‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 15 sur 201 · CLASSIFICAIION DES MALADIES MENTALES · texte numérisé non relu

CLASSIFICAIION DES MALADIES MENTALES

Ainsi, vous le voyez, il n'est pas un seul point de la doctrine classique qui n'ait été discuté, retouché, je dirais presque ébranlé h force d'être remanié. Reste enfin la classification, qui subsiste encore, et c'est pourtant la partie la moins solide et la plus critiquable de l'œuvre.

Certes, on ne saurait reprocher aux fondateurs de l'école française d'avoir accepté et conservé les noms de manie, de mélancolie, de démence, qui remontent au berceau même de la médecine. Pinel y ajoute l'idiotie, Esquirol la monomanie. Chacune de ces divisions peut devenir l'objet d'une discussion. Mais il est une considération plus générale qui domine tout l'ensemble du sujet.

Une seule et même maladie, une seule et môme lésion, tout en conservant sa physionomie clinique et son individualité propre, peut donner lieu à toutes les formes du délire.

Prenons pour exemple la paralysie générale ; elle se manifeste par la folie ambitieuse, par la mélancolie, par la fureur, par l'hypochondrie, par la démence, par un affaiblissement de l'intelligence : et pourtant c'est toujours la paralysie générale, et jamais un observateur exercé n'éprouvera la moindre hésitation h cet égard.

Voilà donc des malades qui, par le fait même de la lésion encéphalique dont ils sont atteints, se trouvent hors cadre. J'en dirai autant des alcoohques, des épileptiques et des hystériques. N'est-il donc pas évident que ces divers phénomènes d'excitation et de dépression ne sont que des symptômes tantôt permanents, tantôt transitoires et pouvant alterner entre eux, comme dans la folie circulaire?

Si, maintenant, pénétrant dans les détails, nous cherchons à discuter chacune des formes de délire dans lesquelles on a voulu circonscrire l'aliénation mentale, l'in-

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suffisance d'une classification pareille éclatera bien plus vivement à vos yeux.

Prenons cet ensemble d'états psychiques divers qu'on a décrits sous le nom de manie.

Voici un malade dans un état d'agitation suraiguë, parlant, vociférant, s'agitant, crachant sans cesse ; il profère avec volubilité des mots sans suite; il répète à chaque instant les mômes expressions d'une voix haletante et saccadée; cet liomme, dont l'état semble si voisin du délire aigu, c'est un maniaque.

Maisj'aperçois un autre malade, dont l'intelligence, loin d'être abolie, est manifestement plus active qu'à l'état normal; il jouit d'une mémoire prodigieuse, d'une facilité d'élocution remarquable, et la rapidité surprenante de ses conceptions s'unit à une activité morbide, à un grand désordre d'action. C'est encore un maniaque; mais comment le rapprocher du cas précédent, et qui songerait à prétendre que ces deux sujets sont atteints d'une seule et même maladie?

D'autres maniaques nous offriront une prédominance d'idées tristes. D'autres nous offriront le spectacle d'une manie intermittente ou périodique; d'autres enfin seront atteints de folie à double forme et présenteront des alternatives régulières d'excitation et de dépression. Comment réunir dans un seul et même cadre des affections si diverses, et quel avantage peut-on retirer de ce rapprochement forcé, soit au point de vue de la science, soit au point de vue de l'enseignement?

Quant à la lypémanie d'Esquirol, la critique serait encore plus facile ; il nous suffira de rappeler que, grâce à M. ïiaillarger, nous savons aujourd'hui qu'il faut diviser les mélancoliques en deux groupes bien distincts : les uns

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