‹ Leçons sur les maladies inflammatoires des membranes internes de l'oeil [electronic resource]Chapitre 7 sur 18 · ÊT10L0GIE DE L'IRITIS · texte numérisé non relu

ÊT10L0GIE DE L'IRITIS

montrer que non-seulement on peut, sans courir de grands risques, inciser (iridolomie) ou exciser l'iris (irideclomie) , mais que ces opérations ont un effet salutaire dans certaines formes d'irilis, de choroïdites et môme de kératites.

Comme tous les tissus vivants, l'iris supporte mieux une incision ou une excision bien nette qu'une contusion. Voilà pourquoi le passage d'un gros noyau crislallinien à travers Forificepupillaire resserré et rigide, constitue, à notre avis, une cause mécanique d'iritis bien plus puissante qu'une irideclomie.

Une dernière classe d'iritis comprend celles qui se montrent comme complications d'autres affections phlegmasiques de voisinage. C'est ainsi que certaines variétés d'uleères de la cornée se compliquent souvent d'iritis, et même d'hypopyon. Cette inflammation s'observe fréquemment aussi ■dans le cours de diverses choroïdites, et cela parfois par retentissement sympathique de l'œil affecté sur l'œil du côté opposé.

Sommaire. — Iritis (suite), complications et traitement. — De l'iritis syphilitique.

L'iritis peut s'accompagner de complications diverses. Dans la forme séreuse, c'est la cornée qui se prend de préférence. Dans la variété parenchymateuse, qu'elle soit ou non d'origine syphilitique, l'inflammation a plutôt tendance à gagner les procès ciliaires, puis les parties profondes de la choroïde et de la rétine. En même temps, les milieux transparents de l'œil, en particulier l'humeur vitrée et le cristallin, subissent des troubles nutritifs qui en altèrent la transparence. L'œil peut même devenir inéclairable, ce qui lient le plus souvent à un ramollissement du corps vitré avec production de corps flottants dans son intérieur. Les annexes de l'œil ne participent que peu à l'inflammation de l'iris. La conjonctive, il est vrai, est rouge et injectée; mais ce n'est que dans les cas d'inflammation très-aiguë qu'on voit se produire un certain degré de chômosis. C'est aussi exceptionnellement que les paupières s'œdématient, et que le cul-de-sac conjonctival devient le siège d'une sécrétion muco-purulente. Parfois cependant le bord tarsien rougit et se gonfle, ce qu'on observe surtout dans les cas d'iritis aiguë, accompagnée de photophobie et de larmoiement abondant.

Le traitement de l'iritis devra être à la fois local et gé-

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aérai. Le traitement local consiste tout d'abord à soustraire i l'œil à l'action de la lumière vive et à le maintenir à l'état de repos absolu. Suivant l'intensité de l'inflammation, on se contentera' de prescrire des conserves fumées, ou un simple bandeau noir flottant; ou bien on emploiera la compression laite à l'aide d'un tampon d'ouate qu'on maintient en place par un ou deux tours de bande en flanelle. Le coton étant imperméable aux larmes, il sera bon d'interposer entre le tampon d'ouate et l'œil un rond de linge fin, qui sera changé ; au besoin plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. La chaleur sèche qui se conserve sous le coton, met l'œil à l'abri des vicissitudes atmosphériques, et en même temps elle est éminemment favorable à la résolution de l'inflammation.

Généralement l'application de la chaleur humide (compresses chaudes, fomentations ou douches de vapeur), ne convient pas contre l'iritis, surtout si la phlegmasie irienne est sous la dépendance du rhumatisme. C'est seulement dans les cas d'iritis torpide, à marche subaiguë, et surtout lorsqu'd y a des complications cornéennes, que la chaleur humide nous a rendu de réels services.

Telle n'est pourtant pas l'opinion de Mooren (1) et de Schiess-Gcmuseus (2). Ces auteurs pensent que c'est lorsque l'inflammation de l'iris est le plus aiguë, ou lorsque, par suite d'un mauvais état général, elle tend à passer à suppuration, que les cataplasmes rendent surtout des services. Renouvelés tous les quarts d'heure et combinés avec

(1) Mooren, Die verminderlen Gefahren einer Ilornhaut Vereilerungbei der Staarnperatlon, Berlin, 18G2, et Annales d'oculis tique, 1862.

(2) Schiess-Gcmuseus, Klinische Monahblàtler fur Auyenheilkunde, p. 198-

les instillations d'atropine, les cataplasmes, dit Schiess- Gemuseus, rendent à peu près inutiles les émissions sanguines, ainsi que l'administration interne ou externe des mercuriaux.

Cette opinion nous semble peu fondée, et la seule propriété que nous reconnaissons aux compresses chaudes dans le cas d'iritis très-aiguë, c'est de contribuer à l'apaisement des douleurs circumorbitaires. Leur action peut varier d'ailleurs suivant les cas, ce qui tient peut-être à la diversité de nature des iriLis.

Le traitement topique par excellence consiste dans l'emploi souvent répété du collyre au sulfate neutre d'atropine. L'indication principale, en effet, c'est de prévenir et de combattre les adhérences irido-capsulaires, qui non-seulement entravent le libre exercice de la vision, mais exposent l'œil à des rechutes répétées d'iritis et au glaucome consécutif.

Ces adhérences se formant souvent avec une très-grande rapidité, il faut pour ainsi dire lutter de vitesse avec elles. On prescrira donc le collyre à l'atropine dès le début de' la maladie; on en répétera les instillations plusieurs fois par jour, toutes les heures s'il le faut, et on emploiera une solution d'autant plus forte que l'iritis aura un caractère plus aigu, que la pupille resserrée cédera avec plus de lenteur à l'action du mydriatique. Nous avons prescrit avec avantage des solutions de 5, 10 et même 15 centigrammes de sulfate d'atropine pour 10 ou 15 grammes d'eau distillée. Dès que la dilatation de la pupille est complète, on fait des instillations plus rares, et l'on affaiblit au besoin la concentration du collyre, de peur de trop irriter la conjonctive. On en continuera toutefois l'usage jusqu'à ce que toute rougeur péri-

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pratique ait disparu, de peur de voir se reproduire le resserrement de la pupille. L'action de l'atropine sur l'iris constitue un des meilleurs moyens pour juger de la marche de la phlegmasie. Tant que la pupille résiste à l'action du mydriatique, l'inflammation persiste; la résolution commence et s'accentue au fur et à mesure que se produit la dilatation progressive de l'orifice pupillaire.

Autrefois on employait dans le même but les onctions d'extrait de belladone, ou les fomentations à l'aide de compresses imbibées d'une décoction concentrée de feuilles de belladone. A défaut d'atropine, on pourra se servir de ces moyens, ou encore d'une solution concentrée d'ex- Itrait de belladone ou de jusquiame. Mais comme ce sont là ides agents moins puissants et dont l'action est plus lente, on ne devra y recourir que comme à des adjuvants.

Nous en dirons autant de l'administration de la belladone à l'intérieur.

L'atropine ne se borne pas à dilater l'orifice pupillaire et à empêcher la production des synéchies; elle a encore prise sur les douleurs, parfois vives, qui accompagnent l'kitis aiguë. Si l'atropine seulsne parvient pas aies calmer, on se trouvera bien de pratiquer à la tempe des injections hypodermiques demorphine(un àdeuxcentigrammesde chlorhydrate de morphine dans un gramme d'eau). Celles-ci apaisent les douleurs sans nuire à l'action du mydrialique.

Dans le même but encore, surtout lorsqu'il y a une certaine périodicité dans les attaques douloureuses, on emploiera avec avantage le sulfate de quinine à l'intérieur à la dose de 25 centigrammes à un gramme par jour.

>i la congestion est très-vive et s'accompagne d'exagéra-

tion de la lension intra-oculaire, caractérisée par la dureté du globe, la morphine et la quinine peuvent rester impuissantes à calmer les douleurs. C'est alors que les saignées locales (ventouses Heurteloup ou sangsues) appliquées à la tempe seront d'une incontestable utilité.

Il est des cas, heureusement exceptionnels, qui résistent à l'emploi combiné des mydriatiques, des narcotiques et des déplétions sanguines. L'iris se montre réfractaire à l'action de l'atropine; l'inflammation et les douleurs persistent. La paracentèse de la chambre antérieure peut alors rendre les meilleurs services; non-seulement elle apaise les douleurs, mais la pupille, jusque-là indilatable, commence à céder à l'acLion du collyre atropinique.

Dans le cours d'une iritis, il importe de s'enquérir souvent de l'état de la tension intra-oculaire et de l'étendue du champ visuel. Toutes les fois que la tension augmente, et qu'en même temps le champ visuel tend à se rétrécir, il faut avoir recours à l'évacuation de l'humeur aqueuse ou paracentèse, voire même à Piridectomie. Cette dernière opération est indiquée lorsque, malgré le traitement le plus actif, il s'est formé des synéchies totales qui rendent la pupille indilatable. Mieux vaut alors la pratiquer plus tôt que plus tard, avantl'apparition desaccidents glaucomateux qui en sont souvent la suite. De plus, l'iridectomie constitue, en pareil cas, le meilleur, sinon le seul moyen prophylactique, contre les rechutes d'irilis qui sont si fréquentes.

Dans l'iritis traumatique, les indications de l'iridectomie sont multiples. Parfois elle aura pour but de faciliter l'extraction de corps étrangers venus du dehors. C'est ainsi qu'il nous est arrivé d'enlever un lambeau

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d'iris, et avec lui un éclat d'acier fixé dans son épaisseur.

Dans un autre cas observé par nous, l'iris ayant fait hernie après l'incision de la cornée, le corps étranger put être saisi et extrait directement à l'aide de la pince à iridectomie. L'iris fut ensuite réduit, et le malade guérit complètement sans avoir subi de coloboina.

D'autres fois, l'iridectomie est rendue nécessaire par la blessure du cristallin qui devient cataracté, se gonfle et détermine des accidents glaucomateux. L'extraction des masses pristalliniennes gonflées se fera en même temps que l'excision de l'iris. Enfin l'iridectomie trouve encore son application lorsque la plaie s'accompagne d'enclavement irien qu'on n'a pu ni réduire directement, ni faire disparaître à l'aide de i'ésérine.

Les révulsifs cutanés appliqués à la tempe ou à la nuque, tels que vésicatoires, badigeonnages à la teinture d'iode, séton filiforme, injections caustiques sous-cutanées, ne sont indiqués que lorsque la période aiguë de la maladie a complètement disparu.

Quant au traitement général, il consiste dans l'emploi de divers agents médicamenteux qui s'adressent à la fois à la phlegmasie de l'iris et à la cause constitutionnelle qui en est le point de départ.

Nous avons déjà mentionné l'emploi du sulfate de quinine. Parmi les autres médicaments internes, le mercure et l'iodure de potassium tiennent la première place, surtout quand l'iritis est de nature syphilitique. Nous en parlerons en détail à propos de cette dernière variété. Alors aussi nous signalerons l'emploi de l'essence de térébenthine préconisée par quelques auteurs.

Boggstedt (1), médecin de l'établissement hydrothérapique de Sédertelge en Suède, croit que l'hydrothérapie peut offrir de grands avantages dans le traitement de l'iritis et de l'iridocyclite, mais à la condition expresse que le mode d'emploi en soit rigoureusement déterminé. — L'auteur avoue ne pas avoir une expérience personnelle suffisante pour juger du meilleur mode d'emploi de l'eau dans le traitement de l'iritis chronique. Quant à l'iritis aiguë, l'observation l'a amené à formuler les conclusions suivantes :

« L'hydrothérapie à l'eau froide est plutôt nuisible, et les bains chauds irritants doivent seuls être employés ici.

» La température devra osciller entre 34 et 37 degrés, et les yeux doivent être bandés pendant toute la durée du bain. » Les bains de vapeur ou romains sont nuisibles. » Les cas d'iritis scrofuleuse demandent des bains tièdes salins, suivis de douches tièdes.

» Pour le traitement local, qui ne doit pas être négligé, l'auteur recommande des cataplasmes chauds permanents, recouverts de papier ou de taffetas de gutta-percha.

» Pour les iritis à rechutes, il croit devoir recommander des bains répétés. »

Pour terminer ce qui a rapport au traitement général de l'iritis, disons que les sudorifiques, les diurétiques et les purgatifs salins trouvent leurs applications surtout dans l'iritis rhumatismale, et lorsqu'il survient de la fièvre avec état saburral ou constipation.

Dans les iritis atoniques survenant chez des vieillards, chez des individus scrofuleux ou débilités, le traitement

(1) Boggstedt., Du traitement lujdrolhérapique de l'iritis. (Annales d'oculistique, t. LXX, p. 262.)

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général devra consister dans l'emploi des toniques sous toutes les formes, fer, quinquina, arsenic, huile de foie de morue, viande crue. Une bonne hygiène et le séjour à la campagne compléteront la série des moyens thérapeutiques utiles en pareils cas.

De l'iritis syphilitique.

Nous devons faire de l'iritis syphilitique une étude spéciale, tant à cause de sa grande fréquence que de sa marche souvent insidieuse, des complications qui s'y ajoutent, enfin du mode de traitement spécial qui lui convient.

C'est habituellement dans la période secondaire ou dans la période de transition de la syphilis que se montre l'iritis. Elle se lie par conséquent aux altérations de la peau et des muqueuses. On a cité, il est vrai, des cas d'iritis syphilitique précoces, survenant peu de temps après l'apparition du chancre infectant, et avant l'éruption des syphilides; mais ce sont là des exceptions. Nous en dirons autant de l'iritis tardive, qu'il est très-rare de voir se développer chez des sujets arrives à la période dés manifestations dites tertiaires de la syphilis. A. Barberon (1) cite cependant un cas d'iritis survenue treize ans après l'apparition du chancre et de ses suites immédiates, et s' accompagnant de douleurs ostéocopes. Pour notre compte, nous n'avons jamais observé l'iritis à une époque aussi tardive, et en cela nous sommes tout à fait d'accord avec les idées émises par notre éminent maître, Piicord.

n, A. Barberon, Quelques considération* sur l'iritis syphilitique, thèse de doctorat, Pans, 1872.

PANAS. j

Langlebert (1) se prononce dans le même sens : « L'iritis, dit-il, peut être précoce ou tardive ; quelquefois elle suit de très-près le chancre ; d'autres ibis, ce n'est que plusieurs mois après l'infection générale qu'elle se manifeste; mais, dans ce dernier cas même, elle appartient toujours à la période secondaire. Jamais je ne Vai vue se produire dans la troisième phase de la vérole, d

Rollet (2) n'est pas moins affirmatif : « L'iritis syphilitique est, dit-il, tantôt un symptôme franchement secondaire, tantôt un symptôme de transition. On l'observe habituellement quatre, six, sept, huit et dix mois après le chancre ; rarement plus d'un an après. »

Dans un travail récent, Drognat-Landré (3), de Rio-de- Janeiro, compte, sur trente-sept cas d'iritis considérées par lui comme syphilitiques, dix-huit faits qui se seraient montrés de dix à onze ans après l'infection, quinze de deux à six mois après, et quatre à une époque qui n'a pu être précisée. Pour expliquer le chiffre invraisemblable d'iritis syphilitiques tardives rencontrées par l'auteur, il faut se rappeler, chose bizarre, que les variétés syphilitique et rhumatismale de l'iritis sont regardées par lui comme n'étant qu'une seule et même entité morbide ayant toutes deux pour cause la syphilis. C'est là une façon assurément neuve d'envisager la question, mais qui, croyons-nous, aura de la peine à faire son chemin.

Après avoir examiné l'époque d'apparition de l'iritis syphilitique, nous devons nous demander quelle est la forme de

(1) Langlebert, Traité des maladies vénériennes, p. 551, Paris, 1864.

(2) Rollet, Traité des maladies vénériennes, p. 875, Paris, 1865.

(3) Drognat, De l'iritis syphilitique (Annales d'oculislique, t. LXX.II1, p. 250),

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syphilides qui coexiste le plus souvent avec elle. Carmichaël professait que Firitis était le symptôme concomitant de la syphilide papuleuse exclusivement. Tel n'est pas notre avis, et nous pensons avec Rollet (1) que l'iritis se lie souvent à l'ecthyma et à d'autres manifestations graves de la syphilis, surtout chez les individus cachectiques et d'un tempérament scrofuleux. — Il y a longtemps déjà que Bateman (2) a signalé la coexistence de l'iritis avec un ecthyma généralisé, se montrant chez des sujets épuisés, et qu'il appelle à cause de cela ecthyma cachecticum. Les caractères de cette éruption ne diffèrent en rien de ceux qu'on assigne à l'ecthyma syphilitique. Aussi est-ce à tort, croyons-nous, que Monteath et Mackenzie considèrent cette éruption, ainsi que l'iritis et les ulcérations au gosier qui l'accompagnent souvent, comme des lésions pseudo-syphilitiques.

L'âge auquel se montre habituellement l'iritis syphilitique est celui de l'activité sexuelle, de dix-huit à quarante-cinq ou cinquante ans, rarement en deçà ou au delà. Toutefois, les chirurgiens anglais admettent que l'iritis peut se développer chez les nouveau-nés, sous l'influence de la syphilis héréditaire (.3).

Les hommes nous ont paru être plus souvent atteints que les femmes. Cela tient sans doute à une foule d'excitations locales, telles que la fatigue des yeux, l'exposition à l'air froid, la présence de corps étrangers sur l'œil, toutes causes qui se rencontrent plus souvent dans le sexe masculin, cl qui jouent un grand rôle dans la localisation des accidents dialhésiques. Ajoutons-y l'alcoolisme qui rend les mani-

(i) Rollet, loco citato.

12) Patentait, Praclical njnopsh al cutaneous diseases, p. 187, London, 1819. (J) i. Dixon, Annales d'oculislique, t. XXIX, p. 122.

festations de la syphilis incontestablement plus graves, plus précoces et plus persistantes, et qui se rencontre plus fréquemment chez l'homme que chez la femme.

L'iritis syphilitique débute généralement par un seul œil, mais elle peut envahir ultérieurement les deux yeux. H. Schmidt (1), sur trente-quatre cas, qui se partageaient entre vingt-quatre femmes et dix hommes, de vingt à soixante et un ans, a noté treize fois l'iritis sur les deux yeux et vingt et une fois sur un seul œil. On conçoit que ces proportions sont sujettes à varier d'une série à l'autre ; aussi n'attachonsnous à ces chiffres qu'une valeur toute relative.

Le mercure a été accusé de provoquer parfois l'iritis; c'est là une opinion erronée, émise pour la première fois par Travers. Nous pensons qu'ici, comme partout ailleurs dans l'histoire de la syphilis, on attribue au médicament, ce qui revient incontestablement à la maladie elle-même.

A propos des lésions anatomiques et des symptômes, nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit pour l'iritis parenchymateuse en général. Quant à la marche, elle varie suivant les cas. Parfois peu accusés, les symptômes inflammatoires peuvent passer inaperçus, tandis que, dans d'autres cas, heureusement rares, la maladie acquiert une très-grande intensité. Toutefois, d'une manière générale, on peut dire que l'iritis syphilitique revêt habituellement une forme sub- ' aiguë, et que sa marche est lente. Souvent elle se prolonge pendant deux à trois mois, et parfois davantage; elle constitue, d'après la remarque de Ricord, l'un des accidents de la syphilis secondaire qui cèdent le moins promptement à une médication spécifique.

(1) H. Schmidt, Berliner Klinischen Wochenschrift, 1872, n<> 23.

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Nous devons nous demander, à propos du diagnostic, s'il est des signes spéciaux qui permettent de distinguer cette variété d'iritis de toutes les autres. Béer, le premier, a cru trouver des signes différentiels qui méritent de nous arrêter. Pour lui, la déformation de la pupille présenterait quelque chose de particulier. Au lieu d'être rond et central, l'orifice pupillaire serait attiré en haut et en dedans, et représenterait un ovale à grand axe obliquement dirigé en bas et en dehors. Mais presque tous les observateurs ont reconnu depuis longtemps, et nous sommes de cet avis, qu'il n'y a, dans la position, la forme et la direction de l'orifice pupillaire, absolument rien qui soit propre à l'iritis syphilitique.

Un second caractère distinctif admis par Beer, c'est l'existence, à la surface de l'iris, de ces petites masses néoplasiques que nous avons décrites, en faisant l'anatomie pathologique, sous le nom de condylomes. Tout le monde s'accorde en effet à voir dans la présence de ces masses granulaires un des signes caractéristiques de l'iritis syphilitique, mais avec celte restriction qu'elles peuvent faire tout à fait défaut ou ne se montrer que tardivement dans l'iritis spécifique, tandis qu'on les rencontre, bien qu'exceptionnellement, dans les autres variétés de la maladie. En somme, on devra attacher une réelle importance à l'existence des granulomes iriens mais sans vouloir fonder exclusivement sur ce seul signe le diagnostic d'iritis syphilitique.

La marche subaiguë, parfois même insidieuse et presque latente de l'affection, devra aussi éveiller l'idée d'une iritis syph.htique. Ce n'est là toutefois qu'une présomption, trèsgrande assurément, mais qui n'est pas une certitude. Au reste, telle est la fréquence de cette cause dialhésique, qu'en

présence d'une iritis, c'est à elle qu'on devra songer tout d'abord, et ne l'éliminer qu'après un examen sérieux.

On le voit donc, c'est seulement par l'étude attentive des autres symptômes qui accompagnent ou précèdent l'iritis, qu'on peut arriver à en déterminer la nature syphilitique. C'est au chirurgien à bien connaître l'évolution de la syphilis, s'il veut ne pas tomber en des erreurs éminemment préjudiciables au malade.

Ceci nous conduit à parler de l'iritis syphilitique des nouveau-nés, admise comme telle par les chirurgiens anglais. Malheureusement les observations en sont encore peu nombreuses. D'après Mackenzie (1), l'iritis constitue parfois le premier symptôme de la syphilis congénitale. « Outre la rougeur zonulaire et le changement de coloration de l'iris, on voit, ditil, assez souvent, la capsule du cristallin devenir complètement rouge. Au bout d'un certain temps, il s'y ajoute un hypopyon et l'opacification de la cornée. L'éruption cuivrée habituelle se montre sur tout le corps. »

Dixon (2) décrit deux cas observés par lui, l'un sur un enfant de quatre mois, l'autre sur une fille de trois mois. Chez le premier, l'affection oculaire avait été précédée de manifestations cutanées survenues dans les premiers mois après la naissance. L'iritis, qui avait atteint l'œil droit d'abord, puis l'œil gauche, avait ceci de particulier, que la chambre antérieure était remplie d'une masse fibrineuse de teinte jaune pâle. La mère de l'enfant avait été manifestement syphilitique. Un traitement mercuriel interne parvint à guérir l'iritis.

(1) Mackenzie, Traité des maladies des yeux, t. II, p. 21.

(2) Dixon, Guide of Oie praclical study of Diseases of the Eye, 1855, p. 145.

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Le second enfant, avait eu aussi vers la septième semaine après la naissance, une éruption sur presque tout le corps. Quinze jours après, la mère s'aperçut de la maladie des yeux de son enfant qui, examiné par Dixon, présentait les signes non équivoques d'une double iritis, plus prononcée à gauche. L'iris de cet œil était parsemé dans toute sa moitié inférieure de petites masses grisâtres, semblables à des grains de sable. L'enfant avait des aphthes dans la bouche et une éruption papuleuse cà la face. Les membres inférieurs jusqu'aux genoux et la partie inférieure du ventre étaient couverts de taches cuivrées avec desquamation de Fépiderme.

L'enfant, soumis à un traitement mercurielpar la bouche, guérit des manifestations cutanées et de l'iritis, en conservant seulement un léger trouble dans le cristallin du côté gauche. Les parents interrogés nièrent toute espèce d'antécédent syphilitique.

Chose digne de remarque, dans les deux cas de Dixon, l'injection sclérale avait été fort peu prononcée.

Le pronostic de l'iritis syphilitique est très-grave. Abandonnée à elle-même, elle peut entraîner Ja perte de l'œil, soit primitivement, soit après plusieurs rechutes, qui sont communes dans cette forme de la maladie. L'inflammation envahit alors successivement les procès ciliaires, la choroïde et la rétine, voire même la cornée et la sclérotique; il en résulte une désorganisation de l'œil, et, comme conséquence, une cécité irréparable.

Outre les moyens de traitement indiqués déjà cL s'appliquant â toutes les variétés d'irilis, il faut insister ici sur les

agentsthérapeutiquesquis'adressentdirectcmentàladiathèse cyphilitique, c'est-à-dire le mercure et l'iodure de potassium.

Le mercure, pour être efficace, devra être administre de façon à affecter rapidement et puissamment l'organisme; ce qu'on obtient surtout, en ayant recours aux frictions mercurielles et aux injections hypodermiques, d'après le système de Lewin. Nous prescrivons habituellement 5 grammes d'onguent napolitain double en friction sur l'une ou l'autre jambe; et il est rare qu'au bout de dix à quinze frictions, on n'obtienne déjà un commencement d'amélioration. Généralement, trente à quarante frictions sont suffisantes.

Si l'on donne la préférence aux injections hypodermiques, on prescrira journellement un centigramme de sublimé dissous dans 1 gramme d'eau. On fera deux injections d'un demi-centigramme chacune a la région dorsale de préférence, afin d'éviter la formation de petits abcès dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Le temps n'est pas encore éloigné où l'on donnait la préférence à l'administraLion du mercure par la bouche. Outre que le mercure employé de la sorte est généralement moins actif, il a le grave inconvénient d'irriter la muqueuse gastrointestinale, et d'agir plus particulièrement sur le parenchyme du foie où il se dépose pour un temps plus ou moins Ions avant d'arriver dans le torrent circulatoire. Nous reconnaissons cependant qu'il est des gens chez lesquels le mercure administré par la bouche agit d'une manière plus efficace que sous la forme de frictions. Ce sont là des exceptions; dans ces cas, nous avons l'habitude d'employer à la fois les deux modes d'administration, afin de gagner du temps.

Quel que soit le mode d'emploi du mercure auquel on s'adresse, on devra souvent y joindre l'iodure de potassium.

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Los doses de ce dernier médicament devront généralement être élevées, de 1 à 5 et 6 grammes par jour. C'est surtout dans les formes chroniques, qui se lient d'ordinaire à des manifestations scrofulcuses, que les préparations iodiques trouvent leur indication. Alors aussi les toniques, le fer, l'arsenic, l'huile de foie de morue, constituent des adjuvants de premier ordre.

Carmichaël s'est beaucoup servi, contre l'iritis syphilitique, de l'essence de térébenthine à l'intérieur, à la dose d'un gros répétée trois fois par jour. Sans attribuer à cet agent une propriété spécifique, il pensait qu'il agit, grâce à son pouvoir de diffusion dans l'économie, plus vite que le mercure. Pour lui, une amélioration sensible s'est presque toujours manifestée dans l'iritis dès le lendemain de son emploi, et la durée du traitement a été en moyenne de onze jours.

Malheureusement l'essence de térébenthine est loin d'avoir présenté dans la suite aux chirurgiens, à Guthrie entre autres, des résultats aussi favorables, et aujourd'hui elle est généralement peu usitée. Si nous en parlons, c'est que l'iritis syphilitique est parfois une affection très-tenace, et que, se fondant sur l'expérience de Carmichaël et de quelques autres chirurgiens anglais, on pourrait avoir recours à la térébenthine, dans les cas où les moyens habituels auraient échoué.

Mentionnons, en terminant et seulement pour mémoire, la syphilisation préconisée par Spérino (1) contre l'iritis syphilitique.

(i) Spérino, De la sypliilisalion, etc., traduction française par Tresol, Turin. 1853, p. ilô.

Sommaire. — Analomie et physiologie de la choroïde. — Des inflammations de la choroïde ou choroïdites en général. — De l'irido-choroïdite ou cyclite; formes; causes; anatomie pathologique; diagnostic; pronostic; traitement.

La choroïde est la membrane vaseulàire de l'œil par excellence; c'est elle qui fournit au globe oculaire ses éléments nutritifs, d'où l'importance de ses maladies, à cause du retentissement qu'elles exercent sur l'état des autres parties constitutives de l'organe visuel.

La couleur de la choroïde est très-brune, presque noire en avant, plus pâle dans ses deux tiers postérieurs. Elle diminue avec l'âge; d'un brun feuille de tabac chez l'adulte de trente à quarante ans, d'un brun clair de soixante à soixante-dix, elle devient grisâtre dans la vieillesse la plus avancée. Cette membrane subit donc un travail de dépigmentation analogue à celui qui s'observe sur le système pileux.

Un point intéressant dans l'étude de la choroïde, c'est son mode d'union, à la partie postérieure de l'œil, avec la sclérotique et la papille du nerf optique. A ce niveau, elle présente un orifice d'un millimètre et demi de diamètre à travers lequel passe le nerf optique. C'est l'absence de la choroïde en ce point qui donne à la papille sa couleur blanche qui la fait trancher sur le reste du fond de l'œil, et son apparence de relief. Le bord interne de l'anneau choroïdien est tranchant et fournit des fibrilles radiées qui se perdent entre les faisceaux du nerf optique, où elles constituent pour une

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