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l'iris se fait en masse, et sa face antérieure présente des saillies rayonnant du centre à la périphérie et séparées par des sillons déprimés. L'aspect de cette membrane ne saurait alors être mieux comparé qu'à celui d'une tomale vue du côté du hile. Les saillies radiées en question convergent toutes vers la pupille, qui est rétrécie, enfoncée et plus ou moins recouverte d'une fausse membrane, tantôt grisâtre et d'autres fois brunâtre, suivant le plus ou moins de pigment dont elle est saturée.
La dénomination de dégénérescence cystoïde proposée par de Wecker nous semble parfaitement convenir à cet état, dont Fauteur a donné une excellente description (1). Ajoutons que le plus souvent il existe en même temps des complications du côté de la choroïde et de la rétine; aussi l'œil devenu mou, est complètement perdu pour la vision, ou à peu près.
! De Wecker, Archives de Iùiapp et Moos, t. I, p. 125, et Annales d'oculistique, 1873, t. LXX, p. 34-41.
Sommaire. — Symptômes, durée, marche et pronostic de l'iritis; édologie,
complications.
Les symptômes de l'iritis peuvent être divisés en objectifs et subjectifs.
Parmi les symptômes objectifs, un des premiers qui apparaissent est l'injection périkératique du globe oculaire. Causée par un afflux sanguin exagéré dans les radicules des veines ciliaires antérieures et dans les artères du même nom, cette injection se présente sous la forme d'un anneau dont la couleur varie du rose au rouge vif. Examiné à la loupe, il apparaît constitué par des. vaisseaux fins, radiés, profondément situés sous la conjonctive dans le tissu cellulaire épiscléral. Leur situation explique comment ils ne suivent pas la conjoncLive dans ses déplacements, à la différence des vaisseaux appartenant en propre à cette muqueuse. Lorsque l'inflammation est très-vive, le tissu cellulaire sousconjonctival y participe, et l'on peut voir se développer un chémosis séreux partiel ou total, le plus souvent limité à la demi-circonférence inférieure de l'œil. Rarement la conjonctive sécrète du muco-pus, et les paupières conservent habituellement leur apparence normale. Dans les cas d'il iLis subaiguë, l'injection périkératique peut être réduite à son minimum, et c'est à peine alors si l'œil paraît injecté. Il faut retenir ce détail pour ne pas s'exposer à méconnaître l'exis-
SYMPTOMES DE L'IIUTIS.
I tencc d'une iritis que les autres symptômes devront d'ailleurs 1 faire sûrement diagnostiquer.
1 Deux signes importants de la maladie sont le changement [de couleur de l'iris et l'aspect louche de l'humeur aqueuse. ■Les iris bleus deviennent verdàlres; ceux qui sont bruns ou I noirs prennent une coloration jaune de rouille ou cuivrée ■qu'on a considérée, bien à tort, comme étant propre à l'iritis Eyphilitique. Deux causes anatomiques impriment à l'iris
■ enflammé ce changement de couleur : l'injection sanguine,
■ puis l'exsudation fibrineuse du tissu propre de l'iris. Pour || bien apprécier ces changements de coloration du diaphragme lirien, il faut comparer celui du côté malade et celui du côté ■sain, en ayant soin de s'enquérir auprès du malade ou de ses ■parents si, antérieurement à l'iritis, les deux iris étaient de |j la même couleur.
Le trouble de l'humeur aqueuse se caractérise par la perte ■du brillant de l'iris, signe dont l'importance a été certaine- Iment exagérée par Schirmer (1). Cet auteur l'attribue sans fttrop de preuves à l'exfoliation de la couche épithéliale de la
■ face antérieure de l'iris. — Nous avons vu que cette couche (n'existe qu'à l'état rudimentaire, et qu'elle appartient bien
plus au ligament pectiné qu'à l'iris même. — Nous pensons dès lors que l'idée de Schirmer est difficilement soutenable.
Grâce à l'éclairage oblique et à l'emploi simultané de la loupe de Brucke, ou de la petite loupe dite de l'oculiste, il devient aisé d'apercevoir le nuage fibrineux qui occupe : généralement la partie déclive de la chambre antérieure.
Bien des fois nous avons pu distinguer ainsi la limite supé-
(1) Schirmer, Klinische Monalsblàttcr, 1867.
Heure du dépôt fibrineux, sous forme d'une ligne courbe à convexité supérieure, rappelant tout à fait la ligne de séparation qui s'observe entre deux couches liquides de densité différente et non miscibles entre elles, telles que de l'eau et de l'éther ou du chloroforme.
L'épanchement dans la chambre antérieure peut manquer, mais le caractère pathognomonique de l'iritis, c'est la formalion de synéchies postérieures. Pour bien juger de leur existence, il est utile d'instiller dans l'œil quelques gouttes d'un collyre à l'atropine. Les portions enflammées et adhérentes de l'iris ne cèdent pas ou ne cèdent que difficilement à l'atropine, et la pupille qui jusque-là pouvait paraître ronde et régulière, se montre plus ou moins déformée. Le nombre, l'étendue, le siège et la consistance des adhérences iridocapsulaires contribuent à imprimer à l'orifice pupillaire les formes les plus diverses et parfois les plus bizarres. La seule disposition à peu près constante, c'est que, lorsque les synéchies sont partielles, elles occupent de préférence la partie inférieure de la pupille. Dans les cas de synéchies totales et déjà anciennes, l'atropine ne réussit à produire aucune dilatation pupillaire, et c'est là un signe d'une grande valeur pour le diagnostic.
Alors même qu'il n'y a pas d'adhérences, l'iris enflammé ne cède que difficilement à l'action de la lumière et des mydriatiques; et cette paresse de la pupille est un autre signe qui se montre dès le début de la maladie et qui persiste jusqu'à son déclin.
Dans l'iritis parenchymateuse, il n'est pas rare d'observer, à l'aide de l'éclairage oblique et d'un faible grossissement, la présence de bosselures sur la face antérieure de l'iris.
SYMPTOMES DE L'IRITIS. 29
I l'est surtout dans la variété syphilitique que se produisent |;es saillies que nous avons déjà étudiées sous les noms de I légétations, de granulomes, de condylomes ou de pustules. I Quant à l'occlusion de la pupille, l'éclairage oblique et Vophthalmoscope permettent de se rendre compte de la disposition, de la couleur et, jusqu'à un certain point, de [.'épaisseur de la fausse membrane qui obstrue le champ pupillaire. Ces divers renseignements sont importants à connaître au point de vue du traitement. Si la fausse membrane est mince, elle se laisse traverser par la lumière et permet Je voir le fond de l'œil; si, au contraire, elle est épaisse, IBlle est tout à fait opaque.
La couche profonde de la cornée ne participe à la phleg- Imasie que dans la variété séreuse de l'iritis ou aquo-capsulile. Nous renvoyons pour la description de cette affection à nos leçons sur les kératites. Nous signalerons seulement ici le danger de confondre l'aspect nuageux de la-couche profonde de la cornée avec le trouble de l'humeur aqueuse propre à l'iritis. Il suffit d'être prévenu de la possibilité de cette erreur, pour qu'à l'aide de l'éclairage oblique on parvienne à l'éviter.
Lorsque les procès ciliaires, la choroïde et la rétine prennent part au processus phlegmasique, on voit s'ajouter aux signes précédents de nouveaux symptômes sur lesquels nous insisterons en parlant des complications. Ici se termine l'exposé des symptômes objectifs de l'iritis; : voyons maintenant quels sont les signes subjectifs de la maladie. Le premier d'entre eux est la douleur, qui, très-variable dans son intensité, ne fait défaut d'une manière absolue que dans un petit nombre de cas. Elle occupe d'abord le globe
oculaire lui-même; puis elle s'irradie suivant les diverse branches du trijumeau, et, en particulier, le long des nerf sus et sous-orbilaires. La pression exercée sur le globe a l'aide du doigt, et l'action d'une lumière vive l'exaspèrent Bien que continues, les douleurs augmentent souvent vers le soir et dans la nuit, sans doute par suiLe de la fatigue de l'œil et de la position déclive de la tète dans le décubitus horizontal. Dans les formes légères, la douleur est presque nulle; c'est à peine si le malade accuse une sensation de pesanteur dans l'œil avec une certaine gêne dans les mouvements. Et ce peut être pour lui un véritable danger, car souvent alors il n'accordera aucune attention à une maladie qui deviendra grave par ses conséquences. Lorsque au contraire la phlegmasie est intense, et surtout lorsqu'elle envahit le corps ciliaire, les douleurs peuvent devenir intolérables. C'estalors qu'il s'y ajoute du blépharospasme etde l'épiphora, résultant de .l'excitation des nerfs qui se distribuent à la glande lacrymale.
De même que la douleur, la photophobie constitue un symptôme d'intensité très-variable. Généralement modérée et toujours beaucoup moindre que dans les kératites, elle peut exceptionnellement acquérir une grande acuité. Cela se voit lorsque les tissus voisins, tels que la choroïde, les procès ciliaires et surtout la cornée prennent part à l'inflammation.
Il existe presque toujours un certain trouble de la vue dù à l'exsudat plastique épanché dans la chambre antérieure. Lorsque l'amblyopie devient très-prononcée, il est à craindre que d'autres membranes de l'œil ne soient enflammées. L'éclairage oblique et l'examen ophlhalmoscopique permettent alors de reconnaître qu'à l'iritis s'est surajouté de la
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kératite pointillée, une choroïdite séreuse avec synchisis et flocons dans le corps vitré, ou une rélinite. Cette dernière complication, généralement fréquente, s'observe surtout dans l'iritis syphilitique, tandis que le trouble cornéal et la cyclite se développent surtout clans l'iritis blennorrhagique, rhumatismale ou arthritique, et chez les individus à tempérament lymphatique.
En même temps que Pamblyopie, on peut constater l'existence de scotomes, ou le rétrécissement du champ visuel, dû aux. lésions rétiniennes ou bien au trouble des milieux transparents de l'œil.
La cécité absolue ne s'observe qu'à la période ultime de l'iritis parenchymateuse grave, ou à la suite de plusieurs attaques répétées d'iritis. La pupille est alors entièrement obstruée par des fausses membranes épaisses, et l'œil, généralement plus mou, tend à s'atrophier.
Dans les cas de synéchies postérieures totales ou du moins très-étendues, on peut voir survenir des accidents glaucomateux caractérisés par des accès de douleurs ciliaires intenses, la diminution rapide de la vue et la dureté caractéristique du globe de l'œil. Alors même qu'elles ne déterminent pas de glaucome, ces adhérences étendues offrent un grave inconvénient; c'est d'exposer l'œil à des attaques répétées d'iritis qu'on n'a plus l'espoir de voir cesser que si l'on intervient chirurgicalement par une iridectomie. Souvent, dans ces cas, l'iris fortement poussé en avant, représente un infundibulum dont le sommet correspond à la pupille et dont la base s'applique contre la face postérieure de la cornée. La chambre antérieure est considérablement rélrécie; de plus, l'iris est devenu friable; et ce sont là au-
tanlde difficultés que l'opérateur rencontre clans la pratique de l'iridectomie.
Diagnostic. — Les signes que nous venons d'énumérer nous permettront de reconnaître aisément l'iritis. Il faut seulement ne pas laisser passer inaperçues ces formes qui sont presque latentes, à cause du défaut de rougeur et de douleurs. Quanta diagnostiquer la variété d'irilis à laquelle on a affaire, c'est là un point, sur lequel nous reviendrons en étudiant les diverses formes admises par les auteurs.
La persistance de synéchies anciennes permettra de faire le diagnostic, rétrospectif de la maladie. La seule cause d'erreur dans ces cas serait la persistance de quelques débris de la membrane pupillaire. Ce poinL semble avoir attiré l'attention de quelques auteurs, parmi lesquels nous citerons H. Colm (1) etO. Becker (2). La distinction, généralement facile, sera fondée sur la connaissance exacte des antécédents, et sur la présence de dépôts pigmentaires qu'on voit souvent disséminés sur la cristalloïde antérieure après l'iritis.
Marche. — L'iritis peut affecter dès le début la marche subaiguë ou chronique. D'autres fois, la maladie éclate avec une grande violence pour aboutir à la résolution ou pour passer à l'état chronique.
Durée. — La durée de l'attaque dans les cas aigus varie de deux à quatre semaines. D'une durée plus longue, lorsque la maladie revêt le caractère subaigu, elle peut en quelque sorte se perpétuer par suite des récidives fréquentes qui s'observent, surtout lorsque des adhérences se sont pro-
(1) H. Cohn, Klinische Monalsblalter fur Augenheilkunde, 1867, p. 119.
(2) 0. Becker, Bericht ùber die Augen Klinik des Wiener Universitals, etc. Wien, 1867, p. 101.
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duites de bonne heure entre l'iris et la capsule du cristallin.
Pronostic. — L'irilis simple et l'iritis séreuse sont celles qui laissent après elles le moins d'adhérences, et dont le pronostic est le moins grave. Dans les cas favorables, on voit, au bout de dix à quinze jours, l'afflux sanguin diminuer et les exsudais plastiques se résorber, en môme temps que les douleurs cessent et que la pupille se laisse progressivement dilater par l'atropine. Plus tard, les produits d'exsudation déposés sur la capsule cristalline et sur la face profonde de la cornée se résorbent. Seuls les résidus pigmentaires peuvent résister indéfiniment à la résorption. Il n'est pas rare de voir, grâce à l'éclairage latéral, plusieurs années même après la disparition d'une iritis, de tout petits dépôts pigmentaires disposés circulairement ou en arc de cercle sur la crislalloïde antérieure.
Le pronostic devient beaucoup plus grave lorsque la maladie revêt la forme parenchymateuse aiguë, entraînant après elle la formation d'un hypopyon; ou lorsqu'il s'y joint une complication de kératite interstitielle profonde, de cyclite, de choroïdite ou de rétinite. C'est alors qu'on peut observer la perte totale et irrémédiable de la vue, soit par phthisie de l'œil, soit par glaucome.
Toutes choses égales d'ailleurs, plus les synéchies sont étendues et résistantes; plus on est exposé aux attaques répétées d'iritis; et plus le pronostic devient fâcheux. ^ Tels sont les symptômes, la marche et le pronostic de l'iritis, étudions maintenant les causes delà maladie.
Éliolorjie. — Les causes de l'iritis sont, les unes prédisposantes, les autres occasionnelles. Parmi les premières se présente tout d'abord l'âge des malades. Sans doute l'iritis
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secondaire, qui succède à l'inflammation d'aulres parties de l'œil, et l'iritis Iraumatique peuvent s'observer à tout âge. Mais c'est surtout dans la période moyenne de la vie, de vingt à quarante ans, que se montre l'iritis primitive. Le sexe paraît exercer également son influence; c'est ainsi que d'après tes statistiques de von Ammon, d'Arlt, de Ruete et de Ilorner, les hommes semblent plus exposés que les femmes à cette affection.
Est-il vrai que l'œil gauche soit plus souvent atteint que le droit? Nous n'osons rien affirmer à cet égard, d'autant moins qu'il est très-fréquent de voir la maladie gagner les deux yeux l'un après l'autre.
De tout temps on a reconnu l'influence de certaines diathèses sur la production de l'iritis primitive. Des causes banales, telles que les refroidissements, un choc même léger sur l'œil, la présence d'un corps étranger clans le cul-de-sac conjonctival ou sur la cornée interviennent souvent, il est vrai; mais en examinant soigneusement les malades, on arrive à découvrir, dans presque tous les cas, une cause supéieure constitutionnelle ou diathésique, sans laquelle l'iritis ne se serait pas développée.
Parmi ces causes générales, celle qui tient sans contredit la première place, c'est la syphilis. Sur 400 cas d'iritis, (30, sinon plus, peuvent être rattachés à cette cause. Viennent ensuite, par ordre de fréquence, le rhumatisme et la goutte, autrement dit cet état de l'organisme désigné sous le nom générique d'arthrilis. D'une façon générale, ce sont les formes chroniques, subaiguës, et à répétition, avec ou sans épanchements dans les articulations, qui exposent le plus à l'iritis. Par contre, cette affection se montre rarement comme
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complication du rhumatisme polyarticulaire aigu. Une cause assez fréquente d'iritis est la blennorrhagie. L'inflammation de l'iris revêt habituellement alors la forme séreuse, et envahit en même temps la face profonde de la cornée.
Chose digne de remarque, l'iritis rhumatismale ou arthritique se montre de préférence chez des individus faibles, maladifs, épuisés par les veilles, par la fatigue ou par une nourriture insuffisante. Mackenzie, en parlant de l'iritis goutteuse, insiste sur ce fait, qu'elle se montre rarement dans la période pléthorique de la maladie. Le plus souvent elle apparaît, dit-il, dans la période aslhénique. Les sujets observés par lui avaient le teint maladif, étaient pour la plupart de grands fumeurs et de grands buveurs. Ils avaient fréquemment souffert d'affections rhumatismales, de céphalalgie, avaient les gencives et les dents en mauvais état, des aigreurs, des flatulences et de l'abattement.
Gossetti (1) parle d'un cas d'iritis séreuse survenue chez un malade atteint d'insuffisance aortique. Ce qu'il y avait ici de particulier, c'était une amblyopie intermittente, survenant chaque matin au réveil et disparaissant dans la journée. L'ophthalmoscope n'avait pas permis à l'auteur de découvrir la cause de cette amblyopie passagère. Nous ferons observer que ce genre d'obscurcissement de la vue a été fréquemment noté dans le glaucome; dès lors, on est autorisé à penser que, chez le malade de Gossetti, un certain degré de glaucome s'était ajouté à l'iritis. A cet égard, il est fâcheux que l'auteur ne dise rien sur l'état de tension de l'œil affecté.
IIutchinson(2) insiste sur une forme particulière d'iritis se
(1) Gossetli, Ateneo Veneto, 18G9.
(2) S. Hutchinson, Tiie Lancel, 4, janvier 1873.
rencontrant chez les enfants nés de parents goutteux. D'après l'auteur anglais, l'iritis se montre de bonne heure, a une marche insidieuse, ne s'accompagne pas de symptômes aigus, et donne lieu à des synéchies qui finissent par déterminer l'occlusion de la pupille. Cette affection se montre rebelle à tout traitement.
La scrofule, ou, pour le moins, le lymphatisme ont été aussi considérés comme causes d'iritis. il est rare que, dans ces cas, la maladie se développe primitivement. Le plus souvent, elle se montre comme complication d'une autre phlegmasie de l'œil, et, en particulier, de la kératite lymphatique. Presque toujours elle revêt la forme subaiguë, et donne lieu à des synéchies très-étendues, d'une part, entre le bord pupillaire et le cristallin, d'autre part entre la grande circon-
Pig. 3. - Aspect de l'œil dans certaines formes d'irita. cbron.que. - 10« L laconjolve;-!,, iris bombé, en avant et décoloré; ...mUe déforme t uegulière. (Figure extraite de Mackcnzie, trad. Warlomont et Testel.n, t. I, p. 83».)
férence de l'iris et la cornée. En même temps l'iris, plus ou moins bombé en avant, change profondément de couleur, prend un aspect rouillé, et se recouvre d'excroissances qui, pour la plupart, avoisinent le cercle ciliaire. Dans une période avancée de la maladie, la sclérotique amincie laisse voir par transparence la coloration bleuâtre de la choroïde, sous la forme de bosselures légères, ou d'un anneau périkera-
ÊTIOLQGIE DE L'IRITIS. àl
tique. La cornée perd de sa transparence, si déjà elle n'était pas opacifiée par suite d'une kératite interstitielle primitive. L'œil devient mou, par diiïluenee du corps vitré qui se réduit en une espèce de sérosité citrine. Enfin le globe ainsi altéré augmente de volume, en prenant une forme carrée (hydrophthalmie), ou bien il se rapetisse de plus en plus (phlhisie de l'œil). Dans les deux cas, la vision finit par s'éteindre, ou à peu près, en partie par suite des synéchies irido-capsulaires qui oblitèrent le champ pupillaire, en partie par le fait des lésions ehoroïdiennes ou rétiniennes graves qui s'ajoutent à l'iritis.
On a voulu rattacher à la variété strumeuse de l'iritis le développement de certaines masses ou tumeurs suppuratives de l'iris, qu'on a considérées comme de véritables tubercules. C'est ce qui a été fait, entre autres, par Jacob (Treatise on the inflammation of the Eyeball). Toutefois, sous le nom de tubercules de l'iris, on a décrit des choses tellement différentes (abcès chroniques, gommes, etc.), qu'il est impossible de décider, avec le peu de notions anatomo-pathologiques que nous possédons, s'il s'agissait là de masses tuberculeuses véritables. Ce n'est que lorsqu'il y a en môme temps des tubercules dans la choroïde ou sur d'autres points du corps, qu'on est autorisé à considérer la néoplasie indienne comme étant de nature très-probablement tuberculeuse. - .
La rareté de ces faits nous engage à rapporter ici une observation concluante de tubercules de l'iris, suivie d'autopsie, que nous empruntons à P. Gradenigo (1).
« Il s'agit d'un homme de vingt et un ans. L'œil droit,
(\) P. Gradenigo, Annales d'oculinlique, t. LX1V, p. 177.
examiné le 16 août 1868, présentait l'état suivant : Conjonctive légèrement œdémateuse; injection périkératique profonde, rosée; cornée transparente, sauf en trois ou quatre endroits, où l'on voit de petits dépôts interstitiels, d'aspect grisâtre, arrondis, isolés, gros comme la tête d'une épingle, situés les uns sous la membrane de Bowman, les autres, plus profonds, reposant sur l'épithélium de la membrane de Descemet et faisant saillie dans la chambre antérieure. Chambre antérieure rétrécie; humeur aqueuse légèrement trouble.
» Observé a l'éclairage oblique, l'iris, de couleur bleue, a un aspect velouté. Six ou sept corpuscules distincts, de forme ronde comme la moitié d'un grain de mil, se font jour dans la chambre antérieure à travers le slroma de l'iris, dont ils occupent particulièrement le segment externe et inférieur, près de la grande et de la petite circonférence de l'iris.
» Pupille étroite, déformée par plusieurs synéchies postérieures; surface capsulaire un peu trouble. Bulbe de consistance normale. Point de douleurs prononcées, ni dans l'œil, ni le long des. branches nerveuses du trijumeau. Larmoiement médiocre; photophobie et sentiment d'ardeur a la paupière supérieure.
» Nul antécédent syphilitique.
» Les jours suivants, il se produisit à plusieurs reprises, et sans cause appréciable, un hypohéma qui s'est résorbé chaque fois.
» En ce moment, l'examen stéthoscopique ne révéla aucun signe de tubercules pulmonaires. A la suite d'un traitement analeptique, la maladie de l'œil droit eut un temps d'arrêt;
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mais au même moment apparurent des corpuscules de même nature que les premiers sur l'iris de l'œil gauche; et leur développement ne fut précédé ou accompagné d'aucun des symptômes de l'iritis. Les forces du malade allèrent toujours en déclinant, et trois mois après son entrée à l'hôpital, il fut pris subitement de coliques intenses et de vomissements avec fièvre et ballonnement du ventre. Bientôt après survinrent de la diarrhée, de la toux avec expectoration puriforme et des sueurs nocturnes abondantes. La mort eut lieu huit jours plus tard, et l'autopsie révéla l'existence d'une énorme quantité de tubercules miliaires, les uns crus, les autres en voie de ramollissement, non-seulement dans les poumons, mais aussi dans le foie, la rate, le mésentère, les glandes lymphatiques, et même sous la muqueuse intestinale.
- Les yeux placés dans le liquide de Mùller ont offert ce qui suit :
s Œil droit, volume et forme physiologiques. Cornée deux fois aussi épaisse que l'autre. Sa surface interne est parsemée de plusieurs noyaux saillants, peu résistants, formés d'une substance caséeuse, blanchâtre, qu'il est facile de détacher de la membrane de Descemet. — Chambre antérieure effacée; l'iris épaissi et décoloré adhère en différents points à la capsule du cristallin. Un grand nombre de corpuscules d'un blanc jaunâtre, analogues à ceux de la cornée, sont disséminés dans son parenchyme, notamment à sa face antérieure. — Pas d'altération apparente de la sclérotique, du cristallin et de la rétine ; l'humeur vitrée, légèrement opaque, semble un peu plus consistante qu'à l'étal normal. — La choroïde, qui dans son ensemble paraît saine, offre dans le
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voisinage du nerf optique deux ou trois granulations isolées, de couleur claire, fort semblables aux productions déjà décrites.
» Œil gauche. A part quelques petites tumeurs sur l'iris, de môme nature que celles de l'œil droit, il n'offre aucun genre d'altération.
» L'examen microscopique des nodules de l'iris y fait reconnaître les caractères histologiques propres au néoplasme tuberculeux. »
En dehors de toute influence constitutionnelle, l'iris peut s'enflammer par suite de diverses causes locales, telles que des blessures ou des contusions de cette membrane. Mais ce qui expose le plus à l'iritis traumatique, c'est la présence de corps étrangers, que ceux-ci aient pénétré dans l'œil par une plaie accidentelle, ou qu'ils y aient été laissés à la suite d'une opération. Parmi ces derniers, il faut citer en première ligne les fragments cristalliniens restés dans l'œil après l'extraction de la cataracte. Ils ne tardent pas à se gonfler au contact de l'humeur aqueuse et refoulent en avant l'iris qui s'enflamme. Chez les enfants, grâce à la résorption rapide du cristallin broyé, l'iris échappe le plus souvent à l'inflammation, et c'est ce qui permet d'avoir recours chez eux à la discision ; mais il n'en est plus de même chez l'adulle et surtout chez le vieillard. Aussi ne saurait-on apporter trop de soin dans l'extraction de la cataracte sénile, à débarrasse)- aussi complètement que possible le champ pupillaire de ces masses corticales molles que Ton appelle les accompagnements de la lentille.
Pendant longtemps on a exagéré la gravité des blessures de l'iris. L'expérience de ces dernières années est venue dé-