FORME PARALYTIQUE. FORME SPINALE
lument distinctes, si l'on ne savait point saisir les caractères fondamentaux qui leur sont communs.
1" Pour nous conformer aux règles de la vraie méthode scientifique, et procéder du simple au composé, nous commencerons par l'étude de la forme paralytique, ou paralysie générale dite sans aliénation (Requin et Sandras).
Dans cette forme, les troubles intellectuels ont un type absolument effacé. C'est à peine si quelques idées fugitives de grandeur, quelques tendances dépressives ou hypochondriaques se font jour ; mais loin de suivre une évolution progressive, elles semblent avorter pour ainsi dire, et ne dépassent point Tétat rudimentaire. Voilà pourquoi l'on a pensé dans le principe que l'aliénation mentale demeurait étrangère à cette forme de la maladie. On admet universellement aujourd'hui avec MM. Baillarger et Lunier que, pour ôtre latente, l'altération des facultés n'en est pas moins réelle, et que toute paralysie générale sans délire aboutit à la démence. Mais au début tous les côtés brillants (lu délire des paralytiques font absolument défaut; on ne constate qu'un affaiblissement progressif de la mémoire, une certaine incapacité de travail ; mais le jugement semble rester intact, et l'affaissement intellectuel, dans quelques cas, ne se montre que très tard.
Les troubles de la motilito occupent ici le premier rang ils s'élèvent rapidement au degré le plus prononcé, et l'embarras de la parole, la maladresse des mouvements, la difculté de la marche, ne peuvent laisser aucun doute sur le diagnostic, alors môme que l'intelligence paraît rester intacte.
La durée de la maladie est habituellement plus longue dans cette forme, qui prédomine surtout chez le sexe féminin.
2^' Nous rapprocherons de ce premier type la forme spi^
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nale ou ascendante, dans laquelle c'est la moelle épinièrc qui subit les premières atteintes de la maladie.
C'est, le plus souvent, Tataxie locomotrice, c'est quelquefois, mais plus rarement, la paraplégie qui ouvre la scène ; d'autres fois c'est une amaurose, c'est une sciatique qui paraissent être le point de départ de cette paralysie générale d'origine périphérique. J'ai observé moi-même à l'Hôtel-Dieu une femme chez laquelle la maladie débuta par une excitation génitale absolument extraordinaire; puis survint une paraplégie, enfin la paralysie générale, avec démence, vint terminer la scène. A l'autopsie, outre les lésions cérébrales classiques, nous trouvâmes une myélite parfaitement caractérisée des cordons postérieurs et latéraux .
La première observation authentique de paralysie générale à forme spinale appartient à M. Baillarger. Mais c'est surtout Westphal qui a appelé l'attention sur cette forme de la maladie, étudiée depuis dans un intéressant travail par M. Foville (1). Aujourd'hui cette variété est entrée de plein droit dans le domaine classique.
3° Les deux formes dont il vient d'être question sont plutôt spinales et bulbaires qu'encéphaliques. Nous entrons dans le domaine de la pathologie cérébrale avec la forme congestive^ si bien étudiée par M. Baillarger. Elle débute par un vertige, par une perte de connaissance, ou par une excitation violente ; c'est alors la manie congestive. Les troubles intellectuels sont ordinairement de courte durée ; le rétablissement est rapide, mais, pendant plusieurs années, le malade est exposé à de petites congestions, avec ou sans délire, mais toujours d'une courte durée. Elles sont accompagnées ou suivies d'hémiplégies incomplètes, d'un
(1) Annales médico-psychologiques , 1873, p. 1.
FORME CONGESTIVE. FORME MÉLANCOLlurE. 745
certain embarras de la parole, et d'un léger alTaiblisseraent de l'intelligence. C'est après plusieurs attaques de ce genre que le malade finit par verser dans la démence paralytique.
C'est là, messieurs, la fameuse folie congestive (1), qui a longtemps troublé les statistiques, et qui est aujourd'hui considérée comme l'une des formes de la paralysie générale. Elle est remarquable surtout par la fréquence des rémissions, et par l'état irréprochable de la santé, pendant les périodes de repos.
4" La paralysie générale comporte toutes les variétés de délire. Mais on peut réunir en un seul groupe toutes les variétés dépressives de la maladie, qui constituent la forme mélancolique. Elle est caractérisée surtout, au point de vue intellectuel, par de l'hypochondrie, par des idées vagues de persécution, par des frayeurs sans motif, enfin par un penchant au suicide. C'est surtout ici que l'on constate cette tendance aux hallucinations de l'ouïe, qui ne se rencontre guère que dans cette forme de paralysie générale.
Les troubles intellectuels ne suffiraient point peut-ôtre ici pour constituer une forme à part. Mais au point de vue physique, nous rencontrons ici plusieurs des caractères que nous avons déjà signalés dans la lypémanie. On constate chez ces malades une dénutrition marquée, avec perte <ào poids et amaigrissement rapide; il existe souvent une anorexie qui peut aller jusqu'à l'horreur des aliments, et nécessiter l'emploi de la sonde œsophagienne. Il ^o produit parfois une polyuric insipide, avec perte considérable d'urée. Une élévation de la température générait^ coïncide souvent avec ces phénomènes.
(i) M. Baillarger remplace aujourJ'Iuii cette expression parcelle de folie para/i/f«7uc.
Cet état peut se terminer assez promptement par la mort ; mais la santé physique peut se relever, le malade peut engraisser et tomber dans la démence. Enfin, dos rémissions prolongées ont souvent interrompu les progrès de la maladie.
^^ Quant à la forme expansive^ elle correspond au type classique, au délire des grandeurs, à la folie des milliards. C'est ici que nous retrouvons l'être débordant, généreux, bienveillant, prêt à distribuer les richesses dont son imagination le gratifie ; mais en même temps irritable, colérique, débauché, criminel parfois. Il nous paraît inutile d'insister sur les détails du tableau que nous avons déjà tracé.
6° La forme convulsive ou épileptique est caractérisée par la fréquence des accès comitiaux, qui peuvent précéder de plusieurs années l'explosion de la vraie paralysie générale. M. Billod en a rapporté plusieurs observations.
L'un des cas les plus remarquables de cette espèce est celui du comte Ghorinski, le héros d'un procès criminel célèbre: il avait empoisonné sa femme. Consulté comme expert, Morel admit chez ce sujet l'existence d'une épilepsie larvée ; et, en effet, le coupable présenta plus tard des accidents épileptiformes ; mais il mourut paralytique général, et l'autopsie démontra l'existence des lésions de cette maladie.
7° Nous avons parlé de la forme expansive et de la forme dépressive. La paralysie générale peut offrir des exemples du type circulaire, dans lequel ces deux formes se succèdent alternativement.
La première observation de ce genre est due à Brierre de Boismont (1859). La question a été étudiée depuis par Westphal, Espiau de La Maëstre, Fabre et d'autres observateurs.