‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 129 sur 201 · DÉLIRE AVEC DÉPRESSION · texte numérisé non relu

DÉLIRE AVEC DÉPRESSION

2° Délire avec dépression. — Dans les premiers temps de l'histoire de la paralysie générale, on avait constaté que bon nombre de ces malades offraient des signes de lypémanie qui s'alliaient constamment avec le délire ambitieux. Bayle lui-môme avait constaté qu'un malade sur huit avait des idées tristes, mais, avec l'exclusivisme qui caractérise les inventeurs, il avait dit : Ce sont là des folies étrangères au sujet; ce sont des mélancoliques accidentels. A cette époque initiale, Georget, Galmeil lui-même faisaient observer que beaucoup de paralytiques étaient des maniaques déprimés. Depuis lors, la question a été reprise par Parchappe, Falret, Linas et Billod, puis par MM. Legrand du Saulle et Moreau (de Tours). Mais c'est surtout M. Baillarger qui a étudié le plus com[)lètement la question. 11 a démontré que la forme la plus habituelle, la plus commune du délire, c'est la forme hypochoiulriaque.

Le délire dépressif peut exister au début de la paralysie générale ; alors il est caractérisé par de la tristesse, du découragement, de l'affaissement. Ce n'est pas une folie éclatante, ce n'est pas une folie suffisante pour faire enfermer le malade. C'est un état de dépression dont il peut sortir et dont il sort quelquefois en effet.

Quelquefois on trouve chez ces malades des idées de persécution des mieux caractérisées, avec hallucinations et tendance au suicide, puis on finit par voir éclater la paralysie avec ses caractères incontestables.

Mais si la maladie [^cut débuter par un délire dépressif, cet état intellectuel est plu:) fréquent dans la période état. Je vous ai dit (prou divisait la i)aralysie i^w trois stades. C'est dans la j)ériode moyenne, ([uand le malade n'est point tombé dans la démence absolue et que depuis longtemps déjà il a présenté des signes d'affaiblissement

intellectuel, c'est alors surtout que l'on voit se développer cette forme dépressive.

Quelquefois les paralytiques qui se présentent à nous offrent l'aspect de la mélancolie ordinaire ; ils peuvent refuser les aliments et retenir leurs urines et leurs matières pendant un temps assez long. Mais la forme la plus commune de la dépression intellectuelle, chez eux, c'est l'hypochondrie. Nous en possédons actuellement à la Clinique un type achevé. C'est un paralytique général, sans délire bien accusé, mais qui est atteint d'un embarras de la parole suffisant le diagnostic. Cet homme a toujours quelque accident à nous signaler. Il n'a plus de cœur, plus de cerveau ni d'estomac. C'est une des manifestations les plus communes de la maladie. A un degré plus élevé, les malades ne veulent pas se lever parce qu'ils n'ont pas de jambes, ne veulent pas manger parce qu'ils n'ont pas de bouche. Cette hypochondric est niaise, mobile, illogique comme tous leurs délires. Elle n'est pas raisonnée et logique comme chez les hypochondriaques ordinaires. Telle était une dame qui refusait toute espèce d'aliments parce qu'elle avait avalé un pain à cacheter qui lui avait collé les intestins. Voilà une absurdité logique. Gomme on l'a dit avec raison : comparé au paralytique dément, le mélancolique ordinaire est un héros.

Les paralytiques sont-ils hallucinés? Je touche ici à une question qui semble se rattacher aux troubles de la sensibihté, mais elle est liée de la manièri^la plus intime au délire. On a soutenu que les paralytiques n'avaient ni hallucinations ni illusions. Je suis forcé de me ranger à une opinion contraire. Il est vrai de dire que les paralytiques généraux ont moins d'hallucinations que les autres aliénés, mais il est faux de dire qu'ils n'en ont jamais. Un ob-

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