‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 6 sur 201 · CELSE. ASCLÉPIADE DE BITHYNIE · texte numérisé non relu

CELSE. ASCLÉPIADE DE BITHYNIE

On ne saurait assez louer, à quinze siècles de distance, la rigueur scientifique, le sens clinique, la précision des détails et l'abondance des faits qui se retrouvent dans les admirables et pittoresques écrits de ce grand aliéniste, qui a su décrire les principaux symptômes, les formes, les espèces, et plusieurs des variétés les plus importantes de la folie, avec une supériorité qui fait de lui le véritable Hippocrale de la médecine mentale.

Arétée était un pneumatiste, et comme tel, il plaçait le siège de l'âme dans le cœur. Mais ce n'est pas par de vaines hypothèses que ce grand homme a mérité notre admiration. Observateur consommé, praticien habile, écrivain de premier ordre, Arétée a laissé des descriptions ineffaçables du délire erotique, de la manie et de la mélancolie ; il a saisi avec la plus grande netteté les rapports qui unissent l'excitation et la dépression des forces intellectuelles, et l'on pourrait croire qu'il a observé des cas de folie circulaire. L'importance qu'il accorde aux idées fixes en a fait un précurseur d'Esquirol, qui devait plus tard créer la monomanie. Nous lui devons, enfin, des préceptes empreints de la plus parfaite sagesse à l'égard du pronostic des divers genres de folie, et du traitement physique et moral des aliénés.

Gelse, qui lui est antérieur de quelques années, semble avoir été plutôt un compilateur habile qu'un penseur original. Le chapitre unique qu'il consacre à la folie semble résumer les opinions qui régnaient alors parmi les médecins du monde gréco-romain. Il est le premier auteur qui ait signalé les hallucinations de la vue.

Evitant avec soin toute discussion théorique, Gelse est un véritable éclectique ; mais, au fond, il reste attaché avant tout à la doctrine d'Hippocrate, modifiée sous quelques rap-

GALIEN. CŒLIUS AURÉLIANUS. 11

ports par les idées de son célèbre contradicteur, Asclépiade de Bithynie.

• Ce dernier, dont les ouvrages ont péri, paraît avoir été Tiin des plus puissants esprits de son époque. C'était, comme on dirait aujourd'hui, un matérialiste ; il explique tout par le mouvement des atomes. De ses idées médicales, nous ne voulons retenir que deux points : le premier, il établit la distinction entre les maladies aiguës et les maladies chroniques, distinction qui s'applique si justement à la folie ; le premier, il a créé le mot d' aliénation mentale^ expression heureuse et d'un sens vraiment profond.

Le tableau de la psychiatrie antique resterait incomplet si nous laissions de côté ce grand érudit, ce grand physiologiste, ce grand résumateur de la science antique, qui s'appelle Galien. Ce grand homme, qui, par ses expériences, a jeté les fondements de toutes nos connaissances sur les fonctions du système nerveux, ne pouvait évidemment pas méconnaître le rôle que joue le cerveau dans les opérations de Tintelligence. L'cime rationnelle, d'après Galien, habite l'encéphale ; l'âme irrationnelle est placée dans le tronc, 011 elle se partage entre le cœur et le foie.

Mais quittons la psychologie de Galien pour nous occuper de ses idées en psychiatrie. Galien est un éclectique ; mais, bien plus enclin aux spéculations théoriques qu'à l'observation clinique, il reste très inférieur à Arétée pour ce qui touche à la description des maladies mentales.

Deux points importants se détachent cependant de son œuvre. Le premier, il distingue iiettement le délire des maladies aiguës (phrénitis) de la vésanie ; et sur ce point il se sépare d'Hippocrate. Le premier, il joint à la manio et à la mélancolie la démence (àvo(a) et l'imbécillité (|jLa)pa)siç),qui n'en est qu'un degré plus élevé ; et par lii il prélude à la

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classification des maladies mentales, qui subsiste encore aujourd'hui.

Reste, enfin, Goelius Aurélianus, le dernier et le plus complet des psychiatres antiques. Sans parler de ses idées au point de vue de la pathologie mentale, c'est surtout par rapport au traitement qu'il s'est créé une place à part. Affranchi des traditions humorales, il ne reconnaît d'autres causes à la folie que les affections morales ou matérielles du cerveau. Mais c'est au point de vue du traitement qu'il semble avoir dépassé tous ses prédécesseurs. Il parle de l'isolement comme pourrait le faire Esquirol ; il prescrit la plus grande douceur envers les aliénés, et préconise la non-contrainte, comme le font aujourd'hui nos confrères en Angleterre. Enfin, sous le rapport de la thérapeutique, il sait allier de la manière la plus heureuse les moyens médicaux à la gymnastique intellectuelle et morale.

Ainsi, la psychiatrie antique, au moment où nous allons la perdre de vue, nous apparaît dans un état de haute perfection. Elle possède des notions aussi abondantes que précises sur les symptômes, le diagnostic et le pronostic de la folie ; elle formule, à l'égard du traitement, des principes qui ont fait l'honneur et la gloire des modernes qui les ont ressuscites, et sous le rapport des doctrines et des théories, elle n'a que l'embarras du choix (i).

Mais les jours de la civilisation ancienne étaient comptés. Une croyance nouvelle en sapait les bases ; et tandis que les assises de la société païenne s'écroulaient, des envahisseurs sauvages se précipitaient violemment sur la scène. A une religion nouvelle, il fallait un monde nouveau.

(1) On reconnaîtra facilement les emprunts que nous avons faits aux travaux de MM. Michéa, Sémelaigne et Trélat.

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