‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 119 sur 201 · ALCOOLISME AIGU · texte numérisé non relu

ALCOOLISME AIGU

mènes sont loin de se dérouler toujours avco la régularité que nous leur avons attribuée. Je vous signalerai surtout l'ivresse convulsive dans laquelle le malade a des accès épilepliformes, et l'ivresse amnésique, dans laquelle tout souvenir de ce qui s'est passé pendant l'orgie est perdu. M. Beard en cite un cas remarquable. Un employé de commerce, venu h New-York pour s'occuper des affaires de son patron, se grisa complètement; pendant trois ou. quatre jours il parcourut la ville, s'acquittant des commis-, sions qui lui avaient été confiées; et lorsque l'ivresse fut dissipée, il n'avait aucun souvenir de ce qu'il avait fait et croyait avoir à recommencer sa tournée.

Enfin, il est un état d'hébétude qui peut se prolonger plusieurs jours après une orgie et pendant lequel le malade reste dans une sorte de demi-stupeur confuse, n'ayant qu'une conscience très imparfaite de ses actions. Je pourrais vous en citer plusieurs exemples; je me contenterai de vous rappeler l'observation d'un jeune liommc entré dans mon service à l'hôpital Lariboisière, où je remplaçais temporairement un médecin absent; il présentait un état d'hébétude intellectuelle qui faisait craindre une méningite ou une fièvre typhoïde. Ce fut seulement cinq ou .six jours plus tard que, revenu à lui-même, il nous apprit qu'à la suite d'une violente discussion avec sa mère, il'Si'était outrageusement grisé. Ce n'était pas d'ailleurs un buveur d'habitude ; il s'agissait donc bien d'un cas d'alcoolisme ^igu, se prolongeant pendant une longue duréû' de temps. ,.,.'.,

Lésions anatomiques . — Nous savons qu'on peut mourir on état d'ivresse ; ou connaît donc les lésions (au moins macroscopiques) de l'alcoolisme aigu ; ce sont des congestions multiples^ portant siu'lout sur les méninges, sur le

620 t.»;/ ^i>g^:f;WK3 a-oxiQUics.

cerveau.-etsmJjJesprgaups. respiratoires; -le sang eet noir, fluide et souvent chargé de graisse. Dans le& cas lesplm prononces, .01). constate des hémorrhagies naéningéesiet ç.jqi'éhra.les, quelquefois aussi l'apoplexie pulomonaireunoo

|]a résuiïjé, ^noqs sommes en présence des lésions de l'asphyxie, et cet état semble résulter d'une sidération du systèn^e nerveu;5^.no:s înn tn'^fnoîÎB'ît f^h novom nu Js9 il ,.rsptoïis enfin que, comme l'a fait observer Tardieu, lesblessures même légères peuvent être mortelles dans cet état. - n^îpHn^ofTol '^h )ifolTrr> t^ .^enfi-aio 80l ano) 9b noiJ

Traitement, — Il me reste à vous dire quelques mots sur le traitement de l'alcoolisme aigu. éiBai : xij£98«;ifi/

, L'ivresse, quand elle est légère, se dissipe spontanément ; elle peut, sans inconvénient, être abandonnée à elle-mènrve. Veut-on accélérer le retour à l'état normal, le& effets presque instantanés des sels d'ammoniaque sont généralement connus. Quand les accidents sont plus gravesy l'une dos premières indications, comme dans la plupart des empoisonnements, est d'évacuer l'estomac, soit avec les-vomitifs (I ), soit avec la pompe stomacale; mais ces moyens restent sans action, quand le poison a été absorbé. Il faut alors, ew présence d'un cas d'ivresse grave, administrer le café, les préparations ammoniacales, les stimulants diffusibles, et quand il existe de l'asphyxie, pratiquer une révulsion énergique à La surface cutanée par les frictions s le massage^tles sinapismes. Quelquefois, il fa«t,jpecourJrà la respiration artificielle, et même à , la.;. trachéotomie, qui.* facilite Tentrée .4e l'air dans les bronches. Quand l'hébér *^fJpl^l9PQlifple se prolonge pendant plusieurs jours,ropîum »

,^?V^" pourrait, en pareil cas, qmployer les injoçtions hy|K)(lçr-, nnq\Tft'sicl'apom'orplilné/quï produisent des vomisscnicnts inslaiitâiies, et (lispenscntlo snjot'dé toiit<îfîôrt dedë'ii'UititiuMP ^Ui^OJ -Sup^S'J^

THAITEMKNT UK l' ALCOOLISME AIGU. G2f

et la morphine, à doses modérées, peuvent rendre quelques services, ainsi que les lavements de café, uia/i^i-

Enfin, il est de la plus haute importance dé se prémunir contre les dangers du refroidissement, qui, surprenant nn homme en état d'ivresse complète, peut souvent occasionner la mortiitf tjiïn b laJiiJriOl UiamOû Jiiju rj

Il est un moyen de traitement qui semble rationnel au premier abord et qui a été quelquefois employé avec succès, dit-on, c'est la saignée. Il existe, en effet, une congestion de tous les organes, et surtout de l'encéphale ; il semble donc assez naturel d'opérer une déplétion rapide des vaisseaux ; mais il est incontestable que plus d'une fois la phiébotomie, pratiquée chez des sujets en état d'ivresse, a déterminé la mort immédiate. Pour moi, je redoute les consé({uences d'un pareil traitement, et s'il fallait absolument y recourir, je préférerais, à l'ouverture de la veine, les ventouses scarifiées, qui sont un puissant moyen de rcvulsion^jiii'j c'ju j ii.qiiit-, ... .ah-u -

Au reste, il est peu dé praticiens qui, mandés auprès d'un homme en plein alcoolisme, songeraient aujourd'iuii à pratiquer une saignée; mais, à l'époque oh les émissions sanguines étaient en vogue contre l'apoplexie, on a pu, sans le savoir, commettre une erreur de traitement, résul-' t^iti directe d'une erreur do diagnostic. C'est une méprise de ce genre qui a coûté la vie à l'un des plus grands seigneurs de l'Angleterre; tombé dans un escalier h la suite d'une orgie, il fut saigné piu* des médecins qui , le voyant sans connaissance, crurent h une congestion cérébrale.' lldie'îigissait d'un accès d'alcoolisme aigu, et le malade mourut entre leurs mains. Les accidents de ce genre sont aujourd'hui moins à craindre, la saignée ayant perdu presque tout le crédit dont elle jouissait autrefois^» .^iumi-h»

,,,yi -rTRENTE ET UNIÈME LEÇON

^^ . DU DELTRIUM TREMENS.

Sommaire. — Historique. — Causes du delirium tremens. — Alcoolisme. AffecUons aiguës. — Causes d'affaiblissement. — Emotions morales.— Excès habituels. — Orgies. — Age, sexe, hérédité. — Suppression du "' stimulant. — Prodromes physiques. — Prodromes psychologiques. — Symptômes de la maladie. — Insomnie. — Hallucinationa. r- Terreurs, j .— Sitophobie. — Subdélirium. — Tremblement. — Sueurp. — r Etat ''"è'u pouls. — Température. — Forme fébrile à température élevée. — flirTerminaison. — Durée. -— Diagnostic. — Pneumonie.' ^— Fièvre typhoïde. — Méningite. — Urémie. — Erysipèle. — Lésions chirurgicales, — Paralysie générale. — Encéphalopalhie saturnine. — Manie aiguë. — Délire aigu. — Pronostic. — Anatomic pathologique. — Trai- ,, ,tement. — Trois catégories de sujets. — Moyens qui leur sont applicables.

-^'1' Messieurs,

^bI iBq nip ineiiT

îfîO'ïl est un état pathologique placé, en quelque sorte, sur

la frontière de l'alcoolisme aigu et de l'alcoolisme chroni-

;,que, et qui ressemble à un pont jeté entre les deux grandes

.^phases de l'intoxication par l'alcool. C'est le delirium tre-

-liipens ou délire tremblant, affection grave et qui semble

représenter ipar rapport à l'alcoolisme ordinaire la même

aggravation que le délire aigu par rapport, à la manie et à

1 état maniaque, ijij jîijoq b n ujjf .'^sjunuvouh) joui 'A Jiiiu) j

^1^.. Jlessieurs, dès les premiers temps de la médecine, Ton

a soigné des buveurs et ou; a, vu se produire des cas de de-

liiium tremens. Hippocrate en a très certainement rapporté

des exemples; Aristote semble en avoir décrit les svra-

DELlRÎUM TREMENS. 623

plômcs chez Denis de Syracuse, qui eut un accès d'ivresse pendant vingt-quatre jours (orgie vraiment royale). Enfin, nos prédécesseurs des deux derniers siècles nous ont laissé des observations qui paraissent évidemment s'y rapporter. Et pourtant le nom et la chose ne datent pas de loin, et il n'y a guère plus de soixante ans que Ton reconnaît l'existence d'une maladie aiguë offrant une physionomie toute spéciale et se rattachant comme origine à l'imprégnation alcoolique.

C'était en 184 3 : les guerres de Napoléon étaient en pleine activité et la contrebande introduisait sur les côtes de l'Angleterre les plus voisines du continent, et spécialement dans le comté de Kent, d'énormes quantités d'alcool étranger. La population maritime de ces parages abusait, par conséquent, de toutes les liqueurs fortes qu'elle contribuait à introduire dans le pays, et ce fut alors que Sutton, qui exerçait la médecine dans ces pîirages, fut frappé de voir qu'il existait chez les gens du peuple, et spécialement chez les matelots, une sorte de fièvre accompagnée de tremblement qui guérissait par l'opium, mais s'aggravait par les saignées. A cette forme spéciale de manie, il donna le nom de delu'ium treme)is, sans rattacher directement ces accidents à l'abus des boissons alcooliques; et c'est seulement h partir du travail de Sutton que le delirium tremens a été reconnu comme une espèce à part, comme une maladie spéciale. Six ans plus tard, Rayer publiait un mémoire dans lequel il rattachait ces accidents à leur véritable cause, et créait le luol œnoinanic^ (pii n'a |X)int survécu. Vinrent ensuite les travaux de Blake, de \\'are, de Gn[)land, de Calmcilct do plusieurs autres auteurs, qui firent connaître la nature et les symptômes de cette affectio!i.

Dupuylren signala, en 182G, le délire nerveux des blcs-

(52 i DES FOLIES TOXIQUES.

ses et des opérés, qu'il regardait conime un état spécial. Nous savons aujourd'hui qu'il ne s'agit ici que clu çléUre tremblant développé à l'occasion d'un accident pu, d'un traumatisme, chez des sujets adonné^ ^^,1'?'^"^ ^^^ liqueurs.

Énfm\,Gublqr.Çt,pîus récemment MM, Motet et Magnan ont étudié avec un. grand soin cette question, qui se trouve résumée dans les grands dictionnaires de médecine publiés en France et en Allemagne., j „f, ,,.,-,.vn Vni^> uk ^Àr,¥

Il est invariablenient admis de nos jours que le deljrium treraens se produit a polu nimio ou bien a polu suspenso. Mais on peut sedemauder si Talcpol en es.t toujours le point de départ obligé. On a incriminé l'opium e,t, les excès intellectuels prolongés, surtout chez les jeunps fille^, f.el. ,e!i,t,dii moins le. résultat des observations de Johpso,];i^. ^Mais ilfaut se méfier, en pareil cas, surtout s'il «'agit de jeunes Anglaises, car ralcoolisme,pei,i,^ connu phez^ftqijisparm femmes des classes élevées, se rencontre souvent .che2 les Anglaises de la meilleure société, qui ont parfois, au fond d'une armoire un consolateur secret auquel ellesont recours dans toutes les afflictions de la vie.^^j, jiKnnln fiî eibnior .-.jflLtons,àc,e sgjet une observation de, jRayer ,q,qJj|^ontre bien à quel point il faut se délier d^ç^ apparence^, (fB/Bit ;^.-^yn^ p^isinière , ayfiit été, employée toute , ja,. ja^irn^e • à éponger une armQire.dfiqs ^laquelle cm avai!^ r.^nye^sé,. plusieurs bouteilles de cognac, et (|e , I^irsçh^^j^ .Ja^, ^suite ,4^. j ce travail, elle fi|t, pri^^ 4'i-|i) .^iqcès de déHretremblant quifut attribué aux vapeurs, alcoolique|«;,^j^pa,r,^l,^, sobriété ^ de; cette femme était garantie. Mais une seniainp plus tard elle, eut un second accès, et, cetta fqif^.op K^rut devoir ^aje/iJ^jOiyer. Quelques jours plus tard, on la trouva ivre-mo.rtft d^ns la

rue

*t sil3,)pel riOfib 9upi'goioii9 omidt aalrjB 9nij J89 11

.,,,,11 <3stdonc bier) p3r,;iWi^^,^|5^ pratique, d'attribuer à des

UÉLIHIUM THEME.NS. uJii

âion^d observer. En suivant celte règle, on se trompera

....(, , ., i »i ji;4Xi <s 011 U ii[^ iuii biijoiuii ano/uci dijo/.

bien rarement, o i t

"^^ ^iNoiis laisserons ^e côte dans cette leçon tous lès cas plus '(')U*'rtidins'' authentiques qiiihè relèvent point aé Talcoo-

"lisme et ribiii n'ous '6crfiipeMn's''^xclusîveVnënt dé ceux qui reconnaissent pdu'r oi^iginë rîntervéntio'n de' Cet agent

Mais, au seuil môme de la question, une' distinction d'es

"'|jlu^ importantes vient s'imposer à nous et dominer l'hislôîre tout entière de la maladie. ^^\ ^' '^'''"''''^ "' ''''''''''''

^"^'^'L'usage habituel des boissons rermentees cletérmîne'iine prédisposition spéciale, et chez les sujets ainsi ph'pàrés le

' 'délire peut éclater, soit a rdccasîon d*un accident imprévu, soit par la suppression deTexcitant habituel. Dès lors, il ftiut ranger parmi les causes du délire tremblant toutes les affections aiguës qui peiivén't survenir chez les alcooliques,

' '{)Ws spécialement les blessures, la pneumonie, la pleurésie, lé' l^humatisme articulaire aigu, la fièvre' typhoïde, la

"'Scarlatine et l'ér^^ipèle, surtout du Cuir chevelu. Il faut y

joindre la plupart des Causes d'affaiblissement ; telles sont

'l'inanition, les Suppurations, et rriôme la blennorrhagie,

travail intellectuel, les veilles prolongées, lès excès Véhé-

^' riënSet lessives émotions' morales. Bennett,cité par TWeedio, "Wpî^oïie \é cas d'uii jeune hortiîide qui, chapitré par 'son

'"pèt*e 'à èaiïè'e'de'sâ'tîlauVaise è6nduitc,'fùt shîsï presque

'"îrtimédîatciiient d'un a'écîjs'de dclîrium'tréinérl^.'"^"'''

'^^^'^ 'Tyileéét'iHcoiVtestableniëhiriiiië dès foi-rtièiétiôlôgiqùcs

'"'Ùe'la tn'al'adiè; lé fusil èsl charg(i, le don p part, mais il ne ''Jiàrt'^'ds tôiit së'id',' n 'à'TâîIti' u*n bhoc'pôur détèrminet' la

Il est une autre forme étiologique dans laquelle l'alcool ''*^Gf suffit à lui-môtnc. Oti la rencontre surtout chez les gens

626 f>KS FOLIES TOXIQUES.

qui se grisent habiUiellement, mais avec discrélion et sans causer de scandale; on la rencontre aussi chez les ouvriers qui travaillent dans les cours dont l'atmosphère est chargée de vapeurs alcooliques. Enfin, le délire peut éclater brusquement à la suite d'une orgie.

Il faut ajouter, à lasuile des causes, certaines prédispon, sitions générales.

Citons d'abord l'âge. Chez l'homme, c'est surtout de trente à cinquante ans que la maladie éclate. Chez la femme, c'est surtout à l'époque de la ménopause, période de la vie où les goûts alcooliques se développent souvent. On cite aussi l'influence des saisons. Les chaleurs de l'été paraissent y être spécialement favorables. L'affaiblissement de la santé générale paraît également créer une prodisposition fâcheuse à cet égard.

Mais l'un des principaux facteurs, c'est incontestablement l'hérédité. Les descendants d'alcooliques sont tout spécialement enclins à commettre des excès dont ils supportent très mal les conséquences. Il existe sous ce rapport une différence marquée entre les races humaines. C'est ainsi qu'à l'extrémité de l'Afrique, les Hottentots, ivrognes par excellence, faiblissent rapidementsousl'influencedel'alcool. LesCafres et les Zoulous résistent beaucoup mieux. Ils se grisent aussi quand ils en trouvent l'occasion, mais c'est une race supérieure, pleine d'énergie, d'intelligence et de qualités militaires. On comprend donc la résistance qu'elle offre aux effets d'un poison qui triomphe plus facilement des organisations inférieures.

Reste enfin l'influence de la suppresssion du stimulanti.- Signalée par Gumming et Blake, elle a été contestée par Laycock et Anstie, mais elle est universellement admise aujourd'hui.

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