MONOMANIE, DÉMENCE
représentent la mélancolie dépressive, la tristesse avec stupeur et sans idées prédominantes; les autres, au milieu de leur délire triste, conservent une grande activité d'esprit et n'offrent pas la moindre tendance à la stupeur. Ce ne sont évidemment pas les mômes malades.
Il faudrait également réclamer une place à part pour les mélancoliques anxieux, pour les gémisseurs de Guislain et de Morel, qui se promènent sans cesse de long en large, comme les âmes du purgatoire, en répétant toujours les mêmes paroles.
Reste enfin la lypémanie consciente, sans délire, qu'on ne saurait confondre avec aucune des variétés précédentes.
Nous arrivons maintenant à la monomanie, l'une des créations les plus contestables et les plus contestées d'Esquirol. Je ne m'arrêterai pas à discuter s'il existe ou non des délires limités, partiels, ou s'il fautdire avecHeinroth : (( La folie est une maladie de l'être tout entier)) ; je me contenterai de vous dire que la monomanie, déjà fort compromise par la découverte de la paralysie générale, a reçu le coup de grâce lorsque M. Lasègue a créé le délire des persécutions. Lisez, en effet, ou plutôt relisez le travail d'Esquirol sur les monomanies, vous n'y trouverez que des paralytiques, des persécutés et des impulsifs; ces trois catégories une fois soustraites, s'il existe un résidu, rien ne saurait justifier la prétention de lui réserver une place à part.
Il n'est pas jusqu'à la démence elle-même qui, jetée au creuset de l'analyse, ne finisse par s'y fondre et s'évaporer. En effet, une grande partie de ceux qu'on appelait autrefois des déments ne sont, en réalité, que des sujets atteints de maladies cérébrales organiques : la paralysie générale, le ramollissement, l'hémorrhagie cérébrale, les tumeurs.
LACUNES DE LA CLASSIFrCATION. 31
la syphilis cérébrale y apportent chacun leur contingent.
Quant à la démence aiguë d'Esquirol, elle appartient, depuis le travail de M. Baillarger, h la mélancolie avec stupeur.
La démence ordinaire des aliénés n'est, en réalité, qu'un délire chronique, et, le plus souvent, un délire des persécutions.
Il ne reste donc plus au fond du creuset que les incohérents; c'est là d'ailleurs un résidu peu important; leur nombre est minime relativement à celui des autres aliénés, et d'ailleurs, quand on en gratte la surface, presque toujours on découvre les traces d'un délire ancien, qui persiste encore.
Si la classiflcation d'Esquirol et de Pinel pèche par ce qu'elle contient, elle pèche bien plus encore par ce qu'elle ne contient pas.
On n'y voit figurer ni les formes délirantes, si riches et si variées, qui se rattachent aux névroses convulsives, ni celles qui résultent des grandes diathèses, qui, parmi leurs manifestations directes, comptent des troubles intellectuels si bien caractérisés; ni l'alcoolisme et les folies toxiques, qui, dans l'état actuel de notre civilisation, jouent un rôle de plus en plus important ; ni enfln la grande famille des folies héréditaires, qui constitue aujourd'hui l'un des groupes les plus naturels dans l'ordre des maladies mentales.
Sans doute, l'influence de la plupart de ces causes était reconnue, et elle trouvait une place à cô:é des causes morales, auxquelles ces observateurs illustres ont toujours attribué le rôle principal; mais ils n'ont jamais songé à en former des groupes spéciaux, nia leur accorder, pour ainsi dire, une existence indéfiendante. On peut même ajouter