SÉQUESTRATION
S'il était possible d'interner dès le principe les malades de cette espèce, on leur rendrait un service éminent, non seulement au point de vue de leur santé, mais encore au point de vue de l'honneur et de la fortune. En effet, s'il est reconnu que c'est surtout à ses premiers débuts que la maladie est encore curable, il n'est pas moins certain que c'est à sa période initiale que se produisent ces actes répréhensibles, ces entreprises hasardeuses, ces dilapidations insensées, qui conduisent le malade à sa ruine, ou qui compromettent d'une manière irréparable sa réputation. Mais il est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, d'obtenir Tinternement pendant la durée de ce premier stade; le diagnostic n'est point assez ferme, et les préjugés de la famille ainsi que les habitudes de la société opposent des obstacles presque insurmontables à l'adoption de cette mesure salutaire.
A la période d'état, il devient évident pour tout le monde que l'internement du malade est une nécessité. C'est surtout à ce moment que nous voyons arriver les paralytiques généraux dans nos asiles; en d'autres termes, ils sont confiés à nos soins au moment oii leur intelligence tombe déjà en ruine; l'internement est alors une mesure de précaution nécessaire, mais d'une cflicacité bien douteuse au point de vue du traitement.
A la troisième période, quand le malade, ayant franchi les deux premiers stades delà maladie, commence à verser dans la démence, il pourrait sans inconvénient être rendu h sa famille; mais c'est surtout alors (lu'on ^e refuse à le reprendre, par des raisons dont nous avons déjà parlé.
Sonic. — Pendant les périodes de rémission, le malade doit-il ôtre rendu à la liberté?
H convient d'user ici de la plus grande prudence, en
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raison de la fragilité de ces guérisons apparentes. Si cependant l'amélioration se nnaintient pendant un assez long espace de temps, si, surtout, les facultés intellectuelles paraissent avoir repris leur équilibre, il. peut être utile à la santé physique et morale du malade de le replacer dans les conditions normales de la vie.
Hygiène. — Le paralytique en liberté doit user des plus grandes précautions, et l'on doit lui conseiller d'éviter toutes les causes de fatigue et de surexcitation. Toujours porté à l'exubérance, à Tactivité physique et morale, aux excès de toute espèce, il doit (dans la mesure du possible) réagir contre cette tendance ; il ne faut point lui conseiller les distractions, le théâtre, les voyages lointains: il faut au contraire circonscrire son activité dans d'étroites limites, lui imposer le repos intellectuel, le soustraire à la fatigue physique, lui interdire les travaux qui congestionnent les centres nerveux, le soustraire à l'action de la chaleur: on sait en effet que l'insolation (surtout dans les pays chauds) et les hautes températures auxquelles beaucoup d'ouvriers sont exposés, ont à cet égard une influence déplorable.
A l'intérieur des asiles, on doit surveiller la température des chambres oii se tiennent les malades, et ne jamais souffrir qu'elle dépasse 15 à 18 degrés centigrades.
11 faut enfin, tout en donnant au malade une alimentation substantielle, le garantir contre sa propre voracité et lui interdire les excès alcooliques.
Mais qui ne voit combien il est difficile, en dehors des murs d'un asile, défaire observer de pareilles règles? Elles s'apphquent surtout aux paralytiques en état de rémission, qui ont gagné, en quelque sorte, par une amélioration sérieuse, le droit de vivre en liberté. Quant aux paralytiques
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à la période de début, il sera difficile de les garantir contre leurs propres écarts, et l'on ne doit pas toujours s'attendre à trouver dans la famille et dans l'entourage un appui bien efficace à cet égard.
Traitement médical. — Gomme nous l'avons déjà dit (p. 44o),nous comprenons sous ce titre les moyens destinés à exercer une action physique sur le malade, et qui cependant ne rentrent pas dans la catégorie des médicaments.
Dans cet ordre d'idées, la première place apparlient aux révulsifs. Le séton à la nuque préconisé par M. Baillarger ; la cautérisation ponctuée, à la région cervicale postérieure ; le môme traitement appliqué le long de la colonne vertébrale, dans les cas oii les fonctions de la moelle épinière sont compromises; enfin, à un rang très inférieur, les vésicatoires, les applications irritantes sur le cuir chevelu (pommade stibiée), ont donné souvent de bons résultats ; et bien que jamais, à ma connaissance, une guérison n'ait été obtenue par de tels moyens, des améliorations, des rémissions soutenues et prolongées en ont été souvent le résultat, surtoutdans les formes congestivesde la maladie.
Nous n'en dirons pas autant de l'hydrothérapie, qu'on prescrit d'une manière un peu banale dans toutes les maladies du système nerveux. Après en avoir fait consciencieusement l'essai, nous sommes fondé à dire que ses elFels utiles sont absolument nuis, et qu'elle peut souvent avoir des conséquences nuisibles, en raison de la facilité avec laquelle les sujets paralytiques contractent des maladies des voies respiratoires.
Les eaux minérales, les bains de mer, qui sont souvent prescrits aux paralytiques dans les premières périodes de leur
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affection, ont une influence incontestablement nuisible.
Quant aux bains ordinaires, si justement appréciés dans le traitement de la folie, ils sont ici d\ine utilité pour le moins contestable.
Emissions sanguines. — La paralysie générale est, au moins dans la plupart de ses formes, une maladie éminemment congestive. On comprend donc, théoriquement du moins, l'utilité de la saignée, surtout au début. Nous sommes loin de contester les avantages de cette méthode, mais nous pensons qu'elle ne doit être appliquée qu'aux cas typiques, et avec la plus grande réserve. C'est surtout aux accidents congestifs, si fréquents dans la paralysie générale, que peuvent convenir les évacuations sanguines. Elles doivent être peu abondantes et souvent répétées. Gomme procédé opératoire, nous préférons les applications de sangsues à la phlébotomie, recommandée par M. A. Voisin.
Electricité. — L'emploi de l'électricité a été conseillé par Hitzig, Arndt et Newth. On fait habituellement usage du courant galvanique et on agit sur la moelle épinière en plaçant le pôle négatif sur la nuque et le pôle positif sur l'une des extrémités.
Hitzig, qui dirige le courant plus spécialement surla portion cervicale de l'axe spinal, prétend avoir considérablement amendé, par ce moyen, les troubles de la parole. D'autres observateurs (Mendel) ont été moins heureux. Je dois avouer que je n'ai jamais obtenu, chez aucun des sujets que j'ai traités, la moindre amélioration par l'emploi des courants galvaniques.
Traitement pharmaceutique. — Il n'existe évidemment aucun spécifique contre la paralysie générale; et nous
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sommes absolument opposés à l'emploi du traitement antisyphilitiqiie qui a été indistinctement appliqué à tous les cas de paralysie générale, sous l'empire de certaines préoccupations théoriques.
Le mercure, en effet, nous paraît absolument contreindiqué chez ces malades. Mais, au contraire, l'iodure de potassium, quand il est bien supporté, donne souvent de bons résultats: son efficacité, bien entendu, ne dépend en rien de Tcxistence préalable d'une maladie syphilitique. Pour mieux faire tolérer ce médicament, nous ne dépassons jamais la dose de 1 gramme par jour, au maximum ; nous le combinons volontiers aux bromures alcalins, surtout dans les cas oii il existe une certaine agitation.
Les sédatifs, l'opium et ses dérivés, la vératrine, l'hyoscyamine et le chloral ont souvent joué un rôle important dans le traitement de la paralysie générale.
L'opium a presque entièrement cédé la place à la morphine, qui s'emploie le plus souvent sous la forme d'injections hypodermiques. Si ce moyen donne quelquefois de bons résultats chez les paralytiques agités, il ne saurait être recommandé comme remède habituel.
On associe quelquefois (Beigel et Clans) l'atropine à la morphine, pour combattre l'action nauséeuse du second de ces deux alcaloïdes.
Le chloral, à la dose de 2 à G grammes, esi souvent utile dans le cas d'agitation violente. Il est quelquefois administré en injections sous-cutanées, mais ce moyen de traitement est extrAmement douloureux et peut donner lieu à des ulcérations de la peau. Par contre, les lavements de chloral sont très bien supportés.
On sait que l'action hypnotique et sédative du chloral devient excessivement énergique, quand il est associé aux
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injections hypodermiques de morphine. C'est seulement dans les cas d'agitation très intense que ce double traitement peut être employé.
C'est également chez les paralytiques agités que la digitale a été préconisée par Bigot et par Mickle.
Chez les sujets dont la maladie suit paisiblement son cours, on a recommandé la vératrine (Mickle), la fève de Calabar (Thompson, Browne) et Fergotine (Mann, Toselli). L'efficacité de ces remèdes est au moins douteuse.
Chez les sujets anémiques ou débilités, les toniques amers, la gentiane et les ferrugineux sont nettement indiqués. D'après Mickle, le perchlorure de fer serait, chez les paralytiques généraux, la meilleure de toutes les préparations ferrugineuses.
Enfin, les évacuants sont très souvent indiqués dans le traitement de la paralysie générale.
Il faut absolument proscrire les doses élevées de tartre stibié, autrefois recommandées par certains auteurs. Mais, quand il existe un état saburral des premières voies, un vomitif administré par la bouche peut quelquefois faire cesser l'agitation et ramener le sommeil.
Chez les sujets indociles, une injection d'apomorphine peut remplir les mêmes indications.
Quant aux purgatifs, leur utilité est manifeste. Ils servent d'abord à combattre la constipation, car dans la paralysie générale il est d'une haute importance de maintenir la régularité des fonctions alvines; ils servent ensuite à entretenir une révulsion modérée du côté du tube intestinal, et à contrebalancer ainsi la tendance aux congestions qui se rencontre chez la plupart des paralytiques généraux.
Mais il ne faut point abuser des purgations, car la diar-
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rhée, lorsqu'elle s'établit, est l'une des complications les plus fâcheuses de la maladie.
Complications. — Nous venons d'étudier les principaux moyens de traitement qui peuvent être rais en usage, et nous avons vu que si, d'une manière générale, leur utilité est incontestable, ils ne valent que par leur ensemble.
Nous allons maintenant nous occuper du traitement des principales complications de la paralysie générale.
Convidsions épilepti formes. — Les bromures alcalins, associés ou non au chloral, ont été préconisés. On peut aussi faire usage des applications réfrigérantes sur la tôte. Mickle recommande d'administrer les médicaments par le rectum, si le malade ne peut pas les avaler. Mendel conseille au contraire de s'abstenir de toute médication pendant la durée des accès.
Accidents apoplccti formes. — Les purgatifs, les applications froides sur la tôte, les émissions sanguines, ont été préconisés ; mais leur utilité est au moins douteuse, car rien ne prouve qu'une congestion, qu'une hypérémie est la cause des troubles observés. 11 s'agit souvent d'une ischémie, d'im œdème cérébral, et dans ce cas les moyens destinés 5, combattre une congestion pourraient avoir des effets nuisibles.
On peut donc, en attendant la fin de l'accè-, se contenter de promener des sinapismes sur les membres et d'employer avec discrétion d'autres moyens révulsifs. Il convient aussi de maintenir la tête dans une position élevée.
Décubitns, eschares au sacrum. — Autant ([ue possible, on doit prévenir ces accidents, chez les sujets alités, par une grande propreté, par le matelas d'eau et par l'usage fréquemment répété de la poudre dotale.
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M. le professeur Brown-Sequard a conseillé contre les eschares d'origine spinale un mode de traitement qui pourrait être applicable à ces mêmes lésions dans la , paralysie Générale; il s'agit d'applications locales alternativement chaudes et froides : on commence par le sac de glace qu'on laisse pendant huit ou dix minutes, puis on le remplace par un cataplasme très chaud qu'on laisse pendant une heure ou deux. On répète ces applications alternatives jusqu'au moment où le danger paraît conjuré.
Une fois l'eschare formée, il convient de la traiter par les désinfectants et par les autres moyens employés dans les lésions de ce genre, quelle qu'en soit l'origine.
Si l'emploi des moyens de traitement que nous venons d'indiquer ne peut que bien rarement amener la guérison, il a du moins l'avantage incontestable de prolonger considérablement la vie des malades et de leur procurer des rémissions souvent très prolongées.
Messieurs, la rapide esquisse de la paralysie générale que nous venons de tracer ne saurait avoir la prétention de résumer tous les documents accumulés par un travail de plus de cinquante années. Permettez-moi donc de renvoyer ceux d'entre vous qui désirent, sur cet inépuisable sujet, de plus amples détails, aux monographies de Mendel, de Mickle et de M. Voisin, et à l'excellent article publié par M. Foville dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.
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