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minimes. Les os du crâne pris isolément ont souvent éprouvé une éburnation caractéristique, au point de ne plus avoir de diploé. Par contre, les sutures s'ossifient tardivement, et les trous du crâne sont invariablement très petits. Le trou occipital lui-même n'échappe point à cette règlCy et l'on comprend quelles peuvent êtreles conséquences d'un pareil état de cet orifice au point de vue des fonctions du bulbe qui le'traverse. La direction de cette ouverture est presque verticale, la surface basilaire étant dirigée dans un sens presque complètement horizontal.
Le cerveau, pris en masse, est d'un petit volume, et les circonvolutions sont aplaties. Par une sorte de contradiction, l'on rencontre parfois une sorte d'hypertrophie de certains points. Il s'agit quelquefois d'organes très importants, comme les corps opto-striés; dans d'autres cas, l'hypertrophie porte sur des parties moins élevées en dignité, le corps pituitaire par exemple.
On a constaté chez plusieurs sujets une atrophie des nerfs acoustiques et des parties correspondantes de l'encéphale; cette atrophie peut également porter sur les nerfs optiques et olfactifs.
Le cervelet est très petit; ses lamelles sont amoindries, et les scissures interlamellaires sont effacées.
La protubérance annulaire est atrophiée et le bulbe est surtout comprimé par suite du rétrécissement du trou occipital. On comprend que la dyspnée si souvent observée chez les sujets de cette espèce peut s'expliquer dans une certaine mesure par cette disposition anatomique. Enfin, l'entrelacement et l'entrecroisement desfaisceaux nerveux d ans le bulbe, si compliqués à l'état normal, se trouvent souvent réduits chez les crétins à l'état le plus rudimentaire.
Nous avons signalé les lésions les plus importantes et
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les plus caractéristiques du crétinisme, celles qui portent sur le cerveau et sur le crâne. Nous ajouterons que Tappareil auditif présente souvent de notables imperfections : les osselets sont mal conformés; leurs articulations sont ankylosées et le tympan est fort épais. Avec de pareilles lésions on comprendrait sans peine l'existence de la surdité, quand môme la conformation cérébrale ne viendrait pas en fournir l'explication.
Enfin le rachitisme est très commun chez les crétins; nous avons vu qu'il porte volontiers son action sur le crâne, mais il peut atteindre les autres parties du squelette.
Occupons-nous maintenant d'une question controversée entre toutes: celle de l'étiologie. Les causes du crétinisme commencent à être connues, mais il existe encore k cet égard de telles divergences entre les autorités les plus compétentes, qu'on est forcé de se borner à signaler les opinions sans chercher à les concilier, ce qui serait d'ailleurs impossible.
Et d'abord existe-t-il un rapport quelconque entre le goitre et le crétinisme? Cette corrélation, contestée par la commission sarde, admise par la commission française, est en général acceptée aujourd'hui. On reconnaît que dans une même localité il existe un rapport constant entre le développement du goitre et la fréquence du crétinisme. Si les crétins proprement dits n'odVent point l'hypertrophie du corps thyroïde, cola tient, dit-on, ;\ l'arrêt do développement des organes génitaux, dont l'évolution est liée do la manière la plus intime au développement de cet organe. Enfin, si l'on admet, avec M. Uaillarger et la phipart des observateurs, qu'il existe un rapport héréditaire entre ces deux infirmités et que souvent les goîtreux engendrent des crétins, on sera conduit à roronnaître qu'il existe unedégé-
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nérescence spéciale développée dans certaines conditions hygiéniques et dont le goitre serait le premier terme, tandis que le crétinisme en serait la dernière étape.
La question étant réduite à ces termes, on peut étudier les origines du goitre et en même temps on approfondira le problème des origines du crétinisme, qui s'y rattachent de la manière la plus intime.
Deux grandes écoles se partagent les opinions au point de vue des origines du crétinisme. Pour la première, cette dégénérescence est le produit de causes multiples; pour la seconde, il s'agit de l'influence d'une cause unique , à savoir la composition chimique des eaux potables, déterminée elle-même par la composition géologique du sol.
Parmi les auteurs qui reconnaissent au crétinisme des causes multiples, nous citerons Parchappe et Lunier, Niepce, Marchant et le rapporteur de la commission sarde. L'opinion contraire, qui attribue le crétinisme à l'action des eaux, est aujourd'hui généralement adoptée parles observateurs qui ont étudié la question aux époques les plus récentes.
Sans nous prononcer sur ce point délicat, nous signalerons rapidement les causes principales auxquelles on a attribué une part de responsabilité.
Le crétinisme endémique s'observe surtout dans les vallées profondes, encaissées de toutes parts par des montagnes à pic et parsemées de grands arbres. Le manque de soleil et l'humidité qui en résultent ont une influence incontestable sur la santé des habitants. L'altitude est également considérée comme l'une des causes de l'endémie.
Parmi les causes hygiéniques, on admet la mauvaise exposition des villages, leur construction défectueuse, l'entassement des maisons les unes sur les autres, les amas de
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fumiers et d'ordures, la malpropreté des habitants, leur ignorance, les rigueurs extrêmes de l'hiver souvent précoce dans ces hautes régions, une alimentation grossière, enfin tout l'ensemble des conditions qui constituent la misère dans ces hautes montagnes.
Restent les causes individuelles,-et c'est ici que l'hérédité peut jouer un rôle très important. Les mariages consanguins entre sujets atteints de crétinisme ou de goitre sont une des causes les plus manifestes de la dégénérescence; quant aux mariages mixtes^ comme on pourrait les appeler, nous en avons déjà signalé l'heureuse influence. En somme, l'influence de l'hérédité n'est point contestable ; mais, en dehors des localités infectées, elle ne paraît exercer qu'une très minime influence.
Parlons maintenant de l'action des eaux, dont l'importance est universellement reconnue. La dissidence n'existe que sur un seul point : il s'agit de savoir si cette cause unique suffit pour tout expliquer ou s'il faut lui adjoindre d'autres facteurs dont l'importance serait très réelle.
On sait que dans la même province et dans la même vallée on rencontre des hameaux oii règne le crétinisme, tandis que d'autres centres de population voisins en sont absolument exempts. La similitude des conditions dans lesquelles vivent les habitants de ces localités, dont le sort est pourtant si différent, porte à croire que c'est à l'influence des sources qui servent à l'alimentation dans ces diverses localités, qu'il faut attribuer les profondes diflerences qui séparent les populations.
Bien plus, on a remarqué que dans une seule et même localité, lorsque plusieurs sources sontsimultanémcnt utilisées, le goitre ou le crétinisme sont le privilège de certains quartiers alimentés par des eaux d'une seule et même
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origine, tandis que d'autres quartiers sont complètement exempts de ces conditions morbides.
Le village d'Antignano, dans la province d'Asti, possède trois sources, dont deux paraissent renfermer le principe nuisible, tandis que la troisième en est exempte. Les familles qui font usage des deux premières sont affectées de goitre et de crétinisme, tandis que celles qui font usage de la troisième n'en présentent pas un seul cas.
Dans d'autres localités, les eaux étant reconnues mauvaises, certaines familles ont établi des citernes qui leur permettent d'employer l'eau de pluie ; on les voit échapper à l'endémie qui frappe le reste delà population.
Il est enfin des faits qui semblent offrir toute la valeur d'une expérience directe. Ainsi deux villages, séparés l'un de l'autre par une distance d'environ 800 mètres, offraient, sous le rapport de la santé publique, un contraste frappant.
L'un, Saint-Bon, contenait une population saine et absolument exempte de crétinisme, tandis que l'autre, Bozel, souffrait de l'endémie constatée sous différentes formes. On fit venir à Bozel les eaux de Saint-Bon et le crétinisme disparut. Aujourd'hui, l'on ne trouve plus dans cette localité que des crétins adultes, vestiges attardes de l'ancien état de choses.
Nous pourrions aisément multiplier les exemples ; nous préférons renvoyer le lecteur à l'excellent article de MM. Baillarger et Krishaber, oii la question est traitée avec un luxe de détails qui ne laisse rien à désirer (1).
L'action nocive des eaux étant pleinement démontrée, il reste à se demander quel est le principe qui leur confère ce fâcheux privilège.
(î) Dictionnaire encycl. des se. méd., art. Crétinisme, p. 167.
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La géologie nous apprend que c'est surtout dans les terrains calcaires que se rencontre le crétinisme, et selon M. Grange les terrains dolomitiques devraient seuls être incriminés. Cette opinion est trop exclusive; nous le savons aujourd'hui, et des faits nombreux viennent déposer en sens contraire.
On a successivement incriminé le sulfate de magnésie, le sulfate de chaux, le sulfure de fer, enfin l'insuffisance ou l'absence totale de l'iode dans les eaux qui servent à l'alimentation (Chatin).
On a dit que le goitre et le crétinisme étaient produits par les eaux terreuses et bourbeuses provenant de la fonte des neiges. Enfin, on a épuisé toute la série des hypothèses sans parvenir h démontrer autre chose que les trois faits suivants, qui paraissent établis:
1" L'action nuisible des eaux tient à la constitution du sol;
2° L'eau de pluie, recueillie dans les localités les plus infectées, ne produit ni legoîtreni le crétinisme;
3" L'iode est un contrepoison efficace par rapport aux principes inconnus dont nous constatons les effets.
Ces points une fois nettement établis, il nous reste à étudier quelques questions accessoires.
Le crétinisme n'est pas toujours endémique; il peut être sporadique. Le crétinisme n'est pas toujours congénital; il peut être acquis. Les enfants sains envoyés en nourrice dans les pays oîi règne l'endémie, peuvent devenir crétins, et réciproquement certains crétins, déplacés dès leur jeune âge, peuvent revenir dans une certaine mesure à la santé. L'un des cas les plus curieux de cette espèce est celui qu'a rapporté ^^'illcger à la suite d'une enquête ordonnée par le gouvernement autrichien, à Syrnitz. Le
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propriétaire de cette seigneurie, qu'il avait acquise d'une famille dont tous les membres étaient crétins, arriva d'un pays sain avec sa femme. Celle-ci mourut goitreuse et demi-crétine. Le propriétaire épousa lui-même une femme saine, qui à son tour subit la même influence ; le mari luimême devint demi-crétin. Les enfants subirent la même dégénérescence.
Il est donc bien démontré que l'influence des localités est telle que des enfants et même des adultes bien portants, lorsqu'ilsviennenthabiterunpaysde crétins peuvent subir la dégénérescence endémique ; mais il est également démontré que des cas sporadiques de crétinisme peuvent se développer au milieu de populations saines, sans qu'il soit possible de bien saisir le mystère de leur origine. Ferrus en a signalé un cas intéressant à Gharonne, et j'ai eu moi-même l'occasion de présenter un cas analogue à l'Académie de médecine (1). Cette partie du sujet, il faut en convenir, est encore enveloppée d'une assez grande obscurité, et il ne m'appartient point de la dissiper.
Signalons enfin le myxœdème, cette affection singulière dans laquelle un état particulier des téguments se lie à un affaiblissement intellectuel des plus manifestes. Mais il s'agit là d'une affection qui peut à certains égards simuler le crétinisme, mais qui bien certainement n'appartient pas à cette dégénérescence.
Puisque le crétinisme est une affection endémique, on peut se demander quelle est sa distribution géographique. On le rencontre dans toutes les parties du monde, mais spécialement dans les montagnes, et en Europe il semble affectionner particulièrement les massifs des Alpes, empiétant
(ij L'Encéphale, 1882, n" 2, p. 233, et 1883, n° 1,