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Sç^»^/iil|ibV'jf- iEmçt^^onne^ept olipot^j^ue. -- i^I(fp!oiisra^ qérébral. -r-. Ah coolisme sabaigu. - Le délire alcoolique ept un rèvq. — HaJlucinalions de la vue et de l'ouîe. — ' lïallucinafions 'du iacl et dos au'lrea seus^ -T Caraokères psychologiques du délim. —Mobilité des idéesi —
.Passage très rapide de l'idée î^ l'action^ —; Défunt, absolu, de critiquq par rapport aux conceptions do ros[)rit. — Impulsion au suicide. —
llfAfldeuce des impikîsbions morales sur les aocôs de délire. — Influe^éë .Répressive du délire., — Délire des persécutions. — Abrutissen^en des alcoolisés chroniques. — Anesthésie du sens mor^l. — Dé-
l^ftgno^iiiO dfi, j'a|cpoiisn»e ,c|u*oiiiqwqr:tf)Phy8iononaiie du nilalade. . -*- Tremblemei^t. — Insomnie. — Etat mental. ^ Diagnostic différentiel Hèk' qi'iktrc'^r^arld^os 'manifèsiîiuoiis de l'alcoolisnio chronique. — Diagnostic du delirium] Iroraena. '— Bncéphnlopathic saturnine. — Criaca d'excitation de la paralysie générale. — Méningite aiguo. — Empoisonnements. — Diagnostic de l'épilepsie alcoolique. — Diagnostic do la lypémanio alcoolique. — Ditignostic de la démence alcoolique. — Diagnostic de l'alcoolisme et do la paralysie générale. — Pronostic de l'alcoolisme. — Lésions anatomiquos. — Lésions cérébrales, congeslivos ou dégénératives. — Traitement.
Messieurs,
Nous nous sommes occupés jusiiu'à présent de l'alcoolisme aigu et du delirium trcmens ; il nous rcslo maintenant à étudier l'alcoolisme chronique, c'est-à-dire au point de vue de la médecine mentale, la partie incontestablement la plus intéressante du sujet.
Il s'agit ici d'un empoisonnement chronique. En dehors des accidents aigus produits quelquefois par l'ivresse;
en dehors du delirium tremens qui en représente l'exacerbation la plus violente, nous sommes en présence d'un empoisonnement .lent et progressif dont les conséquences peuvent porter à la longue sur tous les organes de l'économie. Parmi les localisations viscérales, il faut signaler surtout les altérations du foie, de l'estomac, des poumons et du cerveau. Quant aux lésions vasculaires de l'alcoolisme, elles retentissent par leurs conséquences sur tous les organes à la fois.
C'est exclusivement de l'alcoolisme cérébral que nous avons à nous occuper : les symptômes qui le caractérisent se manifestent surtout chez les sujets habitués à l'abus des boissons. Le buveur de profession, eutraîné par des besoins de plus en plus impérieux, continue à dégrader son intelligence par des excès qu'il devient de moins en moins capable de supporter, car il est parfaitement avéré qu'une fois engagés sur cette pente, les alcooliques présentent une résistance de moins en moins grande aux effets du poison.
Toutefois, la déchéance de l'alcoolique ne s'opère pas, en général, suivant une courbe régulière. Sur ce fond monotone se détachent des exacerbations périodiques, pendant lesquelles la raison s'obscurcit complètement et perd momentanément tous ses droits. Ce sont ces crises pouvant se prolonger de quelques jours à quelques semaines, qui ont été décrites par M. Lasègue sous le nom à'alcoolisme subaigu^ et qui comportent, pendant un espace de temps limité, tous les caractères de l'aliénation mentale.
Le délire que présentent les alcooliques, comme l'a si bien dit M. Lasègue, n'est pas un délire, mais un rêve ; il commence la nuit pour se continuer le jour; arrivésàun certain degré de surexcitation, les alcooliques dorment mal et font des rêves caractéristiques. Bientôtrinsomnie arrive,
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mais c'est une insomnie peuplée de visions fantastiques et do chimères. Quand les rêves nocturnes se prolongent pendant le jour, rpiand le malade conserve les convictions, les idées et les inquiétudes qui l'ont assiégé pendant la nuit, il entre en plein délire.
Les rêves proprement dits de ces malades se rapportent ])resquc toujours h leurs occupations habituelles, à leurs disputes, aux travaux de leur profession. « Je serais bien riche, me disait un jour un menuisier alcoolique, si j'avais autant de meubles que j'en ai fabriqués en rôve. »
Mais le phénomène qui marque le plus nettement l'invasion de la folie, c'est l'hallucination. Chez l'alcoolique, on le sait, c'est surtout dans le domaine de la vue que se manifestent ces perturbations sensorielles. Ce sont d'abord des troubles élémentaires ; le malade voit des points noirs, (pielqueFois des points lumineux, animés d'un mouvement plus ou moins rapide ; son imagination les transforme aisément en animaux de toute espèce: ce sont des rats, des chats, des serpents qui s'agitent sur le plancher, des insectes qui couvrent les draps de son lit. Bientôt, s'il fixe les carreaux de sa fenôtre, il voit s'y dessiner des figures grimaçantes. Enfln, ces hallucinations deviennent complètes, et un drame h plusieurs personnages vient se dérouler devant lui. Presque toujours, les hallucinations ont un caractère lerrifiant, un sens lugubre; c'est là, d'ailleurs, comme nous le verrons, la note dominante de l'état mental des alcooliques, dans toutes ses manifestations. Mais on a peut-eti'c insisté, avec exagération, sur la prépondérance absolue des hallueinalions visuelles et Mir l'importance minime des troubles des autres sens. Les hallucinations de l'ouïe sont assez fréquentes chez les alcooliques. D'abord, elles peuvent se combiner avec celles de la vue, et venir, en
(540 l^fc^S FOLIES TOXIOÎJES.
quelque sorte, les compléter en leur communiquant une précision plus absolue; ensuite, il peut arriver qu'elles prennent entièrement le dessus et qu'elles constituent la partie la plus importante du délire sensoriel.
J'ai vu, dans le service de mon ami le docteur iMesnet, un alcoolique héréditaire, âgé d'environ cinquante an.s chez qui les hallucinations étaient exclusivement auditives ; jamais il n'avait présenté d'hallucinations de la vue ni des autres sens ; il appréciait parfaitement la nature de ces fausses perceptions, il ne croyait point h leur réalité ; elles exerçaient cependant un empire irrésistible sur lui. Lorsqu'au milieu de la rue, il s'entendait appeler par son nom, il se retournait presque toujours; lorsque les voix lui inti- "imaient un commandement, il obéissait presque invariablement. Un jour, passant sur les quais, il entend une voix qui lui commande de jeter dans la Seine les deux pièces de cinqfrancsqu'il avait dans sa poche ; il obéit machinalement, et à peine l'avait-il fait qu'il aurait voulu se jeter lui-même à l'eau; car, disait-il, nous n'avions pas, en ce moment, vingt francs à la maison.
'■' Mais parmi les hallucinations diverses dont il était la ''victime, la plus curieuse était celle qui se rapportait à ses ^''habitudes bachiques. Lorsque, en se rendant à son travail, il approchait d'un cabaret, il entendait distinctement deux •'"'^oix différentes : la première, celle du mauvais ange, lui - ''crîait : il entrei^a, il mirera; la seconde, au contraire, lui • "criafit : il n'entrera pas. A mesure qu'il approchait du ca- '■ baret, la voix du mauvais ange devenait de plus en plus '"'forte et impérieuse, elle étouffait toute opposition ; il finissait par entrer, et à peine avait-il bu que les hallucinations cessaient complètement. '"^ ^'^' Aux hallucinations de l'ouïe, il faut joindre celles du
DK L'AlXgOLI.SMK CllllONlQLK. ..;^[^^^
tact et des autres sens. La plupart des. alcooliques présentent de l'anesthésie sur certains points et de riiypéresthésie sur d'autres; ils éprouvent quelquefois (ies sensations de chaleur, de brûlure ou de, froid. Enfin, il leur arrive quelquefois de se sentir piqués ou pinces. ,jj ^^j^^^ ,^y j^. j^
^ En somme, tous les, sens- peuvent se trpuy^r intéressés dans les hallucinations de ralcûolisme.,,,j|^.,l j^^^j ,„p j^^^^j^
,][l.n'en est pas moins vrai que les hallucinations visuelles dominent la scène et doivent. être considérées con^ime un des principaux caractères de l'alcoolisme. M^-yj^n >9;,^|jni
'Il iti;^ ol(litf*(>iO'ni 9iiqmo nir Jnf.hnsqoo însifj;|iez9 Passons maintenant aux caractères vraiment psychologiques du délire chez ces malades. Notons d'abord la possibilité, dans presque tous les cas, de réveiller cet homme qui rêve tout haut, de l'arracher un instant à ses cliiimères et d'obtenir, en le secouant, des ropopses raisonnables à des questions précises. „ ..,,,,,^,^ ^.. ,„„b Jii;;d ii np.-Hnvitpnr»
Quant au délire en lui-même j, il est caractérisé par la mobilité incessante des idées. L'alcooliqiie saute d'un point à un autre sans se soucier des transitions; ce caractère donne au, tjélirp. , l^Si apparences d'une incohé,renc^ complète. Majs ce défaut de suite tie^t surtout, a, la surabondance des idées qui se précipitent les unes sux Ips autres dt ^p remplacent mutuellement. En dehors de cçtte condition spéciale, les délirants alcoo^liques conservent la logique habituelle, ^ps .^vrogpes., U^^a^^-ç ,qar;]Lcti)rc de ce délire particulier,,, ,c',est,,lç pa!?sa^ç t,r()s rapj^ç (Je l'idée à l'action ; à peinejl'impul^ion a-t-elle (^té ,(;o4Jçue, qu'elle est exécutée. Cel^e fac^ilité à ^ç détermiwcjc c\iq;4. \es alcgaliques tient sans dpiite if un carî^Plère psychologique de§ plus curieux et qui se rapproche d'une manière saisissant^ de l'état d'esprit qu'on observe dans les r,^yç,i^., lî^gus voulons parler de l'ab-
g42 ÎJES fOLIËS TOXIQUES.
sence d'otonnement, du défaut absolu de critique par rapport aux conceptions étranges dont leur cerveau malade devient le foyer.
L'alcoolique ne juge pas, il raconte; ses divagations renferment beaucoup de faits, mais peu d'idées, a Ce qui se passe se passe, voilà tout. » (Lasègue.)
Mais au point de vue de l'action, l'alcoolique ne reste pas tranquille : il discute avec ses persécuteurs, il veut savoir pourquoi on lui en veut, il s'agite sans trêve ni repos; il voyage perpétuellement sans aucun motif plausible, obéissant en cela à un irrésistible besoin do mouvement. Un de nos malades, au milieu d'un accès de ce genre, monte eu chemin de fer et part pour Dijon ; une fois arrivé dans cette ville, déjà calmé par le déplacement, il se demande pourquoi il Y était venu et ne trouve aucune réponse à cette question.
Les impulsions insensées de l'alcool peuvent conduire au crime, aux actes obscènes, au vol, à l'assassinat. ALais de toutes les tentations qui peuvent l'assiéger, la plus fréquente et la plus caractéristique, c'est l'impulsion au suicide. Cet acte, chez l'alcoolique, n'est point réfléchi, calculé, prémédité comme chez beaucoup d'autres aliénés; il est brutal, soudain, imprévu et sans prodromes. L'idée de se tuer lui traverse l'esprit, et aussitôt, sans aucune transilion , il prend un rasoir ou détache sa cravate pour se pendre. Aussi les alcooliques exigent-ils la surveillance la plus rigoureuse, et ce n'est pas ici le cas d'appliquer le principe de la non-contrainte.
Restent enlin deux grands caractères généraux de cette forme de délire.
L'accès de délire alcoolique peut éclater sans doute à la suite d'une orgie exagérée sous l'influence d'une fatigue
DE l'alcoolisme ciihonique. 643
excessive, des excès sexuels, d'une rixe, d'une dispute, mais surtout, chez les buveurs réguliers, sous l'inlluence d'un traumatisme moral. Un chagrin profond, une perte d'argent, une arrestation suffisent pour faire éclater le délire chez les sujets déjà prédisposés par une longue imprégnation. Gomme l'a très justement fait observer M. Motet, il est des gens qui, parfaitement responsables au moment oii ils commettent un crime ou un délit, deviennent aliénés après leur arrestation, mais non pas avant. Or, un grand nombre de ces sujets sont des alcooliques.
En second lieu, si l'ivresse peuple l'esprit de visions agréables, le délire alcoolique exerce presque toujours une influence dépressive ; le malade est presque toujours triste, entouré de dangers, tourmenté par des terreurs vagues. Ces frayeurs sans motif sont un des caractères les plus habituels de cette forme de délire, et ce qui n'est pas moins caractéristique , c'est l'attitude d u malade en présence de ses impressions. Le plus souvent, ilcherche à prendre la fuite, et s'il devient furieux, c'est seulement quand on veut l'arrêter. Nous en avons vu récemment un exemple : un jeune homme en proie cl des terreurs alcooliques se précipite dans l'escalier d'une maison et monte jusqu'au troisième étage; là, se croyant toujours poursui\i, il se réfugie dans les cabinets d'aisance et pousse le verrou. Mais on frappe, on veut enfoncer la porte; saisi d'une terreur folle, il passe à travers la lucarne et se précipite la tète la première sur le pavé. Transféré à la suite de cet accident à Sainte-Anne, il nous rendait compte, quelques jours plus tard, des craintes paniques qui l'avaient poussé à cet acte insensé. L'alcoolique est donc essentiellement différent, sous ce rapport, de l'épileplique; l'un et l'autre, au moment de la crise, sont sous riniluence de la peur, mais le premier s'enfuit, le second
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attaque et sa fureur aveugle est l'expression de la terreur qu'il éprouve. L'alcoolique est donc infiniment moins dangereux que répileptique; mais il est bien entendu que cette règle n'est pas absolue, elle comporte de nombreuses exceptions.
Parmi les formes diverses de dépression morale que subissent les alcooliques, il faut signaler le délire des persécutions. On trouve, en effet, chez plusieurs de ces malades tous les caractères de cette vésanie : ils ont des hallucinations nombreuses et persistantes de l'ouïe, ils sont entourés d'ennemis, ils redoutent des complots imaginaires et peuvent quelquefois désigner leurs persécuteurs. Mais ce qui caractérise surtout ce délire alcoolique des persécutions, c'est qu'il est essentiellement guérissable ; et si certains aliénistes ont admis qu'une proportion notable de persécutés pouvait revenir à la santé intellectuelle, ce sont probablement les persécutés alcooliques qui ont fait, en totalité ou partie, les irais de cette statistique.
L'alcoolisme subaigu présente une durée variable, mais en général assez courte. Au bout de quelques jours oa de quelques semaines, le malade, privé de son excitant habituel, sort^raduellement de son rêve é^revient au sentiment de la réalité. C'est le retour du sommeil qui marque le début de la convalescence; et quand le malade a goûté quelques nuits de repos, il rentre en pleine possession de ses facultés. '"^
Mais le retour incessant des mêmes excès conduit le malade h l'alcoolisme chronique. Ici, nous ne voyons plus' ces crises qui mettent en relief les perturbations intellectuelles et morales qui résultent de l'empoisonnement! La note dominante^ chez les alcoolisés chroniques, c'est l'abrutissement. Oa pourrait dire que ces sujets présentent une véritable
DE l'aLCOOLI.S.MI: C.IIKOMQLE. 6io
anesthcsie du sens moral : les affections naturelles sont complètement éteintes, ils n'ont aucune pudeur, ils ont perdu le sentiment de leur dignité; ils vivent dans un cgoïsme absolu, dans une indifférence complète à tout ce qui sort du cercle étroit de leurs habitudes. Boire et toujours boire, voilà leur unique préoccupation. Cependant, à travers celte déchéance intellectuelle et morale, on voit encore s'agiter quelques vagues remords de conscience : ils éprouvent le besoin de se justifier, ils invoquent les nécessités de leur profession, ils accusent des chagrins violents qui les obligent à s'étourdir. Enfin, eu dehors des excitations sans cesse renaissantes de l'ivresse, ils sont d'une tristesse profonde.
Chez la plupart de ces malades' on 'remarque un affaiblîssement profond de la volonté. Rien ne peut mieux en donner la mesure que l'impuissance de leurs efforts pour se débarrasser de leur vice, .l'ai connu un homme distingué et possédant une belle fortune, qui, après avoir perdu une femme qu'il affectionnait beaucoup, se mit à boire avec excè^ des liqueurs fortes. Voulant sortir de la dégradation oii ses habitudes l'avaient plongé, il fit venir chez lui sa cousine, femme respectable çt d'un i\ge mûr, et lui confia la clof de la cave pour mettre un frein a ses proprès appétits. Mais, après une courte période de sobriété, 011 s'aperçut ([u'il était presque constamment ivre; on le surveilla et l'on finit [)ar découvrir qu'il s'était fait fabriquer une fausse clef à l'aide de laquelle il pénétrait dans sa cave, déjouant ainsi les sages précautions qu il avait prises contre lui-meine.
Une longue suite d excès entiame l alcoolique vefs la démence; il y parvient à peu près invariablement, lorsque sa carrière n'est point interrompue |)ar une maladie inter-
currente, par un accès mortel de delirium tremens ou par la manie grave des ivrognes [mania gravis potatorum), affection presque toujours mortelle, et qu'on observe plus souvent dans les pays du Nord que dans nos climats.
Messieurs, je me propose de condenser en une seule leçon tous les /)oint3 qu'il nous reste à traiter au sujet de l'alcoolisme; car je ne voudrais point donner à cette question, malgré l'intérêt considérable qu'elle présente, un développement trop étendu par rapport aux autres parties de mon enseignement.
Je vous ai retracé les caractères les plus importants de l'état mental des alcooliques, je dois maintenant on discuter le diagnostic, en formuler le pronostic et en montrer les lésions. Enfin, je dois vous offrir quelques observations succinctes au sujet du traitement.
Diagnostic. — Les antécédents du sujet sont le point de départ le plus habituel et en même temps le plus sûr des conclusions que peut formuler l'observateur au sujet du diagnostic. C'est presque toujours après une longue odyssée, dont chaque étape est marquée par des excès plus ou moins prolongés, que nos malades viennent échouer à la Préfecture de police et plus tard à Sainte-Anne. C'est, en effet, dans la plupart des cas, par une série d'accès d'abord très courts, puis de plus en plus prolongés, que les buveurs versent dans l'alcoolisme chronique. Au début, quelques jours d'isolement, de tranquihité et de régime suffisent pour ré^^ blir l'équilibre de la raison, et après une très courte arrestation, ils sont remis en liberté. A mesure que le temps s'avance, les accès deviennent plus graves, et lorsqu'enfm le? sujets sont absolument mûrs, suivant l'expression consacrée, on les transfère dans un asile d'aliénés. Dans la pratique civile, les choses se passent à peu près
[)E L'ALCOOLISME ÇIIUOMOLL. 047
de môme: le médecin assiste à des attaques d'abord légères et transitoires, puis de plus en plus graves et qui aboutissent, en dernière analyse, h l'aliénation mentale.
Ainsi donc, en thèse générale, le diagnostic ne présente aucune difficulté. L'histoire du malade est depuis longtemps connue, il possède un dossier plus ou moins complet, la famille et les amis s'empressent de fournir des renseignements au médecin, et il ne s'agit plus que d'établii' la constatation officielle d'un état de choses, depuis longtemps reconnu.
Mais il est des cas où la sagacité du médecin et l'expérience du spécialiste doivent suppléer h l'insuffisance absolue des renseignements. Un homme du monde est pris tout à coup d'un délire violent; personne autour de lui ne soupçonne ses habitudes ou ne veut en révéler le secret. Le médecin, qui le voit pour la première fois, doit formuler, en s'appuyant sur les signes immédiats, undiagnosticd'aiitant plus difficile à établir qu'il semble en opposition avec la condition sociale du malade. On doit alors ne tenir aucun compte des circonstances extérieures, et ne tenir compte que des symptômes observés.
Je vous ai présenté l'un des cas oii votre sagacité aura besoin de s'exercer ; vous me pardonnerez de ne point dresser le catalogue de toutes les circonstances où vous serez obligé de formuler une opinion à cet égard, soit au |K)int de vue médical, soit au point de vue médico-légal.
Je v.iis donc essayer, messieurs, de vous présenter d'abord le diagnostic de l'alcoolisme chronicjue, on général; nous discuterons ensuite le diagnostic des formes principales que peut airccler cet enq)oisonncment chronique.
En dehors de ses accès d'aliénation mentale, ralcooli(pio
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présente une physionomie toute spéciale. D'une manière habituelle, il offre une expression d'hébétude, un regard vague et fuyant; le teint est blafard, le corps est gras, mais de cet embonpoint qui dénote aux yeux de l'observateur une mauvaise santé, et ce jugement est confirmé pfir le mauvais état des plaies qui se cicatrisent difficilement comme chez les diabétiques.
La face est souvent parsemée des varicosités ; elles surabondent sur le nez, qui s'épaissit, devient charnu et se charge de graisse. Enfin, pour compléter le tableau, les yeux sont chassieux, et le malade transpire abondamment.
Aces symptômes généraux, se joignent des troubles sg rattachant à l'état du système nerveux et qui ne laissent subsister aucun doute sur le diagnostic.
D'abord le tremblement; il est trop connu pour que j'essaye, de vous le décrire, mais il est bon de se rappeler que lorsqu'il fait défaut, une émotion, une fatigue, et rncme la privation du stimulant habituel suffisent pour le mettre en relief. Souvent un malade qui repose tranquillement dans son lit, se met à trembler violemment quand on l'oblige à. se lever et à marcher. .i>,tnB g^h 5»lomoo ia^ii no''
En second lieu, l'insomnie ; presque tous» les sujets lorsqu'ils sont convenablement interrogés accusent une perte complète ou tout au- moins un trouble profond du sommeil. Un alcoolique qui dort tranqudlement et qui goûte un véritable repos pendant la nuit, est une exception desmoms, fréquentes, un cas des plus rares en pathologie. -itïOiiBiwjwïlr,' »fnuirtni
Enfin^ sous le rapport de Tétat mental, nous reucontroiiS' les caractères, que dans la- 'leçon précédente je ^voMSnaii signalés ; l'apathie, la dépression morale, rinstabilité: du caractère enfin, cette ankylose intellectuelle qui vient
DIAGNOSTIC Dt l'aLCOOLISME CHKONIQLt:. Ci9
immobiliser l'esprit dans la routine et le rendre incapable d'acquérir des idées nouvelles.
Ces données vous suffiront dans' les cas ordinaires pour llairer l'alcoolisme et vous mettront en éveil ; mais il faut maintenant, serrant la question de plus près, établir le diagnostic différentiel des quatre grandes manifestations de l'alcoolisme chronique. Ce sont : le delirium tremens, l'épilepsie alcoolique, la lypémanie et la démence.
i° Delirium tremens. — On peut le cofifondre avec l'encé" phaloi)athie saturnine aiguë, et le diagnostic est d'autant plus difficile que les ouvriers empoisonnés par le plomb le sont presque toujours en môme temps par l'alcool. Toutefei-s-, il faut noter que, dans l'cncéphalopalhie saturnine, on constate infiniment moins de troubles que dans le delirium tremens.' Los malades n'ont pas de titubution ; ils saillissent et retiennent beaucoup mieux les objets qu'on leitr présente; ils n'ont pas le tremblement de la langue et des lèvres et n'offl-ent pas, [)af conséqueilt, d'embarras de la parole. Si l'on ajoute à ces signes négatifs les stigmates du plomb sur les gencives, sur la [jeau et sur les ongles, et si l'on tient compte des antécédents du malade, on pourra presque toujours établir nettement le diagnostic.
La paralysie générale, dan» ses périodes initiales, présente quelquefois des cas d'excitation ffui ressemblent trait poni' trait au delirium tremens,' et l'erreur sera d'autant pkïs facile (\\\^ souvent des excès alcooliques ont Uiarcjué le début de la crise. Toutefois, le paralytique général présente infiniment moins d'hallucinations (pie Talcooliciue, et S(ui délire offre moins d'exarerhatious nocturnes. D'ailleurs, la marche delà maladie est absolument dilférente; l'alcoolique, s'il ne meurt pas, revient à la santé après \\\\ traitement régulier ; le paralytique, au contraire, aMnis de sa crise, pré-
650 ^^^ FOLIDS TOXIQUIiS.
sente le spectacle d'une décadence progressive qui, lorsqu'elle a été soigneusement observée, ne peut laisser aucune place au doute.
Peut-on confondre avec le delirium treniens la méningite aiguë? Nous avons ici, dans le thermomètre, un élément précieux de diagnostic. Sauf le cas du delirium fébrile, la température ne s'élève pas habituellement chez les alcooliques, tandis que dans la méningite l'hypertheriTiie est incontestablement l'un des éléments morbides les mieux accentués. '• ''' '
Nous laissons de côté, bien entendu, le delirium tremens symptomatique d'une affection aiguë et qui participe alors à l'élévation de température que provoque l'affection principale.
Le délire de l'urémie qui peut simuler le delirium tremens est accompagné de vomissements; le malade a une tendance à tomber dans le coma et n'éprouve point d'hallucinations. Ce sont là les premiers éléments d'un diagnostic qui sera confirmé par les commémoratifs, par l'examen des urines.
Dans la manie aiguë, on rencontre en général infiniment moins de tremblement et les hallucinations sont beaucoup moins fréquentes. Par contre, le malade est beaucoup plus agité, beaucoup plus incohérent dans ses propos, et l'o)! ne peut pas, par une question fermement posée, couper court à son délire et le rappeler, ne iût-ce que pour un instant, au sentiment de la réalité. (imiT')
Quant aux empoisonnements par les narcotiques, par l'opium, la belladone ou le datura stramonium, ils se distinguent du delirium tremens par l'état des pupilles et par la tendance au coma. Il est d'ailleurs une expérience théra- .peutique qui peut servir à lever les doutes; c'est l'effet
DIAGNOSTIC DE l'aLCOOLISME CMRONIOl'E. C?Jl
sédatif de l'alcool, si remarquable chez les alcooliques en état de délire.
2° Epilepsie alcoolique, — Chez les alcooliques, l'attaque convulsive est souvent identique à celle des comitiaux et sous le rapport des symptômes, ces deux états se ressemblent au point de se confondre. Mais ils se distinguent surtout par leurs causes occasionnelles.
L'épilepsie alcoolique éclate le plus souvent après une émotion dans le cours de l'ivresse, ou après une orgie. Elle se montre aussi dans le delirium tremens ou pendant révolution du délire alcoolique. Rien de semblable pour la véritable epilepsie, dont les accès sont aussi capricieux par leur apparition qu'ils sont réguliers dans leur évolution. En outre, l'épilepsie alcoolique guérit par la suppression do la cause qui lui a donné naissance; l'épilepsie vraie persiste, et c'est ainsi qu'on peut formuler, avec certitude, sinon le diagnostic immédiat, du moins le diagnoslic éloigné.
3" Lypémanie alcoolique. — Chez les alcooliques, la lypémanie prend très souvent la forme du délire des persécutions ; elle s'accompagne d'hallucinations très prononcées de la viîe et de l'ouïe, mais ce sont surtout les hallucinations de la vue qui prédominent. D'ailleurs, le caractère de ces troubles sensoriels suflit pour les distinguer de ceux qui résultent d'une vésanie proprement dite. L'alcoolicpie voit des animaux, des figures menaçantes qui le remplissent do terreur; il rêve aux occupations de son métier et vit au milieu de ses préoccupations journalières. Le persécuté a surtout des hallucinations de l'ouïe et, sousl'empire de ses idées fixes, il s'éloigne de plus en plus des souvenirs de la vie normale. D'autre part, les signes physiques de l'alcoolismc ditîèrcnt essenticllemenl de ceux do hi mélancolie
(Î52 1>KS FOLILS TOXIQUES.
ordinaire et, dans bien das cas, ils suffiraient à le faire reconnaître. nitron
4° Pémence alcoolique. — La démence chez les alcooliques est. caractérisée plutôt par la torpeur que par Tabolition complète des facultés. L'alcoolique dément est moins complètement nul que le dément véritable. Gopendant, il faut en convenir, parvenues un certain de^ré, la démence alcoolique ne se distingue plus par aucun caractère des autres formes de la déchéance intellectuelle* ^^-rfininot h» t'î^
Il me reste à dire quelques mots du diagnostic entre l'alcoolisme et la paralysie générale. Nous avons déjà touché ce sujet à propos du dehrium treniens, mais il faut bien le savoir: à tous ks degrés et dans toutes les formes de l'alcoolisme chronique, on se heurte à cette difficulté. Rappelons donc, en quelques mots, les différences essentielles qui séparent ces deux maladies. îfinioullcn ^sJ
qîi La faiblesse musculaire est l'un des grands caractères de l'alcoolisme. Chez les paralytiques généraux,' au contraire, les forces mu scalaires sont assez bien conservées au début, quelquefois même elles sont exaltées, et les troubles de la vn^otilitéy le tremblement qu'ils présentent sont des phénomènes plutôt spasmodiques que paralytiques. Lorsqu'à une période plus avancée la paralysie s'affirme, les autres phénomènes de la maladie sont trop nettement accentués pour -qu'il soit possible de s'y méprendre. iitJnâ
i, L'alcoolisme s'accompagne presque toujours d'un certain degré de dyspepsie ; l'appétit est nul, la soif est vive, et chez les vieux buveurs il existe une sécrétion exagérée des glandules mucipares de l'estomac qui s'exprime par des vomissements glaireux. Au contrake, chez les paralytiques généraux, les fonctions digestivessont en général bien conservées et quelquefois même exagérées. Le paralytique dévur<c,
DlAGNOSnC [)!•: L*ALCOOM.<i!\IE niROMQUE. Gfî9
l'alcoolique ne mange guère, et c'est lA, très incontestablement, lin élément de diagnostic.
Au point de vue moral, la dépression, la tristesse, la lypémanie, sont l'expression habituelle de l'alcoolisme. La satisfaction, le contentement, l'evaltation du moi sont, au contraire, le type de la paralysie générale. Sans doute, il est des paralytiques tristes et des alcooliques gais ; mais, dans la paralysie générale, la mélancolie prend le plus souvent la tournure hypochondriaque ; on se voit alors en présence de malades très préoccu[)és de leur santé et craignantsans cesse la mort. Les alcooliques, au contraire, sont extrêmement portés au' suicide et Ton ne rencontre pas habituellement, chez eux, ce& terreurs liypochondriaques qui caractérisent si nettement la forme dépressive de la paralysie générale.' !ib rtA .rîuiu ^biipbiif» u'» .-jnol» cnuli>q
Les hallucinations, peu communes dans la paralysie générale, sont, au contraire, Tun des traits dominante de l'alcoolisme. Elles s'y présentent avec une telle abondance, une telle netteté et des caractères si spéciauv, qu'il est diflicile de les méconnaître. ^ip
'L'insomnie est bien plus prononcée chez les alcooliques que chez les paralytiques, et ils sont exposés à des crises nocturnes qui, comme l'a si justement fait observer M. La"sègf(ie,MConstituent la note dominante de leur maladie. "
Enfin, l'intelligence est incontestablement mieux conservée chez les alcooliques, (pii, dans la majorité de^ èas, sentent parfaitement leur faiblesse et déplorent eu\-m(^mes leur affaissomont moral. >< 'uni * aiii'juui /um/ -.•*[
<"Ges différences permettront le [)lus sonvent'ïlô'ttio^rir^l cônlondrc l'alcooliisine chronique 'avec 'la paralysie générale. Toutefois; "il est des' cas oi!i les^deiTX maladies? présentent les ressemblances les plus intimes et ne peuvent être diiré-
renciées que par leur mode d'évolution. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, à propos de la pseudo-paralysie générale alcoolique.
Pronostic, — L'alcoolisme exerce son action nuisible sur tous les organes de l'économie. La plupart des buveurs succombent ri une maladie de foie, de l'estomac ou des poumons ; mais ce qui nous préoccupe surtout ici, c'est leur état cérébral.
L'alcoolique peut toujours guérir s'il parvient à secouer le joug de ses habitudes, pourvu toutefois qu'il ne soit point arrivé à ce degré de désorganisation qui rend impossible le rétablissement des fonctions normales et condamne le sujet à une sorte de demi-démence; mais il est extrêmement difficile à l'alcoolique de se réformer s'il n'est point placé sous une surveillance des plus rigoureuses. Toutefois, on a vu des conversions mémorables, et il n'est aucun médecin qui ne puisse en citer des exemples ; mai.s si l'alcoolisme est guérissable, la dipsomanie ne l'est point; nous étudierons d'ailleurs ce sujet, avec tous les développements qu'il comporte, dans la leçon prochaine.
-M Rappelons-nous, d'ailleurs, que si le pronostic est grave pour le coupable lui-même, il ne l'est pas moins pour sa postérité. Par voie de transmission héréditaire, ralcoolisme conduit à toutes les formes de l'aliénation mentale et surtout à ces dégénérescences qui constituent dans la pathologie mentale un chapitre à part.
Lésions anatomiqiies, — Si dans les principaux viscères on trouve des preuves non douteuses de l'action de l'alcool sur les tissus, il faut convenir que dans le système nerveux on ne rencontre aucune altération caractéristique. Les lésions de l'alcoolisme sont nombreuses et profondes, mais ne présentent en aucun cas de caractère spécifique.
LÉSIONS DK L ALCOOLISMIC CHHONlQtE. ijl)^
On peut diviser eu trois grandes classes les lésions cérébrales : elles sont congestives , inflammatoires (y\.\ dérjénéralives.
On rencontre souvent des congestions superficielles des hémispliôrcs ; les méninges sont vascularisées, et les couches corticales participent à l'hypérémie.
Souvent aussi l'on trouve des traces de méningite; il existe chez plusieurs sujets un épaississement opalin de la pie-mère et de l'arachnoïde ; mais la lésion la plus importante parmi les altérations de cet ordre, c'est la pachyméningite, ce sont les néo-membranes de la dure-mère qui deviennent l'une des sources les plus fréquentes de ces liémorrhagies méningées si fréquentes chez les alcooliques.
On trouve enfin des adhérences de la pie-mère aux circonvolutions sous-jacentes, et ces lésions ne se distinguent en rien de celles de la paralysie générale, si ce n'est par leur fréquence infiniment moins grande.
Parmi les lésions dégénératives, nous signalerons surtout les altérations des vaisseaux cérébraux. On rencontre souvent un état athéromateux très prononcé des artères, et des varicosités nombreuses, chez les vieux alcooliques. On comprend dès lors qu'ils doivent être sujets aux hémorrhagics cérébrales qui se rattachent tantôt aux anévrysmes miliaires, tantôt à la dégénérescence des parois artérielles; mais une conséquence plus directe encore de l'athérome, c'est le ramnlIisseniDnt, soit cérébral, soil spinnl, qui se montre parfois dans une grande élen(1u(\ Par contre, on trouve chez certains alcoolicpjcs des placiucs disséminées de sclérose cérébrale.
Un certain degré d'atrophie du cerveau se remarque chez la [)lupart des vieux alcooliques; lorsque ce processus est
6o6 i>liS FOLIES TOXIQUES.
très prononcé, le crâne semble offrir une capacité trop grande pour le cerveau qu'il renferme : c'est surtout alors que l'on constate de l'œdème cérébral, des épanchemenls sous-méningés ou ventriculaires qui viennent, en quelque sorte, combler le vide produit par le retrait de la substance cérébrale.
N'oublions pas enfin que chez certains sujets, loin d'être hypérémiée, la surface de l'encéphale est pale, anémique, décolorée; c'est une conséquence naturelle des altérations vasculaires que nous venons de décrire.
On rencontre parfois une infiltration graisseuse des cellules corticales et des dépôts pigmentaires.
Enfin l'analyse chimique a permis de reconnaître la présence de l'alcool dans le cerveau, surtout dans les cas de mort rapide à la suite d'accidents aigus.
Sauf ce dernier caractère, les lésions que nous venons de décrire, prises individuellement, ne sont point spéciales à l'alcoolisme; on les rencontre pour la plupart dans d'autres maladies, mais elles sont la preuve évidente d'un vice profond de nutrition de l'organe. L'alcool détermine d'abord un état congestif auquel succède une subinflammation chronique qui se termine par l'atrophie. On comprend dès lors pourquoi la maladie, qui, dans ses premières phases, paraît facile à guérir, aboutit en dernière analyse à une démence mcurable.ijo^uoj 'îî;oq isoncail) ns'fom inoilfSD
Traitement. — Nous avons déjà parlé des moyens thérapeutiques qu'il convient d'opposer au délire tremblant et à la manie grave des buveurs.. Nous ne parlerons donc ici que du traitement de l'alcoolisme aigu et chronique.. jiic jj ti..
Presquetoujours, nous l'avons ilit, quand le malade renonce de gré ou de force à ses habitudes, il guérit complè-
TnAITEMINT i)K f/ALCOOLISMK CHROMQUE. GÎj7
tcment. Le moyen d'action qui se présente naturellement le premier à Tesprit, c'est la séquestration: mais il faut y joindre l'exercice physique et les distractions de tout genre, qui viennent fournir un aliment aux centres nerveux privés de leur stimulant naturch'^^iJ^^S ^^^^^ •^' uiiiiiio.
On a cherché quelquefois (à l'étranger) àin?pirer le dégoût de l'alcool h ces malades par l'abus des préparations alcooliques. On introduit des liqueurs spiritueuses dans tous les mets qui leur sont offerts; le filet au madère, l'omelelte au rhum forment la base de leur régime, et aucun plat ne paraît sur leur table sans être largement alcoolisé. Au bout d'un certain temps, les malades, dit-on, éprouvent un tel dégoût, qu'ils renoncent pour toujours aux boissons spiritueuses ; mais, de l'aveu même des promoteurs de ce sysl-ôme, il est des sujets qui, loin de prendre en horreur un pareil régime, s'en accommodent parfaitement et paraissent y trouver le moyen de satisfaire leurs penchants. En outre, il est évident que chez plusieurs de nos malades un pareil régime compromettrait gravement la santé physique. 1' L'hygiène des alcooliques doit être basée sur une alimentation tonique : on leur donnera une nourriture riche en éléments phosphores; ils boiront du lait, du vin et du café. -Une fois rétablis des conséquences immédiates de leurs abus, ils feront bien, s'ils en ont le courage, de pratiquer l'abstinence totale et de renoncer pour toujours aux boissons fermentées; c'est le meilleur moyen de ne jamais retomber dans leur péché d'habitude. Leurs efforts, en ce sens, seront facilités par l'usage des amers. Enfin, l'hydrothérapie peut rendre ici de grands services, connue dans tous le cas d'alï'aiblih'somcnt général du système nerveux.
Il nous reste h dire quelques mots des moyens pharmaceutiques.'^o il rCJi^'liJl' UU 'Jl,
6o8 DES FOLIES TOXIQUES.
Nous ne vonlons point nous occuper du traitement de l'alcoolisme en général; mais les troubles de l'estomac sont liés d'une manière tellement intime aux accidents nerveux, qu'il est impossible de les négliger.
Contre la paresse digestive, on emploiera les toniques amers et, plus spécialement, les préparations de noix vomique.
Contre les vomissements glaireux, on emploiera le nitrate d'argent sous forme pilulaire à la dose de 1 ou 2 centigrammes par jour.
Contre les douleurs et les vomissements incoercibles, on fera usage de la glace et des préparations opiacées.
Enfin les révulsifs appliqués au creux épigastrique donneront quelquefois des effets utiles.
Il nous reste à parler du traitement des accidents nerveux.
L'insomnie appelle l'emploi des bromures alcalins, des bains prolongés et des sédatifs en général. Les narcotiques ne paraissent point agir avec avantage chez les malades de ce genre, lorsqu'ils sont parvenus à l'état chronique.
On a préconisé l'oxyde de zinc contre les hallucinations de l'alcoolisme, mais l'efficacité de ce remède ne paraît nullement démontrée. Nous en dirons autant de l'huile empyreumatiquede pommes de terre, que certains auteurs ont regardée comme un spécifique contre le tremblement.
Mais il est un autre ordre de médicaments qui, maniés avec prudence, seront ulilos dans toutes les formes et h tous les degrés de l'alcoolisme ; ce sont les purgatifs qui agissent à la fois contre les accidents gastriques en balayant le tube digestif, et contre les accidents nerveux en décongestionnant les centres par leur action révulsive sur l'intestin.
TRAITEMENT DE l'aLCOOLISME CHRONIQUE. 659
Eq résume, il n'existe aucun traitement spécifique contre l'alcoolisme; mais on peut se flatter d'obtenir d'excellents résultats d'une hygiène sévèrement observée et d'une abstinence sagement réglée. A ces deux grands ordres de moyen, les médicaments pharmaceutiques viendront en aide comme d'utiles auxiliaires, mais sans jamais occuper le rôle principal.
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