HALLUCINATIONS ET ILLUSIONS
servateur des plus autorisés, M. Lasôgue, a voulu concilier CCS deux manières de voir en disant que quand les paralytiques avaient des hallucinations, elles tenaient non à leur paralysie générale, mais aux excès alcooliques qu'ils avaient commis avant leur entrée dans les asiles. Mais si l'alcoolisme était la cause des hallucinations, elles ne dureraient pas pendant des mois, pendant des années ; d'ailleurs, ces hallucinations n'ont point le caractère habituel des hallucinations toxiques, elles n'atteignent pas habituellement le sens de la vue, ce sont plutôt des hallucinations de l'ouïe. Enfin elles se relient à la forme même du délire. Le malade est-il un persécuté? comme les autres persécutés, il entend des voix. Ces troubles sont donc bien liés à la maladie elle-même, et non à des complications étrangères (1).
3" Délire impulsif. Les actes absurdes ou criminels se produisent surtout dans la première période, dans ce temps que M. Legrand du SauUe appelle période médico-légale. Comme la dit M. Lasègue, il arrive souvent que des condamnés deviennent paralytiques pendant qu'ils font le temps de prison qu'ils ont à subir. C'étaient des aliénés latents. La paralysie générale se montre après le jugement et à partir de ce moment la maladie évolue.
On aurait tort de croire que c'est toujours par une marche aussi dramatique que les malades arrivent au terme intellectuel de leur affection, à la démence. Chez certains d'entre eux, on constate un affaiblissement lent et progressif de toutes les facultés. Ils connnencent ù travailler moins facilement, ils perdent la mémoire, sont forcés d'aban-
(1) Micklc prétend que les liajiucinalions, soit ilo la [vue, soit do l'ouïe, sont assez iVéquenles dans la juiralysle générale.
donner leur place et deviennent incapables de tout travail. Ils marchent lentement, mais progressivement vers la démence, aboutissant commun de toutes les paralysies générales. Pendant cette longue évolution il y a conservation du bon sens, au milieu des troubles de motilité les plus graves. C'est ce que Requin appelait la paralysie générale sans aliéiiation. Le délire peut mettre chez eux fort longtemps à se dévoiler, mais il est rare qu'en fouillant bien on ne finisse par découvrir quelque trouble intellectuel. Je vous ai raconté l'histoire d'un ouvrier que j'interrogeais à la Préfecture de police. 11 manifestait le plus parfait bon sens et son intelligence paraissait indemne, lorsqu'il finit par me dire que l'année précédente il avait été transporté à la Pitié, dans le service de M. Labbé, pour un accident chirurgical, et que ce dernier avait fait sur son cas une clinique devant plus de cinquante mille étudiants. C'était là le cachet de la maladie, le trouble fondamental de l'intelligence qui se manifestait de la manière la plus imprévue.
Quel que soit le délire primitif, l'état ultime sera toujours le même. Si la vie se prolonge assez longtemps, le malade arrive à un aflaiblissement profond, à une apathie complète et même à une nullité absolue de la vie intellectuelle, même au milieu d'une vie végétative des plus florissantes en apparence.
Occupons-nous un instant de la paralysie générale chez la femme. Elle offre des caractères très diCTérents de ceux que nous venons de tracer. D'une manière générale, le délire est beaucoup plus effacé. On aurait pu croire que la folie des grandeurs serait porté chez elle à un très haut degré ; au contraire, elle est très rare ; et cependant le dé-
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lire ambitieux vésaniqiie se rencontre chez les femmes. Mais, lorsqu'elles sont atteintes de paralysie générale, ce qui domine la scène, c'est l'hypochondrio. Les malades se figurent avoir des infirmités de tout genre. Elles tourmentent leur médecin pour être passées au spéculum; elles veulent être auscultées, et fatiguent leur entourage de leurs lamentations incessantes.
Quelquefois les femmes présentent un délire erotique des plus caractérisés qui contraste avec les habitudes de leur vie antérieure; cet érotisme est souvent lié à la forme dite ascendante de la maladie. En effet, quand la paralysie générale débute par la moelle, elle monte peu à peu vers l'encéphale et se caractérise quelquefois par des troubles génitaux au début.
Ainsi, le délire de la paralysie générale, considéré chez la femme, offre un tableau plus terne que chez l'homme; mais pour ce qui touche aux troubles de la motilité et de la sensibilité, les deux sexes sont au même niveau ; l'état physique oflre dans les deux cas les mêmes caractères. C'est à l'étude de ces troubles de la motilité, de la sensibilité et de la vie végétative que nous consacrerons notre prochaine leçon.