques de l'œil, thèse de Paris, 1809,
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de l'œil (optique, trijumeau, oculo-moteur). Quant au centre réflecteur du processus morbide, ils pensent que ce doit être le chiasma, et, dans d'autres cas, l'encéphale lui-même. On le voit, toutes ces explications sont assez vagues.
Contrairement à l'opinion deMackenzie,rophthalmoscope est venu démontrer que l'ophthalmie sympathique ne débute jamais par la rétine. On connaît, d'autre part, des cas où la maladie s'est montrée alors que déjà le nerf optique de l'œil primitivement lésé, avait subi la dégénérescence fibreuse; ce qui rend fort douteuse la propagation de l'inflammation par une pareille voie. Ajoutons à cela que l'examen du nerf optique fait sur les yeuxénucléés, n'a jamais démontré d'altération inflammatoire du tissu de ce nerf.
Déjà Mackenzie lui-même avait songé à incriminer les nerfs ciliaires. Mais c'est H. Mùller (1) qui le premier, disséquant un œil atrophique, prouva anatomiquement que, de tous les nerfs, les moins altérés, et par conséquent les plus aptes à conduire l'incitation morbide d'un œil à l'autre, étaient les nerfs ciliaires. De leur côté, Pagenstecher (2) et Czerny (3) sont arrivés à des résultats tout à fait semblables.
La clinique pouvait du reste nous faire soupçonner ce dernier mode de propagation. C'est en effet, comme l'a montré de Graefe, lorsque l'œil blessé ou primitivement malade devient le siège de violentes douleurs au niveau de la région ciliaire, qu'on doit craindre surlout rophthalmiesympathique.
Citons enfin comme preuves de cette opinion les belles
(1) H. Miiller, Archiv fur Ophthalm., IV, p. 367.
(2) Pagenstecher, Klin. Beobachtungen, Wiesbaden, 1862, p. 75.
(3) Czerny, Bericht iiber die Wiener Augenklinik, 1867, p. 181.
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expériences de Magcndie, Cl. Bernard, von Ilippel et Grûnhagen sur les troubles nutritifs qui accompagnent l'irritation ou la section de la cinquième paire et de sa branche ophthalmique. (Voyez nos leçons sur les kératites.)
Nous ne ferons point ici la description des symptômes de l'ophthalmie sympathique. Ils ne sont autres en effet que ceux que nous avons énumérés en parlant de l'irido-cyclite plastique primitive.
La seule différence qu'il y ait à signaler, c'est la rapidité de la marche qui, en moins de trois semaines, peut conduire à une cécité absolue-, en dépit de tous les moyens médicaux • employés.
Les seuls moyens vraiment efficaces dans le traitement de l'oplithalmie sympathique sont empruntés à la médecine opératoire. Nous allons les passer successivement en revue.
Wardrop (1), le premier, eut l'idée de détruire l'œil primitivement malade pour sauver l'autre. Il imitait en cela la . pratique de certains vétérinaires de son temps qui cherchaient à provoquer la fonte de l'œil devenu malade le premier, en interposant entre les paupières des morceaux de chaux vive.
Expérimentant sur les animaux, il se borna à inciser la cornée et à faire sortir à travers la plaie le cristallin et une partie du corps vitré. Il affirme avoir réussi de la sorte à sauver le second œil, aussi n'hésite-t-il pas à considérer cette opération comme applicable à l'homme. Cette idée fut réalisée pour la première fois avec un plein succès par Barton (2) dans des cas de plaies par éclat de capsule fulminante.
(1) Wardrop, Morbid analomy of the human Eue, vol. II, p. 159. London,
il) Barton, Lomlon médical Gazette, vol. XXI, p. 175.
Taylor (1), dans huit cas terminés heureusement, se contenta de pratiquer l'ablation de la cornée seule. Wallon (2)fit la résection de toute la moitié antérieure de l'œil.
Enfin Prilchard (3), le premier, proposa l'énucléalion totale de l'œil comme moyen de traitement de l'inflammation sympathique ; et il fut suivi dans cette voie par beaucoup' d'auteurs.
Cette opération, très -rationnelle, puisqu'elle supprime la cause première du mal, sans avoir réalisé toutes les espérances qu'elle avait fait naître, n'en est pas moins une des ressources les plus puissantes de la thérapeutique dans le traitement de l'ophthalmie sympathique.
D'accord avec Laqueur, nous pensons que les résultats qu'elle a fournis peuvent être classés comme il suit .
Contre les troubles fonctionnels, tels que le larmoiement, la photophobie, le spasme ou la parésie de l'accommodation, l'énucléation constitue le moyen efficace par excellence.
Dans les trois cas d'iri do-kératite sympathique signalés par Rheindorf (loco cilalo), et dans les deux cas de kératite interstitielle relatés par Galezowski, cette opération paraît avoir enrayé la marche envahissante de la maladie.
Dans l'irido-cyclite séreuse, les résultats, généralement moins bons, n'ont été complets que dans un petit nombre de cas. Toutefois, la plupart du temps on parvient à enrayer la marche de l'inflammation, ce qui est un résultat important, puisque, abandonnée à elle-même ou traitée médicalement, la maladie doit nécessairement s'aggraver.
Dans l'irido-cyclite plastique, qui constitue la forme la.
(1) Taylor, Annales d'ocultstique, t. XXXIV, p. 256.
(2) Walton, Tlie Lancet, 1858, p. 97.
(3) Pritchard, Assoc. med. Journal, 1854.